‹ Chronologie novenaireChapitre 49 sur 62 · DB PALMA CAYET · texte numérisé non relu

DB PALMA CAYET

ce que nous mettrions ensemble des forces françoises , elle sufllroit pour faire lever ce siège, d'autant que Tarmée de Tennemy estoit fort foible : s'ils ne l'ont pas voulu , lacoalpe en est à eux ; s'ils ne l'ont peu pour la mutinerie qui arriva parmy les troupes, comme il est vray , soof* frons et excusons ensemble ce mal, sans rejetter la coulpe sur celuy qui en est innocent J'aceorde qu'il n'eust pas esté expédient de faire trefvequi eust eu des forces pour prendre i'advaatage sur Tennemy , au moins esgales ou approchaot les siennes pour Tempescher de rien faire à nostre dommage ; mais n'en ayant point, qu'elle est(Kt nécessaire , et que ce n'est pas la trefve qui noos a ruiné , car tant qu'elle a duré personne n'est sorti du party : mais c'est que la fin d'icelle doos a trouvé sans forces. Elle fut au commencemat de trois mois, puis de deux , qui sont ciaq mois en tout, et les forces dévoient estre prestes daos deux mois. Cest espoir nous ayant foilly, chacoa pensa à son salut en particulier et commença à gouster les raisons de la paix et de son interest Aucuns y adjoustent aussi que la conférence faicte avec les députez du roy de Navarre poor adviser aux moyens de venir à la paix y ayda beaucoup. Pleust à Dieu qu'elle eust esté pubti^ que , comme Je disois qu'il la failloit faire , car il est certain qu'elle nous eust servy pour justifier la continuation de la guerre, et faire eognoistre à tous les catholiques que la conveisioo dudit roy de Navarre estoit plus à craindre que son hérésie ouverte, par ce qu'ayant promis et obligé la foy aux hérétiques de ne rien feire à leur préjudice , il n'eust jamais consenty et accordé les asseurances qu'on luy pouvoit juste ment demander poar la religion et pour trs catholiques ; ou , s'il Teust Met , quelle pios glorieuse issue pouvions nous attendre de teste guerre et de nos travaux et périls ? et vous, Sire. de quels plus grands trophées couronner la fm de vos Jours ; et asseurer le repos de vostre soe cesseur ? car nous mettions lors, entre nos principales seuretez , la paix avec Vostre Majesté à son contentement. Il nous estoit non seulement loisible de le faire, nous y estions non seulement tenus et obligez , mais il estoit nécessaire do tout, pour nostre seureté et conservation, d*T procéder ainsi, et le refus rendoit nos armes josfesy et donnoit le moyen de conser^'er le corps du party entier ; au lieu que eeste conférence, n'ayant esté approuvée , sinon pour estre avec peu de gens , a servi aux ennemis pour nous mettre en soupçon et séparer les uns des autres, sans que nous ayons tiré aucun frulct. Mais ta cause de ce mal n'a pas encores esté en la con- I ference : en soy c'esfblt un remède bon pour un

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temps , à sçavolr pour donner loisir à nos forces de venir, comme aussi la trefve, et pour retenir ee pendant , par cest espoir , les catholiques qui desiroient la paix , dont le nombre estoit desjà grand , à attendre la resolution generalle qui se prendroit. Je Jugeay aussi que si les forces ne yenoient dans la fin de la trefve , que la nécessité nous portoit à la paix , et que s'il advenoit de la faire par raison et avec authurilié de nostre Sainct Père et vostre consentement , Sire, que la conférence auroit servy à préparer le chemin. J'ose dire à Yostre Majesté que Dieu osta le Jugement à tous , ne nous ayant permis de tirer fmict de ceste conduite, et considérer mûrement, si ne pouvions faire Fun par la force, que nous devions vouloir Tautre par raison. Cest pourquoy tous les bons remèdes sont devenus poisons, et n'en cherchons point d'autres causes. Puis que nous ne pouvions estre forts , il ftlioit faire la paix ou attendre ce que nous avons veu et laruyne que souffrons maintenant. Aussi tiens-Je pour certain, Sire , que les plus sages de vos ministres, ceux qui ont plus de cognoissance et de Jugement aux affaires, vous Ta voient ainsi représenté, et de prendre ceste occasion en son temps pour sortir honorablement de la grande despence que vous avez employée pour sauver la religion en ce royaume. Mais les moins entendus ont eu plus d'authorité que les autres ; et le conseil qui eust esté honnorable et assuré, prins en sa saison « est aujourd'huy périlleux ; car la paix avec l'ennemy comme il la veult donner est souffrir l'establissement de Theresie , et conserver nos vies par le mespris qu'on fera de nous , au moins de prolonger jusques à ce que le temps de la dissimulation soit passé , et nous remettre aux remèdes qui doivent venir du ciel , et non plus aux affections et courages des hommes abbatus par trop grande lascheté et la suitte continuelle de trop de malheurs. Je sçay bien que quelqu'un dira contre moi , si J'ay veu tous ces inconveniëns comme J'ay faict , que la coulpe en est d'autant plus grande de n*avoir faict ainsi que Je devoy pour les éviter. Je n'ay autre raison pour me deffendre , sinon que Je ne pouvois faire la guerre , et retenir ceux qui se perdoient sans vos forces et moyens, Sire, et que J'ay tant difTcré aux commandemens de nostre Sainct Père et aux vostres , que n'ay rien voulu faire que ce que l'un et l'autre auroit agréable. Or il a fallu du loii»ir pour donner et recevoir les advis et attendre la resolution ; et ce pendant nous avous consommé le temps en délibérations inutilles sans faire guerre ny paix , ce qui a donné le moyen au mal de nous accabler. »

Sur ce que le duc de Feria objectoit aussi au

duc de Mayenne qu'il avoit &ict livrer les principales villes du parly de la ligue à Tennemy, qu'il avoit faict séparer dudit party les sieurs de La Chastre et de Viliars , preveu et consenty la perte de Meaux , Paris , Laon , Amiens et Beauvais, il dict:

« La preuve qui se faict par conjecture contre quelqu'un n'a point de plus violente présomption pour la confirmer, sinon de monstrer que l'accusé en devoit tirer du profit , de l'honneur, ou quelque autre contentement , comme celuy que la vengeance donne à celuy qui est olfencé , ny de plus contraire pour la destruire, sinon qu'il luy fust dommageable de faire ce dont on l'accuse. Or la perte de ces places m'affoiblissoit , et dimiouoit d'autant mon authorité , et s'il failloit faire la guerre j'en devois plustost estre ruyné , et s'il failloit faire la paix , elle en devoit estre moins seure et honnorable pour moy. Ay-Je receu les recompenses données pour la reddition de ces places ? Ceux qui se sont tournez contre nous n'ont-ils pas publié tous, pour leur justification , que je voulois estre espagnol, et finir mes Jours dans les ruines de cest Estât? N'ay-Je pas blasmé par lettres publiques ce qu'ils avoient fait? Comme eust- on peu nommer ceste impudence de condamner publiquement ce que J'aurois commandé , et eux se fussent-ils teus sans y respondre et rejeter sur moy le blasme de leur faute? Voulez-vous sçavoir au vray, Sire , qui les a perdus? nostre foiblesse , la mauvaise conduitte d^aucuns de vos ministres, et pour avoir veu beaucoup de choses qui leur ont despieu et les ont mis au desespoir de nos affaires , et , outre ce , les honneurs et biens- faits que le roy de Navarre leur a faict pour acheter leur ruyne et la nostre; et quelques-uns, pour ce qu'ils ont creu que la religion seroit mieux conservée par la paix et 1 union de tous les catholiques , que par une guerre lente, foible et sans vigueur comme la nostre. Je ne veux non plus toutesfois excuser les uns que les autres , car ce n'estoit pas là le moyen de faire la paix, qui n'eust peu estre bonne et honnorable pour l'union de tous les catholiques en traittant séparément, et pour leur ioterest délaissant la religion et leur compagnon en péril, comme ils voyent maintenant; et Je m'asseure de la pluspart d'eux que c'est avec regret et repentir. J'ay eu plusieurs advis , à la vérité , que le sieur de Vitry devoit quitter le party; mais il publioit tousjours, et le dit à tous ceux qu'envoyois vers luy pour l'en destoumer, que, s'il le falsoit , il rcmettroit en mes mains la ville de Meaux que Je luy avois donné en garde Ces raisons monstroient que son intention estoit telle. C'estoit le premier changement que celuy-là.

GHBONOLOGIB NOYSlfAlBIS DB PÀLMÀ CAYBT. [l&94]

Une violeDce pour le premier en eust peat estre précipité d^autres desjà préparez à ce mesme con- Beii. Il estoit en soupçon de moy lors que J*y poutoîs remédier ; aussi il m*eu8t esté Irès-difflcille d'y pouvoir desdire. Encores, pour m'en penser convaincre , on dit que je luy ay depuis laissé enlever les bagues qu'il avolt à Paris. C'est un mensonge impudent et chose dont Je n'ay Jamais ouy parler. Au contraire , J'ay fait revocquer les assignations que luy avols auparavant baillées , dont il estoit prest à toucher l'argent. Pour Paris, c'est le coup principal de nostre cheute; mais qui a plus aydé à la donner que le duc de Feria , le seigneur dom Diego , et les plus afTecfionnez catholiques de la ville? Je me laissay aller à l'instahce qu'ils me firent; et à leurs prières, d'y omettre le comte de Brissac pour gouverneur, qui avoit si souvent détesté le party contraire , et monstre d^avoir en horreur la paix plus que nul autre. Avoir failly Comme eux par erreur n'est pas un crime particulier qui ne doive estre attribué qu*à moy seUl , à la deseharge mesme du duc de Feria , homme ignorant du tout , et qui veult neansmoîns qu'on crôye qu'il ne sçauroit faillir. Aucuns ont voulu adjouster que le comte de Bristoc avolt séduit et attiré à luy les principaux habitans en vertu de ihes lettres. Il me demanda , Bortabt de la ville de Paris , des blancs avec des souscriptions pour servir de lettres où seroit besoin , et particulièrement pour Chasser quelques habitants mal affectionnez , ce qu'il deslroit ne vouloir entreprendre sans commandement exprès de moy : je luy en laissay, desquels il s'est aydé pour exécuter son entreprise. C'est chose que j'ay faict à l'endroit de plusieurs autres , et qui a esté assez ordinaire aux roys et à Ceux qui otlt eu les principales charges sous eux. La première fiance que l'on prent de quelqu'un fait commettre toutes les fautes qui arrivent après , lesquelles sont comme une suitte et conséquence nécessaire. Il en est advenu autant de tous les advis qui me furent donnez des entreprises de l'ennemy sur ceste ville; car je les luy adressay et au prevost des marchands pour s'en garantir, et ils les estoufolent pour les empescher qu'ils ne vinssent à la cognoissance des gens de bien. Plusieurs qui estoient dans ladite ville lors qu'elle s'est perdue m'ont asseuréque le duc de Feria et dom Diego furent adverlis un jour devant de l'entreprise , puis encores , avec certitude , cinq ou six heures avant l'exécution ; et si on se fust hazardé de la prévenir avec courage, plustost que d' estre retenus, comme ils furent , avec prudence, l'effecten eust esté empesché ; et qui en voudroit Juger par l'evenement, et l'estonnement qui se vit à l'exécution^

il les en pourroit aussi bien blasmer que ce grand homme d'Estat faict toutes mes actions, qu'il examine avec ceste règle. Mais J'ay le jugement plus sain , grâces à Dieu, que de vouloir les suivre ; car celuy qui s'est conduit avec raison est tousjours excusable , encor que le succez aesoit bon. Pour Amiens et Beauvais , les cbaDgemeos advenus en plusieurs endroits avolent bien reffroidy la première affection des meilleurs catbAliques long temps avant qu'ils se soient perdus; mais le sbin que l'on prenoit à les entret{Dir de diverses espérances, tantost des grandes forces, et tantost d'une conférence gênerait; pour traitter la paix , les conservoit au party. Le siège de la ville de Laon adssi , sur l'espérance de son s^ cours ou de la prise , arresta leurs esprits quelque temps ; et n'y a doute que si Dieu nooseuit faict la grâce de contraindre l'ennemy k lever le siège , qu'elles demeurolent aVec nous: mais aussi-tost qu'elles virent ceste ville , si procbe de la fi-ontiere, qUi endura un long siège, et donna loisir de venir & son secours, perdue par nostre folbiesse , le desespoir chassa Icvr première affection , et n'y eut plus )[>ersonDe oa fort peu de gens contraires à faire souffrir ce diangemeut que l'ennemy y poursuivoit.

» De dire , comme faict le duc de Feria, qu'iy conseillé au mayeul d'Amiens de se rendre, escrit à Gandin d'en faire autant de Beauvais, avec quel front ose-tl mander à Vostre Majesté an 5 grand et peu vray-semblable mensonge? S'il esî ainsi , Je serois indigne de regarder la \\mrrt et ne pourrais imagioer b'estise si grande que la mienne ; car J'aurois procuré moy-mesme œa ruyne pour asseurer la prospérité de l'enDeity. lequel fit tout ce qu'il put dans la ville d*Am ces pour exécuter une entreprise sur ma personne pendant que J'y estois, plus désireux encorde m'avoir vif que mort , afin d'en user à sa diserttion , et me la faire perdre comme il loy eeî pieu. Je croy que cô malheur eust esté nécessaire pour persuader à cet imposteur que uâ conduitte est innocente , et que je ne suis poitt traistre , et que je n'ay point d'intelligence a^er luy. Dieu me conservera pour servir à sa cause s'ii luy plaist, ou me la fera perdre si honoorablement que J'en seray plaint et regretté de ne amis , et loué des ennemis. Je ne sçay comme i' n'adjouste encor qu'ay fait perdre par vofssx trahison la ville de Mascon , Auxerre et .4uk». trois des meilleures et plus importantes pîace de mon gouvernement de Bourgongne; ou»> > croît que ne l'ay pas faict, et que ce nwl 9^* venu de la praticque et de l'intelligence des eoae-

mis, pourquoy n'est-il contraint de confesser qc' Je ne suis pas bien avec eux ?

CHRONOLOGIE NOVBNAlBB BB PALMÀ CAÏBT. [1594 1

» Quand à ce qu'il dit , que ma seureté et re^ thiicte doit ts\te en ce gouvernement , et que Je fti*y veux retirer apfès avoir assemblé forée argent, et lors publier la paix qu*ay fhicte il y a long temps , s'il est ainsi , mon soing devoit estre â*en conserver lès places, et n'eusse pas permis de gré à gré que Tennemy s'en fust saisi , et luy nVust paë voulu ofAeUcer, eh les prenant , celuy duquel il recievoit tous les Jours tant de bons officeà. S'il dit encores qu'il me les rendra aprèls (}ue la paix sera publiée , seMsJé bien si sot dé tenir autant apurée resperanee de cëste reddition que deJa tenir desjà en efTectt Je me poU- Voy bien souvenir qu'on promit autresfbis par trâicié solemnel de rendre Angoulesme à Mon- Stëui*, it'efe du ftoy, qvi'dn fit mesme pfomesse pour Perônnë à M: le prince de Coudé, et puis ^U'on fit naistre des dlfflcultez à l'exécution qui fendirent telles jpromesses inutiles.

• Toutes (ies <âaibmnles flniâsentpar Un blasme gênerai , que h'ay Jamais pensé qu'à mon profit particulier, que suis tenu d^un chacun pour meschant hay et mesprisé, qUe je ne peux plus rien, et que personne ne më voudra plus obeyr; donne conseil de se defTaire de moy, de m'arrester prisonnier, me faire rendre iSkiissons; allègue làdèSsUs l'exemple de l'empereur Charles le Quint centre le duc de Valentinois. Il est bien de besoin que Yostre Majesté, qUe t)ieu a rendue aussi admilrable en prudence qu'en authorité et grandeur , se fierve de son bon esprit et jugement pour rejette^ le mauvais conseil de cest impostéufy comme 11 est advenu desjà, pour ma conservation et le bien de ce party , qu'il ait rencontré M. l'arfchlduc Ernest , fort vertueux et ob^rvateur de sa tby, et quelques ministres et conseillers plus gens de bien que luy , qui en ayent ainsi k\ï. Qui eust voulu thVehter ingénieusement et faire injustement et meschaniement tout ce qui pouvoit servir à la ruine du party, tîe furieux en avoit trouvé le moyen; car tout le dedans du i^yaUme sçavoit assez mon opiniastreté [s) ta résolution de ne me point séparer deâ Conseils et intentions de Vostre Majesté, et de là foy qu'avois donnée à ses mhnistres, se doit ainsi nommer] , sçavoit encores que Je n^estois hay , blasmé et abandonné des catholiques, an^ys et ennemis , que pour ceste seule cause. Ainsi ceste ingratitude, qui eust offensé tous les gens de bien , leur eust fait avoir pitié de ma mauvaise fbrtune, et les reliques de nostre naufragé se fassent Jointes au corps entier de l'Ëstat pour en poursuivre la vengeance. Il est homme sans Jugement de croire que mes en fans, mes amys et mes serviteurs se fussent tant oubliez que de rendre des places pour me mettre

en liberté, ny que Je me fusse trouvé si lasche et fhilly dé coUrage , que de leur donner conseil de s'en despoûilier. Il a aussi peu de soin de l'honneur de ce grand Empereur, quand il veut qu'on croye qu'il ne garda passa foy promise au due de Yalentinots [que les princes ne doivent Jamais enfraindre quand ilà I ont donnée , quelque utilité qui s'offre pour eUxj. C'est trop de rage contre moy quand il me compare au plus meschant qui fut Jamais au monde. Je veux maltiteUant m'addresser à luy , Sire , puis qu'il me deserie pour tel , et ayant toutes les mauvaiises conditions qu'il adjouste à la suitte, et comme en foullfe, pour en faire aussi juger à chacun. Il doit sçavoir que c'est uu prétexte certain en la recognoissance des mœurs des hommes , que celUy qui a tousjours esté homme de bien ne devient pas aysement et tout d'un coup meschant , ny au contraire le meschant tout d'un coup homme de bien. L'ame teinte en la vertu ou au vice , et ayant desjà prins I habitude de l'Un et de l'autre, ne se change qu'avec grande ibrce et du temps. Or mes actions ont esté veuëâ en public il y a iong temps; j'ay eu de grandes et honnorabies charges qui m'ont fait recognoîstre tel que J'estois au dedans, et dèslors ceste réputation m'est demeurée, comme Justement acquise parmy lés amis et ennemis, qu'estois d'une foy inviolable, et que suivois plustost, en la condOitte des affaires , le chemin de l'ancienne pi'eud'hommie et simplicité, que la nouvelle et subtille finesse des derniers venus , qu'ay tous- Jours fuye pour ce qu'elle me semble plustost approcher du vice que de la vertu. Voyons ce que j'ay fait depuis, et si mes dernières actions ont desmenty les premières. Que le duc de Feria face cognoistre qu'aye manqué à une seule de mes promesses; qu'il se souvienne et représente sans desguisement les conditions sur lesquelles elles ont esté faictes; et iî sera tenu de confesser que Je me peux plaindre avec raison, et que personne ne me peut Justement accuser. La nécessité de ma charge m'a souvent forcé à faire des promesses aux particuliers d'argent ou de commoditez que desirois leur donner , et toutesTois ne l'ay peu. Mais l'impossibilité sert d'excuse à qui que ce soit, comme estant celle qui fait (Inir robligalion et le devoir. Ce qui peut rendre les hommes constituez aux grandes charges meschants , et corrompre leur l)on naturel , est l'avaHce ou l'ambition, les deux plus dangereuses pestes de nos âmes. Si j'eusse esté avaritieux J'aurois de l'argent ; et chacun sçait ma misère, qu'ay despendu en ces guerres, depuis le commencement de la ligue, cinq cents mil escus qu'avois en argent comptant, qu'ay engagé mon

CUaONOLOGlB HOVENAIBB DB PALMA CAYBT* [1694]

bien, oelay de ma femme et de mes enfans, et puis mon crédit et celay de mes amis et serviteurs de plus d'an million d*or que Je dois de reste , de sorte qu'ils attendent tous leur ruyne entière de la mienne. Et neantmoins ce meschant dit qu'ay faict bourse pour me retirer en Bourgongne. Se moque il ainsi de ma pauvreté , qui doit plustost servir, envers les gens de bien , de tesmoignage à mon innocence, que d'accusation et de blasme contre moy. Tant d'occasions se sont passées depuis un an pour arrester ie cours de nostre adversité avec de l'argent, que j'eusse prins sur les autels , et dans l'amas et reserve , ce que J'eusse pensé devoir servir à la nécessité et senreté de mes derniers Jours , plustost que d*y faillir , si Peusse sceu où en trouver ; car c'est le deffaut et manquement de moyens qui a achevé de nous perdre. Je n'eusse tant de fois mandié , indignement et avec supplication trop abjecte pour un homme de ma condition, les moyens et commodités pour subvenir aux urgents et pressez affaires qui perissoient pour peu , si J'eusse peu trouver chez moy ce qu'il me falloit emprunter d'autruy. Je dis bien d'avantage, Sire, que quand mon esprit se fust donné à l'avarice, que Je n'avois moyen , sinon par violences et larcins, actions trop esloignées de mon naturel , d'assembler argent ; car, des deniers et revenus du royaume, tout s'est consommé dans les provinces, et ne se trouvera point qu'il en soit venu un seul à moy pour m'ayder à supporter les charges de l'Estat dont J*estois obligé d'avoir soing : quelque devoir qu'aye faict, quelques remonstrances envers les gouverneurs , officiers , magistrats, ny l'authorité ny les prières n'ont de rien servy; encores n'y en a il un seul qui n'aye demandé secours de gens et d'argent, et la pluspart en ont eu besoin. S'il y a eu de l'avarice et du mauvais mesnage en aucuns , Je l'ay mieux veu que ne Tay pas pu corriger. On trouva quelque argentau commencementà Paris ez maisons des ennemis , mais il fut à l'instant employé , partie à lever des gens de guerre, partie à la solde et payement de deux monstres que fit l'armée conduitte par moy à la rivière de Loire. Quant à l'argent qui est sorty de la bourse de Vostre Majesté, qui a soustenu la despence presque entière de ceste guerre , les ministres ont veu les comptes, et s'est Justifié qu'il a esté employé , selon qu'il est venu , par les gens de guerre , que rien n'en est demeuré entre mes mains; au contraire, que nous avons tousjours esté en nécessité , et que nos armées , faute de solde , sont demeurées inutiles , et en fin se sont perdues et dissipées. D'avantage , il y a tantost quatre ans que u'ay reccu aucune chose , sinon

dix mil escus par mois qu'il luy apteum'ioeor* der pour mon entretenement, lesqods ne me reviennent au plus qu'à sept mil escos, et ne snffiroit à beaucoup près à la despenoede ma maisoo, aux frais des voyages , entretenement de ganisons, et autres extraordinaires despencesao»quelles suis suject , veuille ou non , n'y ayant rien qui m'ait tant foit mespriser et abandooner, sinon que n'y ay pu fournir. Cest expedieoi avoit aussi esté trouvé par aucuns de mes eon»' mis pour me foire perdre la créance et Taotborité , qu'ils n'ont pas pourtant acqola à to maistre, mais luy ont faict perdre du tout en lu l'ostant. Considérez , Sire, qu'ay peu tUre si mal assisté, et m'excusez, s'il vous plalst^sifiy laissé perdre souvent les affaires pour n'y po» voir subvenir. Ck>mme Je n'ay point pensé d* sembler argent pour mon particulier , fay 4 aussi peu de soing de faire quelque estabUsn* i ment pour moy ; et ne me peut on dire q» ! l'ambiUon m'ait saisi l'esprit et foict penser l quelque grandeur qui fust préjudiciable à im party et à TEstat. Je ne me suis point cantw&e en quelque endroit du royaume. Je n'ay point basty des citadelles pour me rendre maistre à portion d^iceluy : ce sont toutesfois aeticms de tous ceux qui courent en ceste lice. Mon prin* cipal soing a esté de soustenir les affaires et nx tenir en lieu où Je pourrois rompre et empeseker les desseings des ennemis, avec peine etperâ. sans espoir d'en tirer autre fruit et utilité qvi celle en laquelle chacun pouvoit prendre pin comme moy ; car tons ces labeurs ne devoieot servir qu'à iceluy qui seroit maistre de l'EsUl; et J'estois assez asseuré que ne le pouvois pfftendre, ny par les lolx, ny par le consenleinat de ceux qui me pouvoient eslever à ceste graedeur, de l'intention desquels J'estois advert), non avec conjecture , mais avec certitude pov n'en point douter. Ceste conduite ne me fera pas peut estre estimer si sage, mais plus homme de bien, en ce qu'ay donné trop peu à moy et trop au public, estant mon travail demeuré innliiei plustost par les fautes d'autruy que par les miec< nés. Cela doit toutesfois suffire pour respondîti ce calomniateur , qui veut faire accroire que jt n'ay pensé qu'à mon proffit particulier. Si je «ûs mesprisé aujourd'huy , lanecessitéet nostre man vaise fortune en sont cause , et vos ministres s ont fort aydé , Sire, ayans aucuns d'eux estii» que ce conseil leur devoit estre utille; maii iii se sont trompez et m'ont ruyné. Je ne lalsa pourtant d'estre recognu parmy mon partr a que je suis ; et encores osé Je dire qu'il n'y a m seul de mes parens qui fooe refus de me reo^ noistre pour chef, quoy que die ecsi euncm.v

CHBONOLOGIE NOVEHAIRB DB PALM A CAVBT. [I694]

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Je les honnore tôQS , et n'y en a point à qui Je ne vueille bien déférer ; aussi suis-je asseuré quMIs roe rendront tons le mesme respect. Je lenr cedderay à tons si le voulez , Sire , si quelqu'un d'eux le désire, ou s'il est plus utille pour le public, mais non pas à la passion du duc de Feria, ennemy trop foible pour abbayer contre ma vertu. Faictes-en le jugement, Sire , prenez leur advis devant sMI vousplaist,et, sans aucune considération de mon interest , commandez vostre intention, et visez à Tutillté du party, à présent réduit en si misérable estât qu'il faut faire le cboix du meilleur remède , non avec faveur , mais avec raison. Quelque place qu^on me laisse pour servir au bien et advancement de ma religion, Je me contenteray, la reudray honnorable et y feray tout ce qu'on doit attendre d'un homme de bien. Chacun Jette les yeux sur vous, Sire; nous ne pouvons plus périr qu*on ne vous blasme [quoy qu'à tort]. Pour moy , je supplie très-humblement Vostre Majesté de croire qu'en me plaignant et accusant aucuns de vos ministres Je ne laisse de sentir ce que Je dois de l'intégrité, grande prudence et bonté de Vostre Majesté ; bien certain que toutes ses actions n'ont jamais tendu à autre but qu'à conserver la religion et les catholiques en ce royaume , sans espoir d*en tirer autre proffit que Taffolblissement d*un ennemy qui ne se peut accroistre et establir qu'au péril de la religion et à son dommage. Et y ad- Joustant la gloire et loiiange qu'une entreprise si vertueuse luy doit Justement acquérir, Je finiray encor ma lettre par ceste très-humble supplication que luy ay fait au commencement de cellecy, de trouver bon que Je Justifie ma vie et mes actions passées , et face mentir le duc de Ferla de tout ce qu'il a dit contre mon honneur, par le combat de sa personne à la mienne , qu'accepte dès maintenant en tel lieu et avec telles armes qu'il plaira à Vostre Majesté ordonner; et cependant qu'elle me délivre de ce soupçon , s'il luy plaist, de ne voir plus les affaires en la conduitte et au pouvoir des personnes que Je sçay désirer ma ruine, ejt qui ne font tous les jours que recercher des particuliers que la mauvaise fortune de ce party a banny de leurs maisons et Jette entre leurs bras, pour crier contre moy, m*accuser de tous les maux qui sont advenus, et en dire le pis qu'ils peuvent, pour avoir la grâce de vos ministres, qui leur donnent par ce moyen quelque peu d'argent pour vivre et soulager leur misère, dont ils seroientprivez s'ilsne faisoient voirqu*ils me sont aussi ennemis qu'eux; mal quejesouffre et dissimule tant qu'il m'est possible : mais il me aéra en fin insuportable, pour estre sensible comme Je dois en ce qui est de mon honneur;

et estre tant asseuré de mon innocence, que personne ne me la doit calomnier. Mettez y la main, Sire, vous estes le maistre, vous estes sage, désireux que nos affaires aillent bien , et c'est le seul moyen de Tesperer. Je fay entendre à Vostre Majesté par autre voye quelque remède plus particulier dont les affaires ont besoin ; je la supplie très -humblement de le bien considérer et d'en user promptement , ou la saison de se rendre utille se passera, et ne nous restera plus que le desespoir, la ruine et le repentir. »

Voyià ce que le duc de Mayenne respondit aux accusations du duc de Feria. Il ne pouvoit estre sans soupçon que, sous la froide contenance de l'archiduc Ernest et du conseil espagnol à Bruxelles, il n'y eust quelque chose de caché contre luy. D'autre costé 11 eut advis du président Janiu, qui estoit à Soissons, et du président des Barres , de Dijou , que sa présence estoit requise en Bourgongne, et qu'il se hastast d'y aller, autrement qu'il estoit en danger d'y perdre tout ce qu'il y avoit encor de reste qui tenoit pour luy. Sur la proposition qu'il fit à l'archiduc de la nécessité de sa présence en Bourgongne , et qu'il iaillolt qu'il y allast, tant pour conserver ceste province en leur party, que pour ramasser quelques troupes, et avec icelles favoriser l'entrée du connestable de Castille, qui se preparoit au Milanois pour venir en France avec un nouveau secours, et y faire la guerre au printemps de Tannée suivante, il sceut si bien faire, qu'ayant laissé le duc d'Aumale et le sieur de Bosne [qu'il avoit fait mareschal de France] en Flandres, lesquels prindrent depuis l'escharpe rouge et se déclarèrent espagnols, il partit de Bruxelles avec quelques gens de cheval, la compagnie de gens d'armes du sieur de Vlllaroudan et le régiment de Tremblecourt, avec lesquels il se rendit à Dijon au commencement du mois de novembre. Auparavant qu'il y arrivast, sur l'advis qu'il receut que Jacques Verne, maire de Dijon [et qui depuis six ans avoit esté continué maire pour s'cstre fort affectionné au party de l'union], estoit l'autheur d'une entreprise pour rendre cette ville en l'obeyssance du Roy, et que descouvert il avoit esté arresté prisonnier avec quelques autres, il envoya incontinent un nommé Pelissier commander que l'on les fist mourir : ce que ses partisans firent exécuter deux Jours auparavant qu'il entrast dans Dijon; et ledit maire avec le capitaine Gau eurent les testes trenchées sur l'eschaffaut de Morlmont On remarqua qu'à l'instant mesmes que ledit duc entra dans les portes de Dijon, l'air, qui estoit clair et serain , se troubla par une tempeste et orage de pluye, accompagnée d'esclairs, tonnerres et

en

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brandons de feu qui tombèrent du ciel en plusieurs et divers endroits , tellement que luy ne les siens , qui avoient vestu leurs beaux habits pour soiemuiser leur entrée , ne purent gaigner leurs logis qu'ils ne fussent tous transperce^ de la pluye et de la gresle ; ce qu'on prit pour présage des calamitez qu'endura depuis la BourgODgne. Après que le duc eut séjourné trois ou quatre jours à Dijon, il fut à Beaune, où il fit abbattre les faux-bourgs , ce qui porta perte aux habitans de plus de cinquante mil escus. Il mit tout l'ordre qu^il put par toutes les places qui tenoieut encor pour luy en la Bourgongne, afin d'y maintenir son authorité, les faisant revisiter par ses ingénieurs Camille et Carie. On a escrit que son intention estoit de se conserver son gouvernement de Bourgongne et se retirer à Seurre^ s'il en pouvoit traicter avec le duc de Nemours, y faire ses jardins, et envoyer son fils aisné vers le Roy pour n'en bouger. 11 ne se parloit à Dijou que de faire tournois et courre la bague pour se resjouyr du mariage de sa belle-fille avec le vicomte de Tavannçs ; mesmes l'an suy vaut il envoya madame de Mayenne à Fontainebleau, où le Boy estoit lors, pour demander la paix ; mais, sur le refus que l'on fit de luy laisser le gouvernement de la Bourgongne, et autres demandes qu'il faisoit, il ne $*y put point faire aucun accord. Depuis, le Roy fit acheminer le mareschal de Biron en ceste province ^ de laquelle il luy donna le gouvernement, avec une partie de son armée , pour favoriser les villes qui desireroient retourner sous Tobeyssapce royale : de ce qui s'y passa nous le dirons l'an suy vant.

Le Roy, qui ne songeoit qu'à porter la guerre dans les pays de l'obeyssance d'Espagne, ne demeura gueres à Paris à repos. Sur la fin de novembre il alla visiter les frontières de Picardie ; il entra dedans Cambray , où il fut receu fort honorablement dans la ville et dans la citadelle par le mareschal de Balagny, qui , comme nous avons dit cy-dessus, en faisant son accord avec le Roy, estoit demeuré prince souverain de Cambray et Cambresis, à la charge d'estre maintenu sous la protection de Sa Majesté, en le recognoissant d'un droict de baise-niain pour le devoir de la protection. Ceste place estoit le reste des travaux de feu M. le duc d'Anjou, qui y avoit mis pour gouverneur ledit sieur de Balagny, lequel par le moyen des troubles s'en estoit ainsi rendu prince. Après que le Roy y eut esté peu de jours , il recognut incontinent que ceste principauté ne dureroit gueres, et que les Cambresiens n'en estoient fort contens. Il fit proposer audit sieur de Balagny qu'il prist recompense en France pour Cambray , quMl luy mit

ceste place en sa puissance, qall le ereost oi cela, et qu'il feroit bien ; mais madame de Balagny, sœur de ce sieur de Bussy d'Amboiseqai avoit esté si favorit de feu U. le doc dAnjoq, dame .de grand courage , destonma son mary d'entendre à ceste proposition, pource qu'elle otimoit ce commandement souverain beaucoop. Plusieurs ont creu qu'ils eussent mieux fokt d'accepter Toffre du Boy, et qu'il leur estoit trop difficile de deineurer paisibles possesseurs dooe si belle ville entre deux si puissans roys, n'ajau point le peuple beaucoup affectionné, et principalement sur ce qui en est advenu depuis. Cependant les garnisons de Cambray firent lue infinité de courses et de butins en Artois et ea Hainfiult, tellement que l'archiduc fatcootralDt d'envoyer le prince de Chiroay pour empescber leurs coursçs, lequel vint hyverner auxeufinu d'Havrec avec les Espagnols et Valous qui s'estojent mutinez au Pont sur Sambre , que fon avoit appaisez par argent : ils demeurèrent si long temps en ce pays-l^, que tous les eavirou furent ruynez, tant d'un costé que d'autre.

Il se fit durant ce mois plusieurs eatrepn«s et courses par les François ^ur les places et pfi}5 de l'Espagnol, et l'Espagnol ea fit aussi plusicai^ sur ccluy des François, entr'aqtres sur la Tille de Monstrœll sur mer , où l'entrçprise estaal double, les Espagnols y perdirent ce qoils avoient donné d'argent au gouverneur de cestt ville-là , et plusieurs des entreprenans y laisà^ rent la vie. D'autre costé les François eatre^rent sur Sainct Omer qu^ils pensoient sorpreodft avec un pétard ; mais desoouverts ils ne se retirèrent pas aussi sans perte.

En ce mesme temps le Roy conseillé que, potf appaiser la guerre civile, il failloit qtt*il enU^ prist l'estrangere, il commanda aussi au marochal de Bouillon d'entrer dans le Luxemboai| avec des troupes de cavalerie et d*infaoterie, là où^ suy vant la promesse que les Holaniaii avoient faicte à Sa Majesté , il devoit estrt » couru de deux régiments d'infanterie et daf cornettes de cavalerie sous la conduite du cooH Philippes de Nassau et du chevalier Yeer; mai ces troupes hollandoises s'est^s acheminées da pays de Gueldre pour venir au Luxembourg, (( sçachans que le comte Charles de Mansfeift, ayant receu quatre mil Suisses, avoit envia à les combattre en leur passage^ils se separeititt et le colonel Yeer s'en retourna cm Gueldra,!* laissant que deux cornettes «udit coqite PU* lippes, lequel , prenant son chemin par le pqi de Trêves, vint costoyer Mets, el, mofiiistid qu'il fust fort poursu vy dudit comte de MansfA il joignit le mareschal de Bouillon qui 8*cstflO

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aaisy de quelques petites places au Luxembourg sur la rivière de Cher, sçavolr, Yvois, La Ferté et Chameoey, d*où depuis ils firent plusieurs degasts sur le pays de TËspagnol.

Le comte de Mansfeldt, ayant domié ordre aux passages et places principales du pays, se délibéra d'enlever fe quartier des Holandob, ce qu'il fit, et en fut tué soixante sur la place et deux capitaines de cavalerie ; ce qui advint pour ce que le mareschal de Bouillon ne les pouvoit secourir à cause des eaux. Deux jours après, le ms^reschal ayant envie d*en tirer la raison, ayant sceu qu'onze cornettes de cavalerie estoient logées près d'un lieu nommé Yirton, il résolut de les desfaire , ce qu'il fit si heureusement qu'en les surprenant sur le point qu'ils deslogeoient, il les mit tous à vauderoute, et eu demeura deux cents sur la place. Depuis, ledit sieur mareschal eut plusieurs entreprises sur diverses places, entr'autres sur Thionville; mais cela fût sans effect , et toutes ces courses ne firent que ruyner le plat pays : la rigueur de l'hyver le fit revenir en France ; et le comte Philippe de Nassau, ne voulant retourner en Rolande par où il estoit venu , sçachant bien qu'il auroit sur les bras ledit comte de Mansfeldt, print son chemin le long des frontières de Picardie, s'embarqua à Diepe , et depuis arriva en seureté en Zelande.

he 17 décembre le Roy, estant à Amiens, envoya aux estais d'Arthois et de Hainaut des lettres , la substance desquelles estoit :

Que l'office d'un bon prince estoit d'espargner le sang chrestien et empescher l'oppression des Innocents; qu'estant né delà plus illustre famille qui fust au monde , il vouloit suivre en vertu et en pieté les vestiges de ses prédécesseurs roys ; qu'ils n'ignoroient pas qu'il ne fust par une légitime succession roy de France; qu'ils estoit obligé de faire punir ceux qui se trouveroient coulpables de Tassassinat de son prédécesseur le feu roy Henry III de bonne mémoire , et deffendre son patrimoine contre l'ambition et la rébellion de ceux qui le vouloient envahir; et combien que plusieurs de ses subjects se fussent réunissons son obeyssance, que le roy d'Espagne toutesfois ne cessoit de luy susciter nouveaux ennemis , ce qui estoit contre les anciennes alliances faictes entre leurs prédécesseurs, et ne pensoit qu'à envahir et mettre sous sa puissance les villes de l'obeyssance de la couronne de France, en prenant sous sa protection les François qui luy estoient rebeller ; ce que ne pouvant plus longuement supporter , il estoit résolu, en deffendant ses subjects, de repoulser par les armes les injures receuës par les Espagnols ; mais que pour l'amour et bien-veuillance qu*i^voient

porté ses prédécesseurs aux provinces d'Arthois et de Henaut, qui dévoient sans doute suporter tout le fardeau de ceste guerre, qu'il les avoit voulu adn^onester à ce que si , dans la fin du mois de janvier prochain, ils n'obtenoient du roy d'Espagne un mandement pour faire retirer son armée et les gens de guerre qu'il tenoit eu leurs provinces , et s'ils ne s'abstenolent de faire la guerre à ses subjects et aux Cambrestens qui estoient sous sa protection, qu'il denonceroit la guerre audit roy d'Espagne et A tous ses subjects; protestant devant Dieu et ses anges que le mat qui en adviendroit ne luy en devoît estre imputé, puisque, comme tout bon prince chrestien devoit faire, il avoit recherché la paix et la concorde avec tou3 ses voisins.

Ceste lettre portée par un trompette, les estais d'Arthois et de Henaut n'y firent aucune respoDse, mais l'envoyèrent incontinent à l'arcbi-» duc, lequel assembla une forme d'estats à Bruxelles au commencement de Tannée suy vante pour ouyr les doléances desdits pays, et s'emploia du tout pour faire contenter les mutinez, tant Italiens que Walons , dont il fut fort traversé en ceste année, aucuns desquels, sçavolr les Italiens , après qu'ils furent chassez de Sichem, avoient commencé de vouloir traicter avec les Holandois, lesquels leur avoient permis de se retirer en la Langhe-Strate, au-dessous de Breda ; ce qu'ils firent. Ceste altération vint bien à propos aqsdits Holandois , car cependant ils ne furent molestez ny de ces Italiens mutinez , ny des Espagnols qui estoient demeurez obeyssans à l'archiduc, pour ce qu'ils se faisoient la guerre les uns aux autres. Du depuis l'archiduc ayant accordé avec eux , il les fit loger à Tillemont en Brabant, espérant les faire employer Tan suyvant.

Le 27 de décembre , sur les six à sept heures du soir, comme le Boy retournoitde Picardie A Paris, estant encore tout botté dedans une chambre du Louvre , ayant autour de luy ses cousins le prince de Conty , le comte de Soissons , le comte Sainct Paul, et trente ou quarante des principaux seigneurs et gentils-hommes de sa Cour, se présentèrent A luy les sieurs de Baigny et de Montigny , lesquels ne luy avoient encores faict la révérence. Ainsi qu'il les recevoit et se baissoit pour les carresser , un Jeune garçon , nommé Jean Chastel, de petite taille , aagé de dix huit à dix neuf ans, nourry et eslevé au collège des Jesuistes, fils de Pierre Chastel, drapier , demeurant devant la principale porte du Palais de Paris , lequel s'estoit glissé avec la troupe dedans la chambre , s'avança saq^ estre quasi apperceu de personne , et tascba frapper

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le Roy dedans le col avec un coustean qu'il tenoit. Parce que le Boy s estoit fort encline pour relever ces seigneurs qui luy baisoient les genoux j le coup porta dedans la face sur la lèvre haute du costé droit, et luy entama et coupa une dent. A Tinstant ce misérable fut pris; et, après avoir voulu.desad vouer le faict, incontinent après le confessa sans force. Le Boy commanda au capitaine des gardes, qui Tavoit attrapé après avoir jette son Cousteau par terre , qu'on le laissast aller, disant quMl luy pardonnoit; puis, entendant que c*estoit un^disciple des jesuistes, dict : « Falloit-il donc que les jesuistes fussent convaincus par ma bouche? » Ce parricide, mené es prisons du fort TEvesque, fut interrogé qui II estoit, pourquoy il estoit en prison , sMl n*avoit pas attenté un parricide sur la personne du Roy, comment il Ta voit frappé, et si le cousteau estoit empoisonné. Le serment de luy pris, confessa y avoir long temps quMI auroit pensé en soyroesme à faire ce coup, et, y ayant failly , le feroit encores s'il pouvoit, ayant creu que cela seroit utile à la religion ; qu'il y avoit huict Jours qu'il auroit recommencé à délibérer son entreprise, et environ sur les unze heures du matin qu'il avoit pris la resolution de faire ce qu'il avoit faict, s'estant saisi du cousteau qu'il auroit pris sus le dressoir de la maison de son père, lequel il auroit porté en son estude, et de là seroit venu disner avec son père et autres personnes. Examiné sur sa qualité , et où il avoit faict ses estudes, dit quec'estoit aux Jesuistes principalement, où il avoit esté pendant trois ans , et à la dernière fols sous père Jean Gueret , Jesuiste ; qu'il auroit veu ledit père Gueret vendredy ou samedy précèdent le coup , ayant esté mené vers-luy par Pierre Ghastel son père pour on cas de conscience, qui estoit qu'il desesperolt de la miséricorde de Dieu pour les grands péchez par luy commis ; qu'il avoit eu volonté de commettre plusieurs péchez énormes contre nature , dont il se seroit confessé par plusieurs fois; que, pour expier ces péchez, il croyoit qu1l falloit qu'il fist quelque acte signalé ; que souventesfois il auroit eu volonté de tuer le Boy, et auroit parlé à son père de l'imagination et volonté qu'il auroit eu de ce faire : sur quoy sondit père luy auroit dit que ce seroit mal faict.

Pendant ce premier interrogatoire qui loy fut faict , le bruit courant par la ville que le Roy n'estoit que blessé, et que le cousteau n'estoit empoisonné, grâces en furent incontinent rendues à Dieu , et le Te Deum iaudamus chanté en l'eglIse Nostre Dame.

Ce ne fut pas sans que le peuple de Paris ne se mist en alarme : chacun se rendit en son corps

de garde. Sur le commandement que l'on ort en rUniversité de se saisir à l'heure mesmes des jesuistes qui estoient dans leur collège, le conseiller Brisar , l'un des capitaines de ce quartier là eut de la peine à retenir du^uple qui estoiteimeu contr'eux sur ce que l'on disoit qu'ils avoient voulu faire tuer le Boy. Après que le eollcge eut esté entouré de tous costez, afin que nul ne pust eschapper, il entra dedans , et, ayant &iet assembler tous les pères et principaux jesuistes, il les fit conduire en sa maison , et laissa quelques bourgeois en garde dans ce collège. Le père Gueret , précepteur de ce Ghastel, et Jean Gnignard, prestre et régent audit collège [auquel Alt trouvé plusieurs choses qu'il avoit caerites, tant contre le feu Boy que contre Sa Majesté i présent régnant ] , furent depuis menez à la Gnclergerie, et les autres à leur maison de Saist Anthoine, où on avoit mis aussi plusieurs bcnvgeois pour les garder.

Le lendemain Chastel estant mené en laCoociergerie du Palais, il fut Interrogé par les priacipaux officiers de la cour. Il répéta ce qflU avoit dit par ses responses au premier hiterrogn* toire pardevant le prevost de THosteK Interroge quel estoit Facte signalé qu'il disoit avoir peûé devoir faire pour expier les grands crimes doot il sentoit sa conscience chargée, dit qu'il se seroit efforcé de tuer le Boy , inais n'auroit ftict que le blesser à la lèvre, le cousteau ayant reacontré la dent ; qu'il i'avoit pensé frapper i la gorge, craignant, pource qu'il estoit bien vestn, que le cousteau rebouchast ; plus, qu'ayant o|)i* nion d'estre oublié de Dieu, et estant asseoit d*estre damné comme l'ante-christ, il yoétà de deux maux éviter le pire, et, estant damne, aimolt mieux que ce fùst ut qtumtorqw vtoel». Interrogé si , se mettant en ce desespoir, ilpeasoit estre damné, ou sauver son ame par cemes* chant acte, il dit qu'il eroioit que cest acte, estant faict par luy, serviroit à la dimiautioode ses peines , estant certain qu'il seroit pluspooj s'il mouroit sans avoir attenté de tuer le Boy, et qu'il le seroit moins s*il faisoit effort de loj 9^ ter la vie; tellement qufl estimoit que la moisdre peine estoit une espèce de salvationeacoB* paraison de la plus griefve. Enquis où II t^^ appris ceste théologie nouvelle , dit que c estoil par la philosophie. Interrogé s'il avoit estu& en la philosophie au collège des Jesuistes, A que ouy , et ce sous le père Gueret, avec lequd ii avoit esté deux ans et demy. Enquis s'il nlivoit pas esté en la chambre des medilaticÊS, où les Jesuistes introduisoient les plus grands pe^ cheurs, qui voyoient enicelle chambre les poQ^ traicts de plusieurs diables de diverses flg«AS

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espouventables , sous couleur de les réduire à uue meilleure vie. pour esbranler leurs esprits, l't les pousser par telles admonitions à faire quelque grand cas , dit qu'il avoit esté souvent en ceste chambre des mé^tïa/t 0725. Eoquisparqui il avoit esté persuadé à tuer le Roy , dit avoir entendu en plusieurs lieux qu'il failloit tenir pour maxime véritable qu'il estoit loisible de tuer le Boy, et que ceux qui le disoient Tappelloient tyran. Enquis si les propos de tuer le Roy n'estoit pas ordinaires aux jesuistes, dit leur avoir ouy dire qu'il estoit loisible de tuer le Roy, et qu'il estoit hors de l'Eglise , et ne luy faiiioit obeyr, ny le tenir pour roy , jusques à ce qu'il fust approuvé par le Pape. Derechef interrogé en la grand chambre, messieurs les présidents et conseillers d'icelieetde la ToiMrnelle assemblez, il fit les mesmes responses, et signamment proposa et soustint la maxime , qu*il estoit loisible de tuer les roys , mesmement le Roy regnantf lequel n'estoit en l'Eglise, ainsi qu'il disoit,par ce qu'il n'estoit approuvé par le Pape.

Le procès des jesuistes [qui avoit esté, comme nous avons dit cy dessus, encor une fois pendu au croc, bien qu'on se fust cftorcé de les accuser qu'ils estoient corrupteurs de la jeunesse, perturbateurs du repos public, et de s'estre efforcez de faire assassiner le Roy pat Pierre Barrière] fut à ce coup jugé sur les responses de ce Chastel qui avoit estudié en leur collège , et, par le mesme arrest que Chastel fut condamné à estre tiré à quatre chevaux, les jesuistes furent aussi condamnez à sortir hors de la France. Voicy la teneur de l'arrest.

« lia cour a déclaré et déclare ledit Jean Clnstel altaint et convaincu du crime de leze majesté divine et humaine au premier chef, par le très-meschant et très-détestable parricide attenté sur la personne du Roy ; pour réparation duquel crime a condamné et condamne ledit Jean Chastel à faire amende honnorable devant la principale porte de l'église de Paris, nud en chemise, tenant une torche de cire ardente du poix de deux livres, et illec^ à genoux, dire et déclarer que malheureusement et proditoirement il a attenté ledit très-inhumain et très-abominable parricide, et blessé le Roy d'un Cousteau en la face ; et que, par faulses et damnabies instructions , il a dit audit procez estre permis de tuer les roys, et que le roy Henry quatriesme à présent régnant n'est en l'église jusques à ce qu'il ait l'approbation du Pape ; dont il se repeut et demande pardon à Dieu , au Roy et à justice : ce faict, estre mené et conduit en un tumbereau en la place de Grève ; illeç tenaillé

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