I. c. D. M. T. xn
dantes diceluy , Sa Majesté veut et entend que ladite dame en jouysse et soit payée de ce qui en peut estrc deu par les fermiers dudit comté et terres en dépendantes , auquel effect Sa Majesté accorde à ladite dame, comme Jà elle a fait cydevant, toutes lettres demain-levée.
9 Et pource que ladite dame duchesse devoit jouyr de trente mil livres de rente, et que ledit comté de Clermont n'a esté evallué en la chambre des comptes que à dix-neuf mil tant de livres, et le surplus, montant à dix mil cinq cens tant de livres ou environ, luy fut assigné sur la recepte generalle d'Orléans, dont, par discontinuation de payement, les arrérages montent à soixante mil escus , Sa Majesté , luy pourvoyant sur cela , ordonnera aux trésoriers généraux de France à Orléans de veriffier ce qui est deu à ladite dame de l'assignation à elle donnée sur ladite recepte, et d'où procède le deffaut, pour^ ce fait, luy estre pourveu d'assignation par Sa Majesté.
• Que tous gentil- hommes et autres François subjets de Sa Majesté, ou des terres de soa obeyssance , qui ont fait service audit sieur duc pendant la présente guerre par port d'armes, negotiations ou autrement, seront comprios audit présent traicté de paix , et;selon le bénéfice d*iceluy Jouyront de leurs biens et bénéfices, comme réciproquement feront tous gentilshommes et autres subjects dudit sieur duc qui ont fait service à Sadite Majesté durant ladite guerre; et toutes praticques, menées, levées de gens et de deniers, et autres semblables faicts, remis et abolis par tous les traictez qui ont esté accordez aux subjects de Sa Majesté quand Ils se sont remis en son obeyssance, seront aussi abolis pour lesdits gentils-hommes et autres subjets de Sadite Majesté et dudit sieur duc de Lorraine, qui ont servy 1 unou l'autre durant lesdits troubles : et partant toutes procédures, jugemens , sentences et arrests donnez contre eux pour les causes susdites, seront et demeureront cassez et du tout annuliez par le présent traicté : dequoy seront expédiées , de part et d'autre ^^ toutes lettres générales et particulières pour ce nécessaires.
9 Que ledit sieur duc gardera le chasteau de La Faulche, appartenant à madame la duchesse de Joyeuse , en l'obeyssance de Sa Majesté jusques à ce quMI en ait esté autrement convenu entre Sadite Majesté et ladite dame de Joyeuse.
• Que Texecution de la justice de Bar et Barrois demeurera en Testât qu'elle estoit pendan la présente guerre , jnsques à la publication du présent traicté de paix.
• Que, moyennant ce présent traicté de paix
CHBONOLOOIE NOYBNATBB DE PALltl CAYET. [1594];
entre Sa Majesté et ledit sieur duc, il ne se fera d'oresnavant de la part de Sa Majesté aucun acte d'hostilité ez terres et pays de Tobeyssance dudit sieur duc ; comme aussi de sa part il ne s'en fera au royaume de France et terres de l'obeissance et protection d'iceluy , et retournera et demeurera, en ce faisant , ledit sieur duc en son ancienne neutralité.
• Auquel traicté de paix seront comprins, de la part de Sa Majesté, messieurs les eslecteurs et princes du Sainct Empire, et spécialement M. Peslecteur palatin , le duc des Deux Ponts et autres princes des maisons palatines et de Bayiere , M. Teslecteur et la maison de Brandebourg, le marquis d'Anspach, Fadministrateur et chapitre de Strasbourg , et autres leurs alliez et confederez, le duc de Virtemberg, le marquis de Dourlac et prince d*Anhalt, et pareillement le sieur de Sedan, et la ville, magistrat et bourgeois de Strasbourg.
» Qu'il sera pourveu , par les députez que Sa Majesté envoyera en Lorraine , aux contraventions faites et advenues aux traictez de trefve entre Sadite Majesté et ledit sieur duc, et toutes choses seront par eux restablies selon le contenu des articles d'icelle trefve.
0 Et d'autant que le sieur de Bassompierre s'est entremis de grande affection au fait du présent traicté, et a voué tout service à Sa Majesté , tel qu'il Ta rendu aux roys ses prédécesseurs, Sadite Majesté a promis de le &ire payer des deniers qui luy seront deubs et ont esté par luy advancez pour le service du feu roy Henry son prédécesseur, montant à la somme de cinquante quatre mil six cents escus ou environ, et d'àirantage , le faire rembourser de la somme de treize mil quatre cents soixante et quinze escus receuë et levée es années dernières par les receveurs généraux de Normandie establis à Caën , ainsi qu'il est apparu par l^rs quittances du revenu des terres et seigneuries de Sainct Sauveur le Vicomte et Sainct Sauveur Landelin , et baronnie de Nehou , pour le payement desquelles sommes et de celle de trente six mil cinquante huit escus qu'il doit mettre comptant es mains du trésorier de l'espargne , Sa Majesté promet luy engager et vendre, à faculté de rachapt perpétuel , la terre et seigneurie de Vaucouleur en Champagne, ensemble tous et chacuns les droits de présentations de bénéfices et provisions d'offices, avec toutes ses autres appartenances et dépendances , sans aucune réservation que de la couppedes bois de haute fustaye, ressort et souveraineté d'icclle terre, et ce pour la somme de quarante mil deux cens escus ; outre laquelle neantraolns il sera tenu rembourser en deniers |
comptans le sieur de Malpierre et aiitres acipwreurs des portions en domaine dudit Yaucoulenr, tant de leur principal que frais , mises et loyaux cousts; et pour le surplus dudit deu et desdltg treize mil quatre cens soixante quinze escus, et trente six mil cent cinquante huict escos, reTe* nans à la somme de soixante quatre mil escos, lesdites terres et seigneuries de Sainct Sauveur le Vicomte et Sainct Sauveur Landelain, et baronnie de Mehou, luy seront et 4emeureroDt surengagées, sans qu'il puisse estre cy après dépossédé d'icelles terres et seigneuries, qu'il ne soit preallablement remboursé desdites sommes de quarante mil deux cens escus, desditssoixante quatre mil escus, comme de ce qu'il a p^emier^ ment payé pour les premières ventes de Saioct Sauveur , et remboursement des acquéreurs de ladite terre de Vaucouleur, et de ses frais et loyaux cousts ; permettant en outre audit sieur de Bassompierre de retirer lesdites terres de Sainct Sauveur le Vicomte et Sainct Sauveur Landelain et la baronnie de Nehou, nouveli^ ment revendues , en rembourceant aussi lesdks acquéreurs de leur principal et loyaux cousts; lequel remboursement tiendra pareillement lieu de sureogagement desdites terres audit sieur de Bassompierre; de quoy Sa Majesté luy fers expédier tels contracta, lettres patentes et quittances de ses officiers comptables que besoin sera, pour servir audit sieur de Bassompierre sa remboursement desdites sommes et remboursement susdit, quand Sa Majesté ou sessuecesseurs voudront rachepter lesdites terres et selgneuries.
» Faict À Sainct Germain en Laye, le 16 de novembre 159'^.
» Signé HfiifB\.
• Et plus bas,
Quand à l'edict fait sur la réunion du duc de Guyse, de messieurs ses frères et de la ville de Bheims et autres villes que ramena ledit ducea l'obeyssancedu Boy, il fut accordé aussi au oms de novembre. Par cest edict le Boy ordouas qu^il ne se feroit aucun exercice que de la région catholique , apostolique-romaine ez ^flie et faux-bourge deBHeims, Rocroy Sainct Disier, Guyse , Joinville , Fisroes et Montcometeu Ardenne; que les ecclésiastiques du diocèse de Bheims, après avoir satisfait au serment de fid^ lité, auroient pleine main -levée des beoefiees qui leur appartenoient , en quelque lieu qu'ils fussent situez , avec injonction à ceux qui s c> estoient emparez depuis les troubles de leur es laisser la libre possession ; et quelessrtlclespar-
CmOHOiOGni HOVBFAIIB DB PALlfA CAVBt. [1594]
ticQllen aeeordeis aussi par le Roy à messlre Claude de Guise , abbé de Clugny , seroient vérifiez et gftfcle}. Qq« la mémoire de tout ce qui s'estoit passé dspuis Tau U8iî, et tout ce qui avoit esté géré et uegotié, tant par les defuncts due et cardinal de Guise, ledit duc de Guise , le doc de Mayenne , le prince de Ginville, le feu tieor de Sainct Paul , et autres qui avoient ebarge ez susdites villei que ledit duc de Guise rame^ Doit en rebeysaance du Boy, seroit esteinte et abolie; avee deffences à toutes personnes de faire aucuns libelles diffamatoires ou pre^cher cootre la mémoire desdits feu duo et cardinal de Gaise, ny de se provoquer par injures et reprocbe9, aine vivre ensemblement en paix. Que les dits ecclésiastiques qui feroient le serment de fidélité seroient quittes des décimes qu'ils pou voient devoir depuis Tan 1689 Jusques au terme d'octobre dernier ; et que , pour gratifier ceux qui avoient esté pourveuz des bénéfices consistorlaux estans èsdites villes, par mort ou résignation, et qui ayoient obtenu leurs provisions du Pape, de son prétendu légat, du duc de Mayenne, du cardinal de Pellevé, deTevesque d'Avrancbes ou autres, au préjudice de l'autborlté de Sa Majesté, en rapportant lesditesprovi8ions[lesqueIles comme nulles et abusives seroient rompues et lacérées]} il leur en seroit délivré d*autres, et toutes expéditions nécessaires. Que les habitans desdites villes seroient descbarges de ce qu'ils devoieut des tailles et taillon depuis Tan 1589 , excepté de \f^ solde du prevost des maresobaux; que tous ceux que rameneroit ledit duo de Guise au service du Âoy auroient mainlevée des sai* sies qui pourrolent avoir esté foictes de leurs terres pour ne s'estre trouvez à la convocation du bao et arriereban ; que les habitans desdites villes seroient maintenus en tous leurs privilèges et libertez; et que fous offices de judicature et de duances qui pourroient avoir esté transférés hors lesdites villes y seroient restablls et exerce^ ainsi quMU estaient auparavant les troubles. Que tous subsides qui avoient esté créez pour la nécessité de« troiibies au dedans desdites villes se* roient supprimez. Que les prisonniers tenus à I occasion deadits troubles et autres faicts de guerre seroient mis en liberté en payant la ran?çon qu'ils auroient accordée; mais, s'ils n'en avoient opnvenu, que leur rangon seroit modérée suy vant le traité de la trêve générale. Sans comprendre i|a4it edict ce qui s*estolt faiot, au pre- [udice des trefves el sans ^dveu, par forme de vollerie.
Ceat ediet fut vérifié au parlement le au novembre, avec ceste clause : Suy vant et aux charzes contenues au registre de ce jour.
Yoyli comment le duc de Guise se remit en Tobeyssance du Boy avec la ville de Rbeims, ce qu'il ne put pas faire qu'avec peine ; car ledit sieur de Sainct Pol ayant, comme nous avons obtenu du duc de Mayenne, dez le 8 janvier 1 589, commission pour commander en Champagne et Brie , s'estoit saisy de plusieurs villes et places fortes aux frontières, et entr'autres de Bheims , où 11 avoit projette d'y faire des forts pour contraindre les habitans d'endurer sa volonté. Or le feu duc de Guise, qui estoit gouverneur de la Champagne, Tavoit advancé de peu aux grades militaires, cognoissant sa hardiesse : et, après sa mort , ie duc de Mayenne hiy ayant donné charge en Champagne, aveoceste clause dans sa commission : t Noos , en l'absence de M. le prince de Ginville nostre nepveu , gouver* oeur èsdites provinces, à cause de la détention de sa personne, vous avons commis et commettons pour avoir l*œil et veiller soigneusement à la conservation des places dodit gouvernement,» il s'y rendit maistrede beaucoup de forteresses : plus, ledit duc luy donna aussi depuis, comme lieutenant de TEstat, lettres de mareschal de France; tellement que de simple soldat et capi* taine il estoit devenu mareschal de France et lieutenant gênerai d'une province. Il n'eust peu, pour le petit estoc de sa maison ^ quelque accord qu'il eust faict avec le Roy, conserver ces deux tiltres : ce fut pourquoy il jetta tous ses desseins de se rendre espagnol , pour se maintenir en la qualité qu'il s'estoit acquis durant les guerres el« viles de France. On tient qu'il estoit devenu si hautain , que s'estant rendu maistre d'une partie des places fortes du duché de Bethelois , qu'il manda au duc de Nevers : « Si vous desirez que les vostres jouyssenten paix du Bethelois, vous avez un fils et une fille à marier, j*en ay autant; en les mariant ensemble nous pourrons nous accorder, i Le due de Nevers eut tant ceste parole ècœur, quil luy dressa plusieurs embuscades pour Tattrapper; mais le tout fut en vain, car Jl estoit devenu si puissant en ceste province , que mesmes M . de Guise, sous lequel il devoit obeyr, et auquel il devoit rapporter l'heur de son advancement , fut coatraint de luy faire perdre la vie pour sa hautaineté. L'occasion fut telle : M. do Mayenne estant au commencement du mois de may de çeste année à Bheims, le lieutenant Koosselet et aucuns habitans firent plainte audit due de Guise, comme estant leur gouverneur , de ce que ledit sieur de Saint Paul leur avoit faict faire comme une oitadelle à la Porte-Mars , et y avoit mis (dedans depuis peu de jours , spus quatre capitaines, deux ceats e&trangers en ^aruN son; ce qu'ils prejugeoient eUre un commence*
CtIBONOLOOtK NOVENàlBB DE VAtUk CAYKT. [1594]
ment de Texecution de ses desseins pour les assubjettir sous la domination de l'Espagnol. Le dac, qui premeditoit dèslors de se remettre en Tobeyssance du Boy , leur promit de faire tant avec Sainct Pol qu'il ferait sortir les garnisons de Porte-Mars; mais depuis , luy en ayant parlé plusieurs fois, et mesmes en Jouant ensemble à la paume , le Jour d'auparavant qu'il le tuast , Sainct Pol luy respondit assez hautement : t Mon maistre, ne me parlez point de cela, car il ne s'en fera rien. • Le lendemain matin, le duc ayant ooy messe en l'église de l'abbaye Sainct Pierre, et luy ayant esté rapporté que Sainct Pol avoit dit le soir d'auparavant quelques paroles hautaines, aussl-tost que ledit Sainct Pol l'y fut venu trouver, ils s*en allèrent au cloistre avec M. de Mayenne, lequel s'estant arresté à parler à quelques-uns, le duc, appuyé de sou bras gauche sur Tespaule droicte de Sainct Pol, luy dict : « Ma taille (l). Je te prie, donne ce contentement an peuple, fais sortir ces garnisons, et tu me feras piaishr. • Sainct Pol luy respondit , en mettant la main sur la garde de son espée comme pour la tirer : t Cela ne se peut faire , et ne se fera point. » Lors le duc , luy ayant veu porter la main à la garde de son espée, tira la sienne, et, d'un seul coup qu'il luy dqnna dans la mammelle gauche, il le fit tomber mort à ses pieds. Le baron de La Tour et un Suisse qui appartenoit à Sainct Pol mirent aussitost l'espée au poing contre le duc; mais quelques gentils- hommes qui estoient là, s'estans advancez, les empescherent, et contraignirent La Tour de se retirer et passer par dessus les murailles de la ville pour sauver sa vie. Geste mort ainsi advenue ne se fit pas sans estonnement , et les gens des deux ducs se rendirent incontinent près d'eux. Le bruit courut que Sainct Pol avoit commandé à toutes ses troupes de gens de guerre de s'acheminer à Reims , et qu'il les y devoit faire entrer sur l'aprèsdlsnée, tant pour tenir du tout la bride au col à ceux de Belms , et par ce moyen y faire bastir les citadelles qu'il avoit projettées , que pour empescher le duc de Guise et tout autre d'y rien entreprendre contre sa volonté. Du depuis sa mort le dac ne bougea de Reims Jusques à la susdite réduction. Et quant aux places fortes que tenoit Sainct Pol , sçavoir , Yitry , Mezieres et autres, ceux qui y oommandoient , après sa mort, firent leur composition chacun à part avec le Roy; tellement que toute la Champagne fut remise en lobeyssance de Sa Majesté depuis que ledit
(f) Le doc de Gnise appelât le sienr de Sainct Pol Ma ittUle , par familiarité , pour ce qu'ils estoient d*ane mesme hanteur et corporeoce. ( KcUde TauUur. ) |
edit de la réunion du duc de Guise et delà ville de Reims fut publié.
Pendant que cet edict se minatoit à Saioct Germain en Laye, le Roy désirant rendre gracts à Dieu, dans l'église Nostre-Dame de Paris, pour les heureux exploicts militaires dont il estoit venu à bout, durant cest esté, en la prise et reductlon de tant de villes, il s'achemina ven Paris du costé de rUniversité. Le sieur de Bcaorepaire Langlois , qui avoit este esleuprevostdei marehans à la my-aoust , avec les qoatie eschevins vestus de leurs robes de livrées , aecompagnez d'un grand nombrede bourgeois et de8a^ chers et arbalestriers de la ville , tons à cheul, allerant au devant de Sa Majesté fusquesauboot du fauxbourg Saint Jacques , lequel , aeeompsgné de messieurs les princes de son sang et de plusieurs princes , seigneurs et gentils-hommes, en très-grand nombro, entra dans Paris et aliià PegliseNostre Dame. Le TeDeum y estantcbanté, il s'achemina au Louvre, à la lueur d*ane infinité de flambeaux » les rues et les fenestres des maisons estans pleinesde peuple qui faisoit reteatir Tair de ce cry de rojouyssance de vive leRovl
Nous avonsditaux livres precedens que le Boy avoit envoyé le mareschal d' Aumont en Bretagoe pours'opposeraux eotreprisesdudocde Menwor et de don Jean d^Aguila, chef des Espagnoh^ipi s'estoient fortifiez dans le pcHrt de Blavet U Roy ne doûairi»^ , Loyse de Lorraine , qui estoit sœur du duc de Mercœur, essayolt par tons moyens de ramener son frère au service du Boy et faire sa paix : mais les prospérités qu'il avoft eues sur les royaux aux années précédentes forent cause que les desseins de ceste iMHine Bojae furent sans effect pour lors. Durant l*esté deoeste année , ledit sieur mareschal d'Aumont , ayant receu nouveau renfort d'Anglois sous la condvite du capitaine Forsbiher, résolut , avec le geaeni Norrys , d'aller assiéger QuImpercorentiQ : a qu'il fit , et s'en rendit maistre , comme auside la ville de Morlais ; puis il mena son armée pour desnicher les Espagnols d'un fort quMIs avoiest fait auprès du port de Rrest , avec lequel ils teuoient ce port en subjection et en empeschCRest l'entrée. Le mareschal fit donner l'assaut si forieusement à ce nouveau fort , que quatre ceafs Espagnolsquilegardoieotfurenttaillexen pièces: ce qui ne se fit sans perte de beaucoup des assaillans, et entr'autres dudit capitaine Fmsbîhcr.
Ceux de Sainct Malo en ce mesme tanps od* voyerent aussi des députez vers le Boy, IcBqnds le supplieront d'abolir la mémoire de tout ce qu'ils a voient fait durant ces derniers troubles , et les recevoir en grace. Geste ville , très-lîHte , tient le troisiesme lieu de la Bretaigne, ot y s ub
CURONOLOOlfi MOVBNAIRK DE PALMA CAYET. [lô94]
très-bon port de mer : les habitans sont fort addonnez à la navigation , et ont grand nombre de vaisseaux traffiqnans en tons les endroits du monde ; mais, sVstans sons-Ievez contre Pauthorité royale et mis du party de Tunion après avoir tué M. de Fonteines leur gouverneur , surpris le cbasteau , tué tout ce qu^ils trouvèrent s'opposer à leur entreprise , ils ne voulurent toutesfois recevoir aucun gouverneur de la part du duc de Hercœur. Ils se disoient bien estre de son party et assemblèrent quelques gens de guerre avec lesquels ils firent razer plusieurs chasteaux et maisons nobles des royaux ; mais de vouloir recevoir aucun qui leur commandast, ils n'en voulurent point ouir parler : tellement que , se retrouvans comme neutres et libres , leurs députez ayans remonstré au Roy que nonobstant tout ce qu'ils avoient foict, qu'ils n'avoient voulu tolérer les Espagnols en Bretagne et s'y estoient courageusement opposez, et qu'ayant descouvert le but des desseins des cbefs de l'union estre très-dangereux , qu'ils le supplioient de mettre sous le pied tout ce qu'ils avoient faict à son préjudice.
Par edict donné à Paris au mois d*octobre , le Boy leur accorda qu'il ne se feroit aucun exercice de la religion que de la catholique-romaine dans Sainct Malo ny trois lieues à la ronde ; qu'il n'y auroit garnison pour la seureté de ladite ville que la bonne volonté des habitans, lesquels seroient exempts de toutes tailles durant six ans prochains et consecutifii; que la mémoire serolt esteinte , et qu'il ne se feroit Jamais aucune recherche de la prinse qulls avoient faicte du cbasteau de Sainct Malo , ny de la mort du sieur de Fonteines et autres estans avec loy audit cbasteau, prise, pillage et butin gênerai des biens y estans , ny des démolitions et démantèlements des chasteaux de Ghasteauneuf et du Plessis Bertrand, sans qu'ils en pussent à Padvenir estre recherchez ne inquiétez sous quelque prétexte que ce fust; que tous leurs privilèges leur seroient confirmez ; que le négoce leur estoit permis en tous pays , Estais, republiques et royaumes queisconques, suyvant et conformément les traictez faicts par Sa Majesté , ou par les roys ses prédécesseurs , avec les autres princes estrangers , Estats , republiques et communautez, et que le Boy leur en rescriroit à cest effect; qu'il seroit créé un prieur et deux consuls à rinstar de ceux de Rouen , pour Juger en première instance les procez concernant le traffic ; qu*il leur seroit permis de faire fondre les pièces d'artillerie dont ils auroient besoin pour leur negotiation , et que le grand-malstre de Tartillerie leur en feroit délivrer les pouvoirs sur ce ne- I
cessaires ; que pour les fatigues et incommoditez qu'ils avoient receues à la garde du cbasteau et tour de Solidor, qu'aucun artizan ou gens de mestier estrangers ne se pourroient habituer dans Sainct Malo sans le consentement du corps et communauté de la ville.
Ainsi les Malouins , ayans obtenu cest edict du Boy, qui fut vérifié au parlement de Bretagne le 5 de décembre , reprirent le party du Boy, et quittèrent celuy du duc Mercœur , qui commença dèslors às'affoiblir. Cependant qu'ils obtenoient leur réunion , voyons ce que falsoient les ducs de Mayenne et d'Aumalle , et ceux qui s'estoient retirez , comme nous avons dit , en Flandres.
Le fruict que recueillirent ceux de la faction des Seize ,- et tous les François partizans de l'Espagnol , i\îit un exil en Flandres ou sur les terres de Tobeyssance de l'Espagne. Ils n'eurent tous plus grand allégement que de se plaindre les uns des autres de leur infortune. Ils avoient esté assis sur la poupe et avoient voulu manier le timon des affaires de France, et maintenant ils ne pouvoient avoir lieu seulement en la quille. Ils en vouloient fort au duc de Mayenne , et disoient mille choses contre luy , le fsdsans l'autheur de leur infortune. Le duc de Ferla en escrivit une lettre au roy d'Espagne, qui portoit en substance que le duc de Mayenne n'avoit rien faict qui vaille , qu'il avoit essayé de perdre la religion sous prétexte de la défendre , qu'il avoit eu tous- Jours secrette intelligence avec le roy de Navarre, qu'il avoit traicté mal les bons catholiques [les Seize], Jusques à souiller ses mains dans leur sang , et faict tout le bien qu'il avoit peu aux politiques; qu'il avoit espargné le roy de Navarre quant il l'avoit peu ruiner , qu'il avoit laissé perdre Dreux afin d'intimider les estats prétendus [assemblez à Paris] à consentir la trefve, qu'il avoit faict livrer les principal les places du party de la ligue audict roy de Navarre , qu'il avoit fait séparer dudict party les sieurs de La Chastre et de Villars , preveu et consenty la perte de Meaux , Paris , Laon , Amiens et Beauvais ; que la seureté et retraicte dudict duc de Mayenne seroit en son gouvernement de Bourgongne , où il se devoit en bref retirer après qu'il auroit assemblé force argent, et y faire publier la paix qu'il avoit faicte il y avoit lon^ temps ; que ledit duc n'avoit Jamais pensé qu'à son profit particulier, et qu'il estoit tenu d*un chacun pour mesehant , hay et mesprisé; qu'il ne pouvoit plus rien , que personne ne luy vouloit plus obeyr, et qu'il s'en failloit desfalre , Tarrestcr prisonnier , et luy faire rendre Soissons. Voyià la substance de ce que le duc de Fe-
CiillONOLOGIK M0V£NÀ1ËI Bl PALHA GàYIT. [lft94j
fia rescrivU ûu roy d^Eèpagne contre le dttc de Mayedne.
Or il advint (]ue le eeurHer qui poPtolt eeMfi lettre fut pris par les François* On troQTà bon d'en faire tenir la copie , puis Foliginal àudiét duc de Mayenne , leqiiel , petir se justifier de ces objections envers le roy d'E^agbe^ ^ fit une ample response qn*il luy en\dya, la ÎMstance de laquelle estoit i
Qo'encores quMi fust bien certain qu'il rece* voit toutes sortes de mauvais effiees dd due de Ferla , et quasi sceu qu'il dèsiroit, par ses ae^ tiens el conseil, de 16 forcer à prefiârâ des résolutions du tout contraires k son intention et prê* judiciables au party de la ligue et au bien et service de Sa Majesté Catholique^ pour fairetrouver véritables les faux rappo^ts qu'il avoit fkits de luy, et couvrir les fautes de sa mauvaise et Igno» rante conduitte , que toutësrois il n'etist jaiiiais creu que le dbsir dé se venger de eeiuy qui de pensa oneqdes à Toffeneer luy eUst tellement esté l'usage de la raison , c(u*il eust osé feindre et publier contre luy des oalombieS el crimes si peu vray semblables^ que )e récit 6etfl les faitoit eognoistre pour impUde&s et mensongers ] ear en l'un il se monètiroit ignorant j vice qui n'estoit point excusable en (lersonde de sa qualité ^ honnoré d'une grande charge pdi* un grand roy, en l'autre, mesehant, en ce qti*il éssaydit^ contre ce qu'il sçavoit^ de diffatHer la réputation d'un prince fort homrtie de bien j crime d'une amfe basse et abjecte, qui , ne peuvent imiter la vertu d'aulruy^ chérehoit son contentement à la biasmer.
Que c'estbit bien l'office de Celuy qui esloit employé au maniement des grandes affaires de donner advis à son maistre, non seulement de cô qu'il tenoit (iour véritable , mais aussi des bruits et rapports dont il n'€stoit eiicores bien certain , affin de mieux informer son jdgcment, et le cbn« doire par conjecture à la coghelssàhce de la vérité et des remèdes pour entreprendre ce qti*jl voudrolt, ou se garantir de Ce qu'il craindroit) mais que l'iiorome de bien et sage assaisOnnoit tousjours ses relations et advis de telle prudenéC) que la verissimilitude faisoit eogtioistre qu'il y Bpportoit du choix et du jugement, et y proce- . doit aussi avec si grande integrité,qull semonstroit juste par tout, et exempt de mauvaise peS^ sion contre qui que ce fùst^ au lieu que ledit duc de Ferla parloit sans discrétion contre luy comme ennemy ouvert , et monstroit qu'il ne trouvoit rien bon ny véritable que ce qui devoit servir à le faire tenir pour un roeschant.
Qu'il auroit bien mal employé le temps, sa peine et ses périls, s'il avoit acquis ceste infamie
en ne cherohatit qiie rhonneurj et qmle datdt FeHa [homme de peu]^ qUi û'm af<A poiflt se* qbis -j et auquel en en avoit pëK laM ^ ne II In; sfdurdit ostf r ^ pouhee que le dêiir il stitm H terto ektolt deseeddU en luy par la steëMoo de tant de princes ^ avott esté esle¥é âepim pit ane si solgiiedse lostltdtldd) par hibitttâe de Mes ftdre) et par tantd'actfonsi qu*ll dèvrolt pIliitMt niespfiser que craiiidru sa mesâtoiDei* Neimtmoins, qu'il luy fercrit de rhodneor ^u'Il fi'lfolt peint mérité ^ qui seroil de le ftfire iiMatIr ivee les armés de sa personne à \à sientie ^ €ê qt'il sopplioit très-humblenient Sa Méjelté Catholique luy accorde^ \ et vauloir éxcuSef as jofiH douleur s'il sorteit hors de luy tsesiâe et du respect qti'ii luy devoit^ eit pflriani eouthi aM Imposteur qui avoit voulu si làesehafbtneflt dètchire^ sa réputation , lâqdelle il deltfOlt coflsmer pure , entière et innoceilte ^ coiilffie elle l'estsll en effect.
Que ledit due fie Feritt attdt ttii gfaUd Hdtastage à mesdire fle luy ^ d'autant que la eusse de tous les màdx qui arrivotent à bu t>al1y peb belreux , comme avoit esté le leur , estoit tousjSsn attribdée ati chef : c'estoiC celuy sdr lèittlel chacun rejettoit les ftutes qu'il àvdil IkiCtcs; il »toit mesmes appelle à glirâââ été àceiéet» ipi tembolent du del ^ sur lesquels Ift prudteee des homi&eè tie pouvait rleo : et toUtesftils il a y avoit personne^ jusques ailx plus léchés et vm chans , qui ne se touluslent attribuer rbenseor et la gloire de ce qui eMtoit bien fhlt^ G'estirft pourquoy leuh condition estoit tèui|ours mUenble, et leiir reputatioii en deubte^ quand les î\tnements n'avoiënt esté aussi heureux qos laomdyite en avoit esté bonne et sage.
Qde ses actions avaient esté coguèues de tat de gens ) et que le temps aveil si bien fiût venir à là luhiiere ce qdt estoit obstntr et eAché) qse la calomnie n'y pouvoit pies trouver de qosv rprendre, an moins en ee qei estliit d'avoir apporté ad publie et à la deffébsè d'une benne tl juste cause les vcêuk ^ les conle ils el Ici aetioK d'un homme de bleb« £t si la condoitteu^eo estoit point jugée par les événements ) qu'il osoit bien dire [que éèla servoità la jii8tifieatiofi]4Qll n'y avoit en faute commise en la cenduitte d» affaires plus importantes qui n^eust sa ralsoo , ne voulant pas neantmoins tènt s'etteurcrdesa prudence qu'il fàlsoitde sa cSndeur etdesoo intégrité , pource que celuy qui fÉisdit ce «pill devoit en l'un estoit tonsjodrs louable et exessable quabd il faisait ee qu'il pOnvéit en l'aolff.
Qu'il luy sufflroit 9 à ce que ledit duc de F^ rJA disoit en gênerai contre luy ^ de respieilrt qu'il avoit prins les armes avee ébbregé etret»-
CliAONOLOGIE ÏIOVBMAUB DB PALMA CAYBT. [1594]
lotion de mourir pour venger la mort de messieurs ses frères , pour la nécessité de sa conservation aussi , et celle d*uD nombre inflny de catholiques, que le mérite de la maison de Lor* raine, en deffendant la cause du gênerai, leur avoit rendus amis ; que la religion avoit esté son principal but etobject ; quil n*avoit rien tant honoorë que les bons et vrays catholiques, et avoit reprins^t chastié la violence de quelques-uns qui avoient commis un acte qui ne se pouvoit souffrir ny dissimuler sans faire tenir le séjour des villes du party de l'union pour lieux de brigandages et non de retraictes à ceux qui vouloient vivre sous les loix ; que c'estoit un acte de justice que le père avoit deu exercer contre son propre enfant, pour ce que le magistrat devoit avoir tes yeux fermez quand le crime n'offençoit seulement un particulier, mais qui pouvoit tourner en exemple contre le public s'il n'estoit retenu par la peine.
Qu'il y avoit des actions èsquelles il failloit tousjours estre sage et juste, et jamais pitoyable ; et que celle que le duc de Feria vouloit reprendre, sans l'exprimer [qui estoit de la punition d'aucuns qui avoient fait mourir le président firisson et deux conseillers du parlement de Paris], estoit de cette nature, et meritoit d'autant plus la sévérité des loix , que ce n'estolt pas un mouvement soudain et sur une action présente qui Teust peu transporter, comme il advient qoelquesfois aux gens de bien, mais un dessein secret et prémédité pour faire un mal qui fust advenu sans remède si ce premier coup eust esté souffert.
Qu'il n'avoit laissé de cognoistre que le chas* tJement diminueroit peut estre quelque chose de la première ardeur d'aucuns catholiques , ausquels on avoit persuadé qu'un assassinat ainsi commis d'authorité privée estoit un acte licite , voire nécessaire pour la seureté de la ville, et de craindre que l'authorité de ceux qui avoient peu d^affectioD au party de l'union, dont la mauvaise fortune faisoit tous les jours croistre le nombre , n'en deviost aussi plus grande : ce qui fut cause qu*il avoit faict tout ce qu'il avoit peu pour descoQvrir si ce président et ces conseillers avoient faiUy^ et si quelque grand soupçon avoit peu porter les entrepreneurs à ceste violence, afin que le crime des morts pust faire oublier la faute commise CD la forme du chastiement ; mais qu'il n'a« voit trouvé rien, sinon quils estoient personnes timides qui craignoient le péril et mauvais succez des affaires; or qu'estre tel n'estoit pas crime , mesmes en gens de leur profession ; outre qoe ce président estoit recognu d'un chacun [>our le plus rare et capable homme en sa charge
qui fust dans le royaume , et peut estre un des premiers de la chrestienté ; ce qui avoit rendu le corps du parlement , les autres magistrats , la noblesse, et toutes sortes de personnesqui avoient l'amepure et innocente, quoy que très-affectionnez au party , aigres et violents à le requérir de faire faire la punition de ce forfait; et n'estoit le moyen de la refuser, remettre ou dissimuler, quand quelques considérations de prudence, non de justice, l'eussent invité à prendre conseil; mais qu'il ne ûi foire leur punition qu'avec regret , et qu'il s'arresta sur peu de gens.
Que bien que le duc de Feria n'approuvast ses raisons, ny don Diego d'Ibarra, disans qu'il devoit souffrir tout de ceux qui l' avoient eslevé en ceste dignité de chef de party, il leur respondoit qu'il avoit esté esleu chef du party par le consentement presque universel dés catholiques de la France, et que le nombre estoit inflny de ceux qui pouvoient prétendre droict en ceste obligation, a Mais, disoit-il , qui leur a appris que celuy qui est devenu chef et magistrat par l'eslection d'autruy , soit obligé de tollerer les crimes de ceux qui offençoient tant le publicq, et que le mérite de leurs suffrages devoit tousjours servir d'impunité? On peut donner sans blasme quelque grâce et faveur à l'amitié, pourveu que ce ne soit au préjudice de l'honneur et de la seureté publique. Si ceste obligaflon passoit plus avant, il faudroit prendre les magistrats au sort, afm que, n'estans tenus qu'à la fortune, leur choix et jugement à distribuer le loyer et la peine fust plus libre et réglée par la juste mesure des loix. Il n'y a point de vertu , point de conduitte qui vaille , si la justice en est mise hors. Et plust à Dieu que le désir de la faire, et d'observer avec sincérité l'ordre partout, eust tousjours esté aussi bien suivy et exécuté qu'il estoit en la destination de mon esprit , et que je jugeois necesr saire ; nos affaires seroient aujourd'huy en meilleur estât. Mais je veux en cela accuser ma trop grande facilité , et mettre en avant neanttnoins pour excuse et descharge certains respects à l'endroit de ceux qui pouvoient servir au bien du party , et des grands empeschements et dif* flcultez à les contraindre de faire ce qui estoit de leur devoir, pour ce que la grande prospérité à l'entrée leur donna la licence d'oser tout. Et comme on vouloit essayer de les remettre, soit en l'obeyssance des loix et de leurs supérieurs, l'adversité vint, qui rendit l'authorité des chefs moindre , et leur osta le pouvoir de chastier ce qui estoit mal faict. »
Quant à ceste objection , qu'il avoit espargné le roy de Navarre quand il l'avoit peu ruyner,îl disoit : « Ceste accusation devroit estre limitée
CUAOMOLOGIE NOVENAIBB
d^actioDS et particulières chreonstances pour en mieux Juger. Je n'ay Jamais eu forces en main plus grandes que celles du roy de Navarre dont J*eu8se pouvoir de disposer que devant Dieppe. Orj*ay rendu compte à Vostre Majesté, au voyage que M. le président Janin fit vers elle en Espagne, de tout ce qui s'y passa, et fait voir qu'on ne pouvoit faire davantage, par les raisons de la guerre, que ce qui s'y fit. Qui croira aussi que J'eusse esté si stupide de vouloir retarder ou empesclier la ruyne du roy de Navarre, dont Je devoispius que nul autre recueillir le prof&t, et luy laisser acquérir des trophées qui ne me dévoient servir qu^à deshonneur? Pour la perte de la bataille d'Ivry , dont aucuns me chargent , Vostre Majesté a sceu aussi les raisons qui me forcèrent de tenter ce péril , et chacun cognoist que les ennemis ne me desrobent cest honneur que rien ne fut oublié en Tordre, en la conduilte et au soing et prévoyance que doit avoir un chef le Jour d'une bataille: Dieu n^en voulut pas pourtant rendre le succez heureux. Nous n'avons eu du depuis forces suffisantes pour nous présenter en gros devant nos ennemis avec advantage esgal qu'une seulle fois, qui fut à la levée du siège de Paris. Quelque occasion s'offrit bien quand l'armée vint pour faire lever le siège de Rouen , maisellepassaen un moment. Or ces deux armées estoient conduites par M. le duc de Parme , prince sage et grand capitaine : j'y donnay mon advis, et luy faisoit sa resolution aussi : ny la gloire ny le blasme ne m'en peut estre attribué; et si l'on en veut parler aux capitaines qui estoient de la part de Vostre Majesté, et voyoient tout ce qui se passoit, ils diront, Je m'en asseure, que je faisois à toutes occasions devoir de capitaine et de soldat, et que Je n'ay jamais manqué de représenter et faire avec affection, courage et Jugement, tout ce que je pou vois apporter du bien ou faire éviter le mal. Voylù doncqoes comme J'ay espargné des ennemis qui ne se sont peu accroistre qu'à ma ruyne. •
Quand à ce qu'on lui objectoit d^avoir laissé perdre Dreux affin d'intimider les estats assemblez à Paris à consentir la trefve , ce qui avoit esté la ruyne de leur party , et que les peuples, ayans gousté Taise et In douceur du repos , n'avoient pas voulu retourner à la guerre, il dit : « Le duc de Feria oze il si effrontément escrire a Vostre Majesté le contraire de ce qu'il sçait, et me contraindre à dire que je le prc ssay tous les jours, luy et les autres ministres de Vostre Majesté , de faire retourner Tarmée , qui tost après la prise de Noyon s'cstoit retirée sur la frontière , et dissipée pour la plus-part ? Je leur remonstroy qu'en ayant une portion d*icelle avec