II. Que le Néron cruel a esté tué par un Cle
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ment, et le moine simulé despesché par la main d'un vray moine.
IIL Appellerons nous un Néron Sardanaple de France, un renard de Bearn, un lyon de Portugal, une louve d'Angleterre, un grifon de Suéde, et un pourceau de Saxe.
IV. Pensez qu'il faisoit beau veoir trois roys, si roys se doivent nommer, le feu tyran, le Bearnois et ce prétendu monarque de Portugal dom Anthonio.
y. Que le plus bel anagramme qu'on trouva Jamais sur le nom du tyran deffunct, estoit celuy par lequel on disoit : 0 le vilain Herodes I
VI. Que l'acte héroïque faict par Jacques Clément , comme don du Sainct Esprit, appelle de ce nom par nos théologiens, a esté Justement loué parle feu prieur des Jacobins, Bourgoing, confesseur et martyr par plusieurs raisons, tant à Paris, que J'ay ouy de mes propres aureilles lors qu'il enseignoit sa Judith , que devant ce beau parlement de Tours : ce que ledit Bourgoing, qui plus est, a signé de son propre sang, et sacré de sa propre mort ; et ne falloit croire ce que les ennemis rapportoient, que par ses derniers propos il avoit improuvé cest acte comme détestable.
VII. Que la couronne de France pouvoit et devoit estre transférée en une autre famille que celle de Bourbon.
VIIL Que le Bearnois, ores que converty à la foy catholique , seroit traicté plus doucement qu'il ne meritoit si on luy donnoit la couronne monachale en quelque couvent bien reformé, pour illec faire pénitence de tant de maux qu'il afait à la France, et remercier Dieu de ce qu'il lui avoit fait la grâce de se recognoistre avant la mort.
IX. Que si on ne le peut déposer sans guerre, qu'on guerroyé ; si on ne peut faire la guerre, la cause, mort, qu'on le face mourir.
La cour ayant vcu ces escripts, Guignard, autheur, interrogé sur iceux À luy représentez, recogneut les avoir composez et escrits de sa main, et pource il fut condamné par la cour de faire amende honnorable, nud en chemise, la corde au col, devant la principale porte de l'église de Paris, et illec, estant à genoux, tenant en ses mains une torche de cire ardente du poix de deux livres, dire et déclarer que meschamment et malheureusement, et contre vérité, il avoit escrit le feu Roy avoir esté justement tué par Jacques Clément, et que, si le Roy à présent régnant ne mouroit à la guerre, il le falloit faire mourir, dont il serepentoit, etdemandoit pardon à Dieu, au Roy et à justice; ce faict, estre mené et conduit en la place de Grève, pendu et estrnnglé à
une potence qui y seroit pour cest effect plantée, et après le corps mort réduit et consumé a cendres en un feu qui seroit faict au pied de li« dite potence.
Cest arrest fut exécuté le 7 janvier, et fat ledit Guignard pendu et bruslé en la place de Grève. Gomme on l'eut auparavant mené devant l'egllse Nostre-Dame pour y faire amende hooorable, estant nud en chemise et tenant dc^jàla torche, il demanda au sieur Rapin, Uentenaotde robbe courte , ce qu'on voulolt qu'il flak : il Ivy dit qu'il failloit qu'il demandast pardon à Dieu et au Roy suy vaut ce que luy diroit le greffier. « Je demanderay bien pardon à Dieu, loy dit-il; mais au Roy, pourquoy? je ne Tay point offcoeé. — Vous l'avez offencé, luy dit Rapin, en ce qw vous avez escrit contre luy. » Guignard lay répliqua : Ce que j'en ay escrit a esté aupararaot que Paris fust remis en son obeyssance. — Voos le dites , luy dit Rapin ; ce qui n'est poiot; et quand ainsi seroit , vous estes deseiieu do pardon et abolition générale que le Roy a octroyé à ses subjects de Paris depuis leur rédaction, puis que vous n'avez point ignoré qaiU esté très-estroictement enjoint de brasier tdia escritures, sur peine de la vie : les ayans gardées contre ses edicts, vous l'avez donc ofTense, et le public, a Après avoir contesté l'un oontit Tautre plus d'un quart d'heure , quelques raisons et menaces que dist et fist ledit ^or iUpin, Guignard ne voulut point &ire ameode honnorable, et sans la faire il fut mené ao supplice.
Ce mesme jour aussi le susdit père Goerttet Pierre Chastel, père du parricide, eurent amsl en ces termes :
La cour a banny et bannit lesdits Gneretd Pierre Chastel du royaume de France, àscavoir . ledit Gueret à perpétuité, et ledit Chastel poar le temps et espace de neuf ans, et à perpetaltr de la ville et faux-bourgs de Paris ; à eox ojoinct garder leur l>an, à peine â*estre pendus rt estranglez sans autre forme ne figure de procès. A déclaré et déclare tous et chaeuns les bieof dudit Gueret acquis et confisquez au Roy; eti condamné et condamne ledit Pierre Chaste) ea deux mil escus d*amende envers le Roy, applicable à l'acquit et pour la fourniture du pain des prisonniers de la Conciergerie, à tenir pnsoa Jusques à plain payement de ladite somme et oc courra le temps du bannissement sinon do joar qu'H aura icelle payée. Ordonne ladite courqac la maison en laquelle estoit demeurant Mt Pierre Chastel sera abbatuê, démolie et rawf. et la place appliquée au public, sans que à fadvenlr on y puisse bastir; en laquelle plsee^poir
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mémoire perpetaelle du très-meschant et trèsdetestable parrieide attenté sur la personne dn Boy, sera mis et érigé un pillier eminent de pierre de taille, avec un tableau auquel seront inscriptes les causes de ladite démolition et erectioD dadit pilKer, lequel sera faict des deniers provenans des démolitions de ladite maison.
Gest arrest fut aussi exécuté, et ceste maison fut desmolie, en la place de laquelle fut dressé on pillier, aux quatre faces duquel furent gravez sur tables de marbre* noir, en lettres d'or, sçavoir, en Tune Tarrest de Jean Ghastel et des jesuistes , et es trois autres faces des vers et plusieurs autres inscriptions. Ce pillier a esté depuis abbatu , et au lieu on y a fait venir une fontaine, ainsi que nous dirons en la continuation de nostre Histoire delà Paix.
Les Jesuistes qui estoient à: Bourges, Lyon , Nevers et Buillon , sous le ressort du parlement de Paris , Airent mis hors desdites villes , et se retirèrent, les uns en Avignon, les autres ez autres villes de la Guyenne qui tenoient encor du party de Tunion. Ceux de Rouen et de Bordeaux furent aussi contraints d'en sortir. Ils firent imprimer en Flandres, tant à Douay qu'en d'autres villes , un advertissement aux calholicfuessur Tarrest qui avoitesté donné contr'eux, et courut cest adveftissen(ient , tant en latin qu'en françios , en divers royai]^mes de la chrestienté. Les principales plaintes quHIs faisoient contre ledit arrest estoient qu'au tlltre dudit arrest il y avoît Jean Chasiet , escholier estudiant au collt'(je des Jesuistes , et que dans Tarrest il estoit qualifié escholier ayant fait ses estudes au col- ^ege de Ciemiont ; mais que l'on devoit le quall- 3er, avoir esté dupasse escholier des Jesuistes, Plus, que le lecteur noteroitquMl avoitesté commandé audict Chastel de dire qae , par faulses '/ damnables instructions, il a dit audit pro- '<?5 estre permis de tuer les roys, etc. Juhetur, iisoieot-ils, çtiie^em hœc dicere , sed non adf^tur, quod dixit anteà , aut confessus est ; [ii'il estoit aussi à croire que Jean Chastel avolt oQla dire et soustenir ee que les docteurs approuvez enseignolent touchant ce subject, à sçaoir : qu'il estait licite de tuer, non pas toutes or tes de roys^ mais ceux tant seulement qui Ho'ient invaseurs et tyrans , lesquels il estoit ien liciie de massacrer, non seulement par uihorité de la republique, mais encore par hacun privé. Quant à ce que ledit Jean Chas- 'lauroit dit que le roy Henry FV n'estoit en Eglise jiisqié'à ce quHt eust Vapprobation du *(ipe , qu'il n'en poûvoît pas estre reprins, at- ^(k)u que le pape Sixte Y, par le pouvoir donné sainct Pierre s.tir tous les royaumes du monde.
avoit inhabilité Henry de Bourbon (ainsi appellolent-ils ledit sieur Roy) à toute succession de royaume , et l*avoit déclaré relaps. Plus, que la cour avoit usurpé tauthorité de F Eglise , voulant juger ce qui estoit hérésie et contre les saints canons, et que tant s'en faillolt que les propos cy-dessus dits par Chastel [en tant qu*ils touchoient la personne d'Henry de Bourbon ] fussent contre lessaincts canons, qu'au contraire ils estoient conformes à la bulle de Sixte Y. Finalement , que les juges lais condamnants les personnes ecclésiastiques , et spécialement les religieux immédiatement subjets au Pape , 0»* toient excommuniez. Y oy\k les principales plaintes des Jesuistes estrangers contre le susdit ar* rest, lesquelles ne demeurèrent pas aussi sans responce, que quelques particuliers firent publier en ces termes :
Que les autheurs dé cest Advertissement dévoient e^tre estrangers , ignorans du tout comme on se gouvernoit en France, pour ce que ce n'estoit pas le tiltre d'un arrest ce que les imprimeurs mettoient en la première page de leurs imprimez , et qu'aux arrests de toutes les cours souveraines de France , il n'y avoit jamais eu d'autre tiltre sinon : Extraie t des registres de parlement. Que l'on n'avoit point deu qualifier ledit Jean Chastel « avoir esté du passé escholier aux Jesuistes , » et que ces mots d'escholier ayant fait le cours de ses estudes au collège de Clermont , couchez dans ledit arrest, estoient mieux et plus véritablement dits , bien qu'en susbstance ce n'estoit qu'une me&me chose , d'avoir esté du passé escholier, et ayant fait le cours de ses estudes au collège de Clermont ; ce qui estoit vray.
Alléguer que Von luy a commandé de dire quHl estait permis de tueries roys, et que l'on ne dit point ^u'tï Vavoit dit auparavant, ou qu'il Vavoit confessé , quelle mocqueriel Lisez bien l'arrest , vous trouverez qu'il y ^: Il a dit auprocez; et dans les procédures : Derechef interrogé en la grand chambre ^ messieurs les présidents et conseillers d'icelle et de la Tournelle assemblez, il fit les mesmes responses , et sigt^amment proposa et souslint la maxime qu'il estoit loisible de tuer les roys , mesmement le Roy régnant, lequel n'estoit en VEglise, parce qu'il n'estoit approuvé par le Pape, Youdrieï-vous plus de tesiûoios?
A quel propos de dire qu'il estoit à croire que Jean Chastel n'avoit voulu soustenir sinon qu'il estoit Hcite de tuer, non pas toutes sortes de roys , mais ceux qui estoient tant seulement inva^etirs et tytans , puis qu'il 9'estoit efforcé luy-mesmes d'assassiner le roy Très-Chre&lien ,
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non invaseur ny tyran , maïs né de la plus illustre famille qui soit aujourd^huy en tout le inonde , et qui estoit venu À la couronne de France par une légitime succession suivant Tordre du royaume?
De dire que Chaste! ne pouvoit estre reprins d'avoir dit que le roy Henry IV n' estoit en C Eglise jnsques à ce qu'il eust V approbation du Pape , attendu que le pape Sixte V, par le pouvoir donné à sainct Pierre sur tous les royaumes dît monde j l'avoit déclaré relaps j et inhabilité à toute succession de royaume, nommément de celuy de France y pourquoy dire cela? veu qu'au contraire, dans les deffences que les jesuistes avoient mesmes baillées à la cour , ils s'estoient def fendus de ce qu'ils ne tenoient pour véritable C opinion de quelques canonistesj peu en nombre, qui avoient attribué a%ix papes une puissance temporelle sur tous les royaumes et principaulez , estant ladite opinion rejettée du reste des canonistes et de tous lesUieologiens universellement; aussi qu'en France, Tanquerel et aucuns théologiens, qui avoient voulu soustenir Jadis ceste proposition en la disputant comme problématique et disputable , et non tenue pour véritable, quod papaChristi vicarius , monarcha spiritualem et secularem habens potestatem , principes suis prœceptis rebelles , regno et dignitatibus privare potest (1) , s'en estoient desdits , et avoient obey aux arrests de la cour, et avoient confessé que ceste proposition a voit esté condamnée après le decez du pape Boniface VIIÎ, qui en avoit faict une constitution ; aussi tout le clergé de France ayant recognu le Boy, lesditsjesui8tes[ comme il estoit escrit dans leurs deffences] avoient offert à Sa Majesté de luy faire les submissions nécessaires , et ce par requeste présentée , de quoy la cour leur avoit donné acte.
De dire que la cour avoit usurpé l'auihorité de l* Eglise , voulant juger ce qui estoit hérésie et contre les saincts canons, et que tant s'en failloit que les propos dits par Chastel , entant qu'ils touchoient la personne d'Henry de Bourbon, fussent contre les saincts canons , qu'au contraire ils estoient conformes à la bulle de Sixte cinquiesme^ apprens^ estranger, qui que tu cois, les droicts, usages , privilèges et authoritez desroys de France, et ceux de TEgUse Gallicane; apprens que la cour n'a rien usurpé axxT Tauthorité de F Eglise par son arrest, qui porte expressément que les propos de Jean Chas*
(I) Que In Pape, Tîcaire de Jésus-Cfaiist , ayant la puissance spirituelle et temporelle , peut priver de leurs cotiroiines les princes rohellt*s à ses ordres.
tel sont condamnez comme /leretiques par lea saincts décrets, et non pas qu'elle les ait condamnez; car, quant à ce que la cour les a déclarez séditieux et contraires À la parole deDleo, apprens que la grand chambre du parlemmt est le liât et siège de justice du royaume, ei que c'est oii se jugent par appel tous les altentats qui se font contre les saincts décrets et canons receusen ce royaume, droicts , franchîtes, libériez et privilèges de l'Eglise Gallicane, concordats , edits et ordonnances du Rwf, arrests de son parlement; bref, contre ce qui est non seulement de droict commun , divin ou naturel , mais aussi des prérogatives de ce royaume et de l'Eglise d'iceluy; apprens que la bulle de Sixte V n'a point esté receuê en France , et que le Pape ne peut expfjser en proye ou donner le royaume de France et ce qui en dépend , ny en priver le Ray, ou en disposer en quelque façon que ce soit; et quelques moniliuns , excommunications ou interdictions qu'ils puisse faire, les subjects ne doivent laisser de rendre au Roy i'obeyssance deue pour le temporel, et n'en peuvent estre dispense: ny absous par le Pape : apprens, sur ce mot de receu en France, qu'encores que le Papesoii recognu pour suzerain es choses spiritueliest toutesfois en France la puissance absolue et infinie n'a point de lieu^ mais est retenue et bornée par les canons et règles des anciens conciles de f Eglise receus en ce royaume, ei in hoc maxime consistit libertas Ecclesis Gallicanœ : apprens que l'Eglise Gallicane n'a pas receu indifféremment tous canons et epistres décrétâtes , se tenant principalement à ce qui est contenu en l'ancienne collection appelé Corpus Canonum, mesmes pour les epistres décrétâtes jusques au pape Grégoire if: apprensqœ les clauses insérées en la buile de Cœna Domim' , et notamment celle du pape Jules II y et depuis y n'ont lieu en France pour ce qui concerne les libériez et privilèges de f Eglise Gallicane et droicts du Roy ou du royaume.
Bref, voy lesdites libertez gallicanes, etti trouveras que bien que tu dises qtielesjugeslais condamnons les personnes ecclésiastiques, ei spécialement les religieux immédiatement sv^ jets au Pape , sont excommunies , que, encora que les religieux mendions ou autres » pour ci qui concerne leur discipline^ ne puissent s ad* dresser aux juges séculiers sans enfreindre Co* bedience, qui est le nerf principal de leurprv* fession, toutesfois en cas de sédition ou tumuùi et grand scandale, ils y peuvent avoir recourt par réquisition de timpartition de Caide d$ bras séculier, et pareillement à ta cour de p^^
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lemenl, quand il y a abus clair et évident par contraventions aux ordonnances royaux, arrests etjugemens de ladite cour, ou statuts de leur reformation authorisez par le Roy et par ladite cour, ou aux saincts canons^ conciliaires et décrets , desquels le Boy est conservateur en son royaume.
Yoylk ce qui fut respondu à rAdvertîssement des jesuistes imprimé h Douay . Plus , on fit courir par la France un imprimé du décret de la seigneurie de Venise contre eux , portant qu'ils ne liraient plus, sinon entre-^ux mesmes et aux leurs ^ et non aux autres, sans contrevenir en aucune sorte aux statuts et privilèges de l'Université de Padouë. On fit imprimer aussi Toraison qu*avoit fuit le sieur Cœsar Gremouin contre eux au nom de ladite Université.
Toutle recours desdits Jesuistes fut àSa Stiincteté, qui, lors que le sieur du Perron, à présent cardinal , fut à Rome pour traictcr de la bénédiction du Roy, fit de grandes instances à ce qu'ils fussent restablis en France ; mais , voyant la difficulté et Timpossibilité d'obtenir pour lors cest article, il en différa l'instance à un autre fois, laquelle se poursuivit comme nous avons dit en nostre Histoire de la Paix, et alors lesdits jesuistes furent restablis en beaucoup d'endroits de la France , dix ans après qu'ils en avoient esté chassez. Plusieurs villes mesmes où il n'y en avoit point eu leur ont depuis faict bastir et fonder des collèges.
Sur la fin de ceste année les seigneurs Vincent Gradevico, Jean Deifino et Pierre Duodo , ambassadeurs envoyez par les seigneurs de la république'de Venize, arrivèrent à Paris pour se coDjouyr avec Sa Majesté de tant d'beureuses prosperitez dont Dieu Tavoit beny depuis son heureuse conversion. Ils furent long temps par les chemins , et bien qu'ils eus:sent passeport du duc de Savoye pour les courses qui se faisoient par divers seigneurs de plusieurs partys , eux , qui avoient de l'argenterie et des besongnes précieuses pour paroistre en une telle ambassade , requirent le sieur colonel Alfonse de leur donner escorte, ce qu'il fit, et leur envoya deux cents chevaux et cinq cents hommes de pied , avec lesquels ils arrivèrent à Lyon. Du depuis le Roy donna ordre qu'ils fussent conduits avec seureté jusques à Paris. Avant que d'y entrer force noblesse alla au devant d'eux. M. de Montpensier, accompagné de plusieurs chevaliers de l'Ordre et grands seigneurs , les receut à la porte Sainct Jacques, et les conduit jusques à l'hostel qui leur estoit préparé. Ils furent fort magnifiquement rccvus par le Roy, et en public et en particulier. Après plusieurs banquets qui leur furent faicts
par plusieurs princes et autres grands , ils prirent congé de Sa Majesté au commencement de l'année suivante. Le seigneur Pierre Duodo demeura ambassadeur résident prez du Roy, les deux autres s'en retournèrent à Venize avec Jean Mocenico , qui avoit esté depuis les troubles ambassadeur en France , et qui s'estoit acquitté de ceste charge avec beaucoup d'honneur, au contentement du Roy et des Vénitiens.
Nous avons dit l'an passé que le duc de Savoye avoit pris le chasteau d'Ëschilles et avoit basty un fort nommé Sainct Benoist pour empescher le passage des monts au sieur d'Esdiguieres , afin qu'il ne pust secourir ce que ledit sieur y avoit conquis dez l'an 1592. Après que le duc eut tout reconquis , excepté Briqueras, au commencement de septembre de ceste année , il résolut , à la faveur de plusieurs troupes d'Espagne conduites par Alfonse d'Idiaques, qui passoient par la Savoye pour s'acheminer en France avec Tarmée du connestable de Castille, d'exécuter son dessein sur Briqueras , et principalement sur ce qu'il eut advis que les seigneurs du party du Roy qui commandoient en Dauphiné et en Provence n'estoient pas bien d'accord. Ayant assiégé Briqueras avec huict mille hommes de pied et quinze cents chevaux, se pouvant ayder encor à une nécessité de quatre mil lansquenets du colonel Lodron qui se refraischissoient sur les frontières du Milanois , il fit investir tellement Briqueras et dresser ses batteries , que, les cinq derniers Jours de septembre , il fit faire une si grande bresche qu'elle se trouva raisonnable pour y donner l'assault. Le premier Jour d'octobre le cardinal de Plaisance , passant en Piedmont au retour de sa prétendue légation de France , alla trouver le duc à ce siège pour traicter avec luy de quelques -afTaires, et voyant que les soldats alloient à l'assault , ce cardinal ayant tousjours esté ennemy des François, voulut faire encor une exhortation aux assaillans , et leur donna sa bénédiction , ce qui plut merveilleusement au ducaffind'accourager les siens. En mesme temps que l'on donna l'assault. Il fit planter l'escalade par un autre costé afin de divertir les forces des assiégez : ce qui luy succéda heureusement; et comme dom Philippes , son frère bastard , avec les Italiens , Savoyards et Espagnols, eut gaigné la bresche, et faisoit retirer les assiégez vers la citadelle , Sancio Salenaz, qui conduisoit l'escalade, entra avec les cuiraces du duc qu'il avoit fait mettre à pied , car il en estoit commissaire gênerai , et cinq cents Piemontois, qui forcèrent du tout \^ François de se retirer dans la citadelle ; ce qui ne se fit pas sans qu'il n'y eust un grand nombre do
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morts de part et d'autre, mais beaucoup plus des assaillons , entr'autres les capitaines Manriqub et Cordoua , espagnols. Plusieurs Italiens, avant qu'ils se fussent retranchez devant la citadelle , y perdirent aussi ta vie. Les pluyes qu'il f\t en ce temps*là empescherent pour un teoapé les des* seins du duc , qui desiroit faire des mineâ et gaigner pied à pied ceàte place.
Le sieur Desdiguieres, estant adverty de la prise de Briqueras , et que Ife siège estoit devant la citadelle, laquelle avolt besoin de slicours, as* sembla tout ce qu'il put de troupeS) dont il fit un corps d'armée de cinq mille hommeâ de pied et mille chevaux, passa les monts^ et arriva le dixneufiesme d'octobre à Bobiana , un mille loing de Briqueras. Il penioit que le duc leveroit son siège pour le venir eombattre, ce qu'il ne fit pas^ car il s'estoit tellement retranché qu'il ne laissa de continuer sa batterie et faire travailler sans cesse à la sappe. Ayant tenté trois jours duradt plusieurs moyens pour secourir les assiégez , les Savoyards , qui estoient lors forts en cavalerie , luy ayant tousjours empesché de passer la rivière de Pelles, il se résolut d'aller assaillir le fort Sàinct Benoist afin de faire divertir le duc de ce siège ; et pour cest effect, lé 32 de ce mois, il partit deux heures avant jour, et alla (casser la rivière à Luserne, et, par la vallée d' Aogrongne, entra dans celle de la Perouse ^ et s'alla camper devant Sainct Benoist qu'il fit investir et battre presque en mesme temps ; tellement que la garnison qui tstoit dedans fut contrainete de luy rendre la place et d'en sortir la vie sauve seulement, et le gouverneur avec ses armes. Mais les assiégez dans la citadelle de Briqueras n'eurent plustost sceu que leur secours s'estoit esloigné , que le 23 ils entrèrent en propos de parlementer^ Le duc , qui ne demandoit autre chose , leur accorda de sortir avec leurs armes et bagages ^ ce qu'ils firent dez le lendemain ^ et sortirent cinq cents cinquante hommes de pied , deux cents cinquante blessez et malades , avec seulement quinze chevaux, pource qu'ils en avoient bien tué deux cents durant le siège. Ainsi les François furent contraints de sortir du Piedmont. Le duc, bien nyse de ceste reddition, fit cheminer son armée droict au fort Sainct Benoist f qui luy fut incontinent rendu ^ le sieur Desdiguieres ayant repassé en Dauphiné. Autant que les Savoyards furent fasehez de la prise de ces places l'an 1592 , ils firent autant de feux de joye et de resjouyssance pour la reprise qu'ils en firent ceste année.
En ceste ana^e aussi les Hollandois descouvriniii le passage et l'entrée de la mer de Tarlaiie, et qu'il y avolt moyen par cest endroit
de naviguer jusques an^ proàloDtolreTabiQ,et de \k vers le royaume de la Chine, les islei de Japon et des Moluques. Geste desoouverU se fit par l'advis de Balthazar Moucheron , françoisde la province de Normaadîe, lequel refagié à La Veerre en Zelande pour sa religion, solidta le prince Maurice et les Ëstats d'execnter ceste entreprise. Sur son ad vis , trois navires partirent le 6 juin de risle de Texel audit an 1504) et, vogoans au long de la coste de Noortwege, m^t rent le 22 do mois à l'isle de Kisdio ^ qui eitde là le cap du Nord : poursuyvans leur route, le 6 de juillet) traversèrent en l'espace de. viagt-quatre heures les glaces ^ et , venans à la hautear de soixante- neuf un dooziesme degreZ| se trouvèrent à Tendroit de l'isle de Toxar qui est eiconCasde Moscovie, en deçà la rivière de Colcovla , ea laquelle ilssejournerent environ deux jours* Partani de là pour chercher la terre de Nova Sembla, ils passèrent outre > laissans à main droite les rivières de Petsana et de Pechora y où ils tmovereot deux navires russes en forme des batteaux qu'on appelle au Pays-Bas pleytes» les mariniers desquelles leur donnèrent à eognolstre qu'ils passeroyent aisément Jusques à la mer de Tartariesi les navires estoient fortes assez pour résister ani glaces et à la multitude des baleines qui setroavent en ceste mer; sur lequel ad vis poursuyvant leur voyage I ils arrivèrent le 22 dudit mois de juillet en ceste terre de Nova Zembla, où, ayaos mis pied en terre , ils trouvèrent on liomme sameite ^ lequel , ef froyé de leur venè , se mit tellement à courir qu'en mohas de demy quart d'heure ils en perdirent la veuë » et comme'après avoir cherché deçà de là s*ll n^y avoit point de moyen de prendre langue ^ et n'y trouvans personne i partirent delà le 24, et mirent le cap au zud , costoyant Nova Sembla à main ga«* chC) et naviguèrent tant qu'ils se trDQT^ rent comme en uu golphe^ où voyansny avoir moyen de passer» rebroussans cbemiQf mirent le cap au nord^ costoyant tousjours la terre « jusques à ce que , le 35 dudit mois de juillet, ib trouvèrent l'emboucheure du destroit à la bau* teur de soizante-neuf et demy degrez, qa't l'honneur du prince Maurice ils noramereat le destroit de Nassau. Ayana posé l'encre, ils envoyèrent deux de leurs chaloupes reeogooistre rissuë du destroit f qu'ils trouvèrent de la longueur de six lieues et de la largeur moins d'ooe lieuë, et au milieu d'iceluy une petite isle.et encore à l'issue du destroit une autre petite isle. Après avoir descouvert la plaine Issue du destroit, à cause de l'abondance des glaces, ils farent contraints y séjourner jusques au prenier d'aoust; que lors, ayant vent propre , fraoch»-
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sans le destroit^ et costoyant le continent à main droite, ils trouvèrent une antre petite isie , qu'ils nommèrent i'isie des Estais, où ils séjournèrent, à cause de la contrariété du vent, Jusques au neufiesmejour dudit mois. Lors, ayans le vent boD, se mirent encore derechef à la voile, et, ayans navigué quelques cinq ou six lieues , trou» yerent comme un banc de glace de la largeur dedemy quart de lieue, lequel neantmoinsils traversèrent, et, ayans depuis trouvé la mer large et libre, poursuivirent leur voyage jusques eoviroD cinquante lieues outre le destroit ; puis ayans descouvert la coste de Tartarie , par une
gnoistre leur condition , on leur monstra un real d'Espagne, lequel ils sen^nt et mordirent; mais, le trou vans sans odeur etYion mangeable, ils le rendirent comme inutile. Ces Sameites voulurent mener les Holandois en leur village chez leur supérieur : mais, commeilsnes'oserent fier en eux , ils les laissèrent et retournèrent en leurs navires. Ils se servent de petits traîneaux tirez par des rangers (1), qui sont animaux assez semblables à un cerf, avec lesquels ils voyagent par montagnes et vallées d'une incroyable vistesse.
En ceste année aussi les Vénitiens furent en
contrariété de temps, furent contraints de re- grand doute de rompre la paix avec le Turc ,
tourner; et en retournant, toujours suyvans la mesmecoatede Tartarie, trouvèrent, à environ vingt lieues du destroit, Femboucheure d'une grande rivière, laquelle ils crurent pour toUt Bear estre celle d'Oby , qu'ils laissèrent en passant à main gauche. Et comme leur commission ne s'estendoit pas plus avant que de descouvrir ce passage, lequel ils estimoient avoir assez amplement descouvert , repassans le destroit et reprenans la route qu'ils estoient venus, retournèrent en Hollande et Zelande , et y arrivèrent à bon port au mois de septembre ensoyvant.
Dorant ce voyage ils trouvèrent, au milieu du destroit , en une pointe par eux appellée Afgods-Hoeek , c'est à dire pointe des Idoles , environ trois à quatre cents statues de bois faites en forme d*hommes et de femmes, les uns portans glaives , autres arcs et flesches , autres sans armes, aucuns avec deux visages, Tun sur les espaoles , Tautre au nombril , aucuns de figure de femme avec quatre mammelles, à jambes courtes et petites, et la teste gr(^e.
Du costé du zud de ce destroit , dedans le continent , environ Tisle qu'ils appellerent d'Odenbarnavelt, ils trouvèrent pareillement des hommes , qui s'appellent Sameites , en nombre de trente ou quarante , accoustrez de peaux de cerfs et d'autres peaux sauvages , avec lesquels un d'entr'eux parla en langue russe , lesquelsy esbahis de leur venue , firent du commencement semblant de vouloir tirer après eux; mais , comme un Holandois s'approcha d'eux et jetta sa picque bas en signe d'amitié, leur monstrant du pain et du fromage , ils se rasseurerent elle laissèrent approcher; et, après plusieurs signes et propos à demy entendus , ils mangèrent du pain et du fromage , après toutesfois que le Holandois en eut mangé premier, dont après on ne les pouvoit assez soûler. Les Holandois conjecturèrent par lÀ qu'ils se nourrissoient de poisson sec au lieu de pain ; et, pour mieux co-
pource que le bascha Cicala, ayant mis en mer cent soixante vaisseaux , avoit envoyé demander port À Raguse , ce qui occasionna les Bagusiens d'envoyer incontinent vers les Vénitiens les prier de ne souffrir point qu'ils fussent forcez d'endurer que l'armée turquesque s'emparast de leur port , ny qu'ils entrassent dans le golfe. A ceste plainte les Vénitiens , ayant meurement advisé, envoyèrent vers le Grand Turc luy remonstrer que si son armée prenoit port à Raguse , que cela ne se pouvoit faire sans enfraindre la paix qu'ils avoient avec luy , et qu'ils ne le pourraient endurer : mais cependant ils ne laissèrent, pour le péril qu'ils préjugèrent estre voisin , de créer un capitaine gênerai et un proveditor d'armée , faisans estât d*assembler cent cinquante galères et nombre de galeasses pour s'opposer à Cicala , s'il vouloit entreprendre de venir prendre port à Raguse.
Le grand turc Âmurath , ayant considéré que, s'il mescontentoit les Vénitiens , ce luy seroit de nouveaux ennemis et un vray moyen d'accroistre les forces de Tempereor chrestien , contre qui il avoit dressé toutes ses armes, changea d'advis , et commanda à Cicala de prendre la route de la Sicile pour mettre en exécution une intelligence qu'il y avoitsurSaragoza, et endommager le plus qu'il pourroit les rivières dé ce royaume là et de la Calabre. Pour l'intelligence qu'avoient les Turcs sur Saragoza , elle fut sans effect, car , auparavant que Cicala fust party de Gonstantinoplc , une galère turquesque ayant paru proche de ceste ville là , les habitans coururent tous aux armes , et , sur ce qu'ils trouvèrent rartillerie enclouée , ils commencèrent à se douter de trahison , et se saisirent de leur gouverneur qui estoit espagnol , lequel ils envoyèrent à Palerme : ils firent depuis si bonne garde, que lesTurcs, perdans l'opinion de la surprendre, jetteront dèslors l'œil sur Reggio , desirans , à
(I) Des rennes.
CUfiONOLOGlE KOVEJNÀIBE
l'exemple de Barberousse et de Dragut , qui autresfois ruinèrent presque ceste ville là, d'endommager tout ce ^ys là. Les habitans de Reggio, advertis, ne sçavoieut s'ils dévoient fuir ou tenir bon dans leur ville, sous Tesperance que Ton leur donnoit qtte le prince d'Oria venoit avec une armée pour s'opposer aux entreprises des Turcs.
Gepeudant qu'ils consultoient ce qu'ils devaient fail^, le corsaire Mamuth Rais, avec cinq galères , entra le 8 juin dans la bouche du fare , à six mille de Reggio, et fit mettre pied à terre à plusieurs des siens en un lieu appelle la Gatona, d'où ils coururent le plat pays , après avoir pris quelques barques qui estoient dans le fare, brusierent les bleds qui estoient à la campagne, prirent grand nombre de personnes qu'ils rendirent esclaves, et firent beaucoup d'autres maux ; puis, ayant embarqué leur butin , iîs se retirèrent.
Un mois après , Amurath Raïs , avec sept galères , pensant aussi mettre pied à terre en ces quartiers là, en fut empesché par le grand nombre de gens armez qui estoient arrivez pour def- . fendre les costes de la marine. Les vicerois de Naples et de Sicile, qui avoient assemblé nombre de gens de guerre, tant à pied qu'à cheval, prejugeans que les Turcs ne pourroient pas faire de grandes entreprises ceste année , puis que l'on . cstoit sur la fin d'aoust , licentierent leurs troupes pour retrancher l'excessive despence et Tincommodité qu'en recevoit le peuple; mais peu après celuy de Naples ayant eu advis que Gicala avec cent vaisseaux venoit droict vers Tltalie, envoya faire commandement aux lieux foiblcs le long de la marine de se sauver, et spéciale- . ment à Reggio : cela s*executa avec Tespouvantement et la confusion accoustumécd'advenir en cas semblables.
Le second jour de septembre Gicala avec son armée arriva à la dernière pointe d'Italie, appellée en italien Cap daWarme , et prit fonds à quatre mille de Reggio, en un lieu appelle la Fosse Sainct Jean , d'où par terre et par mer il envoya gens pour recognobtre les advenues du pays. Ou luy rapporta que tous les villages estoient abandonnez, et que les habitans s'estoient retirez bien avant dans le pays avec ce qu'ils avoient de plus précieux . Gicala, qui estoit chrestien renégat, sçavoit qu'il se tenoit en ce tempslà une foire à Reggio où il se faisolt un très-grand traffie de so) es , et cspcroit d'y faire un grand butin ; ce fut pouniuoy il ne se conteuta de cest advis, et, voulant luy mesmes recognoisLre la vérité, il laissa deux galères pour Id garde du fare, et par mer et par terre il fit advancer son
DE PALMA CAYET. [l594]
armée jusques à Reggio, où il entra dedans , les siens butinans ce que les habitans n'avoientpra promptement emporter. Les Turcs , se voyam privez du grand butin qu'ils esperoient, commencèrent à mettre le feu en plusieurs maisons, lequel s'embraza tellement d'un vent de Bonc que ce fut une chose fort pitoyable et lameatable, pour estre la sixiesme fols que ceste ville a esté ainsi ruinée. Les Turcs incontinent se jetterent à la campagne, mettans tout à feu et à sang, et coururent jusques aux montagnes les plas voisines où plusieurs s'estoient retirez, lesqoels, sçachans les advenues du pays , et esmusdeee piteux spectacle de voir en feu leur patrie, blea qu'en petit nombre, attaquèrent si bravemenl six mille Turcs qui estoieot allez pour ruinerks villages voisins, que l'on jugea depuis que, si k viceroy de Naples eust donné ordre d'envoyer des gens de guerre devers ces costes maritimes là , on eust empesché aux Turcs de faire le nul qu'ils firent, car Ils en tuèrent beaucoup saos perte d'aucuns d'eux : ce qn'ayans recognu procéder de la bonté de Dieu, ils s^encouragereat tellement qu'il n'y eut pas mesmes jusques aav pères capucins, qui avoient leur couvent en soe colline près de Reggio , qui usèrent des armes aussi bien que des prières, et à Tinteree^ionde Nostre Dame qu'ils réclamèrent , au nom de laquelle leur église estoit dédiée , Dieu leur 6t la grâce qu'ils contraignirent les Turcs, qui avoiest entrepris de forcer leur convent, de se retirer. Gicala, après avoir ruyné ceste ville, fit lever l'ancre ù tous ses vaisseaux, et alla donner fonds en la plage de Gallico et Petrenere, où il fit encor descendre plusieurs Turcs pour faire iedesgast par tout , et prendre le plus de butin et d'esclaves qu'ils pourroient; mais, voyant que rien ne luy reùssissoit à souhait, il cmnffiesn premièrement à faire embarquer le eanon cpiib avoient trouvé, brusler un des navires qu'il avo»! pris dans le fare , puis il fit mettre le feu et n)iner du tout quatorze villages et quelques petito villes murées, entr'autres Bianco, Sainct Nicolas, Ârdoré, la Motte Boveline et Mont-paon.!/ degast qu'il fit en ce pays là fut estimé à plQsieurs centaines de mille d'escus. Mais sur toGt le dommage fut grand aux églises qu'ils b^ls!^ rent , et leur inhumanité et cruauté s'istendit mesmes jusques sur les os des corps morts e>U&5 dans les sepulchres, qu'ils amassèrent et bribkrent. S'estans retirez dans leurs vaisseaux, «^> allèrent mettre leur butin à sauveté ; et tous le» potentats d Italie , qui s'estoient armez de peor de plus grande entreprise, licentierent lesgende guerre qu'ils avoient levez.
Au mois de mars de ceste année fut aussi dr-
CnaONOLOGlB NOVBNAUUI DE PALM A CAYET. [lô04
libérée et coDcluë à Rome la canonization de sainct lacynthe, poionois. Dès Tan 1518 elle avoitesté proposée au temps de Léon dlxiesme , à i ia^tance de Sigismond , roy de Pologne , qui estoit de la race des Jagetlons. On représenta que ledit lacynthe, natif de Garnies, ville de Pologne , estant dès le temps de sainct Dominique et son compagnon il y avoit trois cents ans, avoit lait de grands progrez et advancemens en Pologne au bien de la chrestienté ; ce qui occasionna ledit pape Léon d'ordonner quelques prélats poloools d'examiner curieusement cest affaire. Leur relation estant faicte du temps de Clément VJI, ce pape accorda aux Poionois qu'ils Juy poarroient ériger image sur l'autel , et que l'on en feroit mémoire ez offices divins en attendant qu on past mieux délibérer de le canonizer tout à fait. Du depuis on le proposa encor durant le pontificat de Paul III et de Paul IV, mais tousjours il fut différé. Du temps de Sixte V le roy. lilstienne Battory en renouvella l'instance , mais il ne Tobtint pas. Finalement le pape Clément YIII ayant fait revoir Texamen eu consistoire secret, il fut rapporté par le doyen des cardinaux, Alphonse Gesualde, que les qualitez requises , vérifiées bien et deuëment en la personne du bien-heureux laeinthe, meritoient qn'iJ plust A Sa Saincteté de le vouloir canonizer et mettre au catalogue des saincts. Depuis, le Pape estant en consistoire public , où furent appeliez les patriarches, arehevesques, evesques, et tous les prélats qui estoient lors dans Rome , Cyno Campana, advocat consistorial, fit une harangue sur les loûan|:;es du bien-heureux lacynthe, recitant ses mérites, bonne vie et doctrine, ensemble les miracles bien avérés qu'il avoit faits y requérant enfin Sa Saincteté qu'il loy plust le canonizer et mettre au cathalogue des saincts , eiithcrinant la requeste du roy de Pologne, qui ne recerchoit sinon l'advancement de la saincte foy chrestienne.
Le Pape , se resjouyssant d'une grande altefrresse, rendit grâces à Dieu de ce qu'un tel bon œuvre advenoit en son temps , et promit d'entendre volontiers à la prière du roy de Pologne; mais il remit encore l'affaire à un autre temps et î un autre consistoire, où derechef il exhorta ous les prélats presens de se mettre en bon estât |>our demander à Dieu la grâce de son Sainct l'esprit, ponr bénir et sanctifier toutes leurs acions présentes quant à ce. Or, s'estans tous dis- H)^ez dignement, et, après avoir meuremcnt le out considcrd , s'estnns trouvez unanimes, ils lecUrerent ledit bienheureux lacinthc digne rentre canouîzé. Pour en faire la canonization I fut pris Jour au 7 avril ensuivant , qui fut en
ceste année l'octave de Pasques. Ce jour venu , le Pape et tous les prélats, vestus pontlficallement, après avoir fait quelques oraisons dans la cbappelie , s* en allèrent processionalement à Sainct Pierre, ayant chacun une torche blanche allumée en main, suy vis d*un nombre inflny de peuple; et estoient portez des guidons d'armoisin ausqueiles sainct lacynthe estoit dépeint prosterné 9 priant la saincte Vierge.
Le Pape, estant monté sur l'eschaffaut , alla à l'autel ; puis, s'estant assis en son throsne qui y est posé à dextre, tous les cardinaux et prélats luy vindrent baiser les pieds, et rendre Tobeyssance ; puis par trois fois s'estant présenté l'ambassadeur du roy de Pologne, suppliant Sa Saincteté de canonizer le bienheureux laclnthe, alors furent par trois fois chantées les letanies par les prélats pour demander l'assistance du Sainct £sprit eu un tel affaire et de telle importance ; puis Sa Saincteté, se voyant réduit au point qu'il failloit, selon la coostume ancienne de ses prédécesseurs , dit et déclara lacynthe de Pologne sainct , et digne d'estre escrit au catalogue des saincts, et en la letanie au rang des confesseurs non pontifes , et que la feste en seroit célébrée universellement par toute l'Eglise catholique, apostolique et romaine, le seiziesme jour d'aoust. Tout ce que dessus se fit avec les cerimonies requises, et comme il est porté amplement au livre cerimonial , et ce pour Texaltation de la saincte foy catholique , pour l'augmentation de la religion chrestienne en l'authorité d'icelle, au nom de Dieu tout-puissant, le Pcre, le Fils et le Sainct Esprit. Et pour en accroistre la dévotion , Sa Saincteté octroya pleniere indulgence tous les ans à quiconque audit jour vlsiteroit la sépulture dudit sainct lacynthe, estant vray confez et repentant. Après il fut chanté un hymne pour en rendre grâces à Dieu et pour implorer l'ayde de sa divine Majesté avec l'intercession dMceluy sainct lacynthe , lequel aussi fut nommé par le Pape en la collecte qu'il en chanta, célébrant solemnellement la saincte messe & l'honneur de sainct lacynthe : comme aussi, la messe estant finie, il en donna sa bénédiction au peuple assistant , avec pleniere indulgence à tous et de tous leurs pcchez , au nom du Père , du Fils et du Sainct Esprit. Ainsi fut canonizé sainct lacynthe.
Voyous ce qui se passa en la guerre de Hongrie en cestc année. Le 11 janvier entra dans Vienne en Austriche, comme on un trophée victorieux, les plus belles despouitles que*lcs Impériaux eussent gaigiiez sur les Turcs aux batailles que nous avons dcscritcs l'an passé , entre lesquelles estoient trois beaux chevaux
CMBONOLOGIB NOVENÀIRE DB PALMA CAYfiT. [1694]
superbement enhamachez , trente pièces d'artillerie de bronze, iringt-deux enseignes, deux masses que les bascbas portent d'ordinaire pour signe de leur dignité , et grand nombre de beaux cimeterres, escus, ares, et autres instruments de guerre. Les canons furent mis dans Tarsenac de Vienne, deux des susdits trois chevaux furent depuis présentez à T Empereur, et l'autre à Tar^iduc ATattiias , lequel , ayant la charge et le gouvernement gênerai de la Hongrie au lieu de son frère Tarchiduc Ernest qui estoit allé aux Pays-^as, comme nous avons dit , et ayant entendu le peu d'union qu'il y avoit entre les capitaines et principaux seigneurs qui estoient en Tarmée impériale , partit de Vienne sur la Un de février pour y mettre Tordre requis et recommencer la guerre aux Turcs. Aussi tost qu'il fut arrivé à Javarin il assembla en peu de temps i}ne armée de trente mille hommes, laquelle désirant employer avant que les forces turquesques , qui s*assembloient sous la conduite de Sinan bascha, fussent en campagne, et lesquelles sans doute luy osteroient, à cause de leur multitude, le moyen de rien entreprendre, il tint conseil, et y fit appeller les principaux capitaines de l'armée impériale , où il fut proposé d forcer quelque place d'importance pour servir comme d'un siège de guerre , et comme d*une forteresse pour deffendre les pays d*alentour , puisque les villes que Ton avoit acquises l'année passée n'estoient pas bastantes pour pou voi r tenir longuement contre la grande puissance des Turcs. A ceste proposition chacun dit son advis. Les uns proposèrent d'assiéger Bude, la ville capitale d'Hongrie, et qu'il estoit aysé de l'emporter. Aucuns disoient que l'on devoit tenter Albe- Royale , d'autres Gran [appelle Strigonium en latin, quasi Isiri Granium]et que ces deux places icy n'esians pas fort loing de Javarin , qu'en les acquestant ce seroit le moyen d'unir et asseurer les pays que tenoit TEmpereur en Hongrie. Il y en eut qui proposèrent que , pour la réputation de leurs armes , l'on devoit premièrement recouvrer Vcsprin et Pâlotte que les Turcs avoient conquesté sur les chrestiens l'année passée : d'autres soustinrent qu'il ne s*y falloit amuser. Après plusieurs raisons alléguées, le plus d opinions fut d'attaquer Gran à cause du passage du Danube, et que , cesle place acquise , il seroit plus aysé de gaigner les autres villes^ et principalement Bude et Peste, villes aussi assises sur le Danube , vis à vis Tune de l'autre; mais qu'il seroit bon, avant que d'y mettre le siège, aller attaquer Movigrade, place assez forte au delà du Danube , et distante d'une journée de Gran , laquelle prise serviroit , tant
pour couvrir contre les entreprises des Turcs les places qui avoient esté gaignées sur eux do costé de Filech , que pour retraite à un besoia durant le siège de Gran. Geste proposition sembia très- bonne A tous, et fut résolue d'estre exécutée sur un advis receu qu'il n'y avoit pas beaucoup de garnison dedans ceste vÛle-là , pou le peu de soupçon que les Turcs avoient que l'on la deust assiéger.
L'archiduc , suyvant ceste résolution , fit passer le Danube à toute son armée , et avec doue pièces de grosse artillerie s'achemina droict à Novigrade, là où une partie de son armée arriva le 1 de mars sur le soir , après une iniiDité de peines pour les mauvais chemins et à cause de la grande quantité de neges dont la terre estoit en ce temps là encor toute couverte. Les Impériaux firent si grande diligence à laire leurs approches , que dez le leodemalD matin la batterie commença à Jouer fort rudement. Il se trouva lors dans Novigrade deux bels [qui est autant à dire comme colonels] avec cinq cents Turcs, lesquels , ayans fait perquisition des vivres, ei trouvèrent pour deux mois. Geste place esthois de toute mine^ pource qu'elle est entourée dna fossé profond de deux piques de haut , cave sur la roche vive. Mais aussi-tost que l'archiduc fat arrivé avec le reste de l'armée , les assiégez, » voyans si promptement et furieusement caooih nez , commencèrent à parlementer, bien qu'ils eussent soustenu un assaùlt où plusieurs chres^ tiens furent tuez. Du commencement Tarehidoe ne les vouloit recevoir que pour esclaves ; mais les bels ayans respondu qu'ils aymoient mieux mourir valeureusement que de vivre en servitude toute leur vie , le baron de Palfy, lieuteaafil gênerai de Tarchiduc , eut charge de faire leur accord ,qui fut que lesdits soldats turcs sorUroient un baston blanc au poing , que les bds auroiat seulement le cimeterre au costé , et que Tod ieor donneroit cinq chariots pour emmener leurs malades. Suyvant ceste composition les Tuits sortirent de Novigrade , et le baron de Palfy, efi recevant les clefs, mena, par courtoisie, les deux beis et une vingtaine des principaux Turcs souper avec luy ; il leur fit si bonne chère, qo'ii tira et descouvrit en parlant avec eux plusieuis desseins des Turcs , en quel estât estoient leurs affaires , et que toute leur armée ne pouvoilestr? assemblée qu'au mois de juillet. Depuis ces Turcs estans conduits enseureté, aussi-tost qu? le bei de Novigrade fut arrivé vers Sinan il leâl mourir, comme aussi celuy de Filecb, pour avoir rendu , disoit ce bascha , ces places aa^ chrestiens par une trop grande couardise , bjsx» moyen de tenir d'avantage et donner loisir àe
CHBONOLOGIB NOVENAIBÈ DE PALMÀ CÀYET. [lô94j
les secourir. Quatre heures après la reddition de Novigrade , il tumba une si grosse pluye troi^ joursduranty que les Impériaux fUrent contraints de se retirer vers Savarin pour s*apprester au siège de Gran.
Il ne se laissoit pas ayx antres en()roils de la tlongrie de se faire plusieurs courses , tant par les Turcs que nar les chresticns, faisans les uns Sur les autres de grands butins , surprenans chasteaux , et faisans de grandes désolations ; et l'archiduc Maximtlian,, qui estoit aussi gouverneur gênerai en la Carinthie et en la Croatie , n*y laissoit d'endommager le plus qu'il pouvoit les Turcs.
Après que l'archiduc Mathias eut esté quelque temps à Jàvarin , voyant que \e camp impérial esioit encor renforcé de nombre de gens de guerre, et qu'il estoit maistre de la campagne , il résolut de diviser l'armée et en mesme temps assiéger deux places* Avec line partie il se prépara pour assiéger Gran^ et t'aiiti*e partie , qui estoit de dix mille hommes , tant de cheval que de pied , il en bailla la conduite à Tieffembach , gouverneur de Cassovie et de Filech , qu'il fit gênerai des armées en la haute Hongrie , avec laquelle il alla mettre le siège devant Hatvs'an^ qui est une ville sur la rivière Àe Zagywa, laquelle se va rendre dans la Tibische , et n'est qu'à douze lieues françoises de Pf sta. Ayant fait ses approches le seizième d'avril, et commencé dez le lendemain sa batterie de sept pièces de canon , sans qu'il y eust beaucoup d'apparence de pouvoir faire hresche et la gaigner par la force , il se rejoint de l'avoir par un long siège et par la disette des vivres qu'auroient les assiégez ; mais , sur la fin de ce mois , ayant eu advis que le beglierbei de la Grc;ce, le bascha de Bude et lés beis de Zarvac , de Gyula et de Tangrade, avoient assemblé treize mil Turcs et venoient luy faire lever ce siège, il alla au devant d'eux, et n'eut pas cheminé deux lieues qu'il rencontra les Turcs un peu au delà d'une rivière nommée Salduai. C'estoit le premier jour de may sur les huict heures du matin. D'abordade il y eut un grand combat entre Tadvant garde des Turcs, que conduisoit le bascha de Bude , et celle des chrestiens ; mais l'artillerie, dont avoient charge les Allemans, fut logée en lieu si advantageux qu*elle contraignit les Turcs , pour les grandes rues qu'elle Caisoit à travers là cavallerie, de venir à la charge assez confusément. Tieffembach , ayant rengé incontinent les chrestiens , fit attaquer le combat gênerai sur les neuf heures, lequel après avoir duré quatre heures, nonobstant que les Turcs l'opiniastrassenl plus qu'ils u'avoient jamais fait en aucun autre qui se fûst
passé en Hongrie, prirent la fuitte, après avoir laissé sur la place deux mille cinq cents morts , entre lesquels estoit le bel de Gyula. Le Beglierbei de Grèce fut accusé d'estre cause de celte desfaiete pour s'estre mis à fuyr des premiers. Le bascha de Bude se sauva estant blessé en trois endroits. Les chrestiens gaignerent treize pièces de campagne , quatre canons et vingtquatre enseignes, avec plusieurs instruments et habits militaires fort riches : mais ils y perdirent plus de six cents chevaux qui leur furent tuez, et bien six cents de blessez. Après cette victoire , les Turcs qui estoient dans Jasprin rabandunnereut , et Tieffembach , y ayant mis dedans une garnison de chrestiens , retourna au siégé de Hattwam. L'archiduc îuy envoya peu après un renfort de deux cents hommes de pied, pource qu'il avoit perdu en diverses factions beaucoup de bons soldats : mais il advint que , pour la longueur et les fatigues de ce siège , la cavalerie hongroise se desbanda de son armée , et, ne pouvant estre secouru d'autres nouvelies forces bastantes pour tenir le siège devant une place si forte, bien qu'il eust desfaict encor une fois le secours que le bascha de Bude vouloit faire entrer dedans , et pris les vivres et munitions , après avoir faict donner un assault , où il perdit de deux à trois cents braves soldats , il leva son siège de devant Hattwam , et distribua ses troupes pour les refraischir aux garnisons voisines.
Quelques jours auparavant, sçavoir le clnquiesme jour de may , l'archiduc Matthias avoit fait investir Gran. Geste ville est scituée sur la rive droicte du Danube , du mesme costé que sont scituées les villes de Javarin et de Bude; elle est distante de Javarin, qui est au dessus du Danube, de douze bonnes lieues françoises , et de Bude, qui est au-dessous, de dixhuiet : à présent elle est divisée en trois villes, que l'on appelle la vieille ville, là ville neufve et la ville de l'eau. Entre la vieille et la neufve, il y a distance d'un traict d'arbaleste , y ayant un mont presque au milieu que l'on appelle Sainct Thomas. La vieille ville se nomme aussi Rhatz , du nom du peuple qui habite en ce pays- là , que Ton appelle Bhasciens ; elle est foibleet est scituée sur le bord d'un bras du Danube , du costé de Javarin. La ville neufve est au pendant d'une haute montagne, du costé de Bude ; et la ville de l'eau est depuis ceste montagne Jusques au bord du Danube. Les Turcs avoient merveilleusement fortifié le chasteau qui est sur la montagne de la ville neufve, estimé imprenable. Ils avoient faict aussi quelques réparations au fort Sainct Thomas; et au delà du Danube, à l'emboucheure
CHRONOLOGIE NOVENAlfiB DB PALUA CAYET. [l594]
de la rivière de Gran, qui descend des monts Garpatiens, et vient tomber dans le Danube visà-vis de Gran , ils avoient aussi fait un fort qu'ils appelaient Cocheren, et Tavoient bien fourny d'hommes, de vivres , d'artilleries et munitions, pour deffendre un pont de barques qu'ils avoient faict pour estre secourus parle Danube quand il leur en serolt besoin.
L'archiduc Matthias estant arrivé avec l'armée impériale devant Gran, il se logea avec une partie de l'armée aux environs de la vieille ville, et le duc de Lunebourg avec l'autre partie se campa autour de la ville neufve. Le 8 may Tarchiduc , ayant faict ses approches, dressé deux batteries et faict brescbes, fit aller à l'assaut, dont les Impériaux furent repoulsez avec perte de trente ou quarante. Mais nombre de ces gens du pays appeliez Rasciens, qui s'estoient eslevez en faveur des Impériaux et estoient dans l'armée impériale , trois jours après cest assault, trouvèrent moyen, par une intelligence, de faire entrer les Impériaux dedans ladite vieille ville , ou tous les Turcs qui s'y trouvèrent furent mis au fil Tespée, bien qu'à la grande résistance qu'ils firent la moitié de ceste vieille ville fust bruslée. Quatre jours après , les Impériaux attaquèrent aussi le fort Sainct Thomas si vivement qu'ils s'en rendirent maistres, et tuèrent tout ce qui se rencontra de Turcs à la défense. Depuis ils tournèrent toutes leurs forces contre la ville neufve et contre la ville de l'eau ; mais ils y trouvèrent tout autre résistance, tant pour leur situation que pour estre munis de tout ce qui y estoit besoin pour la deffense. Le 23 de ce mois les Impériaux, vouians de nuict avec des eschelles entrer dans la ville de l'eau, trouvèrent que les Turcs avoient fait un largo fossé au-delà du mur, là où les Impériaux s'opiniastrans de le gaigner, ils en furent repoulsez par trois fois , avec perte de huict cents chrestiens. Depuis, les Turcs assiégez commencèrent à reprendre courage à se bien deffendre, sur l'espérance qu'ils eurent d'estre secourus par Sinan bascha, duquel ils avoient eu advis qu'il estoit arrivé à Bel«;rade sur les confins de la Hongrie avec une puissante armée, et que d'un autre costé le Grand Turc avoit faict appeller grand nombre de Tartares pour entrer en la Hongrie. Le bascha de Bude faisoit tout ce qu'il pouvoit pour secourir les assiégez ; il avoit envoyé plusieurs vaisseaux chai'gez d'hommes et de munitions, aucuns desquels furent attaquez par les Rasciens, qui lesgai^nerentet amenèrent au camp impérial une partie de l'artillerie , munitions et vivres qu'ils avoient butinez. Mais il y eut un vaisseau chargé de cinq cents Turcs , tous presque Janissaires, qui vint à sauveté au
fort de Cocheren , et de là par le pont de barqocs passèrent le Danube et entrèrent aa secoarsdes assiégez. Peu après qu'ils furent entrez, le hoictiesme Juin , les Turcs firent une sortie, et estoient bien mille, tant à pied qu'achevai, lesquels assaillirent le quartier du sieur de SctuHfiberg, gaignerent les tranchées et mirent toutes qu'ils rencontrèrent en desordre; mais aussi tost les Impériaux y accoururent de toutes parts, firent quitter les trenchées aux Turcs , et les contraignirent de rentrer dans la ville : cela ne se passa point sans quMI n'y en eust beaucoup de part et d'autre qui y laissèrent la vie. Mais re siège tirant en longueur , y estant jà mort plus de trois mille chrestiens aux factions passées, et entre ceux-là plusieurs personnes de eommandément, la cherté des vivres, la mortdeviojittrois canonniers , et dix pièces de canon qui avoient esté rendues du tout inutiles , avec autres dommages importans advenus au camp impérial , firent Juger à plusieurs que l'on entretenoit ce siège , plustost par réputation qae poor aucun heureux succezque Ton en eustpu espérer. Les Turcs, qui ne dormoient point cependant. passèrent en la petite isie proche la vieille ville. où dès le commencement farchidoc avoit mis un corps de garde avec huict canons, d'où ils chassèrent les Impériaux, en tuèrent une partie, et enclouerent les canons, puis se retirèrent. Do depuis les Impériaux firent un fort en ceste i^le là où ils mirent derechef bonne guarde.
Les principaux seigneurs du conseil de larchiduc, sur la proposition que Ton fit de le^er ce siège [ ce qui leur eust fallu necessaireffleot faire dez que Sinan avec son armée si puissante eust esté approché d'eux ] , forent d'advis q« Ton fist quelque grand effort avant que le q^i'ter. Suivant cest ad vis, ledouzicsraejiiînjapr« une rude batterie, les Impériaux se preparerect à l'assault qu'ils donnèrent fort valeureuscroeii!. mais , ayans corobatu trois heures durant, itsrs furent repoulsez par les Turcs avec perte àt trois cents hommes, entr'autrcs du colonel d« gens de Magdebourg et du capitaine Gotbersbe. Proche de l'archidoc , qui estoit en un lieu enii nent d'où il pouvoit voir l'assaut et recognoistrr ce qui s'y passoit, un de ses estafiers fut tue.'t les raousquetades passèrent si près desesaumiles qu'il fut contraint de se retirer, non si» danger de sa personne. Les assiégez y perdirent aussi beaucoup des leurs, et entr'autres oa des trois beis qui estoient dedans poor U d /• fcnse.
Il s'esleva la nuict ensuivant une telle ifflJ* peste avec un si grand vent, que beaucoup df tentes et pavillons de l'armée impériale fure»*
CHRONOLOGIE NOVENAIRB DB PALBIA GAYET. [lô94]
tous renversez, entr'autres celuy de Varcliiduc. Toutesfois les Impériaux ne laissèrent encor pour quelques jours de continuer la batterie et jetterdes feux d'artifice; mais, pour tous ces efforts là , il n'y avoit aucune apparence qu'ils se pussent rendre maistres de la ville neufve. Au contraire les Turcs, qui faisoient continuellement des sorties, allèrent surprendre le fort qu'avoit faict Palfy sur le bord du Danube , pour empescher le secours qui eust pu venir de Bude. Palfy avec ses Hongi-ois fut depuis assez empesché d'en chasser les Turcs ; toutesfois il le reprit valeureusement.
L'archiduc , le comte d'Ardech , Palû , TUnguenadi , président du conseil de guerre , et Brauni, gouverneur de Komore, considerans Testât de l'armée et des affaires, puisque Sinan estoit arrivé à Bude, ils furent d'advisde mener l'armée en lieu seur et se retirer de ce siège. Au contraire , les princes allemans furent de contraire opinion, et principalement François, duc de Saxe, Auguste, duc de Brunsvic, le comte Sebastien Selich, Vigand Malzand, Ernest d'Alstan, Henric Plughe, Rusvorm, Curviger, Oberausen, Boîcircheet Nottuvit. Eutr'autres , ledit Vigand Malzand fit une grande remonslrance pour la continuation de ce siège, Inquelle mesmes a esté depuis imprimée , disant : « On nous veut donc faire accroire que la seule renommée de la venue de Sinan doit secourir les assiégez, affin que , par l'artifice de nos ennemis, qui ont faict courir ce bruit et formé tant de chimères d'une monstrueuse armée , ils nous enlèvent des mains l'honneur d'avoir reconqueslé sous l'obeyssance de l'Empereur une place de telle conséquence? Pourquoy ne poursuivons lous point l'entreprise de Gran jusques à ce que nous ayons au vray cognu la puissance de nostre enuemy , puis que nous avons receu advis de Constantinople que Sinan n'en e^t party qu'avec quelques cameliers, chose pluslost digne de risée que d'espouvantement , et qu'il n'est arrivé ces jours passez à Bude qu'avec mille chevau\?Tant de princes et tant de seigneurs alUroans pourroieut-ils souffrir que les travaux et les peines qu'ils ont enduré en ceste expédition soient sans aucun fruit, et que la mort de tant de leurs soldats demeure sans estre vengée? Faut-il que quelques princes italiens , intimidez en ce siège, facent changer de proposition au Persan qui a jà commencé à reprendre les armes contre les Turcs, qu'ils cspouvantent le Polonois, le Transsilvain et le Moscovite , qui ont desjà les armes en main pour travailler de tous costez les forces de nostre ennemy commun? Nostre vray désir est que le siège de Gran se continue jusques à
ce que nous soyons asseurez avec certitude des forces et des desseins de nostre ennemy. De sortir hors de ce siège autrement nous ne le pouvons conseiller ny faire j et si on fait le contraire de ceste nostre proposition, nous en serons excusez envers Dieu , la Majesté Impériale et tous les princes chrestiens. »
Ungenadi, au nom de l'archiduc, respondit aux Allemans que Ton avoit receu advis certain du grand nombre des Turcs qu'avoit Sinan en son armée, et que les Impériaux leur estant pour lors trop inférieurs en force , qu'il estoit très-expedient , pour le bien des affaires de l'Empire, de conserver ceste armée sur pied, sans rien bazarder, affin qu'elle peust balancer l'armée des Turcs , tant pour le soulagement de la campagne , que pour secourir les places qu'ils pourroient assiéger; que la ruyne de ceste armée estoit la ruyne de la Hongrie , et , estant conservée en son entier, qu'elle conservoit aussi les Estats de l'Empire ; que les gens de guerre estoient desjà assez fatiguez et affligez de beaucoup d'incommoditez, sans endurer ceux que leur pourroit apporter la venue d'un si puissant ennemy.
Pour toutes ces raisons les princes protestans allemans ne laissèrent de publier kur protestation , et l'archiduc, nonobstant aussi leur dire , ne laissa de faire repasser le Danube à toute son armée. Deux jours après il fit retirer ceux qui estoient restez dans la vieille ville de Gran et dans le fort , avec toute l'artillerie et les bagages. Yoylà quelle fut la fin du siège de Gran en ceste année. Avant que de dire les cxplolcts de l'archiduc Maximilian et ceux de Sinan bascba, voyons ce qui se pa^sa à Ratisbone en la ùiette qui'PEmpt^reur y tint en ceste année.
L'Empereur avoit ordonné une diette à Ratisbone dès le mois de février, laquelle fut prolongée de mois en mois jusques en may. Ceste ville de Ratisbone est en Sueve, très ancienne , sise sur le Danube , laquelle ne recognoist que l'Empereur, auquel de tout l'avoir de chasque habitant elle paye annutllemeLt le centiesme; au demeurant, libre, avec justice souveraine et subalterne : elle est en bon air, entourée de belles campagnes une bonne lieuê à la ronde. Il y a bien deux cents églises catholiques; neantmoins les luthériens preschent à leur mode trois fois la sepmaine dans l'une d'icelles qui est au milieu de la ville . et ont encore une autre petite chappelle au milieu de l'église cathédrale, qui leur a esté vendue jadis par un prieur. Il y a un beau pont sur le Danube , flanqué de toui*s fortes qui sont gardées soigneusement , d'autant que tout le territoire est enceint du duché de Ba-
GHRONOLOGIB NOVBNAOIB DB PALMA CAYBT. [1594]
viere ; et ce pont a quatorze belles et grandes arches. Les portes se gardent par les bourgeois, et y a cent bonnes pièces d'artillerie sur les murailles. Geste ville est gouvernée par un conseil de vingt hommes qui sont esieus tous les ans du nombre de soixante , nombre composé des plus apparens de tous les corps ; et d'iceux vingt aussi s'en ealit un qui commande à tous en tiltre de bonrguemaistre [nom de magistrat qui est usité par les villes impériales]. La maison publique de Ratisbone a de rente tous les ans trente mille florins qu'elle reçoit des farines des moulins , des louages de maisons, des daces et imposts sur le sel , vin , bière et autres marchandises , lesquelles rentes et deniers d'imposts se despendent puis après pour les affaires de la ville.
Ratisbone estant donc choisie exprès pour tenir la dielte, tant à cause de la commodité des princes allemans qui ne s'esloignent beaucoup de leurs provinces pour y aller , que pour Tabondancèdequoy elle est remplie, et aussi qu'estant habitée, partie de catholiques et partie de protestans , chacun desdits princes y peut estre receu amiablement , le premier qui y arriva fut le sieur Madrucce^ cardinal légat, et avec luy les sieurs comte Jerosmede Porcian, nonce en la haute Allemagne, et de Bavière, Octavieu Mirti, evesque de Tricherie , nonce de la basse Allemagne résident à Ck)logne , lesquels accompagnoient ledit sieur légat; puis le nonce ordinaire du Pape , César , evesque de Crémone , avec le sieur de Sainct Clément, ambassadeur ordinaire du roy d'Espagne près l'Empereur , Jean Baptiste Conchine pour le grand duc de Toscane , Thomas Contaren pour la republique de Venise, le marquis Pierre Francisque Malâspine pour le duc de Parnl\e , ^Enée de Gonzague pour le duc deMantouê, l'ambassadeur de Malte, le grand commandeur d'Austriche, Marc- Anthoioe.Richi pour et au nom du duc de Ferrare, et Lelie Coste pour la republique de Gennes. Peu après arrivèrent aussi le duc de Chebourg, Jean Casimir de Saxe, MaximiUan duc de Bavière , l'evesque de Posne, le marquis de Havre, ambassadeur du roy d'Espagne comme duc de Bourgongne, et avec luy Simon Grimoalde, secrétaire du conseV secret dudit roy Catholique; Volfgang, archevesquede Mayence, l'evesque d'Erbstat, George Guillaume , lantgrave de Luchstenaberg , Vofgang Guillaume, palatin de Neubourg, Jean, arche vesque de Trêves, en fin l'Empereur Rodolphe, et après luy Ernest, archevesque de Cologne, et peu après le duc Federic Guillaume, administrateur de Saxe, les procureurs de Teslecteur palatin du Rhin encpreen bas âge, ceux du lantgrave de Hessen, Benedlct Altelft, am-
bassadeur de Dannemarc, Jean Cotasse, chancellier de Hongrie, et les procureurs des titla libres, lesquelles sont soixante, outre plusiecn autres princes de l'Empire, abbez etseigneon de grande qualité. Le duc de Vittemberg y envoya ses procureurs; mais l'Empereur ne s'en contenta pas pour quelque occasion, tellement qu*il y alla depuis en personne le huictiesmede juillet , avec six cents chevaux bien en coocbe, entre lesquels il y avoit huict comtes et quatre barons. Aucuns ont voulu dire que rEmpereor vouloit traitter en ceste diette dndit fief de Vittemberg, lequel on disoit estre de la maison d^Austriche , et ne devoir tenir d'oresnavant de l'Empire seul , mais il n'en fat point parlé.
L'entrée de l'Empereur fut le dix huietiesme de may. Tous les princes, sçachant qu'il s'approchoit , allèrent au devant de hxy une bonne lieue d'Allemagne. Il estoit en son carrosse avec le comte Albert de Fustemberg, son grand cscuyer, accompagné d'une belle suitte de courtisans et force cavallerie. A la rencontre tous les princes susdits ayans mis pied à terre , TEmpereor les receut humainement, et voulut descendre de soq carrosse ; mais il luy fut fait la révérence aa nom de tous par l'archevesque de Mayencç, comme précédant tous les autres en dignité ; puis l'Eropereur monta sur un cheval moreau richement garny de velours noir et d'or, avec tous Icsdits sieurs princes, et , s'acheminant vers Batisbooe, il y entra par la porte qui est devers le pont [pour aller au palais de Tevesc^ue désigné poar son logis] , à rentrée duquel , le longdelanief il y avoit mille bourgeoiç armez de corselets et mille harquebuziers. Les vingt seigneurs gouverneurs Tattendoient sur le dernier pont-levis do costé de la ville, à cause que de l'antre costéeeli est des terres de Bavière. L'ordre de son eutm fut tel :
Premièrement entrèrent deux cents qnab^ vingt cinq chevaux du duc de Bavière avec sii trompettes et dix pages , puis cent chevaux do palatin de Neubourg et six trompettes; en apHs deux cents cin(]^ante chevaux , avec leurs tronh pettes, de l'archevesque de Saltzbourg, suivis de cent cinquante de l'evesque d'Erbstat, rt de cent autres de l'eslecteur archevesque de Tre\^ et de deux cçnts de Teslecteur archevesque di Mayence. Peu après suivolent les six aydes de la chambre impériale à pied , sans armes , et bb carrosse avec un dogue roux qui a de coostutae de garder la chan\bre impériale. Après suivoilk mareschal de la court qu'ils appellent trav:fnt accompagné de plusieurs gentils-hommes portant l'espée impériale , laquelle il bailla au raix-ma* reschal estant venu à la porte ; puis soivdeîtf
CHRONOLOGIE NOV£NAIRB DE PALVA CAYET. [1594]
vJDgt-quatre trompettes de l*£mpereur, avec certaiostruropoDS, quatre- vingt dix gentils-hommes et quatorze pages, deux à deux , sur des chevaux superbes , portant livrée en cazaque de veloox ooir et passement Jaune , chausses et gioppoos de raz jaune ; puis les gentils-hommes de la suitte qui vont tousjours avec l'Empereur quand il marche en campagne. En intervalle estoit le maistre d'hostel et après les ser vans, qu'ils appellent Iruchses^ ou porteurs de la viande quand l'Empereur mange en public , puis le sommelier et autres officiers Jusques au nombre de trente : ceux-cy estoient suivis de quarante gentils-hommes qui estoient de la maison des eslecteurs et des autres princes d'Allemagne et de fiobeme, qui ailoient devant les chambellans Perschoschi, Popel , Metich, Berch et Coiored; et après eux sui voient deux heraults avec leurs cottes, qui portoient par le devant les armes de Même, et au dos celles de Hongrie.
Après ces heraults , suivoient le prince de Bavière, le lantgrave de Laintberg, et les deux fils du duc de Neubourg avec leur père ; Tevesque d'Erbstat et Tarchevesque de Saltsbourg. Deux heraults aux armes de TEmpire et de TAustriche marchoient devant Alexandre Pappenehelm, rais-maresehal , avec Tespée nue^ vestu d une longue robbe de veloux noir ; puis douze estaffiers de mesme livrée que les pages ; et finalement l'empereur tout seul , environné de cent hailebardiers , et suivy des deux eslecteurs de Mayence et de Trêves : après lesquels suivoient Je grand maistres Volfgang Rouf et Albert Furstemberg, qui portoient Tespée, la lance , l'escu et 1 harquebuz de Sa Majesté Impériale ; puis le grand escuyer et le grand chambellan Christofle Popel : après lequel suivoient quatre autres pages et cent dix-sept archers vestus des livrées de rEmpereur, avec les carrosses de Sadlte Majesté impériale ; et pour closture de ceste entrée estoient cinq cents gentils-hommes de Bohême, Moravieet Silesie^ qui avoient accompagné TEmpereur en ce voyage, suivis de deux coches et de cinq très-beaux chiens.
L'Empereur estant parvenu à la porte du pont )ù les vingts sénateurs Tattendoient, ils se prosternèrent de genoux , mais il les fit lever, et luy lyant fait une harangue briefve luy présentèrent es clefs : luy leur dit qu'il se confioit bien en iux , et les laissa en leur possession. Aussi-tost [uatre desdits sénateurs levèrent un dais de danas jaune, après qu'il leur eut à tous touché à la nain , et alla en ceste façon, ay ans à ses costez esdits sénateurs , jusques à Tegllse cathédrale , •ù le suffragant de l'evesque [qui est le fils pulsné la duc de Bavière ] , receut Sa Mi\jesté Impé-
riale , et fut chanté le Te Deum solemnellement. De lÀ s'estant retiré l'Empereur dans les chambres hautes du logis qui luy estoit préparé [d^autant que son père estoit mort là -dedans aux chambres basses], il licentia tous les princes et seigneurs avec une grande humanité. Ce mesme jour le susdit légat vint aussi venir l'Empereur , qui s'advança pour le recevoir jusques au milieu de la sale , et discoururent ensemblement assez long-temps : puis ledit sieur légat se retira.
Le second jour de juin , Sa Majesté Impériale alla à la messe avant l'ouverture de la diette. En l'église estoient deux dais de brocat avec dçux chaires couvertes d'or : en l'une s'assit Sa Majesté Impériale ; sa chaire estoit plus haute de deux escaliers que celle du légat , qui estoit du costé de l'évangile , où il estoit desjà assis attendant l'Empereur : au-dessous de Sa Majesté Impériale estoient les archevesques eslecteurs de Mayence, Trêves etColongne, comme estans les chancelliers de Germanie, Italie et France. Au-dessous du légat estoient les sièges préparez pour les séculiers , à sçavoir le comte Palatin , le duc de Saxe et le marquis de Brandebourg, qui sont l'escuycr, le mareschal et le chambellan de l'Empire , lesquels estoient absens, et aussi leurs procureurs pour eux, à cause qu'ils sont prote$tans. Aussi manquoit le roy de Bohême , eschanson de l'Empire : mais en suitte de leurs sièges s'assirent l'archevesque de Saltsbourg, l'evesque d'Erbstat et autres prélats.
En la face du chœur, c'est à dire au devant , estoit une longue forme ornée de mesme, où s'assirent le nonce du Pape, l'ambassadeur d'Espagne, celuy de Venise et celuy du grand duc, les autres ambassadeurs s'estans retenus d'y aller pour la dispute quMls ont les uns avec les autres pour leurs préséances.
Sa Majesté Impériale estant entré , et les princes luy faisants escorte des deux costez, il s'agenouilla en son lieu , et lesdits princes se tindrent tous debout jusqu'à tant que le grand-maistre leur fust allé designer leurs places à chacun, et se tindrent aussi tous testes nues jusqu'à ce que le mesme grand maistre leur fust vent^ dire qu'ils se couvrissent par le commandement de Sa Majesté Impériale.
Le prélat officiant , ayant pris la bénédiction du légat , commença son introïte, qui fut entonpé au chœur en musique de voix et instruments d'orgues, cornets et clairons. Celuy qui faisoit l'office de diacre, avant que chanter Tevanglle, alla baiser les mains du légat, et receut de lui la bénédiction. Après quMl eut chanté l'évangile, Tarchevesque de Mayence s*approchant de l'autel avec trois profondes révérences, puis en ayant
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faict autres trois à Sa Majesté Impériale , il !uy / présenta le messel pour baiser Tevangile en Tendroit que le grand aumosnier luy avoit monstre, l'ayant premier essuyé avec un linge. Geste cérémonie faicte, ledit sieur archevesque, avec les mesmes révérences , rendit le messel au diacre, et s'en retourna en sa place. Il fit encore de mesme au baiser de la paix. Après la messe tous saluèrent humblement l'Empereur , fleschissans le genouil.Le légat estant sorty de Teglise, Sa Majesté Impériale s*en alla au Palais pour traicter des affaires de la diète en Tordre qui s'ensuit.
Au devant de luy marchoient les hallebardiers de Tadministrateur de Saxe , comme mareschal de TEnnpire , puis les gentils- hommes des princes qui estoleut là arrivez ; suivoient après la cour de l'Empereur , puis les chambellans, les deux heraults susdits à cheval avec leurs habits accoustuméS) puis les deux fils du duc deNeubourgt le duc Jean Casimir de Saxe, le prince d'Anbalt, le landgrave de Luchtemberg, Volfgang Guillaume, palatin, l'ambassadeur du landgrave de Hessen, Tevesque d'Herbstatt, l'ambassadeur de l'cslecteur de Brandebourg, et l'eslecteur de Trêves seul ; puis il estoit suivy de deux heraults, et après alloit l'ambassadeur de Saxe avec Tespée nuë en la main devant Sa Majesté Impériale qui estoit sur un cheval moreau, ayant des deux costez sa garde de ^allebardiers et d'archers au nombre de deux cents. Après luy estoient les eslecteursde Mayence et de Cologne, avec l'ambassadeur du comte palatin du Rhin.
Estans arrivez au Palais et montez en la salle, l'Empereur s'assid en la chaire à lui préparée sous un dais, ayant à sa main droite les eslecteurs de Mayence, Saxe et Brandebourg, et à sa senestre l'eslecteur de Cologne, le palatin du Rhin, l'archevesque de Saltsbourg, l'evesque d'Herbstat, le député de la maison d'Austriche, le palatin de Neubourg, le landgrave, le marquis d'Avré et autres, estant au-devant et en face l'eslecteur de Trêves , hault seul sur un siège, lequel se leva avec une grande révérence vers l'Empereur, puis vers les princes , et les remercia de la prompte obeyssance qu'ils avoient rendue au mandement de Sa Majesté , et les pria de proposer et procurer les remèdes nécessaires selon Testât présent des affaires. L'eslecteur de Mayence luy fît une responce pour tous , que e'estoit leur devoir d'obeyr à Sa Majesté Impériale , laquelle il remercia de la faveur qu'il leur faisoitde vouloir s'aydcr de leur conseil, et qu'ils ne manqueroient de faire leur devoir en ce qui leur seroit proposé, comme princes chrestiens, membres de T Empire, et très-affectionnés serviteurs de Sa Majesté Impériale.
Lors le secrétaire de la diette lent les articles qui s'y dévoient proposer. Le premier conteooit la guerre contre le Turc, duquel la perfidie e&toit telle , qu'ayant traicté paix avec Sa Majesté Inh periale, et icelle jurée, neantmolns le bascha de Bosne avoit enlevé dans la CroacieBepiZfVihiz, Dresnys, Castrovis, et autres places fortes, de laquelle audace et perfidie Sa Majesté Impériale s'estant plaint par son ambassadeur à la Porte, le Grand Turc, au Heu de punir telle perfidie, pour d'avantage monstrerqueletouts^estoit faict par son commandement, avoit donoé audit bascha un cymeterre et une robbe d'honneur pour le gratifier de ceste entreprise; tellement que le bascha depuis s*estoit vanté qu'il avoit contraint l'empereur des chrestiens de s armer pour la garde de ses peuples ; aussi que le Grand Turc mesmes , procédant en eesteactioo fort slnlstrement, avoit faict mettre prisonoier son ambassadeur ordinaire , Federic Chreooviz, et avoit fait mourir les nobles de sa suitte, et mis les autres à lacadene, ledit ChrecovizestaDt depuis mort pauvrement prisonnier à Belgrade: que tout cela monstroit son intention maaTaist de faire une rude guerre à tout TËmpIre, qu'il) falloit promptement remédier, et que Tayde ordinaire que les princes et villes impériales dusoient en temps de guerre aux empereursn'estoit pas suffisant pour résister à un tel ennemy^ct que, par nécessité , il se devoit faire une taxe et levée d'argent par toute TAlIemagne six ans dorant, duquel argentSa Majesté Impériale offroit de rendre compte de temps en temps eoqooy il auroit esté employé ; que l'Allemagne devoit accorder ceste demande , puis que le Pape, le roy d'Espagne et les princes italiens, avec le Moscovite et autres, faisoient offre aussi d'un notable secours d'hommes et de deniers.
En second lieu, qu'il failloit appaiser les qwrelles d^entre les princes d'Allemagne, eteonfirmer , quand à ce , les traictez sur ce foi^s, et observer les ordonnances faictes par Sa Maje^ Impériale ; principalement qu'il failloit pro:arcr la paix de la Flandres et de la Yespbale, qai 0* toientengranderuyne depuis beaucoupd'anuécs.
Au trôisiesme chef fut proposé d'abbreTîer la forme des procédures à la chambre impériale de Spire, pource que tous les estais se plaignoteotdf la longueur des procez qu'on y rendoit immortels.
Le quatriesme point estoit de la monnou,ct que e'estoit une grande honte que TAllema£ae. riche en métaux, fist de la monnoye qui oe (n^ pas du poids et de l'aloy ordinaire^ ce qui j^orU»i interest et dommage ù tous les princes et à leuis subjects.
Au cinquiesme point fut proposé de reiKKi^<^
CHIl0N0L06I£ NOVBNAItlE DB PALMA CAYBT [l594j
1er la matricule de TËmpire pour soulager les Estais qui se sentoient grevez pour les imposts.
Ce forent là les propositions faictes en ceste diette , sur lesquelles Tarchevesque de Mayence s^estant levé pour recueillir les voix des princes, lesquels s*approcherent faisant comme un cercle autour de luy, et avoir esté quelque temps à leur resouidre , chacun d'eux s'estant remis en sa place, Il remercia Sa Majesté Impériale , an nom de tous, de ce qu'avec son incommodité il estoit venu en la diette présente pour procurer le bien de TEmpire et de tous et chacun en particulier ; qu'ils delibererolent ensemble etseresouldroient à son désir sur un chacun poinct.
Gela dit, Sa Majesté Impériale alla disner , et mena tous les princes avec luy , chacun tenant son rang et ordre. Quelques jours se passèrent , pendant lesquels l'Empereur aussi visita les princes eslecteurs avec beaucoup de complimens mu* tuellement les uns avec les autres, selon la coustume des Allemans.
Pendant la diette il y eut aussi deux querelles, l'une entre Tarchevesque de Saltsbourg et le duc de Vittemberg. Ce duc mesprisoit l'archevesque pour n'estre pas né prince et pour estre prestre , et, pour ces raisons, ne le qualifioit comme font les Allemans, disans allerhochstCy etc., trèshault , etc. , desquels tiltres cest archevesque usoit bien neantmoins envers ledit sieur duc : mais cela depuis fut accordé entKeux.
L'autre fut plus grande, meuë par le procureur du fils de l'eslecteur de Brandebourg , lequel , combien qu'il fust marié et protestant , retenoit neantmoins l'archevesché de Haie en Soeve. Or l'archevesque de Haie doit entrer par ordre en la diette avec l'archevesque de Saltsbourg , l'un après l'autre; mais, estant à présent protestant, celuy de Saltsbourg ne voulut endurer qu'il tinst son rang; ce qui fut Toccasion que ledit procureur s'y voulut introduire par force : ce qu'il fit, et, entrant dans la sale où se tenoit la diette, il alla se mettre en la place et au dessus dudit archevesque de Saltsbourg, lequel, voyant que cela tendoit ix un grand scandale s'il l'eust contesté , sortit, disant qu'il estoit catholique et impérial. A ceste parole tous sortirent, hors -mis les protestans, lesquels seuls ne pouvoient rien. On accorda depuis ce différent, et en fut fait un règlement.
En ce temps fut aussi donné par l'Empereur Finvestiture de l'eslectorat de Cologne, le 15 de Juillet, en ceste façon : L'Empereurseantcomme comme dessus avec l'eslecteur de Mayence et le procureur du Palatin et autres princes ecclésiastiques de TEmpire, et à gauche les électeurs de Trêves, de Saxe et le procureur de Brfi^njgi)ourg,