I. C, D. N, T. XII
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paule droicte de son armée sur l'advenue des François, qu'il fit garnir d'un ^and nombre de ses chariots enchesnez , faisant ad vaûcer, comme en croissant, sa cavalerie, tant à droicte qu'à gauche , et l'infanterie rengée par escadrons départis en trois, cheminans en advant-garde, bataille et arriere-garde,«vec pièces de canon à la teste de chacun gros. En ceste forme le cardinal tira sur le haut de la montagne de Vignacour.
Le Roy, qui void la retraicte de son ennemy, le suit , avec quatre mille chevaux et douze mille hommes de pied , plus de deux grandes lieoës , et le recogneut de si prez , accompagné de six ou sept , favorisé de quelques carabins , qu'il put Juger de leur nombre , forme et coi^tenance. Ce fut ce qui le fit resouidre de donner bataille si le cardinal y voulolt entendre : mais ce n'estoit pas son intention , car , après que les deux armées eurent esté vis-à-vis l'une de l'autre cinq heures en bataille , et faict beaucoup de petites charges , le canon des François endommageant fort les Espagnols , le cardinal fit passer le bagage et son infanterie par delà la montagne , et les fit mettre en sauveté exempts de la charge pour ce jour, sa cavalerie faisant ferme, tant sur le haut de la montagne que vers Flacelle là où ils faisoient mine de venir à la charge; mais aussi-tost advancez , aussi-tost ils se retirèrent. L'on n'avoit point veu de long temps deux grandes et puissantes armées demeurer si long temps et si près l'une de l'autre sans se battre. Le Roy avoit envie d'aller attaquer le cardinal sur le haut de Y ignacourt , et ceux qui estoient de son opinion disoient que , bien que les Espagnols se retirassent en bel ordre, toutesfois qu'à leur contenance qu'ils estoient estonnez. Le conseil que le Roy avoit près de Iuy Iuy dit qu'il ne failloit rien bazarder, que ce Iuy estoit une grande gloire d'avoir chassé honteusement ledit cardinal et un si grand nombre d'ennemis, en tenant une ville assiégée, et l'avoir suivy avec le canon à trois lieues de la ville ; que par ceste retraicte Amiens ne pou voit fuyr de retomber sous son obéissance. Le Roy creut cest advis, et, laissant le cardinal se retirera Dourlens, il retourna à son siège devant Amiens.
Les assiégez, qui avoient veu le cardinal avec son armée estre à demie lieuê d'eux pour les secourir, firent une infinité de feux la nuict d'entre le quinze et sciziesme septembre, et tirèrent force canonnade; mais, Tayans veu reculer, et sceu qu'il s'estoit retiré vers Dourlens , que son armée se desbandoit, et qu'il estoit sans espoir de les pouvoir secourir, ils changèrent de langage, et demandèrent à parlementer* pour avoir une composition honnorable, sans* attendre à
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l'extrémité où ils pouvoient estre forcez. Le Roy, qui sçavoit qo^ils n'avoient faute de vivres et munitions, et quUis estaient encor deox mille hommes de guerre, leur accorda le 1 9 septembre les articles suyvants :
I. Premièrement Sa Hijest^ accorde qu'il ne sera touché à la sépulture d'Hemantello Portoearraro et des autres capitaines enterrez aux églises de ladite ville, ny à leurs epitaphes et trophées, pourveu qu*il n'y ait rien qui soit contre la dignité de la France, et qu'il leur sera permis d'en retirer leurs corps quand bon leur semblera.
II. Que tous les gens de guerre, de quelque nation qu'ils soient, estans en ladite ville, sortiront avec leurs armes, la mesche allumée, les estendars arborez , et tambours battans , avec leurs chevaux et bagage, et tout ce qu'ils pourront emporter qui leur appartient, tant sur leurs personnes que sur leurs chevaux et chariots.
III. Qu*il sera baillé des charrettes pour emporter les blessez et malades Jusques à la ville de Dourlans ou de Bapaume, avec bonne et seure escorte , lesquelles charrettes avec leurs chevaux ils renvoyeront en toute seureté; et, pour le regard des malades et blessez qui ne pourront estre transportez, demeureront en ladite ville, où ils seront pensez et traictez Jusques à ce qu'ils soient guéris, et lors leur sera permis se retirer en toute seureté.
IV. Tous ceux de ladite ville et autres estans en icelle, de quelque qualité qu'ils soient, qui voudront sortir avec eux , le pourront faire librement et emporter avec eux les biens qui leur appartiennent , sans que personne leur puisse rien demander; et sera permis aux autres qui y voudront demeurer de le faire en toute seureté , et de Jouyr de leurs biens comme ils faisoient devant la prinse d'icelle, renouvellans le serment de fidélité à Sa Majesté.
y. Seront deschargez du payement des drogues, medicamens et autres choses par eux prtnses pour penser et traicter leurs malades et blessez, et particulièrement de douze mille livres de balles d'arquebuzes.
VI. Les subjects et serviteurs du Roy, estans prisonniers dans ladite ville , seront rois en liberté sans payer rançon; le semblable sera fait pour ceux de ladite ville qui seront prisonniers en Tarmée de Sa Majesté, et autres qui ont esté pris y voulans entrer.
VIT. Sa Majesté accorde que trois d'entre eux pourront aller trouver leur gênerai , accompagnez do dix chevaux pour l'advertir de la présente capitulation ; que pour ce faire il sera faite
une cessation d'armes jlburrix Jours qui eschoront Jeudy au matin; à la charge que, slb ne sont secourus dedans ledit temps de deux mil hommes qui entrent dedans ladite ville , ils sortiront d'icelle, et la rendront à Sa Majesté, aux conditions susdites, ledit Jour de Jeudi aa notin, sans qu'il soit besoin faire autre traieté et accord.
VIII. Les marquis de Monténégro, capitainti et gens de guerre estans en ladite ville, ne pourront, durant ledit temps de ladite cesaatioa d'armes, favoriser l'armée qui entreprendra de venir à leur secours , demeurans les traochéei garnies de la garde ordinaire, laquelle aussi ne pourra rien entreprendre contre eux.
IX. Ils bailleront à Sa Msjesté, pour la seureté et observation des présents accords, quatre ostages capitaines, à sçavoir deux Espagnob, l'un de cavallerie, et l'autre d'infanterie, on Italien et un Walon, et pourra Sa Majesté mvoyer et tenir en ladite ville, durant laditeceKitlon d'armes, une ou deux personnes, telles qw bon luy semblera, pour prendre garde s'ils ibrtifieront ou repareront en icelle , et si le seeovs qui y entrera sera de deux mille hommes.
X. Leur sera baillé escorte et seureté josi|oes en ladite ville de Dourlans, et la foy de Sa Majesté , en cas qu'ils n'y treuvent leur armée, qu'il ne sera rien attenté contre eux Juaqoes à Arras.
Le 35 septembre, sur les six heures du matin, le Roy ordonna que son armée fost mise toute a bataille ; ce qui ftit fait en quatre heures. Et snr les dix heures Sa Majesté commanda à H. le connestable, au mareschal de Biron , au due de Monbason et au sieur de Vicq, d'aller à Amiess à la porte de Beauvais , là où il avoit desjà ftit marcher deux mille soldats, et par laquelle devait sortir la garnison espagnole ; lesquels 8*eftans présentez à ladite porte, fut incontinent abbaissé le pont, où se présenta le marquis de Monténégro, qui commandoit dans ladite ville depuis la mort de Hemantello , monté sur un beau cheval et très-bien en couche, tout seul, avec l'escarpin , un bâton à la main ; et , après l'entresaluêment fait d'une part et d'autre, icenx seigneurs mirent le marquis de Monténégro entre eux, et fut conduit, environ demy lieuê loing de la ville, où estoit Sa Majesté, en une grande plaine, accompagné de sa cornette blanche, avec environ dix-sept cens chevaux et cinq cens Suisses. Le marquis de Monténégro avoit à sa suitle environ cent trente chevaux ft autant d'harquebusiers à pied tous choisis, qu'il rocnoH pour ioL garde de sa personne. Après eox î^
GHBONOLOOIB NOYSNAIBB
BoieDt environ mille femmes de petite qualité , entre lesquelles il y en ponvoit avoir environ quatre cens de la ville qui sulvoient volontairement Après suivoient cent soixante chariots, la plus part couverts de toile, et chargés de toutes sortes de bagages , et sur îceux environ trois cens, que hommes que femmes, malades, ou de peste , ou de blessure. En après marcholent environ quatorze cens harquebuziers et six cens corceletsbien*en couche. Et pour la fin suivoient dix compagnies de cavallerîe , à sçavoir, six de gendarmes lanciers, et quatre d*harquebuziers à cheval, qui pou voient en tout faire le nombre de cinq cens chevaux : toutes lesquelles forces passèrent au milieu de Tannée françoîse. Et lors que le marquis de Monténégro fiît proche de Sa Majesté, il mit pied à terre , comme aussi fit M. le mareschal de Biron qui le présenta au Roy, et le marquis luy baisa la botte. Le Roy estoit monté sur un beau coursier moreau, richement harnaché et couvert d'une selle en broderie à fond de couleur încarnadine, habillé très richement , avec un baston royal à la main , environné des princes de Conty, de Mont-pensier, de iVevers , de Nemours , Joinville , et des mareschaux de France, et autres grands seigneurs en bon nombre. Ledit marquis luy dit quelques paroles. Sa Majesté l'embrassa et receut fort humainement, avec une majesté royale, et luy donna congé ; lequel prins il remonta à cheval , et fut accompagné, du commandement du Roy par M. le eonnestable environ deux lieues. Tous (es capitaines espagnols et autres , tant de cheval que de pied, passans devant le Roy, mirent pied à terre , et luy baisèrent la botte avec une grande humilité et révérence; ausquels Sa Majesté usoit de paroles pleines de courtoisie. Geste feste dura jusques à deux heures après midy, que Sa Majesté alla disner, et sur les quatre heures du soir s'en alla à Amyens, accompagné de mil gentils-hommes à cheval : et alla droit descendre à la grande église Nostre Dame , où fut chanté le Te Deum par sa musique et gens de sa chapelle, avec un merveilleux contentement et allégresse de tous les assistans, l'église remplie de toutes sortes de gens. Après que le Te Deum fut chanté, tous crièrent vive le Roy. Cela faict, le Roy sortit de la ville, qui fut environ sur les six heures, et fit faire monstre à toute son infanterie, qui estoit environ de dix-huict raille hommes de pied, y compris environ deux mille Anglois et mil Suisses. Ce jour Sa Majesté avoit plusde douze mille hommes à cheval, entre lesquels il y en avoit plus de cinq mille î^entils-hommes. Après que les Espagnols furent sortis ; il ne demeura pas dedans la ville d'À-
DB PALMA GAVET. [1597] 771
miens plus dehuict cens personnes des habitanSi entre lesquels il y avoit quelque peu de peste. Le Roy mit dans la ville vingt compagnies de gens de pied et trois de cheval en garnison ; et pour gouverneur M. de Vicq.
Les beaux esprits firent plusieurs vers sur ceste reprise d'Amiens; entr*autres les suivans furent trouvez d'une belle invention.
Jb De sçay qui des deux est le plus admirable , D'aToir pris ou repris un Amiens &i fort : Mais je sçay qui des deux est le plus honorable , De l'aToir pris par fraude ou repris par effort.
Ou chante en mille façons Une si belle entreprise ; Mais de toutes ces chansons Le bon est en la reprise.
Hernantcl fut heureux , en si belle entreprise. De surprendre Amiens, sans force , en nn instant ; Plus heureux d'estre mort ains qu'elle fust reprise. Pour ne mourir après de honte en la quittant.
Voicy le dialogue qui fut fait sur le tombeau de ce capitaine Hernantelio Portocarrero.
Li TKBBE.
Cesse Yœu^re , maçon, il ne faut que tu tailles Ce marbre pour dresser un srpulcbre à ce corps , Car je le veux vomir du fonds de mes entrailles , Et le reodre aux vivans pour se venger des morts. Responds moy, je te prie ; ieroit il raisonnable Que luy, qui vint troubler ma paix et mon repos, Reposast, honoré d'un tombeau vénérable.
Dans mon sacré giron fait butin de ses os ? Non , cela ne peut estre, ainsi qu'en cette vie L'Espagnol ne se peut accorder au François; Comme on ne void entr'eux aucune sympathie Un tel corps espagnol garder je ne sçaurois.
l'esprit D'flEBIlÀNTBLLO.
Cruelle , ose-tn bien murmurer cesie injure , Te forçant de priver mon corps de cest honneur? Pretends-tu violer le droict de sépulture , Pour-ce que tu n'es plus serve de mon bon-heur? T'ai-je pas justement par les armes acquise ? Ay-je pas mis ton col soubs le joug de ma loy. Je suis mort , ouy vainqueur , dans la place conquise : Voudrois-tu donc nier de n'estre encor k moy ? Trespas advantureux, ô mort bien fortunée , A qui ma vive gloire a desjl surve&cu , Vous accoroplistes bien l'heur de ma destinée En me rendant ainsi plus vainqueur que vaincu I
LA TEBBE.
La mort eut bien pouvoir. Esprit , de te distraire De ton corps qui mourut pour la témérité ; Mais à ton arrogance elle n'a peu soubstraire Ce qui ne te peut faire aymer la vérité.
CHBOIVOLOGIS NOVBNAIHS DE PALMA CAYET. [1597]
Confesse toy Taioca , c'est au plus fort la gloire ; £t te souvienne aussi que celny n'est vainqueur De qui la mort ani siens faict perdre la victoire, £1 qu'on ne peut pas vaincre en n'ayant plus de cœur. Mon grand Hoy t'a vaincu : t'eust-il peu prendre envie De mourir plus beureux qu'estre vaincu par luy ? Tu as en plus d'honneur en finissant ta vie, Vainca d'un si grand roy qu'estre vainqueur d'aotray .
l'espbit.
Puisque Mars et Belone, et la Fortune mesme , SonfTreut d'estre icy bas commandez par ton Roy. Je me contraincts ct>mme enx, plein d'un regret extrême , De souffrir que son bras trinmpbe aussi de moy. Mais , comme estant forcé , je souffre à leur exemple, Terre, souffre à la mienne, et permets que mes os , Dans le centre voolté d'une tombe bien ample, Jouy>sent en ce lieu d'un éternel repos , Kt que mon efligie en porphire eUevée , Tenant dans sa grand'dextre Amiens peint en or , Monstre de l'autre main , en ta latigue gravée , Sa prinse , l'an , le jour, et mon beau nom encor. Pour à l'aage futur monstrer que mon audace Fit |)enetrer i'Espague en France bien avant. Et que pour mon grand Roy ceste guerrière place A nul autre qu'à moy ne fut auparavant.
Li TEttRK.
Ces colosses vivans qui jadis entassèrent Les monts pour aux grands dieux le ciel faire quitter, Avecques leurs rochers à la fld renversèrent , £spronvans sur leurs chefs l'ire de Jupiter. Pour mémoire à jamais d'une si folle guerre , Et pour rendre à nos yeux l'acte tousjours nouveau , Ces monts poinctus, servans de iMrties à la terre. Aux géants insensés servirent de tombeau. Ainsi , cbetif Esprit , je veux bien que ta cendre Demeure icy tousjoui's , pour tousjours tesmoigner Qu'estant bien tost monté , tost on te vid descendre Et que sur les François tu n'as peu rien gaigncr.
Toutesfols les habitans d* Amiens ne laissèrent gueres entier Fepitaphe d'Hernantelio qui estoit dans la grande église : aussi y avoit-il plusieurs choses contre la dignité de la France, et ne purent voir tous les jours devant leurs yeux les trophées de celuy qui estoit cause de leur ruine.
Le Roy, pensant trouver le cardinal d'Austriche vers Dourlens, s'y aeliemina avec dixhuit pièces de canon ; mais il s*estoit retiré vers Arras , et en passant avoit seullement jette dedans une partie des meilleurs hommes de son armée avec des munitions et vivres , et tout ce qui estoit nécessaire pour soustenir un long siège. Sa Majesté, qui ne vouloit si tost se rembarquer à un siège, et principalement à cause de la proximité de Tbyver, passa outre avec sa cavalerie , infanterie et canons , donna aux portes d' Arras, où estoit encores ledit cardinal avec une partie de son armée. Ayant faict tirer vingtcinq où trente voilées de canon sur ceste ville , attendant quelque sortie des Espagnols, voyant qu'ils ne paroissoient point et s'estoient retirez
plus avant dans le pays, Sa Majesté NloonuL v» Amiens pour donner ordre aux garnisons, an repos de son armée après un si grand et long siège, l'avoisinans les pluyes et rigueurs de rhy ver qnî alla passer à Paris, ainsi comme nous dirons cy après ; mais que nous ayons dit ce qne fit tepriDce Maurice cependant que ledit sieur cardinal peasoit secourir Amiens.
Nous avons dit cy dessus que le prince Unrice et les Estats voyans que le duc de Parme, pour obeyr à la volonté du roy d'Espagne, menoit toutes ses forces contre la France au secoais de la ligue , qu'ils n'en laissèrent point paner l'occasion sans profiter. Au premier voyage qoe fit ledit duc de Parme l'an 1590 , le prinee prit Doddedaêi et plusieurs chasteaux forts en diverses provinces des Pays-Bas, et fitbastirk fort de Knotzembourg près de Numq^he. Ledw de Parme à son retour en Flandres, pensantcai' pescher le prince de poursuivre ses conqnestes, pource qu'il avoit encor pris , au mois demay l'an 1591, Zutphen, Beventer et Delfziel, assiégea ledit fort de Knotzembourg , où il fat eoatrainct par le prince de lever son siège arec perte. Ledit duc de Parme faisant les preparatift pour son second voyage en Franice, ledit prius se rendit maistre de Hulst et de Numeghe. L*bb 1592, pendant ce second voyage, il printaoai Steenvich , Otmarson et Govoërden. L'an 1594, quand le Roy assiégea et print Laon, cependaot que le comte Charles de Mansfeidt pensoit le secourir, le dict prince se rendit maistre (^ Groëninghe ; et en ceste année, cependant qae le cardinal d'Austriche pensoit donner seeom à Amiens qu'il avoit iaict surprendre, outre qu'il fut contrainct d'abandonner sa prise, ledit prince chassa les Espagnols de tontes les villes et forts qu'ils tenoient en Frise, OTerifld et Groëninghe, et leur fit repasser le Rhin atec de grandes pertes. Voyons comme cela se fit
Tandis donc que le cardinal d'AustridtesV chemina pour secourir Amiens avec tontes les forces du roy d'Espagne, le prince Haniiceciio estats généraux des Provinces Unies se mM en campagneau commencement du mois d*a0il délibérez de chasser l'Espagnol des bords di Rhin. Le prince fit marcher son armée ettsat son attirail , tant par terre que par les rificKS du Rhin et de Wahal , avec trois ou quatre cetf navires de toutes sortes , vers la ville de Rbia* berg ; et devant que l'aborder, passant prés d'Aïpeu , appartenant à la comtesse de Mœurs, il » approcha avec deux pièces d'artillerie qoliiii voir À ceux de la garnison que le roy d Espagv y tenoit d'environ soixante hommes, N«d»< sommez de se rendre sur pmmesse de Iw
GHHONOLOGM NOVfiNAIBB DB PALM A CAYBT. [l697]
composition s'il se rendoient devant qae le canon fast placé, ne se vonlans perdre par opiniastreté, ils se rendirent et mirent ville et chasteaa es mains da prince le hoitiesme d'aoust, sortans avec armes et bagages.
Le mesme Jour le prince fit avancer tonte son année devant Rhinberg qn*il fit investir par terre et par eau, et saisit les navires des assiégez avec la petite isle qni est au milieu du Rbin à Topposite de la ville, où il fit dresser quelques pièces de batterie outre celles qui estoient sur les navires de guerre, d*où il fit battre la grosse tour de rhostel de Uevesque qui commandoit sur 1adicte rivière, tant qu'elle fut rendue inutile. Les assiégez firent peu de sorties , mais de leur canon ils importunèrent fort les assiegeans ; et toutesfois, le dix-neufiesme du mois, le prince ayant dressé sa batterie de trente-six pièces , et fidt jouer depuis les dix heures du matin jusques à quatre après mldy que la muraille commençoit à aller bas et à faire bresche , les assiégez , qui estoient bien mille hommes combattans, estonnez, requirent ce mesme Jour, sur ce qu'ils furent sommez se rendre , de parlementer : à quoy le prince ne refusa d'entendre. La capitulation fut que dans le lendemain les gouverneur, capitaines, officiers, soldats et matelots, sortiroient avec leurs pleines armes, drapeaux, tambour battant, emportans tous leurs meubles et bagages sur certain nombre de chariots, avec bon convoy Jusques en la ville de Gueidre, avec lesquels pourroient sortir toutes personnes, tant ecclésiastiques que layes, et tous les officiers du roy d'Espagne ; à la charge que tout ce qui appartenoit au Roy, comme aussi les navires et les meubles de la comtesse de Mœurs , estans en la ville, y demeureroient ; les bourgeois maintenus et conservez en leurs droicts et privilèges.
Le capitaine Suater , qui estoit dedans gouverneur, en Alt grandement blasmé d*avoir rendu ceste place à si bon marché, et fut long temps détenu prisonnier, nonobstant ses excuses sur ses soldats qu'il accusoit n'avoir voulu soustenjr nul assaut, lesquels au contraire s'excusèrent sur luy.
L'archevesque et chapitre de Cologne envoyèrent leurs députez vers le prince estant encore en son camp , et depuis vers les estats généraux à La Haye les requérir de leur vouloir laisser ladite ville, comme estant de leur district, franche, libre et neutrale ; mais ils eurent pour response qu'ils ne la pouvoient rendre à si bon marché, veu qu'elle leur avoit tant cousté à la gaigner, et que l'exemple des villes de Bonne et de Nuys, avec le mal que ceste ville là leur avoit fait , livrant passage aux Espagnols au pays de
Frise, estoit la raison qu'ils ne la leur pouvoient restituer à présent.
La reddition de ceste ville estonna tellement ceux qui estoieut en garnison dans le puissant fort situé sur le Rhin , que le capitaine Gamillo Sachini , gouverneur de la ville de Mœurs, avoit fait bastir, de son nom appelle le fort de Camille, situé deux heures de chemin loing de Rhinberg, que sans attendre le siège , sur ce quUls virent approcher deux navires de guerre, ayans mis le feu dedans, ils le quittèrent le 24 dudit mois, y abandonnans deux pièces d'artillerie. Le prince le fit à l'instant desmolir, tandis qu'il faisoit reparer les bresches et aplanir les tranchées du camp de Rhinberg.
Après avoir laissé suffisante garnison de pied et de cheval à Rhinberg sous la charge du capitaine Schaef, il fit marcher son armée le 26 dudit mois vers Mœurs qu'il assiégea; mais, s'apprestant pour la forcer, le second de septembre, les assiégez, voy ans douze pièces toutes prestes à donner, estans sommez de se rendre, aymerent mieux capituler avec le prince, qui leur accorda de sortir , le lendemain troisiesme dudict mois, avec leurs armes , chevaux , bardes et bagage, drapeau volant au vent , tambour battant, la baie en bouche et la mesche allumée, et outre ce d*emmener une pièce de campagne ; ce qui n'avoit Jamais esté practiqué durant toutes les guerres des Pays-Bas. D'avantage leur furent encore prestez quelques chariots pour emmener leur bagage, et bon convoy pour les conduire en lieu de seureté. Le prince Maurice leur accorda ceste composition pour gaigner temps et afranchir la navigation du Rhin et oster le passage de Frise aux Espagnols : ce qu'il fit par ce moyen-là.
Après avoir mis ordre en ces trois villes et chasteaux, qu'en un mois de temps il avoit conquis à peu de travail et petite perte de ses gens, il délibéra d'aller aux pays de Frise et d Overyssel , et pour ce faire passa le 8 de septembre le Rhin avec toute son armée à Rhinberg, faisant descendre ses navires de guerre et de munitions à val le Rhin, à Ysseloort en la rivière dTssel , Jusques à Doesbourg en la comté de Zutphen. La première place qu'il attaqua fut Grolle, que, deux ans auparavant ayant assiégée , comme nous avons dit , il quitta , sur ce que les Espagnols, sous la conduite de Mondragon, luy vindrent couper les vivres. Il l'investit Tonziesme de septembre. Il pouvoit y avoir daus ceste place douze cents hommes de guerre , assavoir, dix compagnies d'infanterie et trois corneltes de cavalerie sous le commandement du comte Frédéric de Berghe, frère du comte Her-
GHRONOLO&IB STOVENAIBB DB PÀLHÀ CÀYBT. [1597]
man, qui se disoit gouverneur de toute la Frise pour le roy d'Espagne.
Le prince trouva moyen, après avoir bien retranché son camp, de faire escouler les eaux des fessez, et de dresser quelques galeries au travers jusques au pied du rempart pour les sapper tout à couvert. Geste ville estoit moyennement forte, et on ne la pouvoit légèrement gaigner sans une rude batterie, tant à rompre les deffenses des assiégez qu'à faire bresche pour venir à Tassant. Le prince ayant fait placer vingt et quatre pièces de canon, Jean Bouvier, maistredes feux artificiels , fit voler tant de ces petits ardans allumez dedans la ville , que les assiégez eurent du mal assez à esteindre le feu qui s'estoit espris en divers endroits.
Les assiégez ne chomoient pas à se bien deffendre, tirant leur artillerie au travers du camp du prince , sur lequel ils faisoient aucunesfois quelques sorties. Mais, comme le rempart estoît jà miné en sept ou huict endroits, et que lesgalleries estoient presques toutes achevées pour sapper, et toute Tartillerie bracquée preste à donner, le prince fit sommer le comte de Berghe et les assiégez de se rendre, leur promettant une honneste composition s'ils se rendoient devant qu'attendre le foudre de son canon, autrement que s'il les falloit gagner d'assaut , qu'ils sentiroient la fureur d'unennemy victorieux. Les assiégez, voyans Testât de leur ville à demy bruslée, les galeries, les sappes, les mines, la quantité du canon et toutes choses prestes pour les forcer, n'ayans nul espoir de secours, aymerent mieux entendre à un bon appoinctement, sans attendre plus grande extrémité : ils furent d'accord de se rendre, et de sortir le lendemain avec leurs armes et bagages, délaisser leurs drapeaux et cornettes, à la charge de ne servir en Frise et Overyssei contre les Estats le terme de trois mois, et qu'ils se retireroient par delà la rivière de Meuse ; aussi que les gens de cheval laisseroient leurs chevaux à la discrétion du prince, lequel, usant d'une libéralité et courtoisie, les redonna à un de leurs capitaines italien qui Ten requit, et non pas audit comte de. Berghe, combien qu'il fust son cousin germain. Il leur accorda pareillement grand nombre de chariots pour emmener leurs blessez et bagages jusques au delà du Bhin. Ainsi fut la ville de Grolle rendue au prince , au siège de laquelle n'y eut gueres grand'perte de gens d'une part ny d'autre ; mais la perte tourna le plus sur les pauvres bourgeois qui eurent leurs maisons bruslées^
Le prince ayant faitapplanir les tranchées de son camp, et mis suffisante garnison dans Grolle, le premier d'octobre il mena son armée versBre-
fort, au mesme pays d'Overyssel, pisoe aaise en lieu naturellement fort, n'ayans que deoi adv^ nues. Tune devant, l'autre derrière, en^roonéc de tous costez de marescages et fondrières, ti outre ce tellement fortifiée par Tindostrie do hommes, qu'elle sembloit imprenable, manie de trois cents bons soldats, qui estoit assez pour la petitesse du lieu , sous la charge d'un capitaiM qui estoit lorrain. Le prince , pour mieax faire ses approches et gaigner chemin, fit jetter foice fascines , bourrées , clayes et planches aux endroits moins accessibles , sur lesquels de part et d'autre furent des gabions dressez , et vingt a nons plantez pour battre les raveUns qui coovroient les deux portes du costé de l'onentetde l'occident , et une tour qui estoit à TocQdeotj puis fit faire un longue galerie au travers des fossez , pour en un besoin venir à la sappe. Ce fait, il fit sommer les assiégez de se roidre, sois promesse de bon traictement : n'y voolans entendre, il fit donner trois volées de canon, pm les fit sommer encor derechef; mais, comme i les vid se roidir à se deffendre , se flans sor la forteresse de la ville et du chastean, ilfitbattre les ravelins et portes d'un costé et de l'antze d'une telle furie, depuis les neuf heures du natin jusques environ trois heures après midy, qoe le ravelln du costé du nord fut bien tost gaigné par les ponts que ledit prince avoit fait dresser en toute diligence. Les assiégez, voyans qucleor ravelin alloit bas, et que la bresche eomoeDÇ«t à estre suffisante assez pour donner l'assaut, et que l'armée estoit Jà disposée en bataille pcv les assaillir, firent signe qu'on cessas! la batterie, et qu*ils desiroient de parlementer. Le prineenc voulut les escouter , et fit continuer sa battene Jusques à ce qu'il vid la bresche aisée, etqoeles femmes et enfans s'y monstrerent à genoox et mains joinctes , crians miséricorde : la batterie cessée, les soldats, avides au butin, sans attendre le commandement de donner à la brescbe, mo&terent au haut, et, ne voyans personne ponrli deffendre , y entrèrent et se ruèrent sur lésassiégez qui jà commençoient de prendre la foii' et leur retraicte vers le chasteau, dont y en est quelques soixante-dix des derniers t^ ^ pièces. La ville pillée, il advint qu'un soldat, cherchant la nuict encor quelque hazard avec une torche de paille allumée faute de chandelie. mit le feu en une maison qui s'espandit par tw» la ville sans qu'on y sceust onc remédier , et h* toute bruslée à huict maisons près. Lcicndemïifl les soldats retirez au chasteau se rendirent à 1* mercy du prince , qui leur donna la vie à tws, en quittant leurs armes et payant rançon convenable.
caniONOioon notsnàibb db palma caybt. [1597]
La ville et chastean de Brefort estans ainsi tumbez en la puissance du prince et des Estats, il tourna la teste de son armée vers la ville d'Enschede : en estant approché avec douze pièces de canon, et l'ayant fait sommer, la garnison qui estoit dedans capitula, avec ledit prince, d'en sortir avec leurs armes et bagages , toutesfois sans chariots ny convoy , et à la charge de retourner pardelà la Meuse.
Le lendemain il fit marcher l'armée devant la ville d'Oldeuzeel, en ce mesme pays d'Overyssel, bien peuplée, ayant trois doubles murailles et autant de fossez, en laquelle y avoit six cents hommes de guerre. Les bourgeois, voyans l'artillerie, et qu'on commençoît à tirer l'eau de leurs fossez, persuadèrent aux soldats d'entrer de voye commune en un bon accord , et envoyèrent par ensemble, le vingt- deuxiesme octobre, un tambour vers le prince luy faire entendre leur intention, sur laquelle , après avoir quelque peu parlementé, il accorda que les soldats sortiroient le lendemain, avec leurs armes et bagages , au mesme appoinctement qu'avoient eu ceux d'Enschede.
Tandis que le prince estoit devant Oldenzeel, il envoya le comte George Everard de Solms assiéger lapetitevilled'Otmarsom,au mesme pays d'Overyssel , contre laquelle ayant tiré trois volées de quatre pièces moyennes, la garnison qui estoit dedans requit pouvoir sortir au mesme accord que ceux d'Enschede , ce qui leur fut octroyé.
Ceux qui estolent en garnison en la ville et fort de Goor, voyans les heureux succez du prince , ne voulans l'attendre, quittèrent d'eux-mesmes la place et l'abandonnèrent ; mais le prince fit desmolir le fort par les paysans de ce quartier là, qui furent très-ayses d'estre employez à cest œuvre pour recouvrer leur liberté. Yoylâ coomie tout le pays d*Overyssel fut regaigné par le prince, et mis sous l'obeyssance des Estats.
Le prince et les Estats, ayans résolu du tout de libérer 4es pays de Frise, d'Overyssel et de Groninghe, et de chasser l'Espagnol, leur ennemy , outre le Rhin, entreprindrent d'assiéger LlDghen , place de fort grande importance, estant le passage par terre vers les villes de Hambourg, Brème et autre d'Oostlande, avoisinans le pays de Westphale , et les comtez d'Emde et d'Oldembourg.
Le comte Frédéric de Berghe , après avoir rendu par composition Grolle, s'estoit retiré dedans le chasteau de Linghen, qui estoit tout le reste de son gouvernement par delà le Rhin, bien délibéré de le garder avec la ville, attendu que ce sont places très-fortes qull avoit munies de
six cens honmies, la fleur delà gendarmerie du roy d'Espagne en ces quartiers de Frise , avec une cornette de cavalerie, ayans pour se deffendre dix ou douze, que canons que moyenne, sans les pièces de fer. Le comte, s'asseurant d'y estre assiégé, pour tant plus incommoder le camp du prince, flt brusler quelques maisons plus proches de la ville , et en eust fait d'avantage s'il n'eust esté si tost empesché par la venue de l'armée, l'hy ver estant lors sur les bras, et bien apparent de faire du mauvais temps.
Le prince , se retirant du pays d'Overyssel , fit le vingt-huictiesme d'octobre marcher son armée devant Linghen, et le mesme jour l'investit : or , d'autant que de ce costé il n'avoit nuls ennemis à craindre que ceux qu'il assîegeoit , afin de tant mieux accommoder ses gens , il les logea un petit au large, et la plus part dedans des malsons de paysans, dont le pays estoit fort peuplé. Quant à sa personne , il fut logé chez un gentilhomme à un quart de lieuë de la ville, et sa cavalerie assez à l'escart.
. Les aproches furent aisées à faire, à cause que ceste ville est environnée de petites collines , tellement qu'en peu de temps , avec ce que la saison se rendit assez gracieuse , ses gens se logèrent dedans les contrescarpes, jusques au bord des fossez, d'où l'eau fut bien tost escoulée, puis ftirent dressées quelques galeries au travers des fossez, principalement du costé du chasteau. Le second de novembre, le prince ayant fait braquer vingt-quatre canons contre le chasteau , il le fit battre de telle furie huict heures durant aux deux ravelins, que le comte Frédéric, voyant que c'estoit audit chasteau qu'on en vouloit , fit retirer toute l'artillerie qui estoit dedans la vHle pour la mettre en ce chasteau, avec laquelle il fit une contre-batterie , et faisoit souvent sortir ses gens à l'escarmouche avec perte de part et d'autre.
Les galeries estans achevées à l'endroit des deux ravelins, sans que les assiégez peussent en façon quelconque empescher l'ouvrage à cause du foudre continuel du canon et de la scopetterle , et que toutes les deffenses du rempart estoient mises bas, le prince commanda de sapper ces deux ravelins. Le comte Frédéric s'en estant apperceu, et sachant la coustume du prince, qui est qu'ayant fait bresche à souhait il se haste d'assaillir, craignant d'estre emporté d'assaut, ayma mieux faire une bonne composition en temps et heure ; et, sur ce qu'il en fut sommé , requit de parlementer et d'entrer en capitulation. Le prince Touit volontiers , pource qu'il craignoit la saison de l'hy ver , qui Jusques lors luy avoit esté favorable, aussi pour gaigner tempg
CUBONOLOOIS NOVBNAïai DB PALIIA CAYliT. [l697]
et ramener soq armée. Ainsi , le 12 dudlt mois, le comte Frédéric accorda de rendre Lingtien et d*en sortir avec armes et bagage , en luy fournissant quelques chariots Jusques au village prochain ; remettant dès ce Jour mesme le*chasteau es mains du prince, qui à Tinstant y mit de ses gens, le comte retirant les siens dedans la ville Jusques au lendemain qu*il en partit.
Ainsi le prince et les Estats chassèrent les Espagnols de tout le pays de Frise, d^Overyssel et de Groëninghe, et leur firent repasser le Rhin. Après la prise de Lingben ils mirent leur armée ez garnifEons.
L'année suivante , comme nous avons dit en nostre Histoire de la Paix , après que le cardinal d*Austriche (I), eut quitté son chapeau de cardinal , et s'en fut allé espouser Tinfante d*Espa- {;ne, Tadmirantd'Arragoni son lieutenant , publioit qu*ll reprendrait ce que le prince et les Estais avoient conquesté en ceste année. Avec une armée de trente mille hommes il entra dans le pays de Gieves, et le pilla; puis il reprint Rhinberg ; mais le prince Maurice s'estant campé dans risle de Gueidre , et aucuns princes allemans ayans assemblé une armée pour faire sortir ledit admirant des terres de l'Empire, le prince et les Estats se conservèrent en leurs nouvelles conquestes de là le Rhin. De ce qui s'est passé depuis en ces pays là , qui est venu à nostre cognoissance , nous Tavons dit en nostredite Histoire de la paix. Retournons en France.
Le duc de Mercœur , comme nous avons dit, estoit venu à Ghasteaubriant; et, pour ce qu'il n'estoit assez fort pour tenir la campagne, les garnisons des places qui tenoient pour luy couroient par troupes séparées, et faisoient de grandes pilleries ez provinces de Touraine , Anjou , le Mayne, Yendosmois, et autres lieux circonvoisins, et vlndrent mesroes Jusques aux portes de Paris prendre des prisonniers, et avoient, en toutes lesdites provinces , des maisons particulières qui les recelloient, ce qui apportoit une grande incommodité à tous ceux qui alloient par pays. La cour de parlement , par arrest , ordonna que commission seroit délivrée à M. le procureur gênerai pour informer contre tels receleurs; mais l'exécution en eust esté difficile si l'heureux événement du siège d'Amiens , auquel , comme plusieurs ont escrit, se manioit le destin de la
(I) Albert, archiduc d'Autriche, «ixième nis del'eraperear Maxiroilien If, éUni né en 1551). Ayant quitté la fMiurpre romaine, il époina, en 1598, Isahelle-Ciaire- Eugéoie , fille de Philippe II . qui aïoit iHé destinée ^ être reine de France. Il mourut eu 1621 , regretté des Flam.inds qa*il avoit gouvernés avec beaucoup de sagesse e: de doooenr.
France, et du succez duquel dependoit son salut et sa perte, n'eust tkict changer à plosienn de discours , de desseins et de pretensiODs; et comme, en la reprise de ceste ville, lesfleursde-lys triomphèrent de la croix rouge, ecste signalée victoire fit aussi estouffer beaucoup des desseins de ceux qui avoient envie de remuer encor en divers endroicts de la France, soos divers prétextes nouveaux.
M. de Mercœur , qui voyoit Uen quli seroit le premier qui auroit le Roy sur les bras , fita^ corder, par ses députez qu'il envoya à Angers conférer avec le sieur de Schomberg et autres députez de Sa Majesté , une suspension genertle d'armes par tout le royaume de France, laqoelk fut publiée le dixseptiesoie octobre et devoit finir le dernier jour de décembre. Il promit la faire inviolablement observer par les Espagnols estans en Bretagne à Blavet, et garantir tous actes d'hostilité qui se pourroient commettre pendant ladite suspension. Il fut accordé^ toutes troupes , tant d'une part que d'autre, seraient licentiées et se retireroient , de chacone part, es villes closes ou aux faux-bourgs, poor y demeurer en garnison sans tenir les cbamps; que durant ladite suspension il n'entreroiteala province de Bretagne aucuns estrangers de part et d^autre pour y faire la guerre ; que touta fortifications et corvées cesseraient sans qu*aacQn y peust estre contraint. Les autres articles de ceste suspension servoient de règlement pour le payement des tailles , pour les receveurs des décimes et greniers à sel : il y avoit un artide contenant que pour procéder au règlement et modération en la levée des subsides de ia rivière de Loire, que les députez d'une part et d'antre s'assembleraient huict Jours après la publication de ceste suspension.
Le Roy , qui durant le printemps , Testé et l'automne de cette année , avoit esté continuellement occupé aux affaires de la guerre sur les frontières de Picardie , estoit inflniement désiré à Paris pour y passer i'hyver : il courut en ce temps-là quelques stances pour le convier d'y revenir , entr'autres celles-cy :
Vons qni comme Persée , avec la sage mse Dont la vertu conduit les généreux projects , Avcs tranché la teste à Thorrible Méduse Qui cbangeoit en rochers les cœurs de vos subjeds, Grand Hoy« venez revoir vostre belle Andromède, Qui , naguère exposée au monstre du malheur , TS'e doit sa délivrance à nul autre remède Qu*è vostre seule grâce , et prudence et valeur.
Venez revoir Paris , cest antique navire Qu'un orage , excité par la fureur du sort , Alloit ensevelir dans les flots de son ire , Sans voftre heureux secours , son vray phare et soo port.
CUfiOMOLOGIB nOVENAIBE D£ PALMA CAYBT. [t597]
t It
Voyei comme le Ciel Vea ayant préserrée. Elle braf e l'orgaeil des yeots plus inbomains , Et trou?e moins de joye au bien d'estre sauvée Que de gloire en l'honneur de l'estre par vos mains.
Le prevost des marchaos et les eschevins , advcrtis que Sa Majesté s'acheminoit pour y revenir , délibérèrent, suivant sa volonté , que l'on iroit au devant de luy le recevoir en armes , et mandèrent aux seize colonels qu'ils eussent à prendre soubs chasque colonneile trois cens bourgeois armez , les uns de picques et corselets , et les autres de mousquets et d'harquebuzes, en la meilleure conche que faire se pourroit. Tous les officiers de ville eurent aussi mandement de se rendre à cheval à THostel de Ville pour aller au devant de Sa Majesté.
Le Roy estant arrivé le matin auxTuiileries^ sur les onze heures commencèrent à passer par la Porte Sainct Honoré Finfanterie des Parisiens , laquelle , cheminant le long des fossez vers la Porte Neufve, passoit le long des murailles des Tuilleries , où le Roy et plusieurs princes et seigneurs les voyoient passer sans estre veus d'eux , et de là allèrent se renger en un bataillon derrière les Tuilleries. Ils estoient plus de six mille en assez bonne conche. Les archers et arbalestriers de la ville les sui voient, puis les ofSciers de ville et plusieurs bourgeois à cheval , un grand nombre de gentils-hommes montez sur de très-beaux chevaux richement enhamachez; les prevot des marchands et eschevins , vestus de leurs robbes de livrées , alloient après ; puis le Roy monta à cheval , et, accompagné de plusieurs princes et seigneurs, alla passer et voir le bataillon de rinfanterie parisienne, puis entra par le faux-bourg Sainct Honoré , où , depuis la Faulse Porte jusques dedans Teglise Nostre- Dame, ce n'estoit qu'un cry continuel de vive le roy. Les rues , les boutiques et les fenestres des maisons n'estoient assez capables pour contenir la multitude du peuple; tellement que Sa Majesté ne put arriver à Nostre-Dame que sur les cinq heures du soir.
Le Te Deum chanté, le Roy s'en alla au Louvre à la clarté d'une Infinité de flambeaux , et passa l'hy ver à Paris , faisant faire de grands préparatifs pour aller, au printemps de l'année suivante, faire r'entrer le duc de Mercœur en son devoir, et d'un mesme voyage donner ordre aux plaintes qu'avoient faict publier ceux de la religion prétendue reformée dans un livret intitulé : t Plainctes des églises reformées de France sur les violences qui leur sont falotes en plusieurs endroicts du royaume, et pour lesquelles elles se sont en toute humilité addressées à diverses fols à Sa Majesté. • I^ pfaignolent, di-
soient-ils, en un mot de tous les François, et qu'ils n'avoient la liberté de leur conscience asseurée qu'es lieux ou la faveur que Dieu leur avoit faicte es guerres passées leur avoit donné le moyen de monstrer les dents, et là dessus alleguoient plusieurs endroicts en France où ils disoient avoir esté mal traictez ; qu'au lieu de leur donner de nouveaux biens- faicts on leur ostoit ce que le feu Roy leur avoit donné ; qu'on essayoit de les affoiblir en toutes les places qu'ils avoient acquises, ou dès long temps, ou en ces dernières guerres ; qu'on avoit fait un exacte retranchement de toutes leurs garnisons, les unes en Tannée Iâ90, n'ayant esté payées que pour deux mois, les autres pour quatre au plus, cependant que celles de la ligue n'avoient perdu un seul jour de ce qui leur estoit deu ; que Seine en Provence, qui leur avoit esté baillé pour la place de seureté, avoit esté razé ; qu'en d'autres provinces on avoit desmoly et desmembré de leurs places ; qu'on leur avoit osté Monsenis en Bourgongne; que l'exercice de leur religion avoit esté osté de plusieurs villes de France où elle estoit establie, ce qui leur apprenoit à ne se fier de rien de ce que l'on leur promettoit que sur bons gages ; que, quand Sa Majesté avoit traicté avec les ligueurs, on nes*estoit nullement ressouvenu de la promesse que Ton leur avoit faicte à Mante au temps de la conférence de Suresnes , et que par tous les edicts qui s'en estoient faicts ils estoient honteusement flétris, pourceque par iceux on avoit banny l'exercice de leur religion de toutes les villes de la ligue, en quelques unes à deux, trois et quatre lieues, et en d'autres à cinq et à dix ; que le feu Roy , après les estats de Blois, estoit perdu sans leur secours qu'il rechercha, lequel secours ils luy avoient donné sur une simple trefve dont ils n'avoient point ouy auparavant parler que lors de la publication; que ce secours fut si prompt et bon, que les ligueurs , qui les mesuroient à leur aulne , s'attendoient qu'ils se souviendroient de la Sainct Berthelemy, et quMIsprendroient l'occasion si belle d'affermir leur seureté et d'advancer leurs affaires; que, les voyans avolez à Tours et de là Loire au secours du feu Roy, lesdits ligueurs mesmes avoient admiré ce faict, lequel depuis avoit esté vanté et célébré dedans et dehors le royaume ; mais qu'au lieu d'estre recognus sauveurs de la couronne et restaurateurs de TEstat, on les bannissoit de tous les coins de la France, que tant s'en falloit qu'on leur permist l'exercice libre de leur religion et en assemblée, que mesmes on les punissoit, et avec rigueur, si on appercevoit quelque traict que quelqu'un fist de leur religion dans quelque famille; que l'on en avoit con-
CHBONOLOGIB NOVENAXBS DB PÀLIU GiYBT. [1597]
damné à l^amende en plusieurs endroicts pour avoir chanté des pseaumes ou pour en estre trouvez saisis; qu'aux condamnez à mort on les refusoit d'estre consolez par ceux de leur religion; qu'on les contraignoit en plusieurs lieux de se descouvrir devant les croix, de se prosterner devant les chasses et bannières, d'assister aux processions, et de tendre et parer devant leurs maisons , de contribuer aux bastimens et réparations des églises et presbytères, d'aller à la messe, de payer confrairies et d'estre marguilliers;que l'on ne recevoit les juges, advocats et autres personnes de ceste qualité, à prester le serment que sur le Te igiiur ou sur le crucifix; qu'en plusieurs endroits les enfans de ceux de leur religion n'estoient pas plustost nais que l'on les ravissoit, et malgré les parens que les catholiques les baptisoient; qu'à des enfans, les pères desquels estoient morts en leur religion, on leur avoit donné en plusieurs endroicts des tuteurs et curateurs de la religion papiste [ainsi l'appeloient-ils]; et que ceux qui avoient poussé Sa Majesté d'aller à la messe et qui l'avoient obligé par serment à la ruine de ce qu'ils osoient appeler hérésie et hérétiques, avoient osté de leur reUgion et arraché M. le prince de Condé , et que l'on avoit violenté sa conscience en sa jeunesse; que quelques uns des conseillers du parlement de Paris, lors que l'on opinoit sur la vérification de Tedictde Tan 1577, avoient dit que c'estoit une moquerie de penser que ceux de ladite religion le rendissent, mais que ceux-là estoient misérables de cognoistre si mal ceux desquels ils se portoient pour juges, et ingrats, slls les cognoissoient, de ne se ressouvenir de leurs bons services; que sur les plaintes de toutes ces choses on les payoit en leur disant : Ce sont des considérations d'Ëstat.
Ils disoient que les plaiuctes cy dessus estoient seulement pour la religion, et qu'ils n'estoient pas plus paisibles en la possession des choses civiles, que la nature leur avoit acquis, qu'en Texercice libre de leur dite religion; que les edicts des roys les avoient authorisé en l'instruction de leurs enfans, et vouloient qu'ils fussent receus aux collèges et universitez que la libéralité de Leurs Majestez entreteooit ; aussi qu'ils pussent estre installez en toutes charges, honneurs et dignitez, tant de la police que de la Justice; toutesfois qu'on avoit banoy de plusieurs endroits ceux de leur religion qui enseigQoient, et mesmes que le parlement de Grenoble n'avoit voulu vérifier les lettres de privilège octroyées à la ville de Montelimar pour y tenir une université es arts seulement. Ils finissoient ceste plaincte particulière en ces mots :
« Veut-on donc nous eontraindie à igoonaeeet barbarie ? Ahisi en faisoit Julian. » Que oeoide Lyon avoient chassé , par un cotain règlement qu'ils avoient faict, ceux de laditereligionqui otoient revenus de dehors le royaume demeurer dans le gouvernement du Lyonnois; elmesmes que ce règlement avoit esté confirmé en r&rtide vingt de leur edlct, par lequel Sa Majesté agreoit tout ce qu'ils avoient faict, et approovoit tout ce qu'ils feroient par cy après sur ce subject; surquoy ils s'exclamoieDt, disnt; « Quelle rigueur 1 quelle indignité 1 ([ae pour une mesme cause le Roy ait esté dedaré incap^ ble de la couronne et nous bannis de nos nuisons, et maintenant quMl est par nostre nwyti jouissant de la couronne, nous ne soyons pôist remis dans nos maisons, et, pour le pis, qnesn authorité soit employée à prolonger nostre bonissement ! »
Quant aux charges plus honorables, qn^ils a estoient de tous costez forclos; qu'en phseun villes qu'ils nommoient , on ne les avoit vwio recevoir aux honneurs de la Maison de Vile; que ces mesmes rigueurs leur estoient teoRS aux estais royaux, car après avoir financé, paye le marc d'or et satisfaict à tous droicts, qaH falloit qu'ils dissimulassent ou renonçasseotdn tout à leur religion, pource qu*en leur receptîM aux parlemens on leur faisait faire serment solenmel de vivre et mourir en la religion catiioque-romaine, et consentir quetoutesfoisetqQU* tes qu'ils viendroient à s'en départir, qne lenr estât seroit vacquant et Impetrable. Us doomoient plusieurs endroits ou cela s'estoit pratiqué et se practiquoit encores.
Qu'en d'aucuns parlemens etenqndqQes9^ ges presidiaux, on avoit souffert en pleine ii* dience les appeller chiens, Turcs, berfttqoo hétéroclites de la nouvelle opinion, schlsaati' ques, sectahres, dignes d'estre poursaivis à ffî et à sang, et d'estre entièrement chassez de toi: le royaume ; qu'on avoit permis de bailler poe reproche contre des tesmoings, qu'ils estoiat de la religion, sous le tiltre d^herctiqQes:^^ nommoient plusieurs lieux où ils disoient ^ cela avoit esté faict; qu'en plusieurs endn)ie& aussi, ayant demandé justice de ceux qoi v*^^ tué aucuns de leur religion, elle lenr avoit ^ refusée; que plusieurs juges, animez contr'oi avoient eu par leur volonté plus de moyW'^ leur nuire , qu'ils n'avolent peu en l'anlbofi» de Sa Majesté trouver de remèdes poar les ^' iager; et surtout que leur animorité se DflG^ troit bien d'avantage quand il estoit qo«s** des edicts sur le faict de leur reUgk» et ^ ^ vérification d'iceux; qu'ils ximioMP^
CHBONOIOOnS VOTBKAn&B BB PALKÀ GÀYBT. [1597]
(ïdct de desdnire tontes les Injustices qni leur estoient faîctes ; mais, pour achei^er leurs plaintes, qu'ils finiroient par le refus qu'on leur faisoit en plusieurs villes de leur fournir , suivant les edits precedens accordez à ceux de leur religion, des lieux particuliers pour enterrer librement leurs morts, ce qu'ils disoient avoir esté faict en plusieurs endroits; que combien que Tedlct qui avoit esté faict en Tan 1577 sur le faict de leur religion fust restably , que ce n'estoit point un edlct propre au temps présent, et qu'il les mettoit en pire estât que celuy où la guerre les avoit laissez, et qui les £lestrissoit en mille sortes; que c'estoit un edict qu'ils n'avoient point requis , le refusoient constamment et en desiroient un autre. Après beaucoup de discours ils ânissoient leurs plaintes en ces termes : « Quand viendra le temps que nous commencerons de sentir les effects de vostre bonne volonté, Sire? Il y a huict ans, peu s'en faut, que vous régnez. Et qui eust pensé que dans buict ans vous n'eussiez pourveu à nous oster la corde du col ? n'eussiez fait quelque chose pour conserver vos si anciens serviteurs? Or, puis que le passé ne se peut deffaire , au moius. Sire, à ceste fois, an moins, Sire, au bout de la huictiesme année , ce sera assez-tost pour nous voir contens. Car vous nous cognoissez; et Dieu soit loué qui nous a donné un Juge si bon, si irréprochable tesmoin de nostre sincérité et innocence. Vous nous avez donc cognus tels qu'il n'y a persécution si grande, cruauté si estrange, de laquelle nous n'ayons mis le souvenir sous les pieds dès aussi-tost qu'on nous a donné asseurance de mieux à l'advenir. Nous donc, qui sommes tels , qui avons envie qu'on nous laisse estre tels, vous demandons un edict, Sire , et le demandons , non point à la façon des ligueurs qui, au lieu des requestes pour avoir la paix , mais l'impunité de toutes leurs meschancetez , car c'est cela qu'ils appellent paix , non pas le bien del'Estat, le repos du peuple, n'ont jamais monstre que la pointe de l'espée. Yoicy la quatriesme année de nos instantes poursuittes, refraischiesdesjà par six mois à Mantes, à Sainct Germain, à Lyon, au camp devant La Fere, à Monceau , Rouan. Bon Dieu, sera-ce tousjours en vain ? nous refosera-on tousjours, cependant gue d'autre costé on recherche si affectionnémeut les ennemis de la couronne? ou jusques à )uant nous payera-on des considérations de l'Estat? comme si nous n'y estions pas comprins, pour avoir part à son bien, puis mesme que ses ennemis ont Jugé ne pouvoir se faire voye à son nal que par nostre mine ; comme si nous estions >bfigez à fermer les yeux aux plus évidentes me-
naces de nostre perte, pour conserver ceux qui se disent cest Estât , et ont tousjours esté nos mortels ennemis. Jusques à quand nous dira-on qu'il n'est pas encore temps? encore, ô bon Dieu ! après trente et cinq ans de cruelles persécutions ; et, pour ne monter pas si haut , après dix qu'il y a que les edits de la ligue nous ont bannis, après huict ans que vous estes roy, après quatre ans qu*ont duré nos poursuittes. A quel terme donc est-ce que ces gens mesurent ce ' temps? Attendent-ils d'avoir fait avec tous les ligueurs ? Et certes ils l'attendent et nous en font voir assez de marques. Pauvres maistres en matière d'Ëstat, encore qu'ils ayent esté en bonne escole pour apprendre le contraire 1 Car que diront-ils du feu Boy? l'appelleront-ils ignorant ou grossier? Le monde ne les souffriroit pas ; et le feu Boy Jugea , tout au rebours que , pour venir à bout de la ligue , il failloit faire la paix avec nous , et la fit ; nous appella à soy , nous Joignit à soy. Et l'expérience lui en dit-elle mal? Ains il fut secouru de nous, et réduisit ses affaires à tel point qu'il se voyoit maistre absolu de son royaume, sans ce froc endiablé qui sortit d'enfer pour l'assassiner. Mais donc le feu Boy, grand maistre en matière d'Estat , l'expérience malstresse au moins des fols, a fait voir que nostre service importe à Vostre Majesté, Sire, pour venir à bout de vos rebelles. Et pourquoy donc nous Jette-on si loin quand nous nous y présentons avec tant de volonté? ou, puis qu on est si opiniastre, est-ce pas une Juste occasion qu'on nous donne de deffiance, de voir que , ne voulans point par un edict s'obliger à nostre conservation, ils cerchent avec tant d'affection de réunir, à eux tous ceux qui nous sont si cruels ennemis, avec lesquels eux mesmes ont autres fois Juré nostre ruine? Certes, c'est bien pour nous faire croire qu'ils minutent encor des proscriptions, des bannissements, des guerres contre nous ; comme de fait le Pape y pousse de son costé à la roué autant qu'il peut; le Pape pour auquel complaire ils estiment tout estre loisible. Or ce n*est pas raison , Sire , que vous qui avez esté nostre protecteur, qui en vos plus grandes nécessitez avez esté si opportunément suivy et servy de nous, donniez tant a la passion de ceux qui estoient vos ennemis lors que nous vous avions pour chef, et qui, depuis que Dieu vous a fait leur maistre , ne nous ont point devancez en services, que, voyant à Toeil nostre perte, vous leur en laissiez prendre le contentement qu'ils en attendent. Opposez donc, Sire, et vostre bonne volonté et vostre authori té à nos maux ; portez vostre conseil à nous donner quelque asseurance; accoustumez vostre royaume à nous
CHRONOLOGIE NOV£NAtB£ DE PÀUIA CAYST. [1597]
souffHr au moins, s'il ne nous veut aymer. Et pour cela. Sire, demandoDSuousunedictà Vostre Majesté qui nous face Jouyr de tout ce qui est commun à tous vos subjects , c'est à dire beaucoup moins que ce qu^avez accordé à vos transportez ennemis, à vos rebelles ligueurs ; un edit qui ne vous contraigne point à distribuer vos estats que comme il vous plaira ; qui ne vous force point à espoiser vos finances , à charger vostre peuple : ny Tambition ny l'avarice ne nous meine. La seule gloire de Dieu, la liberté de nos consciences, le repos deTEstat, la seureté de nos biens et de nos vies ; c'est le comble de nos souhaits, le but de nos requestes. »
Ces plaintes furent imprimées au commencement de ceste année , qui ne furent point advoûées de beaucoup de ceux de ceste religion pour les paroles trop libres qui y estoient contenues. Le bruit estoit grand qu'ils vouloient lever les armes. Le Roy leur permit de s^assembler à Ghastelleraut à leur mode, sçavoir, selon le département qu'ils ont fait des provinces , de chacune desquelles ils députèrent un gentil-homme, un ministre et un ancien pour s*y trouver. M. de La Trimouille y presidoit. Sa Majesté pensoit tirer secours d'eux pour le siège d'Amiens; mais, BU lieu de le faire , le bruit courut quMIs s'armoient pour faire accorder par force leurs demandes ; ce qui donna depuis occasion à ceux qui avoient esté de la ligue , et qui firent fort bien leur devoir audit siège , d'assister le Boy à repoulser l'Espagnol hors de France, de leur dire : « Vous avez des premiers servy le Roy , mais nous avons esté des derniers qui Tavons accompagné à chasser son ennemy hors de la France. » Sa Majesté envoya à Ghastelleraut messieurs le comte de Schomberg et les presidens de Thou et de Calignon pour les escouter et les empescher de remuer, ce qu'ils firent par leurs prudences , bien que le bruit courut que ceux de ladicte religion prétendue n'eussent pas laissé de faire la guerre au Roy, s'ils se fussent peu accorder; car la noblesse d'entr'eux vouloit manier l'argent qui se leveroit pour faire la guerre, et les ministres et les anciens vouloient que ce fussent certains députez de leurs églises qui pay croient les gens de guerre. Sur ceste division plusieurs d'entr'eux pensèrent à ceste pro • position , et virent le précipice où quelques remuans les vouloient Jetter en prenans les armes. Après qu'ils eurent veu le Roy victorieux de son ennemy devant Amiens, ce fut à qui advertiroit le premier Sa Majesté de tout ce qui s'estoit passé de plus particulier en ceste assemblée, tellement que Sa Majesté entreprit le voyage de Bretagne au commencement du printemps de
l'an suyvant, tant pour renger le duc de Mercœur en son devoir, que pour escouter hywames les plaintes de ceux de ceste rcligioD, etlenr pourvoir sur icelles par un edict : ce qa'il fit citant à Nantes , ainsi que nous avons dit en dostre Histoire de la Paix.
Les roys Très-Chrestiens, oingts premiersfib et protecteurs de TEglise catholique, envoyât aux papes esleus pour leur congratuler leur promotion , et les recognoistre comme pères ipiiituels et premiers de l'Eglise militaiite;eeqiia cour de Rome on appelle obédience : tOQtolw ceste recognoissance ne se fiût pas par lesniji de France comme font plusieurs autres prinn qui ont quelque spécial devoir ou oUigatioQ puticuliere enversle Sainct Siège de Bome,coiDn vassaux, tributaires ou autrement; mais seulement ils se recommandent, et le royaoneée France que Dieu leur a commis ensouveraiodé, ensemble l'Eglise Gallicane, aux faveoisdeSi Saincteté; toutesfois ils donnent à leurs ambassadeurs pouvoir derendre à Leurs SaioctetezptiE ample tesmoignage de toute revereneeetdtT»tion. La submission que le roy Loys uDzisoe, à son advenement à la coronne, voulut lin par le cardinal d'Alby aupapePiesecood,?» aucunes particulières occasions, ne futtrottw bonne par les François , et notamment pv la cour de parlement qui luy en fit des remoDStnaces ; et mesmes tous les trois estais du ronBoe assemblez à Tours en firent unanimement leon plainctes. En somme , les roys Très-Chre^ envoyent leurs ambassadeurs recognoistit te papes pour pères spirituels, et pour leorreu^ une obéissance non servile , mais filiale : &s^ tilatem apostolicœSedissic comiter cmm^' tes , quemadmodum principes libem d«^ si non œquo jure [comme il faut rccognoisirt qu'en choses spirituelles il y a precmioena « supériorité de la part du Sainct Siège], eerié «« ut deditios , aut fundos ( ! ) .
Le Roy donc , suivant la louable coustoof « ses prédécesseurs , avoit envoyé M. de >e«fi à Rome peu après sa conversion, aJosi qoe ofl« avons dit; mais, pour les empeschemens qa? donnèrent lors les ennemis de Sa Majesté' il» rendît point Tobeyssance filiale deué à Sa Sainteté et au Sainct Siège , suivant le pouvoir if" le Roy luy en avoit donné. Du depuis, Sa Suar teté ayant donné sa bénédiction au Roy-^ ayant envoyé en France son légat et da Sm Siège, le cardinal de Florence , Sa Majesté ai
(!) Reoonaoissant. comme il conTicnt à *»PT* libres, et dans tout ce qui est juste, hpuirtaiw*^ Siège , non comme des sujets ou des Ttssii»*
CHBONOLOGIB HOYBNÀIHB DB PALMA GAYBT. [l597]
yoya M. de Luxembourg, duc dePiney, à Rome, au commencement de ceste année, avec pouvoir de rendre à Sa Saincteté pour plusieurs particulières occasions , ample tesmoignage de toute révérence et dévotion. Il arriva à Rome le seiziesme d'avril , et fut receu honorablement par ceux que Sa Saincteté envoya au devant luy, lesquels le conduirent Jusques au palais où il alla loger , et lequel estolt royalement préparé. Deux Jours après il eut audience, en laquelle Maurice Bresslus, gentil-homme dauphinois, grand orateur, que ledit sieur de Luxembourg avoit mené exprès de France avec luy , fit la harangue.
Premièrement il commença par un excuse sur la longueur du temps que le Roy avoit mis d^envoyer à Rome depuis sa reconciliation avec Sa Saincteié et le Sainct Siège.
Secondement il remémora les ambassades envoyées à Rome depuis les troubles , sçavoir : la première M. de Luxembourg, la deuxiesme le cardinal de Gondy , la troisiesme le marquis de Plsany , la quatriesme M. de Nevers, la clnquiesme M. Tevesque d'Evreux , et la sixiesme mondit sieur de Luxembourg , à présent pour la seconde fols.
Troisièmement la royalle réception que Sa Majesté avoit faicte au cardinal de Florence , légat en France.
Quatrièmement 11 loua Sa Saincteté d'avoir recea et donné la bénédiction au Roy.
Cinquièmement les cardinaux.
Sixièmement le Roy.
Et septlesmement il dit au Pape : « Par M. de Luxembourg , Sa Majesté baise vos pieds apostoliques. Il vous respecte, non seulement comme le père commun des chrestiens , mais comme estant son père spirituel en ce que vous Favez engendré en Christ. Il recognolst que vous estes le grand pontife , le souverain prestre et successeur très digne de i'apostre sainct Pierre , le vicairetrès-vigilantdeNostreSeigneurJesus-Christ, le chef des chrestiens, Tevesque de tout le monde, et non pas d'une ville ; et en ceste qualité il vous preste , et au Sainct Siège apostolique , la deuê obédience filiale , et vous dévoué non seulement ses gens , ses provinces et ses royaumes , mais vous promet qu'il n'espargnera Jamais son sang et son esprit pour maintenir la hautesse de Yostre Saincteté et du Sainct Siège. »
Le Pape eut ceste ambassade fort aggreable ; et bien que, dez qu'il donna la bénédiction au Roy , il s'estoit projette de faire practiquer la paix entre la France et TEspagne, ce bon dessein encor s'augmenta » et le fit mettre à exécu-
tion par Calatagirone, gênerai des Cordeliers , ainsi que nous avons dit en nostre Histoire de la Paix.
L'autheur qui a fait l'Histoire de France du règne de Henry IV, et mis en lumière depuis mon Histoire de la Paix , dit que le gênerai des cordeliers avoit dit au Roy le commandement que le Pape luy avoit faict de passer en Espagne pour disposer le roy Catholique à une bonne et saincte paix , sous laquelle on peust reunir les forces et les volontez des chrestiens contre le Turc, lequel, faisant son profit de ceste division , avoit rendu inutil ce grand effort que le pape, l'Empereur, le Transsilvain et les princes d'Allemagne avoient faict contre luy ; avoit contrainct l'Empereur de lever le siège de Raab, pris et emporté de Force la forteresse de Totis sur le Danube, repoulsé honteusement le Transsilvain de Temesvar , et se promettoit de faire voir à toute l'Allemagne Jusques où pouvoit monter sa puissance tant que les roys de France et d'Espagne le laisseroient faire; que le roy d'Espagne , prévoyant bien et desplorant ce commun mal-heur, luy avoit dit qu'il ne desiroit que la paix , et que pour ce il donnoit tout pouvoir à Tarchiduc son neveu , prince désireux de la paix ; et que le Roy avoit respondu audit gênerai des cordeliers qu'il desiroit la paix, et ne luy vouloit donner autre condition que rhonneur et la Justice de ses pretensions , etc.
Peu après le mesme autheur dit : a Ces premières espérances de la paix ne faisoient que poindre quand le Roy fut adverty de la surprise d'Amiens. Ce fut une gelée qui emporta tout l'espoir que l'on avoit de ceste première semence, un vent qui souffla les fleurs de ceste Jeune plante, etc. n
Il n'y a point d'apparence que le gênerai des cordeliers , ayt dit ces paroles là au Roy devant le siège d'Amiens , pource qu'Amiens fut surpris par l'Espagnol le unziesme mars de ceste année , et l'armée de l'Empereur , conduite par l'archiduc Maximilian, n'assiégea point Raab, autrement Javarin , que le neufiesme septembre après , et ne leva iedict siège que le quatriesme octobre ensuivant.
Quant à la forteresse de Totes, autrement Tata ou Dotis, qui est celluy-là qui ne sçait qu'elle fut rendue aux Turcs l'an 1 594 sans coup frapper, surprise par les chrestiens en ceste année au mois de may, et derechef assiégée et reprise par les Turcs au mois de novembre de ceste mesme année? H n'y a donc point d'apparence que Iedict gênerai des cordeliers eust dit ^u Roy que ceste petite forteresse eust esté em»
CHBONOLOOn NOTBlfAIJUI DB PAUU CÂTBT. [1597]
portée de vive force par les Turcs haict mois auparavant qoe le faict fast advenu.
Quant au siège de Temessvar , toutes les relations d'Allemagne se rapportent qu'après que le prince de Transsilvanie eut conquis les chasteaux de Fellac et Chimad , le neufiesme et le douziesme d'octobre en ceste année , qu'il mit le siège devant Temessvar : mais que , ne pouvant prendre ceste ville là , il fut contrainct de lever son camp sur la fin du mois de décembre de ceste mesme année , qui est trois mois après que le Roy eut repris Amiens.
Quant à ce que ledit autheur dit aussi, à la marge au mesme endroict; que le Pape envoya en Hongrie , au commencement de Tan 1597 [qui est en ceste année], dix mille bommes sous la cbarge de son neveu Jean François AldobrandiU; et que le duc de Mantouë fut gênerai de ceste armée , la vérité est que deux ans auparavant, sçavoir Fan 1595, le Pape envoya sondît neveu en la guerre de Hongrie avec une armée de plus de dix mille bommes de pied et mille cbevaux, dont il le fit gênerai d'icelle, et qu'au mesme temps et en la mesme année le duc de Mantouë fut aussi en ceste guerre avec quatorze cents cbevaux , sans aucune charge que sur la cavallerie qu'il y mena. Les relations de ce temps là disent qu'il n'y fut que comme adventurier.
Il n'y a donc point de doute que si ledit gênerai des cordeliers a dit au Roy ce que rapporte le susdit autbeur, il faut que ce soit esté au commencement de l'an 1598, et non pas auparavant le siège d'Amiens. Je n*ay dit ce que dessus pour reprendre ledit autheur , car son intention a esté de ne rien dire de vray laschement , ny rien de faux hardiment , et mesme Je n'ay escrit ce que dessus que suivant ce qu'il a conjuré tous ceux qui sçauront les choses plus au vray que luy , d'en donner ce quils en sçauroient, à la gloire de la vérité et au servicede la postérité. Ceux qui escrivent les histoires ou chronologies sont contraints d'escrire sur les mémoires que Ton leur donne, car ils ne peuvent pas avoir veu tout ce qu'ils escrivent. Les uns peuvent recouvrer des mémoires plus véritables les uns que les autres. J'ay peu en avoir dequoy j'ay composé ceste histoire et celle de la paix , où il y auroit quelque chose à redire ; mais Je prie le lecteur de me faire ce plaisir que de me donner par escrit ce en quoy Je pourrons n'avoir pas bien esté adverty , et Je les corrigeray à la première réimpression qui s'en fera.
Avant que de dire ce qui se fit ceste année en la guerre de Hongrie, voyons quelques particularitez qui se passèrent en France au commen-
cement de Tan 1598 , jusques à la paix de Yervins.
Le troisiesme Janvier la ceremoaie de Tordit du Sainct Esprit se fit aux Augostiiis , où leRoj fit chevaliers dudict Ordre M. le dac de Yantadour, les sieurs de Matignon , le eomte de Cboisy, le marquis de Resnel , de Chevriem, de Sourdiac , de Belin , de La Yiéville , le marqoii de Yillaine , et de Poyane.
Le Roy estant requis par le due de Herani de continuer la suspension d'armes en Bretagne, n'y voulut entendre, et commandin marescbal de Brissac de recommeaeer Ii g1x^ ' re, et que dans le mois de mars il irait loy mesme en ceste province là. Ceste Doordk fit changer de volonté aux habitaas des Tilla que tenoit le duc de Mercœur ; et , estans solB* citez sous main par les royaux, ils coomeiitt' rent à méditer de se délivrer de leurs ganisois. Ceux de Sainct Malo solicitoient ceux deSioio de se rendre les maistres de leur ville, et ea chasser la garnison qu'y tenoit le sieur deSalocl Laurens pour le duc de Mercœur. Ceste ville est forte ; il y a un fort chasteau , comme estant m clef de la basse-Bretagne ; et y a un e\«èe. Les Malouins , suyvant Tentreprise qu'ils avôeot avec les habitants de Dinan , envoyèrent len le mareschal de Brissac luy oommumqnerleQrei' treprise. l\ s'y achemina et entreprit reiecatka. dont ils vint à bout si heureusement, que, s'estant rendu maistre de la ville le 13 février, les capitaines et soldats qui s'estoient retirez an fi» teau se rendirent à ceste compoàtioD :
I. Que tous les capitaines et gens de gœm estans audit chasteau sortiront sans estre Mr lez , armes et bagages sauves , la harqaebozenr l'espaule , la mesche esteinte et tambour battiat, dedans vendredy 13 du mois , Àhuict heoresdi matin , au cas qu'entre cy et là ledit marescbil ou l'armée du Roy qui est devant ledict éasr teau ne soit contralncte de lever entiereoeotif siège ; et ne pourront cependant les assiegex I^ cevoir aucun secours dans ladite place , et se.'SBt conduits en toute seureté à Lamballe.
IL Toutes les munitions de guerre, soiot pièces, poudres, balles, mesches et autres choses , mesmes les vivres , demeureront audit cfatf* teau.
IIL Tous les tiltres appartenants à mocsirtr et dame de Mercœur pourront estre emporte par lesdicts gens de guerre , et ooodoits aiecb mesme seureté ; comme en semblable, oeqoi^ pourra recouvrer de ceux qui sont à M. de Saœfî Laurens ; et pour cest effecl seulement tecr scn foumy de charrettes.
GHBONOLOGIB ROYBNAIBB DB PÀLMA GÀTBT. [l597]
IV. Tons prisonniers de guerre estans audit chasteau sortiront avec les antres , et seront conduits , s'obligeans de nouveau à satisfaire à leurs promesses.
V. Les sieurs d' Argentré , cy devant président au siège presidial de Rennes , et du Pouet, soy disant connestable en oeste ville , demeureront prisonniers de guerre.
Le Roy , ayant eu advis de la prise de ceste place , qui avoît estonné toutes les autres de la Bretagne, partit incontinent de Paris, et s'y achemina avec une grande armée. En y allant, il receut deux advis de la Savoye et du Dauphiné. Le premier fut que le duc de Savoye avoit repris toutes les places que le sieur Desdiguieres avoit conquestées Tan passé en la Savoye, et que le sieur de Crequy y avoit esté deffaict et pris prisonnier ; et l'autre fut que ledit sieur Desdiguieres avoit surpris le 1 5 de mars le fort que le duc avoit faict faire , comme nous avons dit, sur la frontière du Dauphiné , environ un quart de lieue dans les terres de France , tirant vers Grenoble sur un coustau relevé au dessus du village de Barraulx.
Or le duc de Savoye avoit mis dans ceste place pour gouverneur le sieur de Bellegarde, gentilhomme de Savoye, avec sept compagnies de gens de pied , de l'artillerie et des munitions de guerre et de bouche ; en somme il Tavoit laissée bien pourveuë quand il en deslogea son armée sur la fin de Tannée passée pour la faire rafraischir par les garnisons. Geste nouvelle place mit en nouvelle jalousie le sieur Desdiguieres et les royaux qui en estoient voisins , spécialement ceux de Grenoble; et n'y avoit celuy qui ne desirast avoir ceste espine hors du pied , craignant qu'elle engendrast une aposteme qui en fin causast leur perte avec celle de la ville de Grenoble , considerans mesmes que le duc de Savoye faisoit tant d'estat de la place , que la fortification se continuoit de jour en jour avec une incroyable diligence.
Ledit sieur Desdiguieres, qui avoit dispersé son armée pour la faire vivre , ayant faict bien recognoistre ceste place , délibéra de la surprendre ; et pour cest effect il fit approcher de luy les troupes de cheval et de pied qui estoient les plus voisines de Grenoble, les fait passer sur le pont de rizere par dedans la ville , feignant que tout le reste feroit le mesme passage pour aller vers la Morienne où estoit ledit duc de Savoye avec son armée, et cependant fit faire fort secrettement et diligemment trente eschelles de la force et hauteur qu'il les failloit. Estans toutes choses disposées la veille des Rameaux , qui estoit le samedy quatorziesme de mars , il fiiit met-
tre les eschelles dedans un bateau , et remonter la rivière , avec quelques pétards qu*il jugea nécessaires pour ceste exécution. Il donna en mesme temps ordre de faire repasser les troupes sur des bateaux qui estoient préparez pour cesteffect, pour ester la cognoissanceà ceux du fort que ses troupes feussent de leur costé : ce qui les eust tmxu en cervelle , et peut estre fait demander des soldats de renfort à Chambery ou à Mont-melian. Les choses ainsi disposées, ledit sieur Desdiguieres partit de Grenoble le dimanche, qulnziesme dudit mois , à six heures du matin, et, estant au village de Lombin , sur les huiet ou neuf heures , Joignit tout ce qui estoit préparé pour ceste exécution , faisant environ trois cents chevaux et rail ou douze cents hommes de pied ; et sur le mesme lieu appella les chefs à part, et leur dit la resolution qu'il avoit faite d'attaquer ledit fort la nuict ensuivant par escalade, à l'endroit qu'il leur monstra sur le plan qu'il en avoit fait pourtraire ; et , pour favoriser ceste escallade , qu'il feroit donner l'alarme par tout , et mesme tirer les pétards aux portes , aifio de donner tant de besoDgne tout en un coup à ceux qui estoient dedans , qu'ils ne sceussent de quel costé entendre. Suivant ceste proposition il distribua les billets de ceste exécution , où estoient nommez ceux qui avoient la charge des eschelles, et de quelle façon ils dévoient estre accompagnez. La première troupe portoit huict eschelles; le sieur de Morges, qui la conduisoit, en faisoit porter trois , le sieur de La Suisse une , le sieur de Sainct Just deux , et à chacune eschelle dix hommes armez de cuirasse et sallade, de pistolles et d'espées. Les sieurs de Manfalquiers et de Sainct Bonnet, avec chacun vingt harquebusiers de leurs compagnies des gardes, estoient a\ec ceste troupe , et avoient charge de chacun une eschelle. La seconde troupe, conduite par le sieur d'Hercules, lieutenant de la compagnie de gensd'armes dudit sieur Desdiguieres , portoit six eschelles, dont il en avoit charge de trois, le sieur de Montferrier de deux , et le sieur de Rozans d'une avec des harquebuziers choisis. La troisiesme troupe , conduite par le sieur d'Auriac , portoit trois eschelles , le sieur de Beauveuil en avoit une , et le sieur de Buisson deux. La quatriesme et dernière troupe , conduite par le sieur de Marvieu , portoit trois eschelles , dont deux estoient sous sa charge , et la troisiesmè sous le sieur de Serre. Ces trois dernières troupes estoient accompagnées et armées à la forme de la première , et à chacune sa guide pour luy faire tenir le droict chemin du lieu de l'exécution. Le capitaine Bymart eut la charge de faire jouer un pétard à la faulse porte dudit fort qui regarde à
GHRONOLOGIB HOVRNAIHB OB PALMA CAYBT. [1597]
Grenoble , et le capitaine Sage un autre à la porte principale qui est posée- vers Moat-meliaa. Il avoit aussi ordonné à une troupe d'infanterie , conduite par le sieur de Sainct Favel , de donner l'alarme par tous les endroicts du fort, tant que Texecution dureroit , et que cependant tout le reste demeureroit en gros à une mousquetade de là. Et quant à la cavallerie , là où la pluspyt des membres estoient demeurez , le sieur du Bar eut charge de la faire passer outre, au dessoubs du Fort, par le village de Barraux , aussi-tost que l'alarme Se commenceroit, et la conduire jusques hors du bois de Servettes , dans la plaine de Ghaparillan ; par ce que Ton avoit eu advis qu'il devoit venir de ce costé là cent chevaux savoyards courir dedans la vallée , au mesme chemin que tenoient les troupes dudit sieur Desdiguieres.
Les choses ainsi préparées, les François marchèrent en Tordre dessusdit jusques au lieu où les eschelles se dévoient rendre ; mais, avant que d*y arriver , il falut faire alte pour laisser passer une heure ou deux de Jour, de peur d'arriver de trop bonne heure sur le lien de Texeeution. A l'entrée de la nuict , les eschelles et pétards furent distribuez; et, avant que toutes choses fussent rengées, que les gens de cheval destinez à Texecution eussent mis pied à terre , et que l'Infanterie eust passé quelques ruisseaux, il fut dix heures. Ce fut à la mesme heure qu'on marcha droict au fort, dont on n'estoit qu'à un quart de lieuê. Et en l'ordre cy -dessus ils arrivèrent auprès du fort, Justement à unze heures de nuict , favorisez de la lune qui estoit sur son neuflesme jour. Tout cest appareil ne pouvolt marcher sans alarme; ceux de dedans le fort l'avoient aussi prinse plus de demy heure devant, pour avoir veu plus de cent feux que les valets laissez aux chevaux avoient allumez aussi tost que leurs maistres furent partis : et encores que ceux destinez à l'exécution vissent et ouïssent la rumeur de ceste allarme, ils ne laissèrent d'aller là où ils dévoient planter leurs eschelles; ce qu'ils firent avec une grande resolution. Cependant les pétards jouèrent, l'alarme se donna par tout comme il avoit esté ordonné , et cela si à propos que ceux de dedans ne sçavoient de quel costé se garder. Ils renversèrent quelques eschelles , aussi tost redressées, sans que ceux qui en avoient charge s'esmeussentdes harquebuzades tirées de dessus les tenailles et des guérites qui estoient sur chacune poincte. Si bien qu'ayant gaigné le dessus du terrain, et estans aux mains avec ceux de dedans, il falut que le foible cedast au fort. La place estant ainsi forcée , les Savoyards se voulurent r'allier ; mais , après quelque foible résistance, il en fat tué une centaine, et le reste
se sauva par dessus le terrain et où il n'y iTgjt point d'alarme.
En cest exploict, les François n'y perdirent qu'un homme , et eurent peu de blessez. Des sept drappeaux qui estoient dedanslefortil en fin gaigné cinq que le sieur DesdigaieresenToyau Roy , et les deux autres se perdirent. Le oeor de Bellegarde fut pris prisonnier, et qnelqQes autres . Les François gaignerent en la prise de ce fort neuf pièces d'artillerie montées sornnés, dont y en avoit six de batterie ettroisdeeaiB' pagne , deux cens quintaux de pondre, quantité de plomb, beaucoup de roesche, et environdoq cens charges de bled. Voyià comme le doc ie Savoye recueilloit sa part des fmictsde lignent, et se trouvoit mal à l'aise aux portes de a maison.
Le Roy ne fut si tost sorty de Paris pour aller en Bretagne , que les siears da Plessis de Cosme, de Heurtault Sainct Offange, et de Vill^ Bois, qui commandoient dans CraoD,daDsRochefort en Anjou , et dans Mirebeau prcsP(Mtiers [places que le duc de Mercœor pont devoir arrester pour un temps Tannée da Bo?, et qu'elles deussent servir de frontières au pilons qu'il tenoit encor en Bretagne], envojerait vers le Roy, le supplier, tant pour eox que {Ntf les habitans desdites villes, de les vouloirreoinoistre et recevoir pour ses très-hamblessolyeds et serviteurs. Le Roy envoya leurs reqoesttsi son conseil. A Toury en Beaolse, lesaitielei présentées pour ceux de Craon forent anesteo le 21 février, et vérifiées au parlement de F^ le 28 de mars ; par lesquelles tous les aetesdlmstilité faicts par ledit sieur du PlessisdeGos» et les habitans de Craon ne seroicnt reeberciiei et qu'ils demeureroient en oublianee perpetoefc. A Chenonceaux , le premier de mars, les sean de Heurtault et La Houssaye Sainct Oftof^ tindrent le mesme, et pour tous ceoiqui^ avoient assistez; comme fit aussi ledit sleor de Ville bols pour ceux de Mirebeau.
Le ducde Mercœur voyant ce commencemefit et craignant que toutes les villes qu'A tesoit b'<b fissent de mesme, comme il y en avoit bien de l'apparence, aussi tost qu'il sceut qoe leRoj^Bt arrivé à Angers, il y envoya madame de Mercœur et des députez. Ils firent l'excuse de ceiji» ledit duc avoit demeuré si long temps en an^ après la reconciliation de Sa Majesté avec & Saincteté et le Sainct Siège, sur des eoosideii' tiens qui regardoient le bien du royauœ) *"^ ils disoient qu'il avoit tousjours désiré la osservation et craint le desmembrcmcntieat* très pour garantir la province de Brelag^ej" péril auquel elle se fust trouvée lors qw Ss Mi-
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Jesté estoit au siège d'Amiens empeschée à repousser les Espagnols; et ce à cause des intelligences qu*avoient avec eux les plus grands du pays , qui eussent entrepris dans la Bretagne et faict entrer des forces estrangeres au préjudice du service du Roy et de TEstat. Ils eurent pour response que le Boy avoit tousjours désiré de mettre fin aux troubles de son royaume, plustost par une obeyssance volontaire de tous ses subjects , que par la force et nécessité des armes, et qu'il vouloit faire Jouyr les derniers venus des mesmes fruicts que sa bonté avoit produict à Tendroict des autres qui s'estoient cy-devant retournez à leur devoir.
Le duc de Mercœur desiroit se conserver le gouvernement de Bretagne. Le Roy en vouloit disposer. Il le vouloit, et desiroit que ledit duc deraeurast à la cour à fadvenir. On faict tousjours des ouvertures qui servent de moyen pour accorder les plus grands différents. Le duc n'avoit qu'une seule fille. Le Roy avoit eu de madame la duchesse de Beaufort un fils que Ton appelle Cssar Monsieur , à présent duc de Yendosroe, et qui pou voit avoir lors quatre ans. La princesse de Mercœur estoit plus âgée : toutesfois on proposa le mariage de ce petit prince et de ceste princesse, qui fut accordé par le Roy et madame de Mercœur b certaines conditions à celuy qui ne le voudroit tenir lors qu'il seroit en aage. Le petit prince Cœsar Monsieur fut fait gouverneur de Bretagne , où depuis le Roy mit par tout des lieutenans généraux à sa dévotion. £t Tedict sur la réduction du duc de Mercœur et des villes de Nantes, et autres de la Bretagne, fut accordé au mois de mars, et vérifié le vingtsixiesme au parlement de Paris. Par cest edict le duc de Mercœur, les prélats ecclésiastiques, présidents , conseillers , advocats généraux et autres officiers du parlement de Rennes qui avolent exercé la justice à Nantes , ensemble les magistrats , gentils-hommes , officiers et autres [(ui avec luy se remettoient en l'obeyssance du Roy , furent tenus pour ses bons et fidèles suets, à la charge de prester à Sa Majesté le servent de fidélité : ce qu'ayant faict , ils seroient *emis et restablis en tous leurs biens, offices, >eDeflces et charges ; que tous ceux qui avolent isté pourveus et receus, ou présenté leurs letres d^estats , de justice et de finance , dont esoîent deuêment pourveues personnes estans oas le pouvoir dudit duc de Mercœur , et qui voient vacqué par mort, résignation ou aurement depuis ces troubles, desquels offices i f unetion se falsoit es lieux que ledit duc rameoit en l'obeyssance du Roy, seroient conservez a iceii^ en prenant lettres de provision de Sa
78fi
Majesté , que tous ceux qui avoient assisté ledit duc, et qui viendroient à la recognoissance de Sa Majesté avec luy, ne seroient recherchez de choses advenues et par eux commises durant les derniers troubles et à l'occasion d'iceux, excepté tous crimes et delicts punissables en mesme party, et le damnable assassinat commis en la personne du feu roy , comme aussi tous attentats ou projects contre le Roy ; que tous arrests donnez , tant en la cour de parlement de Paris qu'en celle de Bretagne, contre ledit duc et les présidents , conseillers et officiers du parlement de Rennes qui l'avoient assisté et estoient par luy advouez, seroient retirez des registres pour en demeurer la mémoire esteinte; avec defTences à toutes personnes de se provoquer à querelles par injures de ce qui s'estoit passé à cause et durant lesdits troubles; que les jugements, sentences et décrets , tant en matière civile que criminelle, et autres actes ordonnez , jugez et décrétez par les présidents, conseillers et officiers du parlement de Rennes que ledit duc avoit establis à Nantes , et par ceux des sièges presidiaux de Rennes qu'il avoit establis à Dinan , d'Angers à Nantes, Rochefort et ailleurs, sortiroient leur plein et entier effect entre personnes qui y auroient volontairement suby ; mais , au contraire ce qui s'estoit faict , ordonné et décrété entre personnes de divers party qui n'ont volontahrement suby jurisdiction, demeureroit nul , et les parties remises en tel estât qu'ils estoient auparavant; qu'il ne seroit fait aucune recherche de l'establissement du conseil fait par ledit duc pour la direction des finances, ny des assemblées par forme d'estats faictes de son authorité , ny de tout ce qui s'estoit fiiict ausdites assemblées ; mais que dès à présent cesseroient tous les susdits establissements de juges et jurisdictions , comme aussi toutes levées de deniers et impositions en vertu des commissions et ordonnances dudit duc ou de ceux qui estoient par luy advouez ; que lesdits officiers et juges rentreroient en l'exercice de leurs estats et offices d'une part et d'autre ; que les comptes rendus , clos et arrestez à Nantes par les officiers de la chambre des comptes ou autres advoûez par ledit duc ne seroient subjects à nouvel examen ; et , pour le regard des comptes à rendre , qu'ils y seroient encor rendus et non ailleurs, et toutesfois que les parties y employées seroient passées et allouées purement et simplement ; que les fermiers ou commis par ledit duc ou son conseil au maniement des deniers des tailles, foûages, Imposts, billots , ports et havres et autres , qui auront payé le prix de leurs fermes , en demeureront quittes , et ne seront recherchez et contraints h
GHBONOLOOIB NOVEHAIBS OB PALIU GAYBT. [1597]
nouveau payement; que toutes prescriptions et péremptions n'auroient cours entre personnes de divers party Jusques à ce Jour; que les habitans de Nantes seroient conservez en leurs privilèges , et en Jouyroient comme ils faisoient auparavant ces troubles ; que tous prisonniers qui n^auroient convenu de leur rançon seroient de part et d'autre mis en liberté en payant modérément les frais de leur nourriture ; et , pour le regard de ceux qui auroient convenu, seroient tenus de payer ; et que toutes contraventions et actes d'hostilité commises pendant les trefves demeureroient esteintes et abolies.
Geste réunion du duc de Mercœur fit que la Bretagne retourna toute sous Tobeyssance du Roy, excepté le port de Biavet que les Espagnols tenoient. Sa Majesté ne laissa pas d'entrer en la Bretagne , bien qu'à lors il eust eu besoin d*estre près de la Picardie pour eslre plus proche de ce qui setraictoit àVervins, ets^achemina ayantes, et puis à Bennes. Pendant qu'il y fut , il donna Tordre nécessaire à toutes les villes de ce temps-là ; il cassa beaucoup de garnisons qui estoient superflues , retrancha les autres , àboWt plusieurs Imposts que les guerres civiles avoient engendrez. Aussi les Bretons, en la congratulation qu'ils luy firent pour sa venue , luy dirent :
• C'est donc le bon-heur en vostre venue , Sire, qui nous cause ce grand bien et ceste désirée mutation. Vous estes venu en personne , voyant la province tant agitée d'orages et de tempestes, pour Jetter l'ancre sacré de nostre salut , pour nous faire voir le port et ce que nous attendons ; vous avez apporté le fanal pour nous guider hors de ces dangereuses sirtes et de ces gouffres profonds de guerre : vous avez faict comme le dauphin , duquel Ton remarque que , pendant la tourmente, et lors qu'il voit le navire agité des vents et en hazard d'estre submergé , il accourt promptement à l'ancre et au gouvernail , et le serre de telle façon qu'il empesche qu'il ne soit emporté et arraché par la force et violence des vents courroucez et esmeus. Et tout ainsi que la mer affermie , applanie et arrestée par la venue des aidons, et rendue sans pluye, sans vagues et sans vents , de mesme est-il de vostre venue ; car ceste mer de misères a esté rendue bonnace : vous avez dissipé ces nuages et heureusement donné le Jour à nostre liberté première. Ce qui est plus estrange et admirable, c'est que vos ennemis n'ont point si tost sceu vostre saincte resolution, qu'ils n'ayent esté saisis de crainte , de frayeur et d'appréhensions. Vous voyant venir pour nous deffendre , pour nous redimer de ceste misérable servitude où nous semblions estre confinez , ils ont pensé que
nostre secours estolt leur ruine : e'cst ce qui la a fait recourir à vostre douceur et démence. Entre toutes les vertus , Sire , que nous recogooiisons en vous, la douceur et clémence voasestea singulière recommandation ; car fadlemeotToos remettez les injures receuês, facilement voos par* donnez les fautes et offenses, et celavoosoite toute appréhension de vos ennemis mesmes. H est plus séant à un prince de remettre loffeofe qui luy est faite , que de la punir à la rigwv des loix. Geste belle vertu vous a rendu reçoismendable sur tous les monarques qui ont jamiii porté sceptres; vos ennemis mesmes rootun recognu et ad voué , et vous estiment eDcoresk plus grand roy , et le plus clément , facile et accessible qui soit au monde. »
Ainsi la clémence du Roy fut estimée et loaée de tous ses subjects, et non seulement dm, mais de tous les princes ses voisins. Après tut de guerres qu'il a eu depuis l'an 16S$ , etdoot il est heureusement venu à bout , ainsi qallsest peu voir dans ceste histoire , il a en ^n raozé tous ses subjects sous son obeyssance , et oot ete contrahits de luy dire, avec le poète :
— NuUa salus
BeliOf pacem te pascimut omnet (1)*
L'an passé nous avons dit que ceux de la religion prétendue reformée avoient fidctifflprioMr leurs plainctes , s'estoient assemblez à ChasteOr raut , qu'un bruit avoit couru qu'ils voQloieBt lever les armes, et que le Roy avoit en partir entrepris le voyage de Bretagne pour y doaaff ordre. Au mois d'avril ils envoyèrent desftpi* tez trouver Sa Majesté à Nantes , oà ils presoterentles cayers de leurs plainctes, le suppli^ rent leur pourvoir sur iceux par cdict Ds demandoient beaucoup de choses, et priDci(lal^ ment pour l'entretenement de leurs ministres i dont ils monstrerent la liste qui se mootoit i près de neuf cens : ils desiroient ne payer pic les dlxmes aux ecclésiastiques, ains les parer pour l'entretenement de îeursdicts ministres
Ceste demande fut trouvée le vray moyens rentrer en une guerre et en une conAjsioa|lB qu'auparavant. Sa Majesté , qui avoit porté dorant ces troubles ceste belle devise : Q^f^ pacem armis , leur dit qu'il vouloit qu'ils >«»• eussent en paix , voulut qu'ils fussent coatraints de payer les dixmes aux ecclésiastiques , eire^ trancha beaucoup de leurs demandes; ma^* pour ne leur donner plus occasion de se pb»*
i\) Ne pouvant nous san?er par la goerrf , on» ^^ demandons tous la paix.
CHBONOLOGIB MOTBRAIBB DB PALMA CAYBT. [1597]
dre , ainsi qu'il avoit contenté ceux de la ligne , dont lesdlts de la religion avoient fait tant de elameurs dans leurs plaintes ^ il leur octroya quelques deniers à prendre sur son espargne pour ledit entretenement ; et , pour la Justice qu'ils luy supplioient de leur rendre, il leur ac* corda beaucoup de choses en un edict qui fût intitulé : Déclaration sur les edicts de pacification , et quelques articles secrets. Par ce moyen il donna la paix et aux uns et aux autres.
Pax optima rerum quoi homini noinsse datum est ;
Pax una triumphis innumeris potior :
Pax custodire salutem, et cives œquarepotens (4).
Ayant la paix dans son royaume, il Teut en mesme temps aussi avec le roy d'Espagne , ainsi que nous avons dit en nostre Histoire de la Paix, lequel luy rendit toutes les places qu'il avoit prises sur la France durant ces dernières guerres; et non seulement avec le roy d'Espagne, mais avec tous les princes ses voisins.
Paix heureuse dont la France jouyt encores à présent que J'escris ceste histoire sous le règne auguste de ce prince, qui la luy a donnée par sa valeur, par sa prudence et par sa clémence : prince qui s'est rendu aussi redoutable à ses ennemis, qu'admirable à ses subjects et à toutes les nations de la terre.
J'ay mis dans ceste année 1597 ce qui s'est
passé en France au commencement de l'an
iS9s Jusques à la paix de Yervins; ce que
j*ay fait, afin que ceux qui liront mes histoires
y voyant mieux la continuation de ce qui est
avenu jusques à ladicte paix.
Nous avons dit en l'an 1594 que les Hoiandois avoient descouvert le destroit du Nord pour aller À la Chine.
. L'an 1595 , les Estats généraux envoyèrent eneor sept navires chargés de marchandises et d'argent pour passer du tout ledit destroict et naviger vers le Gathay et la Chine ; mais, estant arrivez audit destroict, nommé par lesdlts Holandols le destroict de Nassau , ils trouvèrent les glaces flî4iautes qu'ils furent contraints de retourner en Holande.
Après ce retour, les Estats voyans qu'ils n'avoient tiré le profit de ce voyage qu'ils avoient espéré , ils résolurent de ne l'entreprendre plus aux frais communs du pays , mais firent publier !jue si quelques villes en particulier ou quelques aiarcbands vouloient entreprendre ledit voyage, jue rayant parfaictement accomply , et monstre
cl) L*a paix , le plus précieux trésor qu'il ait été donné
que l'on pourroit aysement aller à la Chine par ledict destroict , que Ton leur donneroit , aux frais communs du pays , une certaine somme de deniers.
Sur ceste proposition, le conseil de la ville d'Amsterdam fit préparer au commencement de Tan 1596 deux navires , louèrent des pilotes et matelots, et ce à double condition, sçavoir ^ combien ils leur devraient donner s'ils parfaisoient ce voyage et revenoient à bon port, et ce qu'ils leur bailleroient s'ils retournoient sans pouvoir passer ledict destroict. Et afin que lesdlts pilotes et matelots ne fussent destournez de faire ce voyage par aucune affection particulière , ils ne choisirent que personnes qui n'avoient point de femmes ny d'enfans.
Le cinquiesme de may, les deux navires par* tirent d'Amsterdam pour aller chercher ledict destroict du Nord ; et , costoyant le pays de Nordwege , le premier Juin ils n'eurent aucune nuict , et le quatriesme un merveilleux météore s'apparut au ciel ; à chasque costé du soleil il y avoit un autre soleil et deux arcsen-ciel passant par les trois soleils , puis deux autres arcsen-ciel y l'un à l'entour du soleil , et l'autre à travers par le grand rond. Ils continuèrent leur chemin ; mais les vents contraires les en firent destourner, et le 19 juin ils se trouvèrent en une mer pleine de glaces vers Groentland , à la hauteur du pôle de quatrevingts degrez moins unze minutes: toutesfois ils ne trouvèrent pas le froid si véhément là que depuis ils firent à Nova-Sem« bla , bien que ce pays ne soit situé que soubs la hauteur de septante six degrez. Ils trouvèrent en Groentland des herbes et des fueilles , et des rangiferes qui ne vivent que d'herbes; mais à Nova-Sembla il n'y a ny herbes ny fueilles , et ne s'y void pour. toutes bestes que des ours blancs fort furieux, et quantité de renards blancs. Or , des deux navires , l'un voyant qu'il n'y avoit point d'apparence de trouver voye par ce costé de Groentland pour aller en la mer de Tartarie , il rebroussa son chemin et s'en retourna en Holande; l'autre, ayant bien tournoyé , le 17 Juillet descouvrit Nova-Sembla , et, au ^lieu de passer par le destroit de Nassau le long des costes de Veygat , il tira au nord si avant, qu'ayant à demy circuy laNova-Sembla, et pensant s'en revenir passer par le Veygat , en Holande, le navire demeura sur la glace. Ces Holandois, se voyants contraints d'hyverner en un pays où personne n'habitoit, commencèrent à y bastir une maison de plusieurs arbres qu'ils
à d'innombrables victoires; la paix, qui peut seule oon-
ux faomniesde coonottre; la paii, qui doit être préférée | serrer TEtat et rapprocher les citoyens.
CHBONOLOGU NOVBHAIBE DE PALMA CÀYBT. [1597]
tnmverent flottans sur nne rivière là proelie, et lesquels il avoit fallu que le torrent des eaux eust là amené de bien avant dans le pays [ aussi estoient-ils avec leurs racines], pour ce qu'il n'y en avoit point le long de toutes ces costes. Il a esté imprimé en Holande un discours où ce qui leur advint Jour par jour est descrit ; car ils demeurèrent en ce pays désert , sans voir autre chose que neige et glace et des furieux ours , depuis le mois de septembre 1596 Jusques au 22 juin de ceste année qu*ils abandonnèrent du tout leur navire , et mirent dans leurs deux barques, qu'ils raccommodèrent , tout ce qu'ils peurent , et dans iceiles commencèrent à vouloir retourner par le mesme chemin qu'ils estoient venus. Estants partis du port de glace où ils avoient si rudement hyverné et couru beaucoup de périls, après avoir esvité une infinité de dangers , costoyant la terre de Nova-Sembla, et doublé le destroict de Nassau , couru le long de la Russie et bien fait quatre cens lieues avec leurs barques ouvertes, ils arrivèrent le 2 septembre à Cola , en Laponie , où ils trouvèrent Jean Bip, conducteur de l'autre vaisseau , lequel les avoit laissez dès l'an passé vers Groentland et s'en estoit retourné en Holande , d'où , à la bonne heure pour eux , il estoit allé à Cola. Ces pauvres voyageurs , qui n'estoient restez que onze , car leur conducteur et leur maistre pilote et autres estoient morts de la froidure, après tant de travaux I s'estans quelques jours refraiscbis à Cola, entrèrent dans le navire de Jean Bip, et revindrent à Amsterdam le 20 octobre de ceste année , là où chacun les tenoit pour morts. On fut esmerveillé de ce qu'ils racontèrent de ces pays glacez , et des peaux de plusieurs ours blancs qu'ils apportèrent , lesquelles avoient treize pieds de longueur , et de celles de plusieurs renards blancs. Yoylà ce que les Holandois, estimez gens qui maintenant courent toutes mers , profitèrent pour tascher à descouvrir le destroict du nord. Aucuns ont escrit que ce qu'ils descouvrirent l'an 1594, et qu'ils appellent destroict de Nassau , n'est qu'un sio. Si cela est ou s'il n'est pas, à eux la dispute. Voyons quel succez eurent quatre autres navires , encor d'HollandoiSy qui partirent du mesme port d'Amsterdam le 4 mars 1595, et allèrent vers les Indes orientales pour essayer s'ils y pourroient trafiquer et faire commerce ferme avec les Indiens et insulaires es lieux où les Portugais n'avoient aucune jurisdiction et authorité, et comme ils retournèrent en ceste présente année de ce long voyage.
Ces quatre navires , ayant attendu quelque temps au port de Texel, et estans armées et ap-
pareillées de tout ce qui leur «toit BBonnire pour un si long voyage, en partirai à voiles desployéesle 2 avril; et, ayantpaséalreli France et T Angleterre, Ouessant , le o^ 4e Fh nis terrs, le quatriesme jour de joiiiilsivTiodrent sous la ligne equinoctiale, non sans cooir de grands dangers; car, bien que fairy soit doux , toutes-fois ce ne fut en eetem(B-là<|De pluyes et tonnerres, dont plusicuis d'entr'eoi devinrent malades, et principalement icaw A l'extrême chaleur. Le 1 8 juillet ils se trooTereiit sous la hauteur de dix-huict degrez do pôle antarctique, où ils commencèrent à se re^oojre! prendre courage , et le premier joor d'aoost ib recogneurent à certains oyseaux, et à des roseaux qui flottent sur la mer, qu'ils estoicot près du cap de Bonne-Esperance, leqoel ils descouvrirent deux jours après. Le kodemiâft jetterent Tancre au portd'AguadeSttto^* plusieurs d'entr'eux descendirent en terre, pendant que d'autres s'en allèrent na^jp^w^ fond du goulphe , où ils tuèrent tant quOs'* lurent de chiens de mer etdeccrtaiMoyjeni appeliez pinguyns, dont ils en empliïtttw barque. Le lendemain , estans descendus •« en terre vingt et trois Hollandois arawpw aller chercher le village où demearoieDtqoelfifi Mores qu'ils avoient veus le joor précèdent^ en rencontrèrent plusieurs en chemin ijaiw troquèrent des brebis contre du fer; teliena^ que, sans passer outre , ils revindreat aax mres, où le lendemain les Mores Yindrcnttrojff des bœufe et des moutons encor cootrefl «J- Ces Mores estoient gens de petite 8lato««« couleur fort brune, mais toutesWs Wen Jsp» de leurs membres. Pour tous ^«teœen^n^ voient qu'une peau de boeuf taUlée en rood,iB façon d'un manteau , mettans le pwIcontrtW chair, avec une ceinture large de la meflWF" dont Ils sont oeincts par le millen da corps, w des bouts pendant devant leur natuie. A«^ portentdesplanchettesdeboisaulioiABSOOlit^
Leurs ornements sont brasselcte ^'r^'l*^ cuivre rouge , et aucuns ontdesanneirts a or leurs doigts. Ils portent des chapelets d or» bois, et ont diverses marques empraintoû "V chaud en leurs corps. Ils vivent de ùkxv^ et rongent les os comme chiens. ^^^, ^ mauvais, pource qu'ib se frottent doiag graisse. Leur parler est fort bmtif . ^^ "^ ils portent des picqoes moyennes, aucoD« ^ pointes de fer, mais pour ^ plos-part «^^ sont endurcies qu'au feu. De bestcs m pieds, les Hollandois ne virent quedcs w des moutons, lesquels sont fort P^f*' "^j^ point de laine, ains seulement du pouconiii^
CHtOnOLOGIB NOVINAIBB DB PÀLMA CAYBT. [l697j
chèvres. Qaant aux oyseaux, il y a force perdrix, cailles et faulcons, et plusieurs autres aortes.
I^ 1 1 d'aoust , les Holaudois levèrent l'ancre de ce port pour continuer leur chemin. Quelquefois le vent leur fut agréable ; mais les fréquentes tempestes qu'ils eurent les fit tirer à Tisle Sainct-Laurent ou Madagascar, qu'ils descouvrirent le 3 septembre, et jetteront l'ancre à une petite Islette qu'ils appelleront le cimetière des Holandois, là où plusieurs d*entr^eux moururent.
Après avoir envoyé chercher, avec leurs barques, un lieu propre pour faire leur descente en ladite isie, et leur ayant esté raporté la descouverte d'une rivière d*eau douce, ils y arrivèrent le 9 octobre. Le lendemain ils entrèrent bien avant dans la rivière , et choisirent un lieu pour mettre à terre leurs malades. Plusieurs Madagascares , habitans du lieu où ils descendirent , s'approchèrent des Holandois, et les abordèrent dès qu'ils furent descendus en terre, leur apportant quantité de vivres, et leur donnant un bœuf pour une cuiller d'estain , ou trois ou quatre moutons. C'estoient gens noirs et robustes, bien proportionnez de membres , tant hommes que femmes. Les hommes estoient vestus tant seulement d*un drappeau de coton à l'entour des parties honteuses, et les femmes de mesme; mais ils en avoient un qui leur couvroit leurs mammelles, et estoitfait comme un corset sans manches. La croyance de ce peuple là est qu'il y a un Créateur, mais de le prier ils ne sçavent que c'est, ou de célébrer aucun Jour de feste, les jours leur estant esgaux. Ils craignent fort le diable, qui souvent les tourmente, et principalement les hommes. Ils usent pour armes de lancettes ou azagayes. Il y a grande quantité de coton , qui croist en de petits arbres , que les femmes fillent, et puis en font des draps. Les hommes sont grands chasseurs. Leur principale viande est du poisson, des tamarindes, des febves et du laict, et aucunes fois de la chair. Les bœufs , dont ils ont grande quantité , ont une bosse sur le dos, de pure graisse ; les moutons y ont la queue grosse de vingt-trois poulces , et sont sans laine. Ils ont grande quantité de boucs et «Sevrés. Ces peuples ressemblait aux Tartares de TAsie, car ils meinent leur bestail d'un lien à Tautre selon la saison , et y font des logettes basses où ils demeurent jusques à ce que leur bestail ait tout mangé l'herbe, puis changent de Ijeu. Les Holandois ne furent long temps là sans que les barbares ne taschassent de les surprendre pour les tuer ^ piller, et furent contraints de ve^ nir aux mains contre eux ; tellemeut que, o(hi*
siderans qu'ils ne pouvoient recouvrer d'eux aucun refraischissement ny faire amitié, ils commencèrent à sortir de ladite rivière, puis firent voile le 1 1 décembre pour advancer leur voyage vers Java, où ils avoient envie d'aller; mais, après avoir eu plusieurs tempestes, ils fnreni contraints d'aller mouiller Taocre, le 3 janvier, à la petite isle de Saincte Marie qui est près de la grande isle de Madagascar; cette petite isle n*est que sous la hauteur de di:i^-sept degrei; du pôle antarctique. Ils y allèrent principalement à cause de la recheutte de plusieurs ma-r lades d'entr*eux , et pour recouvrer quelques refraischissements , ainsi qu'ils firent ; car , le lendemain qu'ils en furent approchez, un canoa, ou petit basteau , leur vint apporter du ris , des roseaux de succre, des limons et une poule, qu'ils eschangerent à des mouchoirs et à des chapelets. Ils furent sonder, avec leurs barques par tout s'ils pouvoient approcher leurs vaisseaux près l'isle , et descendirent mesme en divers endroits en terre, où ils virent une grande multitude d'habitans. Plusieurs femmes de ceste isle eschangerent avec eux diverses sortes de fruicts qui croissent en ce pays là, et des poulets contre des chapelets et d'autres denrées.
Entre l'isle de Saincte Marie et Madagascar est un grand canal ; les Hollandois avoient envie d'y traffiquer, et trouver un lieu plus commode que celuy qui leur avoit servy de cimetière ; ils envoyèrent leur pinasse encor recognoistre s'il y avoit poinct quelque bon port, où ils y peussent approcher avec trois barques, et y troquer avec les habitans : en y allant et costoyant l'isle de Saincte Marie, le seigneur de ceste isle et plusieurs habitans yindrent avec des laças et des canoas, qui sont comme barques, les aborder : les uns troquèrent des brebis, chèvres, poules, ris et fruicts, en eschange de petits mirouérs, chapelets et esplingues. Mais ce seigneur, qu'ils appellent Phuh, estant abordé en grand silence , monta de son lanças [qui estoit fait en forme de galiote , et auquel y avoit huit rameurs de chasque costé] dans la pinasse. Après quelques paroles qu'il leur dit, il leur fit présent de ris et fruicts, et eux lui donnèrent des verres, des petites roses , des miroirs et des chapelets; puis se retira en sa galiote. Ce Phulo estoit aussi estonné de vohr la pinasse et l'habit des Hollandois, qu'eux furent du sien ; car il estoit vestu d'un beau roquet fait decottonrayé, pendant dès le nombril Jusques à terre, et avoit en teste un bonnet de la façon d'une mitre d'evesque, ayant à chasque costé une corne artificielle , de demie aulne de long, avec des franges au bout artificiellement falotes. Descendu de la pinasse ^
CHlOHOLO&n NOTINAIIB Dl VALMA CAYIT. [1S97]
il te mit dans un caaoa, pour aller tout aotoor la regarder.
Ce Joar, ceux de ladite pinasse achetèrent tant de refraisehissements qu'ils troquèrent tonte leur mercerie ; et le lendemain, continuans leur chemin vers Madagascar, ils arrivèrent au goulphe d'Antongil. La pinasse ne pouvant entrer dans le goulphe pour le peu de profondeur, les barques y entrèrent, oà ils trouvèrent une grande rivfere et deux grands villages aux deux costes, où il y avoit de grands édifices et multitude d*habitans , en Tun desquels [qu'ils appelèrent Spakenbourg] ils recourent, pour des filets de margaridettes , du ris, des poulets, du miel , du gingembre et oronges, et beaucoup d'autres (hiits. Le 36 dudit mois, la flolte ayant levé Tancre de Tisle Saincte Marie, y arrivèrent aussi les autres navires. Pour asseurer leur trafic avec ces barbares, ils demandèrent desostages : ce quils obtinrent d'eux ; et ainsi ils commencèrent à aller par tous les villages, et tellement à troquer, qu'ils enlevèrent, en peu de jours, plus de deux mille livres de ris. Le Phulo de ceste contrée, de crainte que cela ne leur apportast de la fomine ou cherté, fit deffences de troquer plus du ris.
Il fit une si grande tourmente le 3 février que les barques des Holandols forent Jettées sur le rivage : les habitans du village Sainct Angeio les rompirent pour en avdr les ferremens ; dont les Holandois, advertis par ceux dudit village de Spakenbourg qui les supportoient, ils se résolurent d'entrer dans la rivière et de faire descendre à terre des hommes : ce que ceux de Sainct Angeio voyant , ils se mirent bien cinquante dans leurs canoas , et se sauvèrent à mont la rivière ; soixante seulement d'entr'eux se préparèrent avec leurs picques et boucliers pour deffendre la descente aux Holandois, et leur jetteront des pierres si brusquement, qu'ils les en molestèrent : mais, après qu'on leur eut tiré quatre ou cinq coups d'harquebuzesans baies, ne voyans personne des leurs blessez , ils s'enhardirent et vindrent en gros sur le bord de l'eau , couverts de leurs rondelles ; menaçans les Holandois ils mettoient le bout de leurs picques dans l'eau , voulans leur dire , à leur mode, qu'ils tremperoient ainsi le bout de leurs picques dans leur sang : on leur tira encor quelques harquebuzades chargées, dont y en eut huit que morts que blessez, quils emportèrent incontinent avec eux, et s'enftiirent. Les Holandois alors descendirent en terre, et entrèrent dans ce village qu'ils saccagèrent et bruslerent.
Du depuis, voyans qu'ils ne pouv<^nt réduire les habitans de ce goulphe d'Antongil à paix et
tranquillité, ils en partirent le 19 tevriar; et continuans leur chemin pour cherdier le destroict de Sunda, ils c<Hnmencerent à voir, le 1 3 de mars, plusieurs poissons, grands comme harengs^ qui voldent et estdent poursuivis par des mouettes grises et autres oyseaux; mais, se pensant sauver dans l'eau , ils estoient mangez par d'autres gros poissons qui se jettoient mesmes hors de la mer pour les prendre : aucun de ces poissons volans, pensans fuir leurs deax sortes d'ennemis, se vinrent jetter sur les navires ; et prins par les matelots , les trouvèrent un manger fort savoureux.
Le s juin ils commencèrent à voir terre , dequoy ils forent re^uys pour l'extrême soif qu'Us avoient, faute d'eau douce ; et le 13 ils deseendirent ta l'isle de Sumatra, où , ayans trouvé quelques refraisehissements, et rencontré force voiles et navires de marchands de plusieurs nations , entrèrent dans le destroict de Sunda , et arrivèrent le 22 juin devant Bantan, qui est une ville en Java où il y a un beau port , rituée en pays bas, au pied d'une haute montagne , d'où descendent deux rivières courantes qui la fortifient et embellissent fort ; les murailles sont de bricques, bien entourées de bouleverts , sur lesquels y a à chacun une pièce d'artillerie. Il y de^ meure beaucoup de Portugais qui y trafUquent fort : comme aussi font les Turcs, Ch^fo, Arrabes, Bengales, Malalques, et autres nattons. Du commencement ils forent assez bien receus, et firent plusieurs presens au gouverneur et i no grand seigneur qui avdt esté fils d'un empereur, lequel avoit commandé aux roys de Java; miâa ce seigneur fut depuis gaigné par les Portugais, qui se ftiignoient estre amis des Holandols , et luy promirent deux mille realles de quarante sols pour les surprendre et tuer tous : les Holandois^ advertis, se tinrent si bien sur leurs gardes que leur entréprise fut sans eflèct. Depuis, sçav<^ le long de Testé , ils commencèrent à trafflquer et troquer leurs marchandises avec les Chinois et javans contre du poyvre, dont ils firent grand amas ; le long temps qu'ils forent à faire leur emplette donna si:|jet aux Portugais de dire aux seigneurs javans que ces gens ne venoient que pour espier le pays , puis venir fort et les saccager : ce qu'ils creurent ; et, sur ce que le goovemeur de Bantan eut quelques paroles avec les Holandois pour le prix du poivre, qu'il leur voaloit bailler en rabat de la marchan^se qull avoit prise d'eux, des menaces Us vindrent aux effects ; premièrement, ledit gouverneur fit arrester les Holandois qui tendent la boutique et troquoient leur marchandise dans Bantan : et les Holandiris de la flotte arresterent quelques Joii«
CHBONOLOG» NOVBffAUS
OS , qui sont navires dont les Javans usent ; ce iii les anima tellement qu'il sortit du Bantan iDgt-quatre fastes rengées en forme de croisant , lesquelles attaqnerent la pinasse des Hoindois, qui les laissèrent approcher de près , >ui8 laschant rartilleriey les fit tontes escarter t en mit une au fonds de l'eau : ce que voyant, es autres se retirèrent vers la ville , où ils Aient poursuivis par ladite pinasse, qui tira sur la llte quelques coups de canon, puis se retira 1 la flotte. Cela advint le 8 septembre , et ceste ;uerre dura jusques au 12 octobre y qu'ils firrat iQ second accord ; recommencèrent la traffique omme auparavant , achetans beaucoup de poy- ^re, et ce qui leurestoit nécessaire. Geste trafique dura jusques au 24 octobre , qu'il arriva in ambassadeur au gouverneur de Bantan , de a part des Portugais de Malaca, qui luy donna lix milles realles de quarante sols et plusieurs lutres gentillesses afin d'empescher la traffique iux Holandois, et les endommager le plus qu'il M>urroit Les Holandois , contraints, par larup- :ure de leur accord, d'user de force, prindrent leux Joncos chargez de noix muscade et de mais au port de Bantan , et plusieurs autres petits vaisseaux. Entr'autres, le 2 novembre, ilsprin- Ireot un assez grand vaisseau qui venolt de Banlermacfain , ville située en Tisle de Bornéo ; du commencement, les barbares, qui estoient au lombie de quarante , leur Jelterent avec des sarbatannes grand nombre de petites flesches envenimées qui en navrèrent plusieurs , et bien lu'ils n'entrassent point avant dans la chair, ontesfois , pour ce qu'ils estoient petites et foi- >les, ils se rempotent, et laissoient le bout envelimé dans la chair , qui la putrifioit et y faisoit me playe corrompue à cause du venin. Après [ue les Holandois eurent tué huict ou dix de ces jarbares , le reste se sauva en une petite chaoupe qu'ils avoient , et quittèrent leur junco chargé de ris, de poisson sec et autres marchanlises. Depuis ceux de Bantan armèrent force fastes pour les venir charger ; mais eux, ne lais^ (ans de prendre tout ce qu'ils ponvoient attra- )er, après avoir demeuré aux environs de ceste ^ille Jusques au sixiesme de novembre , ils en >artirent pour aller descouvrir les limites orien- :ales de ceste isle de Java ; et ainsi se retire- •eat d'auprès de Bantan , qui est le plus beau 3t grand port de toute ceste riche et grande sie , et où aussi se demene le plus grand trafflc je toutes sortes d'espisseries , et à assez bon marché pour ce qu'elles s'y apportent des environs, entr'autres du poy vre blanc et noir, doux de girofles, muscades, macis, canelle, comin, gingembre sec, citoar, zerurobet, poy vre long;
DE PALKA GATBT. [1597] 791
cnbebes, anis, fagara, calambac, garro , bois sandalun , costus Indicus , nardus , Juncus odoratus, calamusaromaticus, racine de china, rhubarbe, galgan , semence de citoar , semence de fenoil, d'anis, coriandre, baugue, datura, canuapit, cantior, sanparatan, curcuma , benzoin blanc et noir, et plusieurs antres.
Chasque ville de Tisle de Java a son roy particulier ; et tient on que les Javans sont descendus des Chinois; car, dans le fond du pays, ils sont encor tous payens tenans la loy de Pytagoras, croy ans pour certain que, Thomme mourant, l'esprit soudain entre en un autre corps; c'est pourquoy ils ne mangent chose qui ait eu vie , et ne tuent aucun animal. Aux costes maritimes, dans les villes, ils sont mahometans et gardent diligemment l'Alooran. Ceux qui sont entr'eux de qualité ne laissent jamais voir leurs femmes. On leur doone en mariage quantité d'esclaves, hommes, femmes et filles, et peu d'argent ; et avec ces femmes et filles esclaves ils peuvent coucher, mais ils ne peuvent vendre les enfans qu'ils ont d'elles, car ils sont reputez appartenir à leurs femmes légitimes. Ces peuples sont fort superbeset marchent fortarrogamment: ils soDt vestusde certaines toiles entretissuès de fil d'or, ayans en teste un turban de fine toile de Bengales ; ils portent tousjours un poignard à la ceinture, et sont fort obstinez , meschants et meurdriers; quand ils sont victorieux ils n'espargnent personne ; ils sont si ingénieux à desrober, qu'ils surpassent en cela toutes autres nations : au reste bons soldats, hardis et sans peur, bien qu'ils ne soient nullement propres à tirer de la harquebuze ; leurs armes sont picqnes longues avec fers flamboyans, comme aussi sont leurs poignards, cimeterres et coutelasses ; leurs escus sont de bois, ou de cuir tendu à l'entonr d'un cercle; leurs harnois sont fidcts de plaques de fer joincts ensemble avec des annelets : ils portent leur chevelure longue, leurs ongles longs et leurs dents limées.
Quand aux marchands ils sont ambitieux, trompeurs, dissimulez, et infidelles à tousestrangers et non à leurs compatriotes. Ceux qui sont riches demeurent d'ordinaire à la maison ; ils prestent leurs deniers aux maistres des Jon* cos ou navires qui vont trafflquer de port en port à condition de leur en rendre le double, quelquesfois plus et d'autres moins , selon qu'ils vont trafflquer au loing. S'ils font bon voyage, le marchant se ikit payer au maistre de navire, selon le contenu de leur contraet ; si le maistre ne le paye content, il faut qu'il engage sa femme et
Ises enfans pour payer , et est contrainct à ce faire , si par fortune sa navire nes'estoit perdue ,
CSB0H0l.e6I« HOTBNAIU mi Fi.LV4 QATn.[lM7]
dont apportant acte , le marchant perd son argent, et luy est quitte de son obligation. lises* crivent aucanesfois leurs négoces en des feoilles d'un certain arbre , avec on poinson de fer, et les mettent en rouleaux , quelquesfois en livres relies de cordes couverts de deux tablettes; ils escrivent aussi en papier que l'on leur apporte de la Chine, qui est très-fin et de toutes couleurs ; ils ont aussi du papier d^esooree d'arbres sur lequel ils escrivent avec la plume fort diligemment et par ordre, n'ayans que vingt lettres en leur alphabet , avec lesquelles ils escrivent en toutes langues. Tous les marchans sçavent la langue malaique et escrivent presque toujours en, icelle , pour ce que c'est celle qui se parle le plus par tout l'Inde orientale. Aux escolles les petits enfans apprennent l'arrabic, comme en France Ton fkit le latin. Des bestes qui se trouvent en ceste isie, il y a des éléphants, rhinocéros, cerfo , buffles, bceub sauvages, sangliers, brebis, chèvres, marmots, singes, belettes, chats de civette, salemandes, caméléons et plusieurs autres sortes d'animaux incognus en ces pajrs de deçà. Des oyseaux il s'y en trouve de toutes sortes ; entr'autres il y en a nn bien grand qui, n*ayant point de langue, rend tout ce qu'il avalle, par derrière, aussi entier qu'il l'a avallé. Il y a aussi quantité de crocodiles dans la rivkre de Java , et autres animaux aquatiques qui ne se trouvent point en l'Europe.
Le douziesme de novembre, les Holandois navigeans vers Jacatra ou Sunda Calapa , y arrivèrent le quatorziesme, et, en ayans tiré quelques refraischissements, continuèrent leur chemin vers le destroit le long de la coste de Java , estans tous de diverses opinions; les uns vouloient aller aux Moluques , et les autres retourner en Holande. Ainsi , costoyans terre quelques Jours et cherchans à traffiquer, ils arrivèrent près de Tubaon, où la mer falct comme un goulphe sur lequel sont quatre villes appartenantes au roy de Tubaon. Le deuxiesme de décembre , ayans ancré, le Roy leur envoya dire qu'ils fussent les bien- venus , leur faisant foire une belle monstre de doux, et leur promit que ses subjects trafflqueroient avec eux plusieurs espiceries. Or non seuilement ce Roy, mais tous les autres de Java leur estoient devenus tellement ennemis, à la suscitation des Portugais , que ce Roy leur envoya dire qu'il voulolt voir leurs navires; mais en ce faisant il avoit dessein de les surprendre. Les Holandois, soopçonnans ceste visita mirent leurs navires en ordre et les banderoles au vent , dont ce Roy estonné n'y voulut entrer. Voyant qu'il ne les pouvoit surprendre en les visitant, il s'advisa de dire sortir deux joneosqni estoient I
près du rivage, lenpieli flrait voila Ba(vigiiaft«n mer, ce qu'il fUsolt afin que les Holandois Savoy assent leurs chakmpes après, eomme ils avolent Met en Rantan , et qu'en ce faisant ils desnuassent leurs navires d'autant de gens. Peo après ce Roy fit partir six grands paraos , qol sont vaisseaux (hits eomme des galiottes , trois desquels allèrent vers la pinasse et les tr(àM autres vers le navire appelle Amsterdam , leqoel ayant abordé ils demandèrent à troquer quelques vivres , puis firent présent de deux bestes aux Holandois; mais, aussi-tost qu'ils se virent dans le navire, le sabandar de Cldayo, qui est à dke gouverneur , lequel estoit leur eondueCeiir, tira son poignard, qu'ils appellent crets, et en toa le commis; d'autres tuèrent le patron et tons mqx qui estoient en hault en la naviie, parce qalls Âirent surprins et estoient sans armes. Ceux qui estoient eu bas , entendans le brait , montèrent en haut avec des picques et coutelas, quelques-uns avec des broches; et ayant combatn quelque temps ces Javans, et estans montes sur le tillac , il9 deschargerent sur eux une pièce d'artillerie à eailloux, et en firent sauter la pluspart en l'eaué ; puis, d'un coup de pièce de fonte, Ils mirent à fond un des paraos qui estoit le phis proche de la navire. A ce bruit les autres navires holandois se tinrent sur leurs gardes; teHement que les paraos qui voiddent attaquer la pinasse furent contraints de se retirer; ce que les Holandois voyans, descendirent dans leurs barques et les poursuivirent si chaudementqu'ilt mirent encor un des paraos à tond , tuèrent à coups de coutelas tout ce qui estoit déduis et tous ceux qui , sautez du navire d'Amsterdam en mer, se pensoient sauver à la nage. Hn eest exploit il ftit tué cent cinquante Javans. Le luy de Tabaon, voyant les siens si mal traktei, fit partir encore treze grands paraos ; mais l'artillerie des Holandois les empescha de s'approdier v^ps eux , et furent contraints de s'en retourner. En ce combat les Holandois ayant recognea que ces Javans avolent tué les prineipaux de la navire d'Amsterdam , ils tuèrent tous ceux qu'ils avolent pris au combat , et les Jetterent en la mer; puis, voyant qu'ils ne ponv^ent avoir an* cune amitié ny trafic avec eux , ils prirent leur cours vers Madure, où ils arrivèrent le 8 décembre. Le Roy et le cheriffè de ceste ville envoyèrent incontinent trois paraos vers les Holandois, chargez de ris et autres choses à vendre, lesquels leur demandèrent si le Roy et le cheriffe pourroient venir à seureté les voir : on leur dit quHs pou voient venir voir le navire appelle Maurice; mais il advint que ce Roy s'estant mis dans un parao plein de gens, et sur lequel y eu avait
C1UI0N0L061K NOVllSAlRl DS PALMl GAYBT. [1597]
deux rangs assis bien hault, il aila droict à la navire d'Amsterdam pensant la surprendre : eux le voyans iqiproeher, deschargerent sur Iny trois pièces d*Brtillerie, dont Fane estoitehargée d'une lanterne , deqnoy le parao da Roy fat entièrement desroqné et laplospart des Madnriens tues ou blessez ; le reste s'estant préparé avec leurs picques et eseus pour sauter dans ledit navire d'Amsterdam, les autres navires holandois y survinrent, qui mirent tout le reste au fil de l'espée, excepté vingt-un prisonniers entre lesquels estoii le fils de ce Roy, aagé de buict ans. Le Roy fut trouvé mort dans le parao, auprès du cheriffe , qui avoit à sa oeineture un Joyau d'or enrichy de cinq pierres précieuses. On jetta leurs corps dans la mer, et renvoya*on le fils de ce Roy mort à Madure.
Les Holandois, après cest exploict , partirent de là sur la nuict du lendemain ; et » ayant assemblé leur conseil s'ils dévoient retourner en Holande ou aller vers les Molucques, ils navigerent tout le long de ce mois au costé oriental de Java, et, ayant couru plusieurs ports, ils descouvrirent, le 11 Janvier 1697, l'isledeBoc, où, pensant trouver de l'eau douce à commodité, et n'en ayant point trouvé, ils deschargerent le navire d'Amsterdam et lebruslerent ; puis, ayant descouvert le goulphe de Ballabuan le 37 dudit mois , ils navigerent vers la riche et populeuse isle de Bali où ils arrivèrent deux jours après. Estans à l'ancre devant ceste isle , qui ne contient que douze lieues d'Allemaigne, et dans laquelle il y a plus de six cens mille hommes , le roy d'ioelle vint sur le bord de la mer pour les voir : il estoit assis dans un chariot bravement taillé et tiré par deux buffles blancs, richement enharnachez : et sa garde, armée de sarbatannes et de picques ayans le fer doré , marchoit devant luy. Ceux que les Holandois envoyèrent à terre furent humainement receus de luy , et leur enseigna un lieu en son isle où ils pourroient faire providon d'eau douce tant qu'ils en auroient affaire , et d'autres oommoditez : ce qui vint trèsà-propos aux Holandois, qui y furent, et l'appellerent le Cap des Pores , et y arrivèrent le 1 2 février. Le peuple de ceste isle [qui est sous la hauteur de buict degrezet demy du pôle antarctique] est payen , adorant ce qui leur vient le matin premier à l'eneontre. Leur principal exercice est de cultiver et faire de la toile de cotton. Il y a grande quantité de toutes les sortes d'animaux et des fruicts qu'il y a en Java , et est un lieu très-commode à tous navires qui veulent aller aux Molucques pour se refraisehir, à cause de fabondance des vivres qui s'y trouvent à trcs-grand marehé.
I Les Holandois, ayans demeuré en ceste isle jusques au 31 mars, et s'y estans pourveus de tout ce qui leur estoit nécessaire pour retourner en leur pays, levèrent les ancres, dou* blerent le cap de Bonne Espérance le 7 avril, virent Tisle Saincte Heleine le 35 de may, repassèrent le 7 Juin la ligne equinoctiale vers le pôle arctique , où ils n'avoient esté en deux ans entiers qu'ils furent à faire ce voyage; puis, tirans vers la Holande, ils y arrivèrent, au port de Texel , le onziesme Jour d'aoust de ceste présente année 1 597 , chargez d'espiceries , et ayans bit meilleur voyage que ceux qui avoient esté à Nova-Zembla. Du depuis plusieurs autres Holandois ont esté courir vers ces Indes orientales, ahisi que nous avons dit en nostre Histoire de la Paix.
Nous avons dit l'an passé que les Anglois avoient fait de grandes ruy nés et de grands butins à Galis, sous la conduitte du comte d'Essex et de l'admirai d'Angleterre. Le roy d'Espagne, ayant envie d'envoyer visiter la royne d'Angleterre Jusques en son propre pays , comme elle l'avoit envoyé visiter dans le sien, fit assembler au port de Ferol plusieurs navires , et donna la charge de ceste armée navalle à Martin de Padilla, comte de Gadea. Les Anglois, sous la conduitte dudit comte d'Essex , sçachant cest amas , assemblèrent plusieurs navires de guerre au port de Plimouth, ausquelles se joignirent nombre de navires de guerre des Estats; puis , tousensemble,part{rent dudictport le 27 d'aoust et singlerent vers Espagne , où , après plusieurs tempestes, ils arrivèrent. En la costoyant , eux, qui estoient lors plus forts en mer que les Espagnols, firent plusieurs stratagèmes de guerre pour les attirer au combat, mais ils ne bougèrent pour lors dudit port de Ferol : ce que voyant le comte d'Essex , suivant la coustume des Anglois , il fit emplir des vaisseaux de feux d'artifices, et, ayant supputé le temps qu'ils pourroient arriver au milieu de la flotte espagnole , et l'heure que la mesche qui devoit mettre le feu aux pooldres devoit estre consommée , il les laissa aller au gré du vent et du flot de la mer; mais il advint , contre «m dessein , qu'un vent contraire s'estant levé , tout cela fut sans firuict et tout son labeur perdu, ces artifices estans volez en l'air sans faire aucun mal. Les Anglois, voyans qu'ils ne pouvoient tirer les Espagnols de ce port, singlerent vers les isles Açores , où ils esperoient rencontrer la flotte qui apportoit l'or et l'argent des Indes occidentales ; mais ils furent aussi peu lieureux en ce dessein , car la flotte espagnole estant arrivée à la Tercere sans rencontrer les Anglois , elle y prit ses refrals-
CHBONOLOG» NOVBRAIBK U PALMA CAYBT. [ti^l]
ehissements. Le comte d'Essex, voyant cpi'elle ertoit en senreté, et que mesmes l'armée d'Espagne, qoOï avoit laissée an port de Ferol, estait allée yen Lisbone ponr joindre plusieurs vaisseaux de guerre et aller au devant de ladite flotte, il alla à Tisle Sainct Michel prendre des refraischissements et de Teau douce, puis s'en retourna en Angleterre , on il arriva le s novembre, ayant pour tout butin trois navires espagnoles. La flotte des Indes arrivée en Espagne, Padilla, avec ses navires de guerre , ayant joint Marc Arambura, gênerai aussi de plusieurs vaisseaux, s'achemina vers rAngleterre, pensant butiner sur les Anglois; mais les vents et les tempestes , qui adviennent d'ordinaire en ceste saison là, le fit retourner en Portugal sans rien fedre de mémorable.
Nous avons dit sur la fin de l'an passé que les ehrestiens et les Turcs se retirèrent pour passer les rigueurs de Thyver en diverses provinces. Au commencement de ceste année , une grande multitude de paysans du pays d' Austrlche s'esleverent contre la noblesse, et ce sous la conduitte d'un George Brunner. Leur plainte estoit celle que font d'ordinaire plusieurs peuples, et principalement durant la guerre, sçavoir, pour les grands tributs que l'on leur contraignoit de payer, pour les oppressions qu'ils recevoient de leurs seigneurs particuliers, et pour la ruyne qu'ils recevoient du passage des gens de guerre qui emportoient tout ce qu'ils avoient en leurs malsons. Du commencement , ils firent plusieurs cruautez contre la noblesse et contre beaucoup de gens de qualité : Ils prirent plusieurs chasteaux et maisons nobles. L'Empereur envoya quelques-uns vers eux pour les destoumer de passer outre, et leur fit remonstrer qu'ils pouvoient obtenir pardon de luy pour la levée de leurs armes, pourveu qu'ils retournassent chacun en leurs maisons. Geste proposition ne servit qu'à faite enflammer les peuples qui sont outre le Danube ; mais, quant à ceux qui sont du costé de la Bohême, estans mieux conseillez, Ils se maintindrent au mieux qu'ils purent en paix. Pour reprimer l'audace de ceux-là , l'Empereur envoya premièrement le colonel Golnitz avec quelques troupes de gens de guerre, lesquels, en ayant surpris cinq cents dans le village de Gravenac, il les fit mettre tous au fil de l'espée, puis il alla mettre le feu dans Strasse, où les enfants et les femmes, aussi bien que les maisons, furent réduits en cendre. Gela pour un temps leur donna quelque crainte, mesmespourceque l'Empereur les foisoit solliciter, par plusieurs de ses agents, à ce qu'ils eussent à se contenir en paix, et qu'il donneroit ordre à leurs plaintes. Toutes ces re-
monstrances, ny les punitfami dont on les menaçoit ne les purent empeseher de fiiire encor une plus grande souslevation qu'ils n'avoiat iaicte auparavant : ils s'assemblèrent par milliers; et , ayans quelques pièces de eanoa qa'ili avoient prises en quelques maisons fortes, firent un corps d'armée, assiégèrent et prirent Pub. pillèrent le monastère de LUlefeldetassiegeniit Sampelca, où, cependant qn'ito y troaTcnot quelque relance et qu'il dressoient leor batterie, le comte de Thurin, ayant assemblé qadqoe cavalerie , en se jetant de nuict dans la place assiégée, donna une telle espouvanteàeesassegeans que le lendemain matin ils levèrent leur siège ; et faisants des effectsdlgnesd'onpeaple, ils se séparent et de vindrent la proye de ia ooblesse et des gens de guerre, qui en enRBtdqns peu de pitié. Leur chef se donna dW dipe dans le ventre et se tua ; plusieurs antres depo» furent exécutez de diverses sortes de ioppficea. Ainsi finit ceste sédition de paysans en Autraht
Tieffembach , qui estoit pour remperesr dans Filech , en la haute Hongrie , et Falfi, ([m estoit dans Gran , sur le Danube , da eosté df Bude , ayans eu divers advis qu'il s'acheDinàt un convoy de trois cents chariots à Agrie, so» la conduitte de plusieurs Turcs qae Ton y ea* voyoit en garnison , sans sçavoir rien Tva de l'antre , forent pour les attraper. Tieffenikh, les ayant rencontrez , leur fit premieraneot ooe si rude charge qu'il demeura deux eeots Tom sur la place, et emmena une grande fu^^ leurs chariots. Le reste des Tores et da cbiriots qui avoient eschappé les armes de TieffeDlB^ pensants se sauver vers Bude, forent reocoatrez par Palfi , qui fit tailler tons ces Tqrs<d pièces et gaigna leurs chariots.
Quelque temps après ceste diarge les ehrestiens voulurent tenter une entreprise (p^ avoient eue envie il y avoit long temps d'execfr ter sur Tota ou Dotis, place que SInan a^wî prise l'an 1594, et laquelle VEmpereor a^oit envie de r'avoir , pouroe qu'il estimoit qn * luy serolt utile pour le siège qu'il espefoitœ* tre devant Javarin. Les principaux aothcors* ceste entreprise estoient Palfi, Bemstein et P» ■ ils se rendirent tous à Comorre , où ils ^ embarquer leurs gens de guerre, les eschdte. les pétards, et tout ce qui leur estoit besoin pptune telle entreprise , puis descendirent le lœ; du Danube le plus secrettement qu'ils peorest et , sur la minuit du 22 Juin, ils arrivèrent n port d'Amasie. Ayans mis pied à terre, ils pof suivirent leur chemin vers Tota, où sarc poincte du jour ils arrivèrent : les premiers e^ tolent trois Hongriens qui pariotoil bon tcrc
CHBONOLOGIB NOVlNAlBlt DS PkLMA GAYBT. [1697]
lesquels dirent aax sentinelles qu'ils estoient de la garnison de Javarin, qu'ils yenoient de Bude, et conduisoient à Javarin plusieurs bagages que Taga Achmet envoyoit à Soliman Garbasia, gouverneur de Javarin , et desiroient se re* fraischir auprès de la ville pource qu'ils estoient fatiguez du chemin qu'ils avoient fait depuis Bude. Les sentinelles des Turcs leur respondirent qu'ils fussent les bien venus , mais qu'ils ne partissent pas de là qu'ils n'eussent parlé à leur bei. Durant ce parlement Bernstein fit advancer le chariot où estoient les pétards proche de la porte; les sentinelles luy crièrent qu'il eust à le retirer de là : les trois qui parloient turc leur dirent qu'ils avoient descouvert des haiducs qui les poursui volent , et que pour le moins ce chariot , où il y avoit des choses de grand prix , estoit à seureté , quelque accident qu'il pust advenir, estant ainsi près de la porte. Bernstein cependant commanda de mettre le feu au pétard, lequel fit telle ouverture, que la porte et le pont-tevis en furent abatus. Aussitost les chrestiens donnèrent de telle furie , que ce qu'ils rencontrèrent de Turcs fut mis en pieces , et en fut trouvé cent cinquante morts sur le pavé , les armes au poing. Le bei, sa femme et ses enfans furent faits prisonniers , et tout ce qu'ils avoient dans ceste ville fut pillé.
Après que ceste place fut ainsi surprise , et que les chrestiens eurent mis dedans pour gouverneur Christofle Yeyda avec une bonne garnison , Palfi, Nadaste, Bernstein et autres chefs firent un corps d'armée de huict mille hommes de pied et deux mille chevaux , puis se disposèrent de poulser plus outre contre les Turcs , et de leur empescher d'estre maistres de la campagne. Ayans eu advis que le bascha de Bude estoit venu aux environs de Gran courir avec grand nombre de Turcs pour tirer sa raison du eonvoy qu'il pensoit envoyer à Javarin , lequel ceux de ceste garnison avoient desfaict et butiné, ils tirèrent ceste part, où , après plusieurs charges et combats , en l'un desquels le bascha fut blessé, ayant perdu plusieurs des siens, il se sauva avec le reste à Bude.
L'archiduc Maximiliao, gênerai de l'armée en Hongrie , désirant employer les chrestiens en quelque exploict notable avant que l'armée des Turcs fust assemblée, alla assiéger Papa , place forte en la basse Hongrie , qu'il prit de force le 20 aoust; dans ceste place furent tuez trois cents Turcs qui y estoient pour la deffence.
Après cest heureux exploict, l'archiduc mena son armée devant Javarin, et l'investit le 9 septembre , bien qu'il sceust que Mahomet bascha assenibloit vers Bude une innumerable armée de
Turcs et de Tartares. Au commencement de oe siège les ehrestiens firent des courses Jusques aux environs de Bude, d'où ils ne retournèrent sans estre chargez de butin ; ils prirent aussi le mont Sainct Martin , place assez bonne près de Tota. Bref, ils se retranchèrent tellement devant Javarin, et firent tant de forts qui commandoient dedans les portes de ceste ville, que rien n'y poovoit entrer ny sortir. Le bascha Mahomet, ayant sceu le besoin que les assiégez avoient de son secours, partit des environs de Bude avec soixante mille Turcs et Tartares qu'il y avoit assemblés. L'archiduc , qui n'eust sceu avoir vingt mille hommes en ce siège, voyant venir son ennemy si puissant contre luy , ayant assemblé son conseil , résolut de lever le siège et se retirer vers Comorre ; ce qu'il fit le 4 d'octobre. Ainsi le hacha Mahomet se vid, sans coup frapper, maistre de la campagne et du camp des chrestiens , où les assiégez trouvèrent encor à butiner beaucoup de choses qu'ils n'avoient eu loisir d'emporter ou de brusler.
Tota fut la seule place qu'il assiégea et prit de force. Les chrestiens, comme nous avons dit, Tavoient surprise le 20 may, et avoient mis dedans Christofle Yeyda, qui avoit esté autrefois chrestien renégat y et avoit bien avec luy six cents bons soldats , lesquels ayant sousteuu plusieurs assauts, et se voyans réduits à deux cents, prez d'estre forcez par l'ouverture d'une mine, Yeyda, qui aymoit mieux mourir que de tumber vif entre les mains des Turcs, fit sauver le reste de ses soldats dans des barques outre le Danube, et luy demeura seul dans ceste place pour faire jouer une mine qu'il y avoit fait faire, afin de faire sauter plusieurs Turcs en l'air ; ce qu'il fit : car aussi-tost que grand nombre de Turcs furent montez par les ruynes dans le chasteau, il mit le feu à la mine, laquelle fit voler en l'air la moitié du chasteau et plus de quinze cents Turcs. Ainsi mourut ce capitaine avec les Turcs, comme fit Sanson avec les Philistins.
Pendant ce siège, rarchiduc Maximilian estoit à Comorre, où, ayant receu nouvelles forces de rAustriche , il mena son armée vers Yaccia en la haute Hongrie. Mahomet bascha, sur l'advis qu'il en eut après la prise de Tota , alla passer le Danube à Bude , au commencement du mois de novembre, pour luy présenter bataille; mais il le trouva à demy lieuë de Yaccia , retranché en lieu fort par le conseil de Baste qui estoit son lieutenant. Durant quatre Jours il se passa entr'eux plusieurs beaux combats particulie», mais jamais ils ne vinrent au gênerai. Mahomet bascha, ayant en iceux perdu sept cents de ses plus braves Janissaires , le bascha Ezechan et
CHmONOLMIB NOVllIAIBB 1>S PALMA CAYST. [l&97]
nombre de cavalerie , se retira vers Bode , avec pea de reputaUoD. Les direstiens peu après se retirèrent aossi, et séparèrent leur armée par les garnisons. Yoylà ce qui s'est fait de plus remarquable ceste année en la guerre de Hongrie.
Quant au prince de Transsilvanie , au commencement de ceste année , il eut plusieurs pourparlers de paix avec les Turcs, et tenoit-on qu'il estoit d'accord avec luy ; mais, au mois de septembre, ayant passé la Bulgarie et mis à feu et à sang beaucoup de pays subject au Turc, il s'en
retourna à Lippe. Au mois d'octobre, ayant pris quelques cbasteaux près dcTemessvar, il résolut encor une fois de Tassieger : ce qu'il fit , et lot près de deux mois devant ; mais , sentant approcher Mahomet bascha au secours des assiega, il quitta son siège. Du depuis, autant que ee prince avoit esté heureux en ses victoires , aisa qu'il se peut voir es années passées , autant la afflictions ne bougèrent de sa maison, et la Transsilvanie fut grandement travaillée, comne il se peut voir en nostre Histoire de la Paii.
FIN DS LA CHaOlfOLOGIB NOVBNAIBB DE PAUfA CAYET.
liDprimerfe d'Adolplie ÉVERAT et Comp., ne da
14el«C