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LIVRE NEUFIESME

[ 1597 ] Le 6 Janvier , le Roy estant à Rouen, cependant qne les plus grands des trois ordres de la France y estoient assemblez par son commandement poar donner ordre anx desordres que la guerre civile y avoit engendrez , et pour pourvoir aux moyens de faire la guerre au Roy d'Espagne , il fit célébrer la feste de Tordre du Sainct Esprit , où il donna le collier dudit Ordre à messieurs le duc de Mont-morency , connestable de France , et au duc de Mont-bazoo , aux sieurs de Bols-Dauphin etd'Omano, mareschaux de France, au sieur d' Anville, admirai de France, aux comtes de Sanserre , de Chaulne et de Brienne, aux marquis de Mirebeau et de Royan , au vicomte d* Auchy , aux lirons de Lus et de La ChastrOi et aux sieurs de Yitry, d*Aumont, d'AIliocourt, de Botheon , de L'Archant , de Racan, ie Themines, de Palalzeau et de Bors.

Sur la fin de ce mois , Sa Majesté receut ad ils de la defhlte de Farmée du cardinal Albert l'Austriche à Toumhout, conduite par le comte le VaraXy frère du marquis de Yarambon, où le Grince Maurice obtint la victoire. Voici conmie ela advint.

Sur iecommencementdumoisde Janvier 1597, sdit sieur prince adverty de divers endroits que Miit slenr cardinal estoit délibéré , soit par se* nettes menées , soit par force , d'entreprendre acor ce mesme hiver quelque exploit contre les rovinces Unies, ayant à ceste fin , au mois de ?cembre , logé son armée au bourg de Tour- ^out en Brabant, laquelle estoit de quatre regieos de gens de pied, assavoir, deceluy du arquis de Trevic , neapolitain j auquel y avoit Dq cents appoinctez, celuy du comte de Sults^ nforcé d'un autre régiment allemand , du co* lel La Borlotte , et du sieur de Hachicourt , as le capitaine La Goquielle son lieutenant, esis ces deux regimens de Valons , et les cinq npagnies de cheval de Nicolas Baste, don ftn de Cordua , Alonse Dragon , Grobbendonc je Gasman, estant pour commandeur en chef ' toute Tarmée ledit comte de Varax , baron Ba lançon , auquel ledit sieur cardinal devoit royer Joindre plusieurs compagnies de cavalfe et d*in&nterie , tant espagnoles que d'au-

tres nationSi avec les munitions nécessaires pour fldre un grand exploict de guerre.

Le prince, pour le prévenir, fit venir et assembler en moins de huict Jours , le plus secrettement qu'il peut, en la ville de Gheertruydemberg , environ six mille hommes de pied et de cheval, avee tout ce qui estoit de besoin , pour aller attaquer le vicomte de Varax. Le 22 Janvier il partit avec ceste petite armée, deux canons et quelques pièces de campagne , qu*il fit marcher en toute diligence Jour et noict vers l'Espagnol, pour, à Taube du Jour, lé charger en son logis à Tournhout.

Le prlDce estoit accompagné du comte de Solms et du chevalier Veer , colonel anglois.

Au mesme Jour de son arrivée audit Gheertruydemberg , abordèrent , quasi en Tespace de deux heures , tant contremont qu'aval de la rivière , plus de cent cinquante bastaux chargez de gens , d^attirail et de munitions de guerre , où se trouva pareillement messire Robert Sidney , chevalier anglois, gouverneur de Flessingue, avec trois cents soldats d'eslite de son gouvernement, et le lieutenant du gouverneur de la Bryele , avec deux cens soldats anglois.

Le comte de Hohenloo , lieutenant gênerai du prince, qui s'estoit un peu auparavant préparé d'aller vers Allemagne pour ses affaires particulières, estant retardé quelques Jours par l'inconstance du temps , et venu presque aux frontières des Provinces Unies , sur les nouvelles qu'il eut que ie prince faisoit amas de gens de guerre au milieu de l'hyver, postposant son voyage , se voulut aussi trouver à ceste entreprise , et se rendit avec sa compagnie à Gheertruydemberghe.

Ledit sieur prince ayant falot cheminer son armée tout le Jour et une partie de la nuict , sur la minuict il arriva à Ravels , petit village à une lieuë de Tournhout , où II fit reposer ses gens pour y attendre les derniers , qui y furent tous devant le poinct du Jour.

Le comte de Varax , adverl y de l'approche du prince avec ses forces et artillerie , voyant qu'il luy estoit inférieur en nombre, quitta de nuiCtson logis sans sonner trompette ny tam-

CHBOMOLOGIÉ NOVENAIKB DB PALMA CÀYET. [1597]

bour , et fit sa retraicte vers Herental , à quatre ]ieuës de Tournhout , ville tenant le party du roy d'Espagne , où il se pensoit retirer.

Le prince , arrivant à Tournhout à la poincte da jour , et trouvant les Espagnols jà partis , se mit avec sa cavallerie à les poursuivre, commandant aux gens de pied de le suivre en toute diligence.

A un quart de licuë de Tournhout , quelque infanterie espagnolle, à la faveur d'un certain Bosquet, gardolent le passage d'une petite rivière dont le gué estoit fort long et difficile pour ]a cavallerie qui n'y pouvolt passer qu'à la file , et non moins fasclieux pour les gens de pied qui n'y pouvoîent traverser que sur une planclie assez estroitte.

Le prince, pour leur faire quitter ce passage , commanda au chevalier Veer et au sieur Yander Aa, lieutenant de ses gardes, d'y donner avec deux cents mousquetaires , ce qu'ils firent , et les en chassèrent. Ce passage gaigné , le prince atteignit les Espagnols à une lieuë de Tournhout, en une plaine, marchant, régiment pour régiment, à cent pas l'un de Tautre ; celuy des AUemans le premier, celuy dellachicourt après, celuy de la Borlotte le troisiesme , et celuy des Neapolitains le dernier. A la main droicte marchoit la cavallerie espagnolle en trois troupes, estans couverts à la gauche d'un bois, leur bagage ayant gaigné le devant.

Dez que le prince^ qui avec la moitié de sa cavallerie divisée en six escadrons, estoit de^ meure à la queue, vid que le comte de Hohenloo qui estoit devant luy avec l'autre moitié de sa cavallerie repartie pareillement en six troupes , estoit advancé , de sorte quMl pouvolt charger l'Espagnol par le flanc, comme il luy avoit esté commandé, il ût aller le chevalier Veer et le gouverneur Sidney , et l'autre cavallerie de ses troupes , pour donner en queue ; et luy avec son gros demeura ferme affm de les soustenir et refraischir s'ils eussent esté repoulsez. Suivant cest ordre, ledit comte de Hohenlo et le comte de Solms chargèrent les Espagnols par le flanc , et les autres seigneurs susdits donnèrent sur la queue avec telle furie, que, nonobstant toute résistance, Tordonnance de l'Espagnol fut rompue, sa cavallerie mise en fuite , et les gens de pied et de cheval qui ne se purent sauver de vistesse , tous deffaicts. Ainsi la seule cavalerie du prince desflt toute l*armce espagnolle. En ceste bataille il y mourut plus de deux mille hommes sur la place, avec le comte Varax , gênerai, lequel, pour avoir esté trop simplement accoustré pour un chef, ne fut recognu , pensant

celuy qui le tua que ce fost un simple soldat italien.

Le prince gaigna en ceste victoire trente sept drapeaux d'infanterie et une cornette de cavallerie , cinq cents prisonniers, et entre iceox plusieurs ayans commandement, et anjeuse comte de Mansfeld. Ce qui combla sa victoire fut le peu de perte de ses gens, car il n'y perdit que neuf hommes , dont le cavailier Dooià qui mourut quelque temps après , et aussi qq gentilhomme flamand nommé Cabillaa, foientdQ nombre, et fort peu de blessez.

Après ceste victoire, le prince alla couchera Tournhout où il avoit laissé son artillerie auc partie de ses gens de pied sous la charge da m de Herauguiere, gouverneur de Breda. Aprésque le chasteaueut enduré trois volées de canon, la garnison le rendit par composition, qoi en sortit vies et bagues sauves : ce fait, ledit sieur princese retira, le huictiesme du mois de février, \tnh Haye, et renvoya ses gens chacun à sa garnisoD.

Ceste perte fut regrettée par le cardinal Albert pour ce qu*elle luy rompit les desseins qali avoit , tant sur l'isle de Tolen qu*au pa;s de Zuyt-Beveland ; mais ses entreprises do costéd( France luy furent plus heureuses , car llfitsaiprendre la ville d'Amiens le unzlesme de mars. où , sans perte des siens, il se rendit malstreàe ceste grande ville frontière , forte , et la métropolitaine de toute la Picardie: ce qui advint & ceste façon.

Hernandes , où Hernantello Portocarren gouverneur dans Dourlens, espagnol, hommeik petite stature, mais de grande entreprise, et expert en l'art militaire, aydé du conseil et de I s! vis de quelques François reffogiez aux Pays-^* qui avoient des intelligences avec aucnnspai'j' culiers dans Amiens , après avoir donné ad^o audit cardinal que leshabitans d'Amiens avoic^ bien receu en leur ville quarante pièces de c^ non, huict cents caques de poudre, grand nonui^ de l)ouletset autres munitions que le Boy ya^^»' envoyés , prétendant y faire son arsenail i guerre pour entrer l'esté prochain à main amn? dans le pays d'Artois, mais qu*ils D*avoteQtpt> voulu recevoh- quelques Suisses que Sa Majey vouloit mettre pour un temps en gami^oo,f^ que ce refus faict par les hahitans oavToit 1 moyen d'entreprendre sur ceste ville pour le pf'^ d'ordre que l'on y falsoit à la garde, àcaosel • le peuple y estoit fort haut à la maiDjS'asseurti* sur la forteresse de leurs murailles , et qi>e ^^ ville estoit pucelle , toutesfois qu'elle se pw^^' surprendre, s'il plaisoit à Son Alteue l».v ^j donner cinq mille hommes de guerre , qG( î'ceste surprise on osteroit aux François f°^

CUONOLOOn NOYBMÀUB BB IPÀLICÀ CÀYBT* [1597]

seulement leurs munitions de guerre , avec lesquelles Ils esperoient endommager les provinces obeyssantes.au roy d'Espagne, mais que Ton porteroit la guerre Jusques aux portes de Paris. Le cardinal Albert, ayant fait consulter ce dessein en son conseil, de peur de donner ombrage aux François qu'il eust quelque entreprise sur ceste ville, renforça seulement ses garnisons voisines de la frontière, et fit mutiner celle qui estoit dedans Sainct Paul pour leur payement , pour laquelle renger en son 'devoir plusieurs troupes s*y acheminèrent; mais le lundy, dixiesme de mars, sur le soir, elles se rendirent toutes aux environs de Dourlens , au nombre de cinq mille hommes de pied et sept cens chevaux. Portocarrero, chef de Tentreprise , les fait acheminer le long de la nuit vers Amiens, où arrivé et ayant dressé son embuscade dans les ruynes proche àe la ville, sur les huict heures du matin, à Touverture de la porte de Monstrecut , il envoya quarante soldats vestus en paysans , portans sur leurs testes et sur leurs espaules plusieurs fardeaux de diverses sortes de marchandises , et ayans dessous leurs sequenies Tescopette et la dague. Ils arrivèrent à ceste porte là par divers chemins , et cependant que Ton les interrogeoit d*où ils venoient et s'ils n'avoient point veu ou ouy dire que Tennemy tenoit les champs , tous respondirent que non, et comme gens lassez ils se reposoient sur leurs fardeaux ; mais , aussitost qu'ils virent que le chariot , que quatre soldats vestus en paîsans conduisoient, approchoit de la porte, un d'entr'eux qui portoit un sac de noix , faisant semblant de le recharger sur sa teste, desliala gueule du sac si dextrement qu*nne grande quantité de noix tumberent par terre. Ceux qui estoient au corps de garde, qui estoient d'ordinaire pauvres gens, s'amusèrent à en ramasser. Cependant le chariot estant dessous la grille, un des soldats qui le conduisoit couppa les traicts des chevaux affln que par ce moyen la grille ne peust estre abbaissée plus bas que de la hauteur du chariot ; au mesme instant les autres se Jetterent sur le corps de garde , duquel ils se firent maistres et de ladite porte de Monstrecut, puis aussi-tost donnèrent le signal à Portocarreroet à l'embuscade, lesquels s'advancerent si diligemment qu'ils entrèrent sans aucune résistance dans ceste grande ville , cheminans en foule , tirant droict à la place. En moins de demie heure ils se saisirent de toutes les forteresses , des églises , de l'arsenal , des canons et de toutes les munitions. La plus-part du peuple, lors de ceste surprise, estoit au sermon ; et , comme il vouloit sortir entendant le timbre du beffroy qui sonnoit l'alarme, ils trouvèrent que les portes

de la grande église estoient saisies par les Espagnols et Valons. Ceux qui estoient dans leurs maisons, les voyans marcher par les rués avec les escharpes rouges en bon ordre et équipage ^ avec resolution de vaincre ou mourir, commencèrent àpenser chacun pour soy, et, sans songer à aucune résistance, les nos se retirèrent en leurs maisons, serrans leurs boutiques, les autres sortirent hors la ville par les portes qui sont du costé de France. M. le comte de Sainct Paul , qui commandoit , non seulement en ceste ville, mais à toute la Picardie , se trouva dedans lors de ceste surprise , avec sa famille seulement ; mais, voyant le peu de résistance des habitans, il trouva moyen d'en sortir et de se sauver & Gorbie.

Du commencement les Espagnols commencèrent à desarmer tous les habitans , prœierpavr cos sibi addictos , disent leurs historiens , c'est à dire excepté leurs traistres qui leur avoient donné l'advis comme ils dévoient faire ceste surprise. La plus-part toutesfois de ceux qui ne s'estoient voulu remuer et exposer leurs vies pour s'opposer à l'entrée de leur ennemy se trouvèrent de libres prisonniers : leurs excuses de dire, « nous avons tousjours esté de la ligue ^ nous en sommes encores, nous sommes catholiques, nous sommes de vostre party, » ne servoit de payement aux surpreneurs , qui exercèrent envers eux peu civilement leur victoire ; car, après avoir butiné leurs commoditez, ils les rançonnèrent tous , tellement que ceux qui en ont êscrit disent que la proye trouvée en ceste ville surpassoit l'estimation que l'on en sçauroit faire, d'autant que c'est le lieu où arrivent les marchands de tous endroicts, tant de la France que des Pays-Bas , et ce pour la situation de la ville et pour l'opportunité de la rivière de Somme.

Le Roy, qui estoit de retour de Rouen à Paris avec toutej^a cour, laquelle s'y estoit entretenue aux esbats de la foire Sainct Germain et aux Jours gras , tant en ballets qu'en diverses autres sortes de resjouyssances et exercices, receut ceste nouvelle le soir de ceste mesme Journée. La tristesse fut grande parray les François pour la perte d'une telle place ; mais Sa Majesté aussi-tost monta à cheval , suivy de la noblesse qui estoit en court , et alla donner l'ordre requis à toutes les places proches d'Amiens espouvantées d'une telle surprise; et, ayant résolu de recouvrer ceste place par la force , il manda de tous costez ses troupes pour l'investir.

Hemantello d'autre costé escrivit au cardinal Albert que Amiens désormais serviroit de borne au pays d'Artois, comme elle avoit fait Jadis du temps du bon duc Philippes de Bourgongne. Le

CH&ONOLOGIB NOVBNAIES DB PALMA CAYBT. [U97]

eardinal luy maDda et Pexhortadeconserver ceste place au Roy son seigneur. Il lay envoya, ainsi que plusieurs ont eserit , l*ordre de la Toison , Tasseurant de le secourir quand il en seroit besoin, et le loûoit infiniment de cequ*il avoit surpris une telle place , à laquelle lettre Hemantello luy fit responce : a Quant à moy, Je ne perdray Jamais courage, et suis seur que le inonde ne m*ostra Jamais tant d*honneur comme Vostre Altesse m'en a donné ; Je mourray avec cela , et me sera un assez honorable tombeau. »

Toute la France courut incontinent à ce siège ; et Hemantello, pour se mieux deffendre, fit brus- 1er et ruy ner tout ce qu'il put aux environs, puis donna ordre avec une grande diligence à tout ce qu'il eslimoit nécessaire pour conserver sa nouvelle eonqueste : il envoya beaucoup de butin à Arras devant que d'estre assiégé de tous costez. Pource que ce siège fut de six mois et quelques Jours , nous dirons cy-après comme les Espagnols furent contrains de rendre la place aux François, et cependant nous traicterons plusieurs choses advenues en plusieurs endroicts de la France et de la Flandre.

Au mesme mois de mars les Espagnols dressèrent une entreprise sur Steenvic au pays d'Overyssel. Geste ville, comme nous avons dit, avoit esté rendue au prince Maurice Tan -15921 après avoir enduré vingt neuf mil soixante-douze coups de canon ; mais, le seiziesme de ce mois , les Espagnols la voulurent reprendre par une surprise, dont ils furent rudement repoulsez avec perte de plusieurs des leurs, et ne remportèrent de leur entreprise que dix -sept chariots, tant de morts que de blessez.

Au commencement du mois de may, le prince Maurice voulut tenter l'entreprise qu'il avoit sur Venloo au pays de Gueldre, où II se rendit avec quelque cavalerie et infanterie. Uexploict se devolt faire avec deux navires à l'ouverture de la porte de la ville qui donne sur la rivière de Meuse. Le premier et plus petit navire , auquel estoient les conducteurs de ceste entreprise avec le capitaine Matthis Helt et son lieutenant , fit son devoir ; cinquante hommes qu'il y avoit dedans se saisirent à heure dite du quay et de la porte ; mais comme le grand et second navire ne sceut si légèrement monter à cause de la roideur do courant de Teau de la rivière et de Tembarrassement des navires arrivés devant la ville , ne pouvant aborder avec ses gens qui estoient en plus grand nombre, les bourgeois eurent , tandis que les premiers gardoient la porte, loisir de se mettre en armes et de se ruer sur le capitaine Matthis, avec ce que les basteliers liégeois, qui estoient sur leurs navires, tiroient par der-

rière sur luy et sur ses "gens; telIflBMntqw, n'estant point secondé , les bowgNs regiig»rent la porte où le capitaine Matthis et Sehilk, capitaine de navire , furent tuez, et le Ueuteaut de Matthis, blessé, rapporté sur des pie<pKs pir quelques soldats anglois; ainsi le {rince Hûlb't son entreprise.

Bien que le cardinal Albert east reeftgsev quMl ne pouvoit secourir Amiens s'il ne hisuil aux Pays-Bas les places proches de celles do prince Maurice et des EsUts desgarnietdegeH de guerre , toutesfois il escrivit à Portocanen qu'encore que Bruxelles et Anvers se deoseat perdre, et tout ce que le roy d' Espagne tenoit ausdits Pays-Bas, qu'il luy dooneroit seconn. Le prince Maurice , d'autre part , n'attendoS pour se mettre aux champs que de voir le cardinal s'acheminer avec son armée vers la Fraicc: de ce qu'il en advint nous le dirons cy après. Mais au commencement d'avril le cardinal soiidtoit par lettres le duc de Mercœar de foire la guerre en Bretagne , et le duc de Savoye ea Daophiné, affin que , les forces de France divisées en trois endroits , il pust plus ayscoeot combattre le Roy ou l'empescher de repraidR Amiens.

Celuy qui portoit les lettres en chiOrean due de Mercœur fut pris à Saamur, et estoit odJcuk advocat de Beau vais, lequel, amené à Paris, coqfessa que c'estoit un autre advocat appelle Cha^ pentier qui les luy avoit baillées , et qu'il alloit à Nantes et à Bruxelles porter et reporter les pacquets d'Espagne. Charpentier pris, et coovaincu avec le porteur d'estre traistresilnf patrie, furent par Jugement condamnes A b mort, et menez du grand Chastelet à la Gren avec des escritaux pendus à leur col ; ib y foresl rompus vifs.

En ce mesme temps quelques-uns du aboi peuple qui avoient esté de la faction desSdre dans Paris, au bruit de la surprise d'AœieDsayans tousjours du vieil levain de leur Dotinerie, s'assemblèrent en particulier; il en fo' trouvé quelques-uns à la rue de La Hochetie dans une taverne, lesquels, s'estans niis<i» une chambre à part , après avoir devisé des affaires d'Estat , selon ce qu'ils en pensoienti comme c'est la coustnme de telles gens du mest peuple , et dit beaucoup de choses en la loôsi^ du roy d'Espagne à un qui estoit avec eos,l^ quel se feignoit estre au duc d'Aoniale, eM^^) ayant nommé ceux qu'ils pensoientpar lesqoir tiers de Paris tenir encor leur party , ils se Dirent en table, et beurent à tour chacun à lasafif du roy d'Espagne, puis ils se mirent à se dire les uns aux autres : Vive FEspagne! Le ^

CHBONOLMIl NOTBNAIEK DE PALMÀ CAYBT. [l497]

Ra|rin,iHreyo8tde laooiinestablie,qiiis'e8toitBii8 dans Dne ehambre là proche avec ses archers, se saisit d*eox ; cinq desquels furent pendus dez le lendemain à la place de Grève, deux antres trois jours après à la porte de Paris, et qaelqnes-ans de bannis. Ces exécutions firent contenir en paix ceux qui eussent voulu remuer , tellement que Ton ne fit que [renforcer les gardes aux portes de Paris.

Quant au duc de Mercœur il s*estoit advancé de Nantes à Chasteaubriant sur les frontières de la Bretagne , du costé de T Anjou, et pensoit faire là un gros pour entreprendre sur les places qui y tenoient pour le Roy. La cherté et disette des vivres estoit si grande en ce pays là aux mois d^avril, may et juin, que M. le mareschalde Brissac , qui y estoit lieutenant gênerai pour le Boy audit pays et en son armée, fut contraint de séparer ses troupes et les mettre en plusieurs parroisses barricadées aux environs de Bennes. Le sieur de La Tremblaye estoit logé à Messac avec les sieurs de La Troche, de Tevy , de Courbe, de Beaumont, de La Pommeraye , et quelque Infanterie; mais, adverty par ledit sieur mareschal de Brissac que le sieur de Sainct Laurens, lieutenant dudit duc de Mercœur, estoit party de Dinan, d'où il estoit gouverneur, avec cent bons chevaux et cinq cents hommes de pied , pour venir se rendre auprès dudit duc à Chasteaubriant , et qu'ii estoit logé à Maure, sur cest ad vis la Tremblaye partit de Messac le 1 9 juillet sur le soir, et arriva le 20 à quatre heures du matin à Maure, où, pensant trouver ledit sieur de Sainct Laurent et le charger devant qu'il fust deslogé , il trouva qu'il estoit desjà party , et qu'il avoit pris le chemin du bois de La Roche , mais qu'il estoit encor peu esloigné, ayant à dessein de galgner Messac et y passer la rivière de Vilaloe. Sur cestadvis le sieur de La Tremblaye commença à le suivre, et, sans perdre temps, fit cheminer ses troupes au mesroe ordre qu'il les avoit mises pour attaquer ledit sieur de Sainct Laurens s'il l'eust trouvé dans Maure. Il fit faire telle diligence qu'à trois cens pas de là il appercent le sieur de Tremereuc , frère du sieur de Sainct Laurens, qui avec son régiment faisoit la retraicte. Aossl-tost II le fit attaquer ; mais les //guears se retirèrent incontinent à leur gros, et cheminèrent en bon ordre plus d'une lieuê et demie ; ce qu'ils ne firent toutesfoissans qu'il n*en demeurast une cinquantaine par les chemins, entre lesquels fut le capitaine Hil. Ainsi poursuivis et pressez, Ils furent contraincts de tourner teste, et se mirent dans un champ bien fossoyé , assez advantageux pour eux; mais, après qu'ils y eurent rendu quelque peu de combat,

les royaux leur firent une si rude charge qu'ils se mirent tous à lafuitte. Le sieur de Sainct Laurens avec sa cavalerie ayant faict quelque temps ferme, se sauva vers Dinan, laissant son frère de Tremereuc prisonnier de La Tremblaye, cent cinquante soldats morts sur la place ; et le reste de ses gens de pied pensant se sauver tombèrent à la mercy des païsans, qui les assommèrent presque tous. Le sieur de Sainct Laurens, retiré à Dinan, rassembla peu après quelques forces des garnisons voisines. Ayant envoyé deux cents cinquante hommes loger en une parroissenommée Sainct Syriac, proche de Sainct Malo, ils s'y l>arricaderent dans Teglise, faisant aux environs beaucoup de degasts, coupans tous les bleds, lesquels ils faisoient transporter à Dinan dans des chaloupes , pour ce que ceste parroisse est sur le bord de la rivière qui va à Dinan. Ceux de Sainct Malo envoyèrent prier ledit sieur de La Trem • blaye de les assister de ses troupes pour faire desnicher les ligueurs de Syriac. Il leur promit tout secours. Ensemblement ils résolurent qu'il iroit par terre les attaquer avec hulct ceots soldats, et que ceux de Sainct Malo avec deux galères armées s'y rendroient par la mer; ce qui fut exécuté.

Les galères ayans foudroyé à coups de canon les barricades , en mesme temps ledit sieur de La Tremblaye les attaqua par terre ; de sorte que de deux cents cinquante il ne s'en sauva un seul qui oe fust tué ou pendu. De là ledict sieur de La Tremblaye , voulant poursuivre sa victoire , alla attaquer Le Plessis- Bertrand , qui estoit un chasteau où les ligueurs faisoient leur retraicte quand ils alloient faire des courses en ces quartiers là ; mais , en faisant les aproches , ledit sieur de La Tremblaye, n'ayant son casque en la teste , fut tué d'une balle ramée. Les capitaines qui Tasslstoient , ayans eu advis sur l'heure que le sieur de Sainct Laurens, avec tout ce qu'il avoit peu amasser des garnisons de la ligue, faisoit un gros pour les venir attaquer, levèrent le siège pour n'esire pris qu'à leur advantage, et, en s'en allant, rencontrèrent le capitaineChasteau-gaillardavcc sa compagnie, qui sa hastoit d'aller trouver Sainct Laurens , laquelle fut taillée et mise en pièces , et luy prins, auquel ou fit dire, la dague sur la gorge , où estoit le rendez- vous dudit sieur de Sainct Laurens : ce qu'il fit. Cela estant sceu, les royaux luy allèrent dresser une ambuscade sur le chemin par où il devoit passer. Sainct Laurens ne faillit point de venir, mais il se trouva plustost chargé qu'il n'eut recognu ceux qui le chargeoient, et, bien monté, se sauva dans Dinan, laissant sur la place trois cents des siens tuez et plusieurs

CflJIOROLOGU NOVBNAIEB BB fALMÀ GAYET. [1597]

capitaines prisonniers , entre lesquels forent les eapitalnesThoulotet son frère , Fontaine , le fils de Fomebon, le gouverneur de Lamballe et plusieurs autres.

Geste perte fut estimée la plus grande que les ligueurs eussent encor receu en ceste province, pour ce qu'il fut tué en ce dernier exploict plus de six cents soldats. Les royaux , sans la mort dudit sieur de La Tremblaye , qu'ils regrettèrent fort, eussent eu une victoire entière. Ces deux desfaictes furent cause que M. de Mercœnr ne fit aucune entreprise cest esté , sinon que les garnisons des villes qu'il tenoit endommagèrent fort le plat-pays par leurs courses; et, voyant la reprise d'Amiens, il accorda une suspension d'armes, ainsi que nous dirons cy-après, à la fin de laquelle ceux de Dinan furent contraincts de se rendre au mareschal de Brissac Yoy là ce qui se passa en la Bretagne.

Quant à la Savoy e et au Dauphiné, Sa Majesté préjugeant que le duc de Savoye ne faudroit point , tandis qu'il le verroit empesché en la reprise d'Amiens, de faire fondre ses forces en Dauphiné ou en Provence, et y entreprendre ce qu'il pourroit , il donna congé sur la fin du mois de mars au sieur Desdiguieres, lequel i'estoit venu trouver à l'assemblée de Rouen , et le fit son lieutenant gênerai en l'armée qu'il luy commanda de dresser en Dauphiné , pour avec icelle entrer dans la Savoye, et empescher le duc dans son propre pays , sans qu'il vinst se promener en France. Yoicy ce qu'il en succéda.

M. Desdiguieres partit de Grenoble, siège du parlement de Dauphiné, et proche de la Savoye, au commencement du mois de Juillet , avec une petite armée composée de quatre à cinq mille hommes de pied et de cinq à six cents chevaux, et s'achemina vers la Morienne , pays des dépendances et appartenances du duché de Savoye, grand chemin de Piedmont et d'Italie. Après avoir, non sans grand travail, surmonté les difficultés des chemins et précipices des montagnes et rochers , en fin il gaigna le dessus de la montagne , où il trouva un corps de garde de cinq cents hommes barriquezà l'advantage, lequel fut assailly si vifvement et si furieusement, que, ne pouvants les Savoyards soustenir l'effort des François , ils furent contraincts de quitter la place.

Aussi-tost l'armée se rendit à Sainct Jean de Morienne, principale ville dudit pays, et en mesme temps se saisit de toute ladite valée , Jusques au mont Senis, et donna la chasse au comte de Salines qui y commandoit pour le duc de Savoye , lequel , après avoir quitté le chasteau Sainct Michel et alNindomié quelques vil-

lages près de là où H s'estoit barricadé, et ayant rendu quelque peu de combat, se retira, parle mont Senis en Piedmont , si à la ha^e que h plus-part de ses soldats laissèrent leurs armes par les chemins , comme aussi quantitéde nnmitions de guerre , qui demeurèrent à la âefotioD des François. Ainsi le sieur Desdiguieres se rendit maistre paisible de toute la Morienae, fortifia Sainct Jean et le chasteau Sainct Mid»l, et se saisit de tous les forts qui pouvoientsenir pour la seureté dudit pays.

Peu après le duc de Savoye passa deçà ks monts par le val d' Aoste , avec trois mille Italiens et bon nombre de cavalerie, chemin que tint Jules César, pour empescher le passage aax Suisses 9 et se rendit vers Chambery et ealt Tarantaise, où estoit son armée composée de six mille hommes de pied et huict cents chevaux , commendez par le comte MartiDenpes. Nonobstant ce, les François ne laissèrent de poursuivre leur pointe, se saisirent d'Aiguebene, place fort commode pour les vivres et fourrages, et qui fermoit le passage de Savoye en la Morienoe

Pour rendre les chemins plus asseurez de Gr> noble en l'armée , et pour avoir les commoditet des vivres et munitions de guerre qui se ponvoient tirer du Dauphiné , M. Desdiguieres partit, le seizlesme Jour de Juillet , avec bon nombre de cavalerie et les regimens d'Oriac et de Fonte-couverte^ tant pour aller à La Bochette, bourg et chasteau, où il arriva ce jour mesme. que pour Joindre son artillerie et les sieuR de Grottes , de Rival et de Yelouzes. Sur le soir il fit donner au bourg de La Rochette qni fot aussi-tost emporté , et les Savoyards contraints de se retirer au chasteau , qui le lendemain, a la veuê du canon, se rendirent vies saoves; ceux qui en sortirent ftirent conduits ce mesoe Jour en lieu de seureté.

Le 20 de Juillet l'armée françolse s^achemioa vers Chamoux , et en chemin se saisit dn chasteau de Yillars Sallet , maison des comtes de Mont-majour : elle arriva à Chamoux sor le midy. De là , la cavalerie prlnt le cbenùn da costé de Chamousset tant pour investir ledit Chamousset, que pour voir la contenance des Savoyards qui estoient logex à Miobos et à Sainct Pierre d'Albigni , qui est vis à « dudit Chamousset. Là, M. Desdiguieres eut advis que le duc de Savoye faisoit un fort sar riscre , de Tautre coste de la rivière, poor hciiiter et asseurer le passage d'icelle à son année, et pour prendre logis audit Chamousset, liev fort advantageux pour luy , et qui eust grandement incommodé Tarmée royale et le passage de Dauphiné a icelle. Ce fort avoit esté dresse

GiUOAÛLOGIB NOYBJNAIJUI DS PALMÂ GAYBT. [i&^l]

en forme triangulaire sur le bord de la rivière , et, à force de pionniers, mis en defence et relevé de ht hautear d'une picque en une nuit. Le sieur Desdiguieres , Tayaut recogneu, mit le fait en délibération, et, suivant Tadvis et conclusion du conseil qui estoit près de luy , se résolut de rattaquer par deux costez, et à l'instant fit avancer deux mille harquebuziers commandez par le sieur de Grequy, avec un canon duquel furent tirez six ou sept coups ; et tout aussi-tost l'infanterie, soustenué de la cavalerie, donna dedans si vivement et si furieusement que ledit fort fut emporté, quelque résistance que fit don Philippin, frère bastard du duc , avec six cens soldats et plusieurs gentilshommes qui estoieut dedans ; et nonobstant quatre bastardes logées de l'autre costé de la rivière, qui tiroient incessamment du long des flancs dudit fort , il fut forcé par la pointe où le canon avoit fait ouverture. En ceste prinse, le duc de Savoye perdit plus de quatre cens hommes, que tuez que noyez, et plusieurs gentils^hommes de sa cour à sa veuë , luy estant avec son armée de l'autre costé de la rivière. Le baron de Chauvirieu , comtois , y fut tué , et le colonel Just fait prisonnier. La nuit suivante le fort fût desmoli , et le chasteau de Chamousset quant et quant rendu.

Le lendemain l'armée françoise s'achemina avec le canon à Aiguebelle pour achever le siège de La Tour de Charbonnière , place force d'assiette, et qui couvre Aiguebelle , où il y avoit trois compagnies ; laquelle se rendit après quelques volées de canon par composition , y ayant esté tué le chef qui commandoit et deux capitaines au premier abord.

Sans perdre temps ladicte armée alla assiéger le chasteau de L'Esguille, place non moins forte d'assiette que de fortification, estant posée sus la croupe d'une montagne qui rend d'un costé l'avenue inaccessible, et de l'autre costé ayant un double fossé avec un rempart fort espoix entre deux ; neantmoins , après y avoir esté tiré deux cens coups de canon, la place fut emportée. Par ceste prinse les François eurent toute la Morienne et tout ce qui est de la risere, depuis le mont Seuls Jusques à Montmelian.

Cependant le duc de Savoye, estant renforcé de deux mille cinq cens Suisses , et autant de Neapolitains et Espagnols, se vint loger autour de Mont-melian; dequoy M. Besdiguieres averty et ayant eu advis que ledit duc , ainsi fortifié , faisoit estât de le venir voir , pour luy accourcir son chemin , fit marcher l'armée françoise celle part, et se vint loger aux Molettes i à demy

lieuë françoise du susdit Montmelian , la rivière de l'Isère entre deux. Peu après, le duc de Savoye fit passer ladite rivière de l'Isère à son armée sus un pont de batteaux qu'il avoit fait dresser près celuy de Montmelian , et se vint loger à Sainct Hélène , qui est vis à vis des Molettes , lieux un peu eslevez , et non distans Tun de l'autre plus d*une canonade , un grand pré et un petit marais entre deux. Ce Jour se passa en escarmouches ; mais le lendemain le duc de Savoye fit paroistre toute son armée , qui estoit de quinze mille hommes de pied et quinze cens chevaux , en bataille dans un grand pré au devant du coustau où il estoit logé; et le sieur Desdiguieres en fit le semblable de son costé. L'escarmouche s'attaqua fort chaude, qui dura cinq heures , où demeurèrent de ceux du duc environ cinq cens que morts que blessez , et de ceux du Roy environ quarante de morts et soixante de blessez ; et , n'eust esté un fossé qui se trouva entre-deux, de largeur de six pieds, fort profond et plein d'eau, le combat eust esté beaucoup plus gênerai et plus grand. Voilà ce qui se passa Jusques au douziesme d*aoust.

Le quatorziesme , le duc de Savoye fit couler , dès les huict heures du matin , trois mille harquebuziers derrière un grand bois tout près des retranchemens de l'armée françoise , et d'un autre costé logea ses Suisses avec un autre gros d'infanterie dans un pré, pensant les forcer. Quand tout fut ainsi logé , et sa cavalerie où il estoit dans un vallon , il &t tirer sur les deux heures un coup de canon , et à l'instant de tous costez s'attaqua l'escarmouche du tout grande , laquelle fut bien receuè ; car la cavalerie et infanterie françoise s'estoit à ce bien résolue et apprestée. La cavalerie soustint tousjours l'infanterie, sans que les canonnades en fissent branler aucuns pour desloger , combien qu'elles tirassent incessamment. A cest effort le duc y laissa sur la place plus de douze cens hommes, que morts que blessez. C'estoit une entreprise où il y avoit plus de passion et d*animosité que de conseil. Il fut en ceste escarmouche tiré plus de cinquante mille harquebuzades : on ne voyoit que morts et sang par la campagne ; l'attaque dura cinq heures.

Outre plus , sur les six heures du soir , le colonel Ambroise , avec cinq cens Espagnols naturels, traversa le marais pour forcer un corps de garde qui estoit de ce costé là ; mais au bruit y accoururent les sieurs de La Baume et du Poûet avec leurs escadrons , qui les chargèrent si rudement qu'ils en firent demeurer cent cinquante sur place , et prirent plusieurs prisonniers ; le reste se sauva sans armes par les marais.

CHBONOLOOIl NOVIUAUB m PALIU CAYBT. [1607]

Le samedy , seiziesme dodit moto , le doc de Savoye quitta le champ de bataille, et, sur Taube da Jour, se retira par delÀ la rivière , quitta son logto , et passa vers Moutmelian , et de là s*eo alla loger aux Barraux , à rentrée de la valée de Grisvaudan , qui va respondre à Grenoble. Pendant le peu de séjour que firent ces deux armées aux Molettes et à Sainete Hélène il y eut plusieurs defBts , mais point de combat gênerai. L'armée du due s^estant logée aux Barraux , celle du Roy vint prendre logis , de Fautre costé de la rivière, en un lieu appelle le pont Charra , à demy lieuê de celle du duc, la rivière de Tlsere entre deux.

La duchesse de Savoye qui estoit à Turin avoit envoyé en ce mesme temps nombre de soldats, tant des garnisons que de la milice de Piedmont , par la valée de Pragelas , pour entrer de ce costé là en Briançonnois , et fermer le passage d'Eschilles en cas qu*il Aist assiégé ; mais ces troupes furent rencontrées par des troupes françoises qui en tuèrent une partie ; plusieurs furent noyez , et partie précipitez dans des rochers ; tellement qu*il s'y perdit bien quatorze cens hommes.

Le 8 de septembre, les seigneurs de La Baume et de Salnct Just, par le commandement de M. Desdiguiercs, partirent, après minuit, de l'armée avec deux cens maistres et cent carrabins , et se coulèrent au long de l'Isère environ demi lieuè, où ils passèrent deux heures devant le jour dedans un islequl estoit au milieu de la rivière , non sans grande difficulté et danger , l'eau leur passant jusques par dessus les selles des chevaux, et là se mirent en embuscade. Sur l'aube du jour 'passèrent à leur veuè neuf cornettes de la cavalerie savoyarde, faisant en nombre cinq cens maistres bien couverts en deux troupes qui alloient à la guerre vers Grenoble, commandées par dom Sancho de Salines, gênerai de la cavalerie légère du duc en Savoye. Geste cavalerie estoit envoyée par le duc au Dauphiné pour faire le degast aux environs de Grenoble, et par ce moyen tascher à foire retirer M. Desdiguiercs de la Savoye pour aller secourir le Dauphiné ; mais les Savoyards ayans outrepassé environ demi lieue , le sieur de La Baume sortit de son embuscade , et traversa un autre bras de l'iserc qu*il falloit encores passer pour aller à eux où l'eau ne venoit que jusques aux selles des chevaux , et gaigna la pleine à la veuë du gros de l'armée du duc, puis enfila après Salines, lequel une petite heure après il rencontra au dessous de La Fretle.

La Baume avoit dressé ses troupes en ceste sorte : ses avant-coureurs estoient conduits par

le sieur de Sainct Just , nepveu de M. Deidi« guieres, qui marcfaoit devant avec quaiants matotres et dix carabins à main droicte, autant à gauche ; il estoit sui vy du sieur d*Aramond avec vingt maistres, et luy estoit à leur qoeoé avec quatre vingts maistres, vingt carabins à main droite, et autant à gauche. Tout aussi-toit qu1ls furent proches de l'ennemy , Salnct Jot Alt commandé décharger vivement les premières troupes ausquelles commandoit Salines; ce qall fit bravement , et à l'instant U fat secondé pir ledit sieur de La Baume , si ferme , qu'elles fo* rent aussi-tost desfaites ; de là Ito chargereot l'autre troupe commandée par dom Evangeliste, qui ne rendit pas tant de combat que la première. Deux cens morts demeurèrent sur la place , qoi ne furent ny fouillez ny desarmez , car le nenr de La Baume avoit fait commandement de m descendre de cheval , sur peine de la vie , et B'^ volent mené aucuns valets. Ils prirent cent prisonniers, deux cens chevaux de service: U eo fut tué plusieurs pour terrasser les maistrei; tous les chefs desdites neuf compagnies y demeurèrent , ou morts ou prisonniers. Dom Salines , gênerai , fut fait prisonnier, comme aosei dora Parmenion , don Jean de Sequano , premier capitaine de la cavalerie , le seigneur Evangeliste , dom Boario, dom Problo , capitaines de la cavalerie. Du costé des Françoto il n'y demeara que six hommes.

Cependant que l'armée du duc estoit logée i Barraux , auquel lieu il faisoit faire un fort à I>astillons pour couvrir son pays, l'arméeda Boy demeura vis à vis à Pontchara , d'où elle partit le dernier octobre , et se retira aux environs de Grenoble.

Au commencement de novembre ledit âeor Desdiguiercs envoya quatre régiments vers fia^ selonnette , lesquels , nonobstant les très-difficiles chemins qu'ils trouvèrent , prindreot AIlost , et sur la fin dudit mois Sainct Genys.

Leducde Savoye avoit une intelligence grande

sur Bomans , où estoit lors le parlement da Daaphiné à cause de la contagion qui estoit à Grenoble ; mats ceste trahison fut descouverte et fbt sans effect. La saison de l'hy ver advancée toi cause que les uns et les autres se retirèrent eo leurs garnisons pour se refraischir ez pa^'s où ils estoient les plus forts. Le duc se retira à Chambery, et le sieur de Crequy avec quelques régi* ments dans la Morienne. Sur la fin de ceste an* née le comte de Carraval , avec douze enseignes de gens de pied et deux cornettes de cavalerie , fiit rencontré à Sainct André par le sieur de Citquy, par luy deffaict et pris prisonnier, et stf drappeaux et cornettes envoyées au Boy. VoyU

CHBOROLOOIS NOVBNAIRB DB PALMA CAYBT. [1697]

ce qui s'est passé de plus remarquable en ceste année entre les François et Savoyards.

Avant qne de retourner an siège d'Amiens y voyons quel succez eut Tentreprlse que fit un soldat de fortune appelle Le Gaucher sur Villefranche , petite vliie frontière de Champagne. Nous avons dit cy dessus que ceste petite ville avoit esté restituée au Boy par le duc de Lorraine suy vant leur accord. Le sieur de Truroelet fut mis dedans gouverneur , sous M. de Nevers , gouverneur de Champagne , avec trois compagnies de gens de pied et une de gens d'armes. Les Bourguignons [Ton appelle ainsi tous les subjets du roy d'Espagne voisins de ceste frontière , raesmement ceux du duché de Luxembourg], desirans avoir un pied dans la province de Champagne sur laquelle iisfaisoient des courses ordinaires, Jetterent roeîl sur Ville- Franche comme place fort propre à leur passage et entrée dans ctete province , et à cest efTect s'adressèrent à quelques soldats de la garnison, avec promesses de les fiiire riches à jamais s'ils vouloient livrer ceste ville. Ces soldats ne les rojetterent pas du premier coup , ains les entretinrent; mais ils communiquèrent ce secret audit sieur de Tremelet , lequel , ayant bien pensé à cest affaire et à ce qui en pouvoit réussir pendant cest important siège d'Amiens , mesmes en ayant eu advis des gouverneurs des places voisines, se résolut de commander auxdits soldats de passer outre , et entrer plus à descouvert en paroles avec ledit capitaine Gaucher, qui estoit celoy de la part des Bourguignons qui les recherchoit. Suivant ce commandement , ces soldats parlent au Gaucher , s'accordent avec luy da temps, heure et moyens de luy livrer Villefranche, touchent argent selon leur composition , avec espérance de plus : Jour est pris pour l'exécution au troisiesme du mois d'aoust , la nuict du dimanche au lundy. Le sieur de Tremelet, embarqué en ceste entreprise hazardeuse, rechercha prudemment et secrettement tous les gouverneurs des places voisines pour luy prester leurs hommes et moyens nécessaires, non seulement pour sa conservation , mais pour repousser et deffaire les ennemis. Les sieurs comte de Grandpré, Rumesnil et d'Estivaux, gouverneurs de Mouzon , Maubert et Sedan , luy accordèrent sa demande : qui presta sa personne , qui ses hommes et moyens. Ledit sieur de Rumesnil print charge de conduire les troupes ramassées des garnisons; et à polnct et jour nommé s*approcha à Sedan, et en partit sur le soir du dimanche troisiesme aoust , et tira à Ville-firanche , Jettant dedans la ville des gens de pied Jusques au nombre requis par le sieur

de Tremelet , et qu'il jugeoit nécessaire. Avec le surplus des gens de pied et la cavalerie , il s'embusqua à demie lieue de Ville-franche, là où d'autre costé tiroit Gaucher et ses troupes pour exécuter son entreprise. Le signal devoit estre au Gaucher, pour entrer après les premiers des siens , un coup de canon , et à M. de Bumesnil aussi un coup de canon pour sortir de son embuscade. L'heure venue, chacun se prépara et employa , Gaucher à faire descendre de cheval toutes ses troupes à un demy quart de lieue de Ville-franche , et les conduire Jusques dans le fossé , et par l'adresse desdits soldats dans la ville ; le sieur de Rumesnil à donner à propos par derrière en mesme temps que le jeu se comroenceroit en la ville. Ce qui fut dit fut faict. Le signal donné, on vient aux prises, les plus advancez dans la ville et au fossé Airent tous mis au fil de l'espée, ou fricassez par les Instrumens à feu, ou noyez dans le fossé. Gaucher, qui se hastoit pour suivre ceux qui estoient entrez dans la ville , fut tout estonné que luy et les siens fussent chargez à dos par le sieur de Rumesnil ; et , n'eust esté qu'on luy menoit son cheval en main après luy , il y fnst aussi demeuré ; mais il le gaigna et se sauva à la fuite. H laissa trois cents des siens morts sur la place et six vingts prisonniers. Tous les chefii et capitaines , fors ledict Gaucher , y demeurèrent : tous leurs chevaux furent prins par ledit sieur de Rumesnil ; et de cinq à six cents hommes qui estoient là venus avec ledict Gaucher, il ne s'en sauva pas cinquante à la faveur de la nuict. Voyons tout d'une suitte ce qui se passa au siège d'Amiens.

Le Roy, ayant fait le mareschal de Biron son lieutenant en ce siège , alla luy-mesme revisiter toutes les places frontières ; et cependant que de tous les endroits de la France on s'acheminoit pour faire desmordre à l'Espagnol ceste place , Hernan telle, qui y avoit dedans plus de quatre mille honunes de guerre, faisoit faire force so^ ties. Le dixseptiesme juillet il en fit faire une de cinq cents hommes, la moitié menez par le capitaine Durant d'un costé, et par un autre endroict François de Larco menoit l'autre moitié. Ils donnèrent de telle furie qu'ils entrèrent phia de deux mil pas dedans les tranchées de François , tuans à chasque redoute tout ce qu'ils rencontrèrent. Le sieur de Montigny , maistre de camp , y fut tué , et les sieurs de Flessan et Fouquerolle, avec plusieurs autres. Sur ceste alarme nouveau renfort estant venu , les François contraignirent les Espagnols de se retirer en la ville , ce qu'ils firent à la laveur de leur canon et de la cavalerie quefit sortir Ht mantello, non

CHBOHOLOOn NOTSHAIBS VÈ VÂLUk CÀTBT. [1597]

tontesfois sans en avoir laissé plnsienrs morts sur la place , et entr'autres on des Mendosse. En la lettre qu'Hemantello en escrivit au cardinalAlbert, il lay manda:

« Je puis asseurer Yostre Altesse que ce fat la plQS honorable sortie que jaye jamais venê depuis que je suis soldat. 11 en est mort cinq cens de la part de l'ennemy, et entre iceux des maistres de camp et des personnes de plus grande qualité, beaucoup de noblesse et grand nombre de blessez : le canon joua de nostre part de telle sorte qu'il endommagea grandement les ennemis avec peu de perte de nostre costé : tontesfois je la ressens beaucoup pour estre forcé de bazarder tant de bons soldats; et c*est grand dommage que nous perdions un soldat, n^ayant pas deffaict toute ceste armée. L'ennemy a si grand peur, qu'aussi-tost que nous baissons le pont de la ville pour quelque chose que ce soit , il quitte incontinent les trenchées, ou se met en grande garde. Avec tout cela il s'approche en telle diligence que avec des pierres nous nous pouvons faire mal les uns aux autres ; et sans doute , quand ceste lettre arrivera en vos mains, l'ennemy sera logé sur le fossé ; et , encores que nous ne perdions pas courage , cela nous donnera bien de la peine; car nous avons affaire à toute la France , aux yeux et à la veue de son prince ; et , si nous ne craignions un mauvais sucoez , ce seroit plustost témérité que valeur. Considérez qu'en ce fait ici il s'agit de la seureté de tout ce royaume , de la couronne et sceptre d'un roy, et , qui plus est , de l'authorité de nostre maistre et de Yostre Altesse , et , après tout cela, que ce ne sera pas peu de perdre ceste infanterie et cavallerie qui est icy. C'est ce qui doit donner à Yostre Altesse mille gloires : mesmes à ceste heure que nous avons nostre espérance sur la venue de Yostre Altesse, et que nous sommes persuadez que vous avez escrit qu'encore que Bruxelles et Anvers se perdent et tout ce que Sa Majesté tient en Flandres, si faut il neantmoins secourir ceste place, comme je l'ay fait entendre. Hastez vous donc , et ne donnez occasion de perdre courage , maintenant que nous commençons à descouvrir qu'il y a dea volontez lasches , lesquelles s'asseureront s'ils ont advis de vostre venue. Quant à moy, je ne perdray jamais courage , et suis seur que le monde ne m'ostera jamais tant d'honneur comme Yostre Altesse m'en a donné. Je mourray avec cela, et me sera un assez honorable tombeau : ce qui arrivera sans faute , puis que mes ennemis font estât de ne m'avoir jamais qu'à force de canon. Je ne trouve point moyen de bailler des aisles à Yostre Altesse. Dieu vueiile que ces tiedes con*

seita ne nous apportent de grands nud-heon. La peste est forte , les morta ne ressoselteat pdst, les blessez en occupent d'autres qui les secoerent , la place est grande , les provisioDS et monitions moindres qu'on ne s'imagiae. H dou manquera beaucoup de choses tout d'an coop, et de ce coup là beaucoup se ressentiront i

Le Boy ayant fait mener quarante àoq ^tm de canon devant Amiens, il estonoa teUemesl les assiégez par une continuelle batterie, qu'Hernantello fut contrainct d'escrire encor andit cardinal Albert.

« Il est temps maintenant que nous cesskns d'escrire, car je travaille avec les soldats et bougeols au ravelin , auquel , en peu de jours, fattens la continuation de la batterie de TeiuMaD; par trois costez. Nos deffenses sont bieo viâtco de sonartillerie ; la nostre ne peut jouer qu'avtt grande difficulté; elle est offencée de la leur, encores que l'entrée en soit couverte, eomn j'escrivîs à Yostre Altesse. L'ennemy Ueat desji un ravelin de gazons auquel il nous a aasaillii avec toute la France : il leur en a cousté pin de cent de leurs plus braves. Il nous demearen entre les morts et les blessez , et ils nous le fireat quitter deux jours après , et nous en chasserenl avec le sappe et la mine. Ils donnèrent le fea à une mine qui n'offensa personne, etaussiilsM» demeurèrent redevables; car quelque ^auns Magus (1) volèrent la hauteur de six picqm a une autre mine. Yous me mandez que je yoqs donne avis de ce qui importe. Je ne vous vcox dire tout ce que vous desires par vosdites lettrei du sixiesme d'aoust Les discours humains soal faillis. Nostre espérance est en Bieu et en la pitar sée venue de Yostre Altesse pour donaer bataille ou la recevoir. Je le dis afin que Tobe^y sance ne perde son mérite en moy. L^ tranchées de l'ennemy sont extraordinaires et fort profindes , avec des portes et redoutes , pour ne perdre pas un soldat s'il les veut garder. Quant aui sotties, je n'en puis plus faire , parce que je perdi des soldats, et vous asseure qu'à l'occasioiidr la peste , des blessures et autres iniinnitez , i m m'est pas demeuré plus de deux mille bomncs avec la cavalerie , et si noua avions ceux (|V nous avons perdus , ils nous feraient besoin. La diversité des nations eust apporté changeoc^ si je n'y eusse remédié par l'expérience que j a}. Je ne dis rien des autres volontés ^ intentiofis. pour ne vous dfare beaucoup de ehoses ipie je pourrois. L'ennemy , suivant œ que je vous a)

(I) Allosionà Simonie magicien qui se vintott dep* voir 8'éleyerdans4es nue». Cet imposteor ?lToHdei««>P de Néron.

CHBONOLOOn mVBNAIRB DB PALKA CATBT. [t597]

mandé , n^a pas plus de neuf ou dix mil hommes Jusques à eeste heure. Nous leur en avons tué ou blessé plus de deux mille , et le reste est réservé pour les troupes de Yostre Altesse , car ils jugent et estiment que vous amènerez de grandes forces. Au lien des morts et blessez il est entré quatre cens hommes, de manière que le nombre n*a point excédé. Il y a deux mois qu'ils attendent tous les Jours le duc de Mayenne , de Bouillon et d'Ëspemon ; et nous attendons que les causes secondes opèrent. A quoy je me conforme, encares que les soldats croyent par artifice , et par espérances que Je leur donne chacun jour , avec des lettres et advis que leur ay supposé de Yostre Altesse que je feins estre en chemin 11 y a un mois. Dieu a appelé à soy Buiton au bout de deux jours qu'il fut frappé d'un coup de canon. J'ay beaucoup de blessez. Nous sommes fort pressez de ce siège. La diligence et sollicitude du docteur Lucas Lopez a pour v eu à ce que nous eussions des médecines ; mais elles sont mauvaises et vieilles, et au lieu de guérir elles tuent. Dieu veuille remédier à tout. C'est icy le duplicata de ma lettre du douziesme. Dieu veuille garder la serenissime personne de Yostre Altesse aveeques santé et accroissemens de royaumes, comme nous autres ses serviteurs desirons , et la chrestienté a besoin.

t Je ne sçay où il sera possible que Yostre Altesse loge, si elle ne vient dedans le mois d'aoust avec ses forces. Par le pont duquel Yostre Altesse m'advisa, qui est celui de Long-Pré, elle ne doit venir en aucune sorte , pour ce que l'on se fortifie tous les jours, et outre cela, pour y venir, il y a d'autres rivières A passer. L'on ne fait pas si bonne garde entre Gorbie et ceste ville. C'est le passage le plus seur et où Yostre Altesse aura grand advantage , et pour estre les quartiers plus foibles par là, et le pont n'estre aucunement fortifié. Il est à une lieue d'icy et s'appelle Cavion, sans boue qui empesche le passage; toutesfois il n'y a point de gué , et partant il est besoin de pont ou de pieux ; et ne seroit hors de propos que Yostre Altesse en fist apporter, afin que , s'il survenoit un inconvénient qu'elle ne se peost servir du pont, elle se serviroit des pieux pour faire la retenue de l'eau. J'en ay desjà faict provision secrettement pour avoir esté adverty d*aucun8 vieux habitans d'Amyens qu'autre-fols cela s*est fait, et lors les ponts furent en danger de se rompre; et de le faire maintenant il y auroit plus de danger que de les attendre à Amyens avec les portes ouvertes. Au temps de l'assaut j'esprouveray ce chemin pour mettre quelque eau dedans le fossé. Quant à noyer les quartiers, il faudroit un autre déluge comme eeluy qui

noya le monde. Et d'avantage ils tiennent une tranchée derrière leurs quartiers qui tient depuis un pont jusques à celuy de Gavion, qui est celle qui me semble que Yostre Altesse doit prendre, puis que par icelle elle évite la tranchée et tous les inconveniens qui peuvent rendre vostre en* trée difficile , et par où et avec plus de &cilité je puis tendre la main à l'armée. J'ay respondu par ce que dessus à la lettre de Yostre Altesse» Ge que loy puis dire, c'est qu'elle voile s'il est possible : elle en fera ce qui luy plaira; l'asseu* rant qu'avec grande briefveté elle nous perdra tous et ceste ville, et la plus glorieuse occasion que prince ait eue de long temps, et que moy et ceux qui sont icy accomplirons avec une mort honorable , tant envers Dieu qu'envers Sa Majesté et Yostre Altesse. Seulement ce regret m'accompagnera jusques au dernier souspir, s( l'on veut dire que je vous aye hasté sans grande et suffisante occasion. Dieu conserve ceste place^ comme il l'a donnée par miracle , et le fera. »

Yoyià Testât auquel estoient réduits les assie^* gez. Le Roy au contraire recevoit tous les Jours de nouvelles troupes de diverses provinces. Il donna charge à M. de Mayenne de recognoistre tous les endroicts de la rivière où il y avoit quelque lieu par où le cardinal , qu'il avoit eu advis assembler une grande armée , eust peu passe? pour donner secours aux assiégez du costé d^ France; car du costé de l'Artois il luy estoit impossible. Il fit faire provision de farines, de peur que l'Espagnol ne se saisist de la rivière , et que par ce moyen les munitions ne pussent estre amenées en son armée ; bref, on ouvroit les yeux à toutes les occurrences.

Le cardinal d'Austriche, estant arrivée Douay en intention de venir droit au siège d'Amiens pour desgager ou secourir les assiégez, comme il le faisoit publier par tout, résolut, avant que de s'approcher plus près, d'envoyer recognoistre le chemin qu'il avoit à tenir et le logis qu'il pouvoit prendre plus proche de ladite ville, et en donna la charge aux sieurs Contreras , commissaire gênerai, qui conduisoit la troupe, dom Gaston Spinola et Tassedo , mareschaux de camp de son armée, dom Ambroise Landriano, lieu? tenant gênerai de la cavallerie , dom Joan de Bracamont, le colonnel La Bourlotte, Nicolas Baste, et autres des principaux seigneurs et chefs de ladite armée, lesquels, pour donner moins d'alarme de leur voyage , ne prindrent de leur armée que trois ou quatre cents des meilleurs chevaux, comme s'ils eussent voulu t^r à Dour* lans seulement, et neantmoins donnèrent ordre qu'audit Dourlaus se trouvassent, avec la gar« nison de la cavalerie qui y est, cdies de Hesdin

CHBOROLOaiB HOVllfAtlB DR PALVA CAYIT. [1597]

et de Bapanme , et qu'elles se trooTassent prestes quand ils y passeroient; pouvans faire ensemble lesdites garnisons de cinq à six cents chevaux : ce qui fut fort bien exécuté. Et estans arrivez iesdits mareschaux de camp audit Dourlans le Jeudy , 18 d*aoust ^ sur les six heures du soir, ayant repeu à La Haye seulement sans entrer dans la ville , partirent à la poincte de la nniet avec les susdites garnisons . pouvans faire tous ensemble de neuf centsà mille chevaux ; et, ayans cheminé toute la nuict, arrivèrent à Fanbe du Jour au dessous du village de Quirieu qui est sur le bord d'un ruisseau et à deux lieues du quartier du Roy, et commencèrent à recognoistre ledit logis. Ils furent premièrement descouverts par une troupe de chevaux légers et caral>insrevenans d'une embuscade quUls avoient dressée , lesquels en portèrent les premiers advls à Sa Majesté sur les six heures du matin. Tout aussi-tost, encores qu'il n*y eust gueres qu'il se fàst mis au lit, parce qu'il avoit esté dorant une partie de la nuict delMut à cause de deux alarmes qui furent données , il monta à cheval, et, estant pour le commencement fort peu accompagné , n'ayant auprès de luy que M. le grand escuyer et quelques autres de sa noblesse, s'en alla droit an lieu où les ennemis avoient esté recognus , et, passant par le logis des carabins, les fit monter à cheval et quelquesuns des chevaux légers. Cest advis luy ayant encores esté confirmé sur le chemin^ il manda à M. le connestable qu'il fist ferme au quartier pour pourvoir à ce qui y pourrolt survenir, et au mareschal de Biron qu'il le vinst trouver. Il manda aussi au sieur de Montigny qu'il luy amenast quelque troupe de cavalerie légère, estimant plustost pour lors recognoistre Jusques où les ennemis estoient venus et les lieux qu'ils avoient recognus , que non pas qu'ils eussent attendu si tard à se retirer : toutesfois il se trouva qu'ils avoient esté plus paresseux quMI ne leur convenoit , estans si près d'une armée si esvdllée qu'estoit lors celle des François; car le Roy n'eut pas cheminé plus d'une lieuë et demie qu'il les apperceut, ee qui le fit advancer encores d'avantage ; et, estant arrivé audit lieu de Quirieu , y arriva aussi-tost le mareschal de Biron , qui y estoit accouru sur un courtaut. Et lors avec luy et les autres seigneurs et capitaines qui s'y trouvèrent. Sa Majesté résolut incontioent de se mettre à leur suitte avec environ cent cinquante carabins ei quelques deux cents chevaux , tant de ladite cavalerie légère que des princes, seigneurs et de la noblesse de sa suitte, et les courut à toute bride Jusques à Encre , à sept lieues de son ^n&ftier , où , y ayant là un ruisseau à

passer , les carabins les y attrapèrent, et, se mtans soustenus du Roy , les chargèrent courtgeusement, dont les Espagnols prindrent telle espouvante , que , voyans Sa Majesté si pris d'eux, qu'ils rec<^eurent fort bien, ils commencèrent à se rompre et prendre la foitte de divers costez ; et lors ceux qui estoiont démet» rez pour la retraicte , et qui n'estoient pas dei mieux montez, firent bon marché de leur Tie, qui demeura à la discrétion desdits carabins.

Le Roy ne laissa de poursuivre le reste, et ayans mis devant soy Icîdit sieur marcsebal de Biron et ledit sieur de Montigny avec la moitié de la troupe qu'il avoit , retenant l'autre aoprèi de luy , ils les coururent Jusques à une lieuê de Bapâume, diminuans tousjours leur nombre pir les chemins, et ne les laissèrent quils ne ftnsat à la veué de leur retraicte. Sa Majesté eo rapporta deux de leurs cornettes, et en ceste desroote il leur rendit inutiles cinq cents chevaux, taiit prisonniers que morts; car ce fut par lespaynsi que le plus grand meurtre fut fait de ceux qui k retirèrent dans les bois. Ceste cavalcade fotde vingt lieues , et n'en retourna le Boy qu'il ne fust uoe heure de nuict. Les François firent dex le soir sçavoir ceste nouvelle aux assiégez parla resjouyssance générale qui en fut faicte en firmée, à quoy il se reoogneut bien qu'ils n'y pr^ noient nul plaisir.

Le Roy faisant continuer sa batterie,HerBiitello fut tué sur un ravelin le troisiesme Jour de septembre. Après ceste mort, le marquis de Monténégro fut recogneu des assièges pour lev chef et gouverneur.

Deux Jours après , M. de Sainet Lue, gonmneur de Brouage et grand-maistre de l'artillcrii de France, fàt tué dans les trenehéesd'un coo^ quifuttirédelaville.

Le cardinal Albert ayant assemblé quatre mflle chevaux et quinze mille hommes de pied, biei que l'on luy eust faict recognoistre que sll sortoit des Pays-Bas, que le prince Maurice nefn* droit pas d'entreprendre sur quelque place eo son absence , il ne laissa de partir d'Arras : arrivé À Dourians avec toutes ses forces, dix-hsiet canons et six cents chariots enchaisnez pour servir de barricade et de clostnre à son csmpf il t^ Mioit qu'il feroit lever le siège d' Amiens, et qol presenteroit bataille au Roy s'il l'osoitatteodre.

Le 16 de septembre, sur les deux heures apr^ midy , contre l'opinion de la plus-part desFrascols, ledit cardinal parut en bataille à la Y08ë de Long-Pré où le Roy esti^t logé. Tout ee qœ le Roy put lUre fàt de faire muchef ^ornpt^ ment toutes ses troupes au champ de batalUs qu'il avoit pris sur le haut de Long-Pré^ un qtf^

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de lieuè arrière la fermeture de son campretranché pour se garantir des canonades , tant des assiégez que de l'armée du cardinal. Il fit aussi venir le canon ; et cependant il laissa auprès de la ville pourlagardedestranchéestroismil hommes. Le cardinal approchoit tousjours , et venoit avec un fort bel ordre y de sorte que les Espagnols estans à trois cents pas de Long- Pré , on pensoit qu'ils le deossent emporter d'emblée; mais la diligence du Roy, et Tordre qu'il mit en un moment, les arresta tout court; car le canon des François fit un merveilleux dommage, et effraya tellement l'armée du cardinal , que dès l'heure 11 fit sonner la retraicte , et se logea à un quart de lieuê de là , au quartier où estoient logez les chevaux légers du Roy, qui estoit le long de la rivière, au village de Sainct Sauveur. Il se fit de fort belles escarmouches, et le canon joua long temps d*un costé et d'autre. M. Fournier, lieutenant de la compagnie de César Monsieur, y fut tué, et quelques gentils-hommes blessez. Toute la nuict se passa avec beaucoup cTallarmes , et toute l'armée françoise demeura an champ de bataille. Le Roy fit Jetter à l'instant deux mille hommes dans Long-Pré , où on se retrancha.

Sa Majesté , voyant le cardinal logé au bord de l'eau , fit passer delà la rivière trois canons, et sur le tard en fit tirer quelques coups sur son armée , de façon qu'il ne sçavoit où bien loger. Il avoit aussi laissé par delà Feau , du costé de France, les sieurs de Montigny, de Vie, de la Xouê et d'Escluseaux, avec trois mille hommes de pied et quatre cents chevaux , ayant eu quelque advis que l'intention dadict cardinal n'estoit que de faire couler du secours dedans Amiens de ce costé là : ce qui estoit la vérité ; car , dez le lendemain matin , il fit dresser, à la faveur de son canon et de son armée, un pont artificiel sur la Somme , sur lequel il commença à faire passer deux mille cinq cents hommes , parmy lesquels il y en avoit huict cents, que capitaines qu'appoinctez, et tous ensemble se dévoient aller jetter teste baissée dedans la ville; mais, ayans esté descouverts par lesdits François qui estoient de là Teau, ils furent si bien attaquez qu'ils furent contraints de repasser promptement et en desordre au gros de leur armée , laissans plusieurs des leurs morts sur la place , et plusieurs noyez , sans avoir loisir de reprendre leur pont qu'ils abandonnèrent aux François.

Aussi-tost que le cardinal vid que ce dessein le iuy avoit réussi, au lieu de tourner teste vers a ville y ou vers le Roy qui Tattendoit avec son rinée en bataille rengée , il commença à se reirer et changer de logement, ne jettantqueres-

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