LE ROLE DE CURYSIPPE
est-elle, dans leur intention, la moins exclusive qui soit ; le mot d'ordre est de ne rien sacrifier ; il n'est pas question d'abandonner la civilisation pour la nature, le sens commun pour la science, la vie politique pour la vie philosophique. Chacune de ces formes de pensée ou de conduite a ses « convenances » qui peuvent être déterminées d'une façon précise.
Il nous reste à résumer, dans ses traits essentiels, le rôle particulier de Chrysippe.
Au moment où il est devenu chef d'école, la pensée stoïcienne courait de nombreux dangers; il a su y faire face, et par ses eÔbrts, le stoïcisme a pris une nouvelle \'igueur. Et d'abord au point de vue pratique, il a séparé radicalement le stoïcisme de la politique, et l'a forcé à se recueillir, pour ainsi dire, dans les cailmes méditations de l'école : le stoïcisme risquait, à la cour des rois, et dans les ardents combats politiques de ce temps, de perdre sa dignité et sa pureté ; seulement ainsi, il a pu garder une influence morale universelle, sous-jacente à l'influence politique. Contre les Académiciens, Chrysippe a développé une dialectique subtile, qui, si elle ne servait pas à la découverte des dogmes, en permettait une exposition plus solide et moins sujette à critique. En physique, il a pris une conscience claire de beaucoup de difficultés impliquées dans les affirmations fondamentales du système : la physique de Zenon, grâce à la conception
du mélange total des substances, atteint chez lui son développement maximum et son plus haut degré de cohérence; elle ne pourra, après lui, dans le stoïcisme moyen que changer d'orientation. Enfin son influence en morale est grande : il a réagi contre une espèce de volontarisme, qui, mettant toute la vertu dans l'effort moral, risquait de lui enlever un but défini et précis; c'est seulement, pense-t-il, par la connaissance et la science que l'on peut déterminer la fin suprême de l'action.
Certes, le stoïcisme n'est pas encore passé, à l'époque de Chrysippe, par sa crise la plus dangereuse ; il aura à lutter, après sa mort, contre la dialectique de Carnéade, et il sortira de cette critique un stoïcisme rajeuni, qui est contraint d'abandonner sur bien des points les doctrines de Chrysippe, celui de Panétius et de Posidonius; il n'en est pas moins vrai que Chrysippe a fixé quelques traits qui resteront définitifs dans l'école : nous voulons dire surtout cette espèce de rationalisme qui, loin d'aboutir à une critique dissolvante, donne au contraire un sens plus plein aux concepts physiques, moraux et religieux.
INDEX ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES
Académie (nouTelle), 11, 15, 59,
accident, 135.