LES AUTRES CRITÈRES
quement à propos des raisonnements spontanés, faits par tous les hommes, avant qu'ils n'aient aucune connaissance de l'art dialectique : la prénotion qui, d'après la classification citée plus haut, était une notion, est donc, encore plus précisément, une notion commune*.
Enfin, parmi les critères particuliers à Boéthus : la tendance est l'appétit spontané, pénétré de raison ACYixf, èpixrj, et la science est une « compréhension stable » '.
11 en résulterait que les Stoïciens ont cherché simultanément le critère dans une double voie : dans une évidence de l'image, indépendante de la raison, et dans l'activité raisonnable 3. N'y a-t-il pas là, comme veut l'indiquer la source de Diogène, une con-
1. L'identité de la prénotion avec la notion commune est proorée par SES., 117, 6: Epict., Oi«., II, 11, 3-4 (cf. Steiîi, p. 246;. et surtout AÉT., Placita, IV, 11, 3 (Zeller, Ph. d. G., III, 1^, 84). Comp. encore le texte de Dioc, VII, 54, arec Alex. Aphrod., Ab!*., Il, 154, 29-30; sur la spontanéité, cf. le texte précédent d'AÉnts (àvcîtixex^i'f <»*?)• — Q" '' s'agisse plutôt d'une affirmation que d'une notion, c'est ce qni ressort de la 0 prénotion s des Dieux : 1" les sources de cette « prénotion > [ordre da monde, etc. Aét., Placita, I, f) sont précisément des preuves de leur existence; 2° les stoïciens admettent et font même ressortir que les idées des dieux sont aussi diverses que les sectes philosophiques et les peuples; ce qu'il y a de commun, c'est donc seulement raffîrmatioa de leur existence.
2. Stob., Ed., II, 86, 17 (Awc., III, 40, 8); Philo, De Congr. eriid. gr., 141 (Arn., II, 30, 34).
3. Nous en avons une preuve nouvelle dans Sextcs, Math., VII. 151, qni fait de xarcàî.r/i/-.;, expressément distinguée ici de 9. x., le critère de la vérité.
tradiction? Ce qui, d'après notre interprétation, fait le paradoxe caractéristique de la thèse des Stoïciens, est d'avoir cherché le signe de la vérité dans une image, antérieure à la raison. En faisant intervenir maintenant comme juge la raison elle-même, sous ses diverses formes, ne se donnent-ils pas un démenti à eux-mêmes?
Cependant il ne s'agit pas de substituer les critères de la seconde espèce à l'image compréhensive, la raison à l'évidence immédiate. En effet la perception raisonnée, qu'il s'agisse de perception sensible ou intellectuelle, ne peut avoir lieu qu'après l'image compréhensive et grâce à elle. 11 y a plus : la raison ne peut rien ajouter, à proprement parler, à cette évidence immédiate puisque c'est sur elle qu'elle se règle. Cette évidence reste donc le critère primitif et essentiel. Mais alors ne rend-elle pas le second inutile?
Il resterait à admettre' que le mot critère n'a pas le même sens dans les deux cas. Dans le premier, il
1. C'est la solulion de Bonhoffer {Epikt. u. die Stoa, p. 228 sq.); il s'appuie sur une division des sens du mot critère, très ordinaire chez Sextus (P. H., II, 48, où elle lui fournit le plan de son développement, et Math., VII, 35) : le critère ûp' ou, qui est l'homme; le critère Si'ou, qui est la sensation et la pensée (Stàvoia : cf. Id sensation et la prénotion de Chrysippe) ; le critère w; upoaêoXr) xai tx^cti;, qui est i^ TrpodêoXy; xrn çavxaffiaç. Cette manière d'être de la représentation désigne sans doute la représentation compréhensive. Comp. Malh., Vil (Ahn., II, 2G, 3) : celui qui a la représ, compr., TtpoffêâXXei tî)... twv TtpayjxiTwv Siaçopa.
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signifie le signe distinctif de la vérité; dans le second, les facultés par lesquelles l'on use de ce signe pour percevoir la vérité ; or, c'est bien en effet la droite raison qui utilise ce critère pour créer la perception sensible et tirer une conclusion raisonnée.
Mais on peut préciser davantage la place de ce deuxième genre de critère. Que résulte-t-il, en effet, de la comparaison du critère des « anciens Stoïciens » avec ceux de Chrysippe?
Dire, comme on l'a fait (Stein), que la première thèse re^'icnt à la seconde parait inexact. La « prénotion » de Chrysippe n'est pas seulement la « droite raison », dégagée de tout contenu éthique, et devenue simplement connaissance ' ; d'abord en effet elle ne désigne pas toute espèce d'actes de la raison, mais le raisonnement spontané; et surtout elle est universelle, commune à tous, tandis que la « droite raison » est la propriété du sage '•.
La thèse de Chrysippe signifie donc, par opposition à la thèse plus ancienne, qu'il faut borner le critère de la vérité aux facultés spontanées de la raison sans l'étendre à la réflexion. Au reste, il est possible que la distinction nette entre la raison spontanée et sans art, commune à tous les hommes, et la raison aidée de la dialectique, qui n'appartient qu'au sage, n'ait été