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CHAPITRE II

LA PHYSIOCE.

§ I. — Les principes de la physique : le pluralisme.

Les Stoïciens admettent seulement des corps, c'est-àdire des êtres entièrement distincts les uns des autres par leur essence et leurs qualités, individus isolés les uns des autres'. Ils veulent trouver la raison de l'existence et de la nature de cet individu dans lintiniité du corps lui-même, et non plus dans une cause agissant de lextérieur sur une matière préalablement donnée, telle que la participation à une idée (Platon) ou la tendance à réaliser une fin (Aristote^. Pour Aristote, l'être d'abord indéterminé, atteint graduellement sa réalité par des étapes successives où il s'enrichit peu à peu, et c'est la série de ces étapes ou de ces événements

;. Cf. le principe de Cbrysippe, Stobée, Ed., I, p. 131 (Ars., II, 118, 3) : To {ùv aÎTtov cv xai aûiu.

qui forme la trame de son histoire et constitue sa réalité; pour un stoïcien, les événements sont des choses irréelles, des « incorporels », de simples effets qui se jouent à la surface de l'être, sans rien ajouter, ni enlever à sa nature profonde'.

C'est Chrysippe le premier qui déduit les conséquences extrêmes de ces principes : les objections les plus graves venaient évidemment du changement continuel des êtres sensibles, qu'il était difficile d'accorder avec leur prétendue permanence : ce changement ne révélait-il pas quelque chose d'inachevé et d'irréel? Non, pense Chrysippe, parce que le mouvement est un acte et non une puissance qui se réalise^. Le mouvement, en effet, tel que le conçoit Chrysippe, a quelque chose de stable et de permanent; car il le conçoit, dans chaque être, sous la forme d'une tension qui se déploie du centre à la périphérie pour retourner en sens inverse de la périphérie au centre 3. Quant au

1. Cf. ci-dessus xb [xsv aïxiov ôv xai <Tt3[jia, ou Sa aïttov (jl^ts ôv (aiqxs (jûiia. Chaque ffwjxa, à moins qu'il ne soit composé d'un assemblage de corps (comme une armée et un tas de blé) est vivwijiévov et avifAçyÉî (Plut., Praecept. conjug., 34; Arh., II, 124, 10; Achille, Isag., 14; Arin., 124, 19) ; ceci paraît être dirigé surtout contre les atomistes.

2. SiMPLic, In Arist. Cat., p. 786 (Aun., II, 161, 20) : iau yàp TrâvTW:;, çauîv, hi^yzi'x.

3. Si Chrysippe n'est pas le premier à avoir introduit la notion du T($vo; dans la physique, puisque Cléanthe déjà l'avait employée (cf. Steiin, Psychol. der Stoa, notes 109-110), il en a sans doute admis le premier l'importance universelle.

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