‹ ChrysippeChapitre 61 sur 166 · LA PLURALITÉ DES CORPS · texte numérisé non relu

LA PLURALITÉ DES CORPS

changement (jualitatif, l'objection tombe, lorsque l'on considère les qualités elles-mêmes comme des corps, qui ont par conséquent leur indépendance, et dont la présence ou l'absence n'affecteraient l'être qui les possède que s'il était conçu comme la pure et simple collection de ces qualités, et non comme un individu indépendant : la démonstration dialectique de cette thèse paradoxale que toute qualité est un corps (la qualité agit et tout ce qui agit est corps'), ne doit pas nous faire illusion sur ses véritables raisons : il s'agissait de rendre l'individu indépendant de ses qualités pour mieux sauvegarder sa permanence. Mais Chrysippe a bien vu le danger de cette réponse : si, en effet, pouvait-on dire, l'être est dépouillé de toutes ses qualités, que reste-t-il sinon un substrat indéterminé qui ne peut plus être considéré comme un individu-? Chrysippe y répond par sa théorie de l'-sio)? -:'.;v, caractéristique permanente d'un être ^; elle con-

1. Cf. la démonstration de Chrysippe ponr le son, Dioc. La., VII, 53 Au.N., II, 43, 33; : -o:iî Zï f, çwvr^.

'. C'est le grand argument qui rerient sous toutes les Tortnes chez les critiques postérieurs. Plotix, Ennead., 6, 1, 29 (Ar\., II, 126, 11) : Si les 7:o:a qui qualiûent la matière sont distincts d'elle, alors les êtres èÇ û)t.; xa; îtcou; laovTa:. Gal., De quai, incorp.. 3 ( Ar.>., II, 127, 16) : Si les qualités sont des corps, la longueur, largeur et profondeur seront chacune un corps, et ils devront nécessairement attacher des qualités à la substance même du corps.

3. Si)ii>uc.,/n Àrist. Cat. (Ari«., II, 130,45}, définit 112:»; ico«!v, ô xxi à6p^b>; èi^iY-lvéTat, xaù acS àvo^l^exM xsù xà avcô ci xocni '^if xoû ouvOrccu

tient l'affirmation que chaque être a une originalité irréductible, inexplicable par la simple composition d'êtres ou de principes préexistants. L'individualité n'est pas quelque chose de négatif, par quoi l'être n'atteint pas le modèle commun de son espèce, mais quelque chose de très positif.

Il est assez difficile de comprendre les passages de Plutarque* et de Philon^ qui sont à peu près nos seules sources sur la question. Ils sont contradictoires puisque l'un, Plutarque, dit que ^ dans un être unique, il peut y avoir deux qualités individuelles », tandis que Philon affirme, d'après Chrysippe, que « deux qualités individuelles ne peuvent se combiner dans le même être ».

Nous ne connaissons malheureusement pas les preuves de cette affirmation, mais seulement une objection que Chrysippe se pose, et la réponse qu'il y fait. Si, pourrait-on dire, une substance est caractérisée par un îSiw; tuoiôv et si nous supposons qu'une seconde substance, par suite de ces transformations, acquiert le même tSio); tcoiôv, il est impossible que ces deux individus coexistent comme deux puisque, par hypothèse, ils n'ont plus qu'un îSfw; tïiisv ; cet îoio); tcoiîv

Pt({) Sia[xÉv£t. Anlérieuremenl à Chrysippe, aucun stoïcien n'utilise cette expression.

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