‹ ChrysippeChapitre 69 sur 166 · FORCE ET MATIÈRE · texte numérisé non relu

FORCE ET MATIÈRE

liaison de deux principes originairement distincts, mais plutôt mélange intime'.

Tels sont les divers aspects de la théorie des deux principes. Ces aspects sont-ils conciliables? Il ne le paraît pas au premier abord. Le principe actif est conçu tantôt comme unique (Dieu), tantôt comme multiple. En tant que multiple, il se résout tantôt dans les qualités élémentaires, tantôt dans les deux éléments actifs, enfin dans la variété très grande des « esprits ». Quant au principe passif, c'est tantôt un substrat sans qualités, tantôt les deux éléments, eau et terre.

Les difficultés redoublent si nous considérons que d'une part l'être concret, le corps, doit être formé par la combinaison de deux principes, un agent et un patient, et si, d'autre part, l'agent et le patient sont euxmêmes considérés comme des corps. Il y a évidemment ici une intolérable contradiction.

Nous laissons de côté pour le moment la première difficulté : sa solution, autant qu'elle est possible, trouvera place dans la cosmogonie.

La solution de la seconde difficulté est, au contraire, étroitement attachée à la conception stoïcienne de l'activité. L'agent corporel est ici d'une nature tellement spéciale, qu'il est bien difficile de parler, à propos de cet agent, de matérialisme. En premier lieu, cet agent

1. M£{i.îy.9«t T^ WTI tov 6£Ôv, oià nâor,; aùt^< Sir,xo'/Ta : Alex., De mixl^ (ARN., II, 112, 29).

est uniquement actif; il n'éprouve aucune passion^ : or c'est là, pour Aristote, la caractéristique des agents immatériels; les agents matériels pâtissent par le fait même des patients correspondants^.

En second lieu, c'était un principe de la théorie d' Aristote, que l'agent matériel, en subissant à son tour l'action du patient, formait avec lui, par mélange et altération réciproque, un produit intermédiaire où agent et patient ne persistent plus qu'en puissance 3. Au contraire, dans le stoïcisme, l'agent, bien qu'il doive s'unir et se mélanger au patient (puisqu'il est corps), se garde complètement inaltéré dans cette action'^.

Cette thèse négative de l'impénétrabilité de la matière mérite que l'on s'y arrête.

La théorie des mélanges, cette ébauche grossière de la chimie, est liée intimement à la théorie de l'action qualitative des corps les uns sur les autres, particulièrement dans le procédé industriel des alliages (alliages d'étain), dans la préparation des breuvages médicaux, et dans l'action desremèdes sur l'organisme^.

1. Dieu est à la fois uotyixixov et èv ttq <jI-i;i (Ai.ex., Aun., II, 306). Cf. Gal., Arn., II, 145, 1 : Le feu et le pneuma n'ont-ils pas eux-mêmes besoin d'un lien pour ne pas se dissiper? non, car ils awiytiv ioim6it%ai Ta aKka.

2. De gen. elcorr., I, 7, 324 b, 4 sq. : c'est une espèce d'énoncé de la loi d'action et de réaction, entièrement niée par les stoïciens.

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