‹ ChrysippeChapitre 70 sur 166 · LK MÉLANGE TOTAL · texte numérisé non relu

LK MÉLANGE TOTAL

Or Chrysippe, guidé sans doute par des remarques vintérieui'es, distingue deux cas de mélange, où A ristote n'en voit qu'un seul : tantôt il y a altération des deux substances mélangées (c'est ce qu'Aristote appelle ixî;-.;, et ce que Chrysippe appelle plus spécialement cr-jv^uatç), tantôt les deux substances se pénètrent et s'étendent Tune à travers l'autre en gardant chacune, comme on peut le constater directement, leurs propriétés spécifiques : ainsi l'encens dans l'air, l'eau et le vin mélangés entre eux, le feu dans le fer rouge. Ce mélange qui laisse les corps qualitativement intacts, n'a d'autre effet que d'en augmenter les dimensions dans des proportions parfois considéraibles. Chrysippe avait coutume d'énoncer cette permanence de la qualité, en reprenant contre Aristote un de ses exemples, qu'une goutte de vin, jetée dans la mer, s'étend aussi loin qu'elle'.

26,5;; Philo.n, De confus, lingu., § 18* (Anx. ,11, 153,31) : laxpàffiî, àvcucitov (isfûv el; à/.Àii/a Etao'JOfiixdv §t' ô).eov à.-rziT:a.féxta.rjii, mais de telle façon cependant que les qualités restent distinctes (par opposition à la «ÛYyjm; où les qualités disparaissent). D'après l'exposition de Stobée {Ed., I, p. 153; Arn., 153, 12), laxpôot; n'est possible qu'entre les liquides ; mais c'est ici l'opinion des stoïciens en général (p. 153. 1. 1) et nous savons par Alexandre {De mixt., Arx.. II, 152. 20 sq.) que l'opinion de Chrysippe n'était pas universellement acceptée ; or, d'après le même Alexandre (éd. Arn., 154, 19), comme d'après Théinistius (in Arisl.phys., IV, 1 ; Arn., II, 152, 7), le mélange total s'étendait à tous les corps.

Zenon employait déjà le mol. Gal., inHippocr. de humor., I (Arji., I, '26. 5:. Mais rien ne prouve qu'il ait distingué la xpàai; de la ovfx«<"î dont les exemples sont tous empruntés anx ia-c^ixà ifâç^axa (Arn., II. 154, 16; 153, 25; 154, 2).

1. .\RisT., De gen., I, 10,328 a, 27 et Grrts. ap. Plot., Decomm. not. 37 \Ars., II, n" 480) ; cf. 155, 20.

Or, comme la théorie du mélange d'Aristote^, cette théorie de la y.pScriç 5t' ôawv n'a d'autre but que d'expliquer les relations de l'agent et du patient. Dans un développement qui se rattache au nom de Chrysippe, elle est présentée comme une conséquence nécessaire de l'idée que l'on se fait de l'action du pneuma^ ; ailleurs le même Chrysippe la déduit de la sympathie universelle entre les êtres. Le souffle qui agit sur un autre corps sans être affecté par lui, doit en effet pénétrer ce corps passif, tout en restant identique à luimême ; ce qui constitue précisément le « mélange total » .

La théorie du mélange n'est au fond qu'une solution du vieux problème platonicien de la participation ^ : comment l'élément idéal et formel peut-il, sans altération, être présent dans les choses sensibles? L'élément informateur est ici un souffle matériel; mais dans son commerce avec la matière qu'il régit, il doit, comme l'Idée, se garder pur de toute altération; c'est la notion paradoxale, commune à toutes les philosophies grecques, d'une activité impassible, se déve-

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