CONFLAGRATION UNIVERSELLE ET RETOUR ÉTERNEL
Cette théorie de l'individualité, tout à fait incompatible avec la conception de l'individu comme partie d'un tout image employée encore par Zenon, s'accorde au contraire fort bien avec une autre idée de Zenon; c'est que le monde est à l'individu comme le générateur à l'engendré '. Mais remarquons que ce rapport, sans doute accepté par Chrjsippe, donne à l'individu beaucoup plus d'indépendance que le premier, autant que celui des êtres d'une même espèce à des générations différentes. Le monde est l'être parfait par rapport auquel l'individu est non pas une partie, mais un être de même nature quoique imparfait^.
Si nous réunissons cette image de la génération à l'idée de discontinuité dans la production de la qualité individuelle, nous devons reconnaître, pour la deuxième fois, que Chrysippe, dans la question du rapport du monde aux individus, comme dans celle du rapport de Dieu au monde, a été très près de l'idée de la création.
1. Cf. le double argument employé par Zenon pour démontrer que le monde est un animal : i" les animaux, qui sont des parties du monde, >entent; donc le monde qui les contient est un être sentant : 2" puisque le monde engendre des êtres raisonnables, il est lui-même raisonnable (Cic., De nat. d.. Il, 22). De même pour Cléanthe (Stob., £cZ., I, 372), les animaux et plantts sont des parties, qui sont engendrées par le monde suivant un ordre défini, comme l'animal, dans le développement embryonnaire, engendre snccessiTement chaque partie de l'organisme.
2. L'bommeestau monde comme catulus à canis .'Cic, De nat. d.,ll, 38; Ar:»., II, n* 641).
15g cosmologie.
Conflagration universelle et retour éternel. — La destruction du monde consiste dans la transmutation inverse de celle qui a donné lieu à sa naissance, une conflagration universelle, qui réduit à nouveau tous les éléments au feu primitif. C'est l'expansion dans le vide après la contraction.
Le mot èxTCÙpwtji; signifie non le fait même de l'incendie, mais la transmutation en feu, une fois achevée ^ Quant à la façon dont se fait cette transformation, il semble que les Stoïciens ne soient pas « catastrophistes », mais admettent les actions lentes 2. Les lentes transformations auxquelles nous pouvons assister ou que nous pouvons inférer des faits sont plus que des indices de cette transformation finale ; elles en font partie ; il semble que le processus consiste dans une lente aspiration des éléments terrestre et humide par le feu céleste, qui commence avec la BiaxcaixT^atç.
1. Cf. par exemple la phrase de Plutarque, De Stoic.repugn., 41(Arn., II, 186, 8) : ôrav IxTtOpaxn; yi\-/\xai, StdXou Ç^v... tôv xd(T[jiov, doit se traduire par: la transformation en feu une fois faite, le monde est vivant dans son ensemble.
2. Cf. la description de Dio Chrysost. ; les éléments s'usent partie par partie {Disc, 36, | 51); àçaipûv xat irept^ûcov. De plus cette transformation se fait en un temps qui, pour nous, est infini (Soxoûvti %tv ànEtptp), expression qui doit se rapporter à toute la période de la naissance du monde à l'âxTiûpwffti;. Lorsque Cléanthe admet que non seulement le soleil, qui est, selon lui, la raison directrice du monde, mais tous les astres participent à la conilagration, il semble bien 1" qu'il s'agisse là d'une activité actuelle des astres ; 2° que cette activité consiste dans l'aspiration des aliments terrestres et humides (Plut., De commun, not., 31 ; Arn., I, 114, 26).