‹ Chut! Comédie-vaudeville en deux actesChapitre 19 sur 30 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

LADISLAS seul , puis POTEMKIN.

ladislas. Oh! oui... je peux l'attendre... j'ai de quoi charmer les instans

( // Ole son chapeau et son èpèc qu'il place sur la table.') Je suis donc chez elle... et j'y suis par sa permission... par son ordre ! ( Regardant autour de lui. ) Voilà les lieux qu'elle habite ! ( II s'approche de la

table.) Voilà sa broderie.... ses dessins

le crayon qu'elle a touché... ( // le prend et le purle à ses lèvres. ) et tant de souvenirs viennent à la fois m'assaillir.

Air : Cavatine de M11' Loisa Puget.

Le secret dont je suis maître

Restera là dans tcon cœur ;

Nul ne pourra le connaître ;

C'est mon secret, mon bonheur.

Mon secret, mon bonheur,

Il est là dans mon cœur.

Je me disais :.c1est un mensonge,

. Vaine erreur, enfant du sommeil ;

Et ce que je voyais en songe ,

Ce séjour habite' par elle, Et te'moiude tant de soupirs, Même absente, me la rappelle Et me rend tous mes !

Le secret, etc.

(17 est enfonce dans le Jàuteuil , il étend ses jambes et la tête penchée sur sa poitrine, il reste plongé dans ses réflexions. En ce moment Potemkin sort, en rêvant, de la poi te à gauche, s' avance au milieu du salon, et s'arrête stupéfait, en apercevant Ladislas établi dans le fauteuil de la comtesse.)

potemkin , se frottant les yeux. Qu'estce que je vois?

ladislas, levant légèrement la tête et sans se déranger de sa position. Ali ! c'est vous, mon cher ami!... par où diable êtes-vous donc entré?... et qui vous a donné le droit de pénétrer jusqu'ici?

potemkin. C'est parbleu la question que j'allais vous adresser...

ladislas. Et que vous auriez pu vous épargner... car je ne crois pas que j'y réponde...

potemkin. Quandjevoustrouveici, dans ce boudoir. . . installé comme chez vous !

ladislas. C'est drôle , n'est-ce pas ?. ... aussi ne parlez pas trop haut... car j'ai toujours peur de m'éveiller... ce cher Gregorief... je vois que vous avez reçu ce matin à l'intendance le petit mot que je vous ai envoyé... et où je vous priais de passer à l'instant chez moi...

potemkin , après un instant d'hésitation Oui... oui... c'est la vérité...

LADISLAS, souriant avec complaisance.

Et vous venez me relancer jusqu'ici ? que diable, mon cher... ça n'est pas convenable... et s'il faut vous l'avouer... c'est même un peu indiscret... mais je vous l'ai déjà dit , c'est votre défaut et vous ne vous en corrigerez jamais... aprèscela, entre amis , on n'y regarde pas de si près... et comme j'avais de bonnes nouvelles à vous donner...

POTEMKIN. A moi?

ladislas, lui montrant un fauteuil. Asseyez-vous donc !

potemkin, à part. Je crois , Dieu me pardonne ! qu'il fait les honneurs...

ladislas. J'ai demandé ce dont nous étions convenus...

potemkin. Quoi donc ?

ladislas. Votre place d'intendant général des charrois...

potemkin. Vous!... une place qui dépend directement de l'impératrice ou de Potemkin... {Souriant. ) Si par exemple, mon cher , vous obtenez celle-là...

LADISLAS , tirant un papier de sa poche. La voici!... (lise lève et remet le papier à Potemkin. ) Un aide-de-camp est venu ce matin me l'apporter. . .

POTEMKIN. Et à qui donc pour ^ela vous êtes-vous adressa'

t. \nisr, as. Je n'ai pas besoin de vous le dire...

fotemkin. J'y suis, à Mmo de Ilielof ?.. ladislas. Ma cousine... je ne l'ai pas aperçue depuis hier...

FOTEMKliv. En vérité?..

ladislas. Je vous le jure... d'ailleurs , elle n'aurait pas eu assez d'influence ou de crédit... ( A demi-voix. ) Tandis que la comtesse Braniska...

rOTEMiUN. Quoi! c'est elle?., et quand donc lui avez-vous parlé?...

LADISLAS , souriant. Vous êtes bien curieux...

potemkin. Ce n'est ni hier soir .. ni ce matin.

ladislas. C'est vrai!

POTF.Mli.IN , cherchant à se modérer. Quand donc , alors ?

LADISLAS, souriant. Que vous importe?...

pourvu que vous soyez nommé ; et vous l'êtes... la comtesse, à qui l'on ne peut rien refuser , aura , en ma faveur, obtenu cette place de Potemkin ou de Catherine. POTEMKIN, regardant le brevet et vivement. Oui... oui... de Catherine... c'est sa signature ; et la comtesse n'a eu garde d'en parler à son oncle...

LADISLAS, souriant. C'est juste ! il y a de bonnes raisons pour cela...

potemkin. Des raisons... et lesquelles?

LADISLAS , le regardant en face. Il m'est impossible de vous les dire , et même, comme avec vous, mon cher, j'en agis sans façon , je vais être obligé de vous congédier. ( A demi-voix. ) Car la comtesse va venir ici déjeuner avec moi...

POTEMKIN, stupéfait. Ici ?

ladislas. Oui... elle m'a dit de ne pas m'impatienter... Le prince Potemkin dont elle a peur doit venir ce matin lui rendre visite...

POTEMKIN. C'est vrai !...

LADISLAS. Peut-être en ce moment est-il avec elle, ce qui ne l'amuse pas beaucoup, et dès qu'elle l'aura congédié... {Mouvement de Potemkin.) Ainsi, mon cher, vous comprenez...

Air des Quadrilles espagnols. (El boléro.) L'amour est piquant,

Quand, Avec mystère, 11 nous éclaire A l'écart ; Car Un tiers nous ^èue Et nous enchaîne ; On est bien mieux

Deux.

L'amitié tendre

Doitm'cntendie,

Et sans bruit cils doil

A aVciipser.

poteBkik, à part Avant de frapper, Tachons de counaître Qui m'a pu tromper ; Et malheur au traître!...

Oui, de tout connaître, Je sais le moyen; Adieu!... je reviens.

LADISLAS

Il part... c'est très bien.

ENSEMBLE

L'amour est piquant,

Quand, etc.

[Polemkir

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