SCENE IV
■le fond.)
LADISLAS , puis LA COMTESSE.
ladislas. Le pauvre garçon est encore tout est interdit de sa nouvelle fortune... Il ne sait comment s'acquitter envers moi., je l'eu dispense... voilà qui vaut mieuE,.. voilà mon bonheur qui revient... c'est la comtesse.
la COMTESSE, entrant par la droits il apercevant Ladislas. Comment , monsieui encore ici!
LADISLAS, vivement. D'où vient votr.
effroi? est-ce que Potemkin est encon là?... est-ce qu'il n'est pas parti ?
LA comtesse. Il ne s'agit pas de lui , monsieur , mais de vous... et je ne reviens pas de votre audace.
LADISLAS. Pourquoi donc ? aucun danger , et quand il y en aurait... croyez-vous que je balancerais un instant... ce déjeuner où vous m'avez invité...
la comtesse. Le déjeuner !. ..
UN DOMESTIQUE paraît à la porte du fond et dit : Madame est servie !
ladislas , au domestique. Le prince n'est donc plus au palais ?...
le DOMESTIQUE , s' inclinant. Non , monseigneur... Il vient de sortir à l'instant.
LADISLAS , lui faisant signe de s'éloigner. C'est bien !
LA COMTESSE , le regardant et laissant tomber ses bras de surprise. En vérité , j'ai besoin de toute ma raison. . . pour m'assurer que je suis bien éveillée... quand je vous vois... vous... monsieur... dans ce palais... donnant des ordres...
ladislas. Pardon... c'est à moi , je le sais , d'en recevoir... et ce déjeuner...
la COMTESSE. Mais, c'est qu'avant tout, monsieur, et je dois vous l'apprendre, vous n'avez reçu de moi aucune invitation.
ladislas. Est-il possible ?
la comtesse. Oui , monsieur...
ladislas. Pour cela, madame... jepuia vous assurer que vous vous trompez... Que vousnyez changé d'idée, àlabonne heure...
niais bien certainement , en me quittant... vous m'avez dit très-bas... demain... à déjeuner...
LA COMTESSE. Moi ?
ladislas. Mais après tout , peu importe... à quoi bon discuter... nous y voici... cela revient au même...
la COMTESSE. Non pas , monsieur , non pas... car j'ai, à ce sujet, des explications à vous demander, et j'exige de vous la plus grande fraucbise.
ladislas. Est-il une de mes pensées qui ne vous appartienne.
LA COMTESSE, s'assied et fait signe à Ladislas de s'asseoir. Ladislas prend un fauteuil et s'assied à la gauche de la comtesse. Ce que je veux savoir, monsieur, c'est comment vous avez échappé aux dangers qui menaçaient vos jours... dangers dont j'ai été la cause involontaire... et ces soldats armés qui entouraient l'hôtel de la Trésorerie.
ladislas. L'hôtel de Rielof... je ne m'en suis même pas approché ; il était inurile d'y passer pour me rendre où l'on m'attendait.
la comtesse. Quoi! ce n'était pas là?
ladislas. Vous le savez mieux que moi.
la comtesse. Mieux que vous?...
ladislas. C'est tout simple... ces dsux hommes qui m'ont couvert les yeux... ne m'ont pas dit où ils me conduisaient... c'est seulement arrivé à un pavillon en rotonde. . . éclairé à peine par une lampe d'albâtre , qu'une jolie esclave grecque , une suivante, m'a ôté mon bandeau... en me
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disant : « Beau chevalier, avez-v
peur .'
— Eh! de quoi? — Chut!... jurez d'observer le plus grand silence... de ne pas proférer un mot... et s'il faut risquer vos
jours Vous devinez ma réponse...
« Eh bien! donc, m'a-t-elle dit, venez, la comtesse Braniska vous attend. »
LA COMTESSE, avec indignation. Est-il possible ?...
LADISLAS , se levant. Oui, madame.
la comtesse. Elle m'a nommée!... elle a osé prononcer mon nom !
LADISLAS, vivement. Si elle a eu tort... si elle a manqué à vos ordres, ne lui en veuillez pas... ne la punissez pas de mon indiscrétion, c'est moi qui suis coupable... moi, qui aurais dû me taire , et qui désormais me tairai... je ne dirai plus rien. ..
LA COMTESSE , vivement.
Si , monsieur, et j'exige, au contraire... (Se reprenant.) Plus tard, je vous dirai ce que je pense... et pour quels motifs je tiens en ce moment à connaître. . . achevez, de grâce, achevez ce récit.
l.adislas, se rasseyant. Eh! madame , à quoi bon?
la comtesse. Je vous en prie...
LADISLAS. Il me semble qu'il ne doit rien vous apprendre...
LA comtesse. Si je le veux... si je l'exige!... auriez -vous déjà oublié?...
ladislas. Oh ! non, madame, oh ! non. . . l'on n'oublie pas des momens aussi doux , et aussi cruels.
LA COMTESSE , d'un air de doute. Si cruels !
ladislas. Sans doute... ce silence que vous m'aviez prescrit, et qu'il m'a été impossible d'observer... mais auquel vous , madame , vous n'avez été que trop fidèle.
la COMTESSE. Ah! j'ai gardé le silence!
ladislas. Si ce n'est quand vous avez dit à mon oreille ces mots : « Demain je me ferai connaître. .. je serai toute à vous. »
LA COMTESSE, avec indignation. Toute à vous!
LADISLAS , vivement. Vous l'avez dit...
c'est votre promesse... je viens la réclamer... et quel que soit désormais mon sort... Dussé-je, errant et proscrit , expirer dans les déserts de la Sibérie... je ne me plaindrai pas du ciel, ni de la part qu'il m'a faite... il y a là désormais assez de bonheur- pour défier l'adversité , assez de souvenirs pour embellir ma vie entière ! (11 tombe à ses genoux. )
LA COMTESSE , se levant. Assez , monsieur, assez... je ne veux pas en savoir davantage , ni prolonger l'erreur où vous êtes.
LADISLAS , se levant aussi. Une erreur!. .
la comtesse. Ce n'était pas moi...
ladislas. Oh ! non... vous voudriez en vain me donner le change... c'est vous... c'était bien vous... on peut abuser un indifférent; mais moi. .. moi qui vous aime . . . moi qui devinerais jusqu'à la trace il voî pas...
la comtesse. Quand je vous atteste .
monsieur...
ladislas. Croyez-vous que je ne vous aie pas reconnue ?... croyez-vous que mon cœur ait pu s'y tromper?
LA COMTESSE , avec colère. Oui , monsieur, oui... il s'y est trompé, voilà qui est • indigne... voilà ce que je ne vous pardonnerai jamais... croyez donc aux hommes , croyez donc à la pureté , à la réalité des sentimens qu'ils éprouvent pour nous., j'ai voulu savoir jusqu'à quel point l'on avait abusé de votre étourderiê... de votre folie... et de mon nom que l'on a osé prendre.
ladislas, interdit. Votre nom!
la comtesse. Oui , monsieur, je connais l'auteur de cette trahison qui ne restera pas impunie... mais, avant tout , et pour moi, pour mon honneur, j'ai dû vous détromper.
LADISLAS , hors de lui. Me détromper!.. moi!... oh! ne parlez pas ainsi... plutôt que de renoncer à une pareille idée, je me tuerais de désespoir.
la comtesse. Vous en êtes bien le maître... mais j'ai dit la vérité... et je vous dirai encore plus. . . Depuis hier, cet amour auquel je ne pouvais me soustraire, et qui partout me poursuivait... cette passion dont je blâmais l'extravagance, mais que je ne pouvais du moins m'empêcher de croire réelle. . . tout cela , malgré moi , m'avait émue , m'avait touchée , m'avait inspiré pour vous un sentiment d'intérêt , de crainte, de pitié... peut-être plus encore... ou du moins cela pouvait venir... c'est possible... jen'en sais rien... mais ce que je sais , monsieur, c'est que maintenant, et après votre conduite , je n'éprouve plus pour vous que de l'indignation , de la colère, un éloigneraient invincible!... Oui , monsieur... c'est le mot; et la preuve , c'est que jusqu'ici , par égard , par procédé, je vous avais caché le nom de la personne... qui avait usurpé le mien... mais peu m'importe à présent de vous la faire connaître. . . vous pouvez courir à ses pieds et la remercier... ou plutôt... tenez... tenez , monsieur... la voici... je vous laisse avec elle.
(Elle sort par la porte à droite.) LADISLAS , se retournant , et apercevant Alexina qui entre par le fond. Ma cousine! . . ■ adieu toutes mes espérances !
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