‹ Chut! Comédie-vaudeville en deux actesChapitre 22 sur 30 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

RIELOF, ALEXINA , LADISLAS.

alexina , à Riélof. Venez donc , monsieur , venez vite...

rielof. Eh ! mon Dieu !... quelle émotion!...

alexina . Ce n'est pas sans motif. . . Voici d'abord Ladislas , notre parent , notre ami... qu'il faut sauver...

RIELOF. Moi?...

ALEXINA. Vous-même!... et vous n'hésiterez pas quand vous saurez ce qui est arrivé aujourd'hui.

LADISLAS , s' approchant et lui faisant signe de se taire. Y pensez-vous?

alexina. Et s'il faut ici vous l'apprendre...

(Elle parle bas a l'oreille de Rielof. )

ladislas , stupéfait. Comment ! elle va lui dire...

RIELOF, avec joie. Est-il possible?...

c'est bien différent!... ( Otant son chapeau avec respect. ) Mon cher cousin...

alexina. Silence doue, c'est un mystère pour tout le monde , même pour lui...

RIELOF. J'entends... (Regardant Ladislas.) Mais je puis toujours lui offrir mes services...

ladislas, avec impatience. Eh! monsieur!...

alexina. Vous pouvez les accepter. . . il ne s'agit que de sortir de ce palais... ( A Rielof.) Avez-vous votre voiture... vos gens?...

rielof. Un mougik en bas, sous le vestibule...

alexina. Que Ladislas prenne sa toque et sa casaque ; qu'il vous suive négligemment... qu'il traverse avec vous la cour du palais... Et une fois qu il en aura franchi le seuil , je me charge de le soustraire à la colère de Potemkin.

LADISLAS , passant entre Rielof et Alexina , à Rielof. Et pourquoi, maintenant?

rielof. Chut !

LADISLAS , à Alexina. A quoi bon

ALEXINA. Chut!

ladislas. Depuis hier je n'entends que ce hiot-là.

(Il remonte le the'âtre.)

alexina, se rapprochant de Rielof. Je cours chez l'impératrice... (Bas.) Vous, pasunmot avec lui... Le succès en dépend.

rielof. Je serai muet...

Air de la Jota Aragonesa.

ENSEMBLE

RIELOF et ALEXIKA.

Ah ! pour nous quel bonheur !

Sa future grandeur Ajoute à la splendeur Dont la famille Brille.

S'il devient favori, Nous le sommes aussi ; Nous montons aujourd'hui

LADISLAS

Est-ce un rêve, une erreur? D'où vient donc son bonheur?

Ce n'est point par l'honueur

Que la famille Brille.

11 me traite en ami, Et puis sa femme aussi, Et ce brave mari

Est ravi.

ALEXIFA.

Il croyait donc dans son erreur extrême, Que c'était moi!

RIELOF.

Partez donc. . hJtons-nous.

J'y vais...

(.'/ Ladislas.)

Pins tard, songeant à qui vous aime, N'oubliez pas ce qu'on a fait pour vous. REPRISE DE L'ENSEMBCE.

{Alexina sort par le fond; Rielof là conduit jus-

CHOTÎ

aeaossa SCENE YIL RIELOF, LADISLAS.

LADISLAS , à part , pendant que Rielof reconduit Alexina. C'est trop fort. . . On n'a jamais vu charger un mari de sauver un rival ! . . . Quelque avancée que soit, en Russie , la civilisation, je ne croyais pas que cela allât jusque-là.

RIELOF, revenant auprès de Ladisias. Eh bien! mon jeune ami, partons-nous?

LADISLAS , se remettant dans le fauteuil. Ma foi , non !

rielof. L'heure s'écoule; et si Potemkin s'empare de vous.. . S'il vous envoie ïn Sibérie avant seulement que vous ayez pu réclamer... c'en est fait de vous... de votre fortune... vous ne servez plus à rien à votre famille... qui, au contraire... se trouve compromise et désolée...

LADISLAS, avec impatience. Désolée?...

vous êtes trop bon !

rielof. Non , mon cher cousin, j'ai promis à ma femme de «>us sauver, et vous serez sauvé...

LADISLAS , 5e levant Eh bien ! non !... je ne consentirai pas à l'être par vous... parce que , si cela ne vous fait rien , moi, cela me fait quelque chose... Il y a en moi un fond de probité , absurde peutêtre , mais qui me défend d'accepter vos services...

RIELOF. Et pourquoi donc?

ladislas. Vous me le demandez...

après l'aveu que vous a fait ma cousine... puisqu'elle vous a tout confié , tout raconté..»

RIELOF. Certainement!. .elle me dit tout..

LADISLAS , avec impatience. Eh bien !

alors... Et quoiqu'il n'y ait rien qui puisse vous alarmer... cette entrevue... ce rendez-vous avec elle...

rielof. Avec elle?... Mais du tout...

vous êtes dans l'erreur... Oser soupçonner nia femme !. . . Halte-là ! jeune homme. . .

LADISLAS , vivement. Et qui donc alors ?

RIELOF. Qui donc?... C'est juste... vous l'ignorez , et je ne puis vous le dire... Cela m'est défendu... Mais ce n'est pas Mme de Rielof... cette chère Alexina qui m'aime... en qui j'ai confiance , et que je n'ai pas quittée un seul instant.

ladislas. En êtes-vous sûr?

RIELOF.

Air de Turenne.

Oui, nous avons passe la nuit entière, Dans notre hôtel, ou de peur des larrons, J'avais requis, par extraordinaire,

Un double piquet de dragons

Qui cernait tous les environs.

A la verra toujours je me confie,

Alors qu'elle est (le toute part Gardée et par riiounsr.r et par Un piquet de cavalerie.

LADISLAS , avec juie. C'est donc bien vrai!... ce n'est pas elle!... Ah! mon cher ami, que je vous remercie... Que je vous embrasse !... parce que , voyez-vous, j'en suis enchanté...

rielof. Moi aussi ..

LADISLAS. Cela me rend toutes mes anciennes idées... mes idées de bonheur. .„ Et maintenant je comprends... jedevine...

rielof, riant. Vous devinez ?.. Vous y êtes donc enfin ?

ladislas. Certainement... on s'est méfié de moi... de ma discrétion... et l'on a voulu avec art détourner sur une autre des soupçons qui maintenant sont une certitude, car je suis comme vous, je sais qui.

rielof, vivement. Silence! alors... N'oubliez pas que je n'ai rien dit... que je n'ai trahi aucun secret... Et maintenant hésitez-vous encore à partir?

ladislas , v moment. Non. vraiment !..

je conçois enfin pourquoi PotemKin m'en veut... pourquoi cet ordre de m'arrèter... de m'envoyer en Sibérie. (A part.) Il voulait punir ce rendez-vous avec sa nièce... et la comtesse !.. Ah! je lui écrirai.. (Haut.) Partons , mon cousin... Je vais prendre le manteau et la toque de votre domestique, et je sors avec vousde ce palais.., eh bien ! venez vous? que je suisheureux ! c'estelle! (11 sort le premier par le fond.)

RIELOF. Ce n'est pas sans peine... et je crois qu'il était tems... ( remontant te théâtre et s'apprêlantà sortir. ) O ciel!., c'est fait de nous !.. c'est Potemkin!.. (Regardant avee étonnement.) Eli! mais... Ladislas lui saute au cou... il lui parle... il l'embrasse encore ; et tous deux se séparent les meilleurs amis du monde... qu'est-ce que cela veut dire ?

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