‹ Chut! Comédie-vaudeville en deux actesChapitre 21 sur 30 · ALEXINA, LADISLAS · texte numérisé non relu

ALEXINA, LADISLAS

LADISLAS , tombant dans le fauteuil. Oh ! Dieu!

ALEXINA, l'apercevant. C'est vous , mon cousin... Dieu soit loué... je vous cherchais.

LADISLAS , restant toujours dans le fauteuil. Vous êtes bien bonne, je vous remercie. (Lui tendant la main sans la regarder.) Ma cousine... (A part.) car, après tout , ce n'estpas à elle que je dois en vouloir... au contraire.

ALEXINA, qui , pendant ce tems, a remonte le théâtre pour voir si personne ne venait. Je craignais tant de ne pas vous retrouver... Ecoutez-moi : (Ladislas la regarde en silence. ) Eh bien ! qu'avez-vous donc à me regarder ainsi ?

LADISLAS , a f>art, et la regardant douloureusement. C'était elle... (Après un soupir. ) Elle est très-bien , très-gentille... et si ce n'étaient d'autres idées que j'avais... il n'y aurait pas de quoi se désespérer.

alexina. Mon cousin , voulez-vous m'écouter? car c'est de vous qu'il s'agit...

LADISLAS , froidement. Je vous écoute...

( A part , et la regardant toujours. ) C'est inconcevable qu'on se trompe à ce point là !

alexina. Je viens du palais impérial, du salon de Catherine où Potemkin est entré avec une figure sombre et soucieuse. . . il a fait signe à un officier des gardes qui causait avec moi , le comte Bestutchef , d'aller à lui, et il lui a parlé quelque tems à l'oreille vivement et d'un air agité , ce qui m'a donné sur-le-champ le désir de savoir ce dont il s'agissait , et je l'ai demandé à M. de Bestutchef, un charmant jeune homme, un de mes adorateurs, qui n'oserait rien me refuser... et, après s'être

un peu fait prier Soyez discrète , m'a-

» t-il dit , c'est l'ordre d'arrêter un jeune » Polonais... Ladislas , qui , dans ce mo » ment , est dans le palais de Potemkin... » je dois veiller à ce qu'il ne puisse en » sortir; puis, dans une heure, jeté sut >> un kibilche... de là en Sibérie, sans au- » tre explication... et demain, il ne sera » plus question de lui?... » Vous entendez.

ladislas. Très-bien.

alexina. Et je suis alors accourue pour vous prévenir , et vous engager à fuir au plus vite...

ladislas , 5e levant. Je vous remercie bien , ma cousine , de cette preuve de dévouement qui ne m'étonne pas après toutes celles que vous m'avez données déjà.. . mais je n'en profiterai pas...

ALEXINA. Et pourquoi?

LADISLAS. Parce qu'il y a sans doute erreur, attendu que, malheureusement pour moi , Potemkin n'a aucuue raison de m'en vouloir ni d'être mon ennemi... Si c'était M. de Rielof, votre mari, je ne dis pas...

alexina. Pourquoi cela ?

LADISLAS. Pour des raisons... que vous savez... et que maintenant je sais aussi... Oui, ma cousine, ne vous effrayez pas... vous pouvez être sûre de ma discrétion...

alexina. Sur quoi?

ladislas. Mon Dieu ! je sais tout, vous dis-je , ( Avec un peu d'embarras. ) et je ne puis vous exprimer combien j'ai été sensible, ma cousine... Pourvu maintenant, et c'est ma seule crainte , que cette dé marche ne vous compromette pas.

LE MAGASIN ÏHEATAAL.

ALEXINA. Me compromettre s mon cousin ? de quoi donc parlez-vous?

ladislas. Eh! mais... de notre entrevue de cette nuit.

alexina. Une entrevue avec moi!

LADISLAS , étonné. Elle aussi!

alexina. Et où donc?

LADISLAS, avec impatience. S'il faut vous rappeler encore ce pavillon vitré en rotonde... au milieu des jardins.

alexina. Ah ! mon Dieu!... une lampe d'albâtre?...

LADISLAS. Précisément.

alexina. Une esclave grecque...

ladislas. C'est cela!

ALEXINA. Qui , pour mot d'ordre , a dit à vos conducteurs : Armi.de et Renaud.

LADISLAS. C'est cela même.

ALEXINA. Et qui ensuite, au bout d'un corridor en marbre , vous a conduit...

ladislas. Vous voyezbien que c'est vous.

ALEXINA , poussant un cri et vivement.

Ah ! plus de doute !... et maintenant que je me rappelle... c'est bien cela. ( A part.) Le billet de bal qu'on m'a dit de lui envoyer... la colère de Potemkin... l'ordre d e tout-à-1'heure. . . tout s'explique . . . ( Haut et se rapprochant de Ladislas. ) Ah! mon cousin ! quel bonheur pour nous!... (Geste de Ladislas. ) Mais , silence !... il y va de nos jours.

LADISLAS , étonné. Comment cela?

ALEXINA. C'est mon mari !

ladislas. C'est juste ! il faut qu'il ne soupçonne rien !

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