SCENE X
LA COMTESSE , qui se tient à l'écart ;
POTEMKIN, assis dans le fauteuil , et
dans la plus grande agitation.
LA COMTESSE , s' approchant de lui doucement , et après un instant de silence. Au nom du ciel ! mon cher oncle , qu'avezvous?
potemkin. Laisse-moi... éloigne-toi!., je veux être seul., malheur à qui m'approcherait !
la comtesse. Il a raison... laissons passer l'accès.
(Elle s'éloigne de quelques pas.)
POTEMKIN, assis. Je le savais déjà!., cette invitation de bal envoyée hier pai Mmc de Rielof... c'était d'après un ordre supérieur... Et cette entrevue... ce rendezvous mystérieux!., je me doutais bien... mais maintenant ce ne sont plus des doutes!.. On le nomme gouverneur du palais et c'est moi qui ce matin dois le
présenter comme tel au déjeuner impérial où on l'admet... où on l'attend... C'est aux yeux de toute la cour un favori dé claré... et impossible maintenant de l'éloigner, de le bannir ou même de le
frapper dans l'ombre... On m'en demanderait compte!., ce serait me perdre!..
Et ce Rielof... et sa femme, et tout leur parti qui déjà triomphe , et ces courtisans qui me détestent!... Je me verrais renversé à leurs yeux. . . par un jeune étourdi, un insensé. . . qui ignore même sa fortune . . . un extravagant , qui depuis hier venait à chaque instant me confier ses projets, que je n'ai pu déjouer! (Se levant avec fureur.) C'en est trop ! et quoi qu'il arrive, sa perte précédera la mienne.
(Use lève.',
LA COMTESSE , s'approchant. Ciel !
potemkin. Encore ici !
la COMTESSE. Vous parlez de votre perte.
potemkin. Oui , sans doute... elle est assurée. ( Avec calme , et après un moment de silence.) Ou plutôt (Regardant la comtesse.) je m'effraie d'un obstacle que d'un souffle je puis renverser... Allons , allous , calmons -nous... j'ai gagné des parties
plus désespérées. ... et celle-là n'est qu'un jeu.
(Ils'esîESmis dans son fauteuil et se retourne vers la comtesse qu'il regarde d'un air riant.)
LA comtesse. Ah ! mon Dieu ! il sourit à présent.
POTEMRIN , tendant la main à la comtesse. Approche , Nadéje.
la COMTESSE, à part. Le Tartare est parti.
potemrin. Tu as eu peur tout-àl'heure ?
la comtesse. Sans doute... Vous disiez que votre perte était assurée. . . que rien ne pouvait vous sauver.
potemrin. Une seule personne... et c'est toi.
LA comtesse. Moi? grand Dieu !.. Parlez , que demandez-vous ?
POTEMRIN. Es-tu capable pour moi d'un grand dévoûment. d'un grand sacrifice?
LA COMTESSE. Faut-il partager vos dangers? vous suivre dans l'exil?
potemrin. Il faut plus encore.
LA COMTESSE , tremblante. Ah ! mon Dieu ! qu'est-ce donc?