‹ Chut! Comédie-vaudeville en deux actesChapitre 4 sur 30 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

RIELOF, LADISLAS.

LADISLAS , à part. Elle est gentille , ma petite cousine... et si cela continue ainsi , tout ira bien.

iuelof. Je vois, mon cher cousin... (à pari) puisque ma femme le veut... (haut.) que vous voilà en voyageur dans notre Russie ! . .

ladislas. Oui , monsieur le baron ! je viens admirer.

RIELOF. Le moment est peu favorable.'..

lui nouvel empire déjà épuisé par sa grandeur, et par un luxe toujours croissant... et c'est sur nous autres particuliers que

retombent les prodigalités et les fêtes de la cour ; les toilettes seules de ma femme consomment tous les revenus de ma place, et je me plaignais encore hier d'être ruiné.

ladislas. C'est un danger que je ne redoute pas!., et si vous le voulez, mon cher cousin, je vous donnerai mon secret.

RIELOF. Quoi! vraiment, vous êtes toujours au-dessus de vos affaires , et vous n'avez besoin de rien ?..

LADISLAS. Que de votre amitié !

rielof, à part. Quel bonheur ! (Haut.)Je. vous prie cependant de croire , mon cher parent , que malgré la gêne des affaires , ma bourse est toujours ouverte à ma famille. . .

ladislas. Comme la mienne à mes amis.

RIELOF , à part. Ce n'est pas de l'argent qu'il veut. . . ( Haut. ) Grâce au ciel , on trouve encore de l'or à la cour de Catherine... mais, par exemple, ce qu'il est impossible d'y trouver... ce sont des places... elles sont toutes prises...

ladislas. En vérité...

rielof. Les créatures de Potemkin ont tout envahi.

ladislas. Ça m'est bien égal!

rielof, à pari. Ce n'est pas une place qu'il demande. .. ma femme avait raison.. . il est charmant ce cousin-là... ( Haut. ) Jl ne faut pas croire cependant que nous soyons tout-à-fait sans crédit. . . IVÏme la baronne de Rielof est femme de chambre de l'impératrice ; et moi-même , comme trésorier du palais, j'ai eu plus d'une fois

l'occasion de pousser ma famille je

ne demande que cela.... l'occasion d'être utile.

LADISLAS, lui tendant la main. Touchez là... je suis votre homme.

rielof, à part. Ah! diable !

ladislas. Vous me parliez tout-à-

l'heure du prince Potemkin vous le

connaissez ?

rielof. Qui ne le connait pas ? la fortune la plus bizarre et la plus extraordinaire de notre siècle... De simple enseigne dans les gardes...

ladislas. Comme moi !

rielof. Il est devenu... prince, premier ministre , généralissime de toutes les armées russes, grand hettman des cosaques , grand amiral des flottes de la mer Noire, de la mer d'Azoff... quesais-je1 Ses titres, quand je les écris, tiennent toute une pape.

ladislas. Cela suppose un grand mérite.

RIELOF. Il n'en a eu qu'un !

ladislas. Celui de plaire à sa souve-

rielof. Ce n'est pas là le plus difficile... mais son grand art , son talent inexplicable , c'est de se maintenir en faveur. . . . malgré les nombreux caprices de l'impératrice.

ladislas. Elle en a donc?

RIELOF. Silence , mon cher cousin ; je sais là-dessus , et par ma femme qui est admise dans les secrets d'état , bien des mystères que je dois ignorer.. . sans cela la Sibérie , ou mieux encore. . . chaque jour nous espérons que Potemkin sera renversé... point du tout... il reste au pouvoir ; et l'impératrice , malgré son goût pour les idées nouvelles...

ladislas. Tient toujours aux anciennes!..

RIELOF. Précisément !

LADISLAS. Ce qui vous fâche... car j'ai entendu tout-à-1'heure Mme deRielof...

qui en veut à Potemkin...

rielof. Vous l'avez entendu!., quelle imprudence !

ladislas. Il n'y a pas de danger avec moi !

rielof. Mais avec d'autres... ce serait

de même elle lui en veut.... je ne sais

pas pourquoi... elle veut me persuader à moi-même que je le hais... ce qui n'est pas vrai, car je l'estime... je le respecte... Dieu! le grand Potemkin.

(Il s'incline.)

ladislas. C'est inutile , il n'est pas là!..

rielof. Que voulez-vous... c'est l'habitude .

ladislas. Et je viens vous proposer à vous et à ma cousine un projet qui pourra servir les vôtres... tâchez de me faire entrer chez Potemkin , en qualité de secrétaire... sans traitement, peu importe — pourvu que je sois près de lui.

rielof. Pour nous servir.... c'est une idée... j'en parlerai à ma femme... Mais sa recommandation sera peu puissante près du prince. H vaudrait mieux arriver par la comtesse Braniska sa nièce.

ladislas. La comtesse!

rielof. Que ma femme n'aime guère ; mais avec qui elle est très-liée. . . en attendant... parce qu'ici on ne sait pas ce qui peut arriver.

Air de la Girouette (du Fils du Prince). A la cour mainte girouette, Elourdiment tourne à tout vent :

Sa fortune faite etde'faite,

Hélas l ne dure qu'un moment.

Ceux sur qui les faveurs séjournent, ( , , . .

Et qui deviennent des héros, j t6"0

Ne sont pas ceux qui tournent, tournent,

Mais ceux qui tournent à propos, Sont ceux qui tournent, tournent, tournent,

Qu-

tournent à i

ladislas. Vous avez raison ; et si ma cousine pouvait parler en ma faveur à la comtesse Braniska...

rielof. Silence... c'est elle qui sort de l'église Saint-André ; car pour sa morale et sa piété il n'y a rien à dire.

ladislas. Ah! je le sais... toutes les vertus. . . Comme le cœur me bat !

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