SCENE IV
LA COMTESSE et deux ou trois de ses
domestiques nui restent derrière elle, RIE- LOF , LADISLAS.
rielof. Madame la comtesse me permettra-t-elle de lui offrir mes hommages...
la comtesse. Bonjour, monsieur de Rielof... je vous trouve à propos... je voulais demander à votre femme une invitation pour le bal de ce soir. . . C'est elle , je crois , que l'impératrice a chargée de ce soin.
rielof. Oui , madame.
la comtesse. C'est pour quelqu'un de l'ambassade française qui ne connaît point les fêtes de l'Hermitage , et qui voudrait assister à celle-là.
rielof. Trop heureux de vous être agréable... J'aurai l'honneur de vous porter moi-même ce billet d'invitation dans la journée.
ladislas, le poussant. Allez donc...
RIELOF. Et d'ici là, si j'osais... j'aurais à réclamer de vous une faveur...
la comtesse. C'est trop juste !.. je tien?, à m'acquitter! De quoi s'agit-il?
rielof. D'un de mes parens , que je voudrais vous présenter et recommander à votre protection... Ladislas Radzinski... officier polonais, une jeune homme inconnu .
LA COMTESSE. Point du tout. (Elle passe au milieu, entre Rielof et Ladislas.) J'ai déjà vu monsieur, il y a quelque tems , à la cour du roi Auguste , à Varsovie.
ladislas , s'inclinant. Quoi ! madame, vous daignez vous rappeler. . .
rielof. Oh ! il n'est pas sans mérite.
LA comtesse. Certainement ! d'abord
* Biclof, la comtesse, Ladislas.
il valse à merveille! talent très-rare! surtout ici à Saint-Pétersbourg , où l'on ne s'en doute pas !
niELOF. C'est vrai! et je me rappelle encore l'effet que produisit, il y a quelques années , aux bals de la cour, le comte Poniatowski.
Air: Ses yeux disaient tout le contraire. Mais il n'était pas dans ce tems Roi de Pologne ! et l'on nous donne Comme certain qu'à ces talons Plus tard il a dû la couronne!
ladislas, a la comtesse.
Mon cousin veut rire de moi !
la comtesse, souriant.
Non, si l'on en croit l'apparence.
LADISLAS
Quoi! par la danse on devient roi?
la comtesse, de même.
Qaund les reines aiment la danse !
iadislas. Moi , du moins , je lui aurai dû un grand bonbeur.
LA COMTESSE. Et lequel?
ladislas. Un souvenir de vous , madame...
la comtesse. Je vous remercie du compliment ; mais il me semble , si l'on ne m'a pas trompée , que cette soirée a dû vous en laisser d'autres moins agréables... J'ai entendu parler d'un duel... d'une affaire qui , je ne sais à quel propos , eut lieu à la suite de ce bal... et je crois que vous fûtes blessé.
ladislas. Je ne me le rappelle pas, madame.
ïuelof. Il a peu de mémoire!., mais il a d'autres talens, dont je peux répondre; et comme en ce moment il sollicite une place qui dépend de vous...
LA comtesse. De moi!., parlez vite.
iuelqf. Il désirerait entrer au nombre des secrétaires du prince Potemkin , votre oncle.
la comtesse, N'est-ce que cela?
ladislas. Quoi! madame, vous ne me refusez pas!... ce serait possible.... ( tirant un papier de sa poche.) et cette demande...
la COMTESSE, prenant le papier. Je crois, sans me vanter, que mon crédit ira jusque-là. i. Vous avez donc quitté le service de Pologne?
ladislas. Oni , madame.
la comtesse. On peut alors demander mieux que cela... les bons officiers sont rares en Russie ; et je me flatte d'obtenir pour vous...
ladislas, vivement. Non, madame,