AU TRÈS HONORÉ
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MONSIEUR UBALDINO PERUZZI
Ancien Ministre, Député, Patricien de Florence.
Chargé d'une mission diplomatique dans les J Archives d'État du Royaume d'Italie par mon
5 Gouvernement en 1884 et 1885, c'est à vous que '^ je fus spécialement recommandé en dehors du ^ monde officiel. Votre constant ami, M. Mézières, ■^i: membre de l'Académie française, professeur à la
$. Sorbonne et député, se souvint des temps heureux "^ qu'il avait passés auprès de vous à Florence
DÉDICACE
lorsqu'il y étudiait votre magnifique littérature, il avait voulu vivre dans la patrie de l'Altissimo Poeta et de Guicciardini, de Macchiavelli et d'Alfieri avant d'ouvrir à la Sorbonne son Cours de littérature étrangère. Il m'offrit votre appui avec la familiarité charmante et la haute bienveillance que vous lui savez. Introduit par lui dans votre palais, j'y devins bientôt un ami. Votre palais et votre salon ne sont-ils pas réputés des plus hospitaliers aux Français parmi ceijix de l'illustre capitale des Medicis ?
Oui, c'est vous qui, me prenant par la main, m'avez facilité partout l'accès des Archives où j'avais pour mission d'étudier l'organisation de l'Italie durant la célèbre campagne de 1796. Je Tai fait avec ardeur, à Bologne, à Venise et à Milan. Grâce au comte de Meis, à Bologne, au comte Barrozzi, à Venise, à l'illustre César Cantù à Milan, j'ai vu et j'ai appris les conditions de noire domination en Italie. Non, ce ne fut point une alleanza . que voulut le général Bonaparte mais une prepotenza. La paix de Campo-Formio, beaucoup trop vantée comme un acte de justice dans la paix, m'est apparue avec la Caduta délia
DÉDICACE
ni
Repubblica di Venezia comme un acte d'iniquité et je le dis preuves en main.
Italien dans une œuvre française, j'ai parlé en historien impartial, et les documents des Archives de Venise ont éclairé d'un jour nouveau les attestations intéressées de Bonaparte. Vénitien avec les Vénitiens, j'ai souffert leurs douleurs, j'ai partagé leurs colères, j'ai redit leurs imprécations et le noble désespoir d'un Giustiniani.
Avec le temps, l'équilibre européen s'est modifié. L'épée de 3Iagenta et de Solférino a réparé en 1859 l'œuvre immorale de 1797. Je puis donc tout dire, car vous avez bénéficié réellement des principes de la Révolution française.
Vous souvient-il, très nobles amis, de notre conversation sur la piazza di San Marco, ce Forum de la grande République, le jour où, évoquant vos souvenirs, vous me racontiez l'entrevue des souverains d'Autriche et d'Italie abjurant dans une étreinte loyale tout ressentiment en face des représentants autorisés des deux nations. Je compris vos émotions. Je m'étais senti attiré vers l'Italie en admirant vos incomparables chefsd'œuvre de la Piazza délia Signoria au Foro Ro-
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mano; les malheurs immérités de votre patrie m'ont conquis.
Depuis quinze siècles, l'Europe a foulé votre territoire pour l'asservir sans autre droit que celui de la conquête, cet attentat n'est plus possible aujourd'hui . Ugo Foscolo, Manzoni et Silvio Pellico dans les A//e Prigioni avaient mis les traités de 1815 au ban des nations... la France les a déchirés pour vous.
Quiconque n'a pas tenu une épée saisira difficilement soit la rude vérité de mon œuvre, soit l'élévation de mon but.
Mes convictions hautes et sans merci ne sont point faites pour être comprises dans le présent ouvrage par les indifférents ou les tièdes. Il faut d'autres vues et quelque vertu. Il a pour âme celle de Dante Alighieri dont un descendant guide le Municipe de Venise aujourd'hui même... La lâcheté doit céder le pas en histoire à la vérité :
Ogni viltà convien chè qui sia morta.
A vous de tout cœur.
Ed. Bonn al.
PRÉFACE
La gloire de Napoléon a fait oublier ses fautes , spécialement ses fautes diplomatiques. La carrière éblouissante de celui qui s'appela d'abord le général Bonaparte en a bénéficié pour la campagne d'Italie des années 1796 et 1797. Or, c'est durant cette campagne que se produisirent deux faits graves, relatifs à la nationalité de l'Italie : l'expulsion de la maison d'Autriche du Milanais et de la Lombardie, puis la chute de la République de
Exposer ces faits militaires et diplomatiques a
été le but du présent ouvrage.
Nous avons dit d'abord l'état moral et politique de l'Italie depuis le commencement de la Révolution française jusqu'à l'origine des opérations. Nous avons rappelé à grands traits les victoires de cette armée célèbre et prouvé, dès le mois de juin 96, la pensée première de Bonaparte quant à la chute des États vénitiens. Les dépêches du provéditeur
PRÉFACE
PREFACE
Foseariûi, du vice-podestat Ottolini, du baile de Constantinople Foscari, deQuerini, ambassadeur à Paris, sur la situation des provinces de Terre Ferme, sont des témoignages irrécusables pour le rôle personnel de Bonaparte et pour sa conception d'imposer à Venise neutre la legge al vinto; n'avaitil pas dit à Foscarini : // est dans l'ordre que le vainqueur fasse y à la guerre, la loi au vaincu? L'archiduc Charles était vaincu après Beaulieu, après Alvinzi, après Wurmser, et son intervention aboutissait aux préhminaires de Léoben, désastreux pour
Maître d agir en Italie à sa volonté , malgré les instructions de Carnot et grâce à son projet de transporter là où il commandait le sort et les destinées de la France, Bonaparte se tourna contre Venise pendant l'armistice de Judenburg. Ses émissaires politiques et militaires ayant préparé les esprits depuis dix mois, il ordonna les révolutions de Bergame, Brescia et Crèma. Malgré les protestations du sénat, il imposa à ses généraux de leur prêter appui, méritant ainsi que les provéditeurs signalassent au pays la sua esecranda e lurpe perfidia.
Les populations et les troupes fidèles à la Seigneurie ayant couru aux armes après les décla-
rations de neutralité du souverain légitime, on eut les affaires de Vérone , puis les Pâques Véronaises. Sur ce point comme sur bien d'autres, nous avons noté le silence de la Correspondance de Napoléon, aveu implicite des culpabilités de Bonaparte.
Après les affaires de Vérone et des lagunes de Venise, les griefs pour accuser la République ne manquaient pas. Mais en admettant même les articulations de l'accusateur à Lallement, à Pesaro et au doge, peut-on accepter qu'un État représenté auprès de toutes les cours pût être effacé de la carte poUtique? Et au profit de qui? du vaincu. Bien plus, ce vaincu s'appelait V étranger! On acceptait qu'il exigeât des dédommagements et on l'acceptait alors qu'il était battu depuis huit années, au nord, à l'est et au sud de la France. Oui, Bonaparte avait favorisé toutes les fautes en reconnaissant à Léoben le principe des indemnités pour la maison d'Autriche. Si, moins jaloux de Hoche et de Moreau, il eût laissé s'avancer ses compagnons d'armes aux portes de Vienne à )a tête de leurs armées, il n'aurait pas été seul à l'honneur. En revanche, il n'aurait pas conclu des préliminaires hâtifs, fertiles en immoralités!
L'auteur de cette belle conception diplomatique, c'est Bonaparte seul. Appuyé à Paris par Barras,
vin
PRÉFACE
PRÉFACE
qui trafiquait audacieusement de l'indépendance de Venise pour une somme par lui stipulée et négociée malgré la chute de la République, il l'accomplit à son gré. Le comte Grimani nous a laissé sur le cabinet de Vienne et sur Bonaparte des dépèches accablantes; les instructions de TaUeyrand le sont au même degré. La mémoire de Clarke, gagné par son général, y est entachée.
Ce sont les dernières heures de cette agonie , les dernières convulsions que nous voulons retracer. Nous le ferons d'après les documents officiels et secrets des Archives de Venise, comparées aux ruses officielles, mais intéressées, de Bonaparte, soit qu'il agit en son nom, soit qu'il obéit aux ordres du Directoire. L'or et le sang, la trahison et la calomnie auront leur part dans cette tragédie. N'y trouvet-on pas Barras avec sa concussion traditionnelle et Haller, le banquier véreux de Robespierre jeune?.. Le drame sera complet.
Entre le vainqueur et le vaincu, la cause du vaincu nous parait ici la plus grande, la plus
noble.
A la République de Venise , l'honneur dans sa chute. A la République du Directoire la faute dans l'attentat accomph. A Bonaparte seul la conception, la perpétration et la réahsation de la chute de
la République de Venise! A l'Autriche, la politique des résultats !
Le principal de ces objets, quant aux négociations, avait écrit Talleyrand le 19 août 1797, est d'éloigner VEmpereur de Vltalie et d'insister sur ce qu'il s'étende en Allemagne. Bonaparte répondit aux Mocenigo et aux Querini, aux Giustiniani, aux Foscari et aux Grimani, en livrant leur patrie à l'étranger ! au nom de la République française. Ses admirateurs italiens l'appelèrent // Eroe del Secolo , l'Histoire lui préférera le surnom donné à Venise , à la Vergine immacolala per tanti secoli!
CHUTE