SOL-CINÉMA
Le Cinématographe demande au Soleil sa lumière.
La semaine qui vient de s'écouler aura été pour moi la grande semaine des inventeurs. Jamais je ne vis en si peu de jours tant de braves gens épris d'avenir et portant brevets ou devis : tous s'ignoraient les uns les autres, ce qui me permit de croire qu'ils ne s'étaient pas donné rendez-vous dans les bureaux du Ciné-Journal afin de m'accabler. Mais enfin je les ai dûment écoutés comme j'écouterai toujours ceux qui prétendent perfectionner la cinématographie et je jure que je ne regrette pas mon temps. N'y eût-il qu'une parcelle de progrès dans les réalisations de ces inventeurs, file mérite d'être recueillie et c'est ma tâche de la révéler.
Mais il faut retenir aujourd'hui — pour commencer — les expériences auxquelles j'étais convié samedi dernier par l'inventeur et les protagonistes du Cinéma Solaire, MM. Docetti et Bargellini. J'avais lu avec attention la conférence faite à Nice, au Club Nautique, le 29 août dernier, par mon confrère le professeur Bargellini, ainsi que les diverses appréciations de la presse italienne et française et je savais, dans
ses grandes lignes, dans son esprit général, ce que devait être le Cinéma Solaire. Les idées ingénieuses de M. Docetti n'étaient pas pour moi tout à fait nouvelles, puisque je n'ai pas oublié les services que rendait naguère à la photographie (agrandissements au charbon), le dispositif connu sous le nom d'hélioscope. Toutefois, j'étais curieux de voir comment la lumière du soleil se comporterait sur l'écran cinématographique et dans quelle mesure elle pouvait remplacer l'arc électrique ou l'éclairage oxy-éthérique.
C'est donc, en sceptique, avec une légère inquiétude que je montais l'autre jour dans une chambre d'hôtel à Paris, où m'attendait l'inventeur. Et voici ce qui se passa.
M. Docetti et son opérateur avaient installé leur appareil par des moyens de fortune sur la fenêtre de la chambre, à la hauteur d'une table ordinaire qui portait un projecteur Pathé du modèle courant. Aucune autre lumière ne régnait entre les quatre murs sauf celle du jour que tamisait très imparfaitement un voile noir placé, en guise de rideau, contre la fenêtre elle-même.
L'obscurité était si relative que, pendant la projection, je pouvais lire le journal et les articles du règlement de l'hôtel, écrits sur un papier à quatre mètres di moi. Au dehors, le ciel était sans grande clarté. Un soleil de septembre souriait timidement entre les nuages et quatre
heures sonnaient. M. Docetti tourna la manivelle et je pus voir sur l'écran dressé à quatre mètres de ma chai.se, au dessus du lit, une surface lumineuse très blanche de 1 m. 50 sur 1 m 50, environ. Nous passâmes un film en noir, le Rapt de Pathé frères dans des conditions d'éclairage excellentes. La net- Icté des images était absolue et l'intensité de la lumière constante. Après quoi, l'opérateur présenta une vue en couleurs qui fît merveille, tant par la douceur des tons que par la justesse même du coloris.
J'ajoute que l'expérience avait lieu dans les circonstances les plus défavorables. Le soleil était pauvre, l'écran était placé au-dessus d'un lit très blanc, deux glaces réfléchissaient de la lumière diffuse dans la chambre : en un mot, nous n'étions pas dans l'obscurité. Quant aux films, ils étaient déjà vieux, très rayés et leur intérêt ne pouvait en rien modifier agréablement notre impression. Nous avions donc un minimum de faveur.
Je ne puis dire ici qu'une chose : c'est que, ce jour-là, toutes choses étant ce que je viens de conter, la lumière du soleil me parut avoir toutes les qualités de l'arc électrique et n'en pas avoir les défauts. Je manquerais à tout esprit scientifique en ajoutant quelques commentaires. . .
Mais le soleil se coucha. La projection était nécessairement terminée.
Nous verrons la semaine prochaine
quelles sont les applications pratiqu de ce nouvel éclairage cinématograph que : je les tiens pour faciles et non breuses.
G. DUKEAU
Llncendie de Limoge
TRIBUNE LIBRE
Au moment où le Cirque Municip.6 de Limoges vient de flamber, après le:
accidents du Cinéma Lakanal, de la rut du Faubourg Saint-Denis et de la Baule nous ne pouvons mieux faire que dt publier V article suivant qui émane d'ui membre du Syndicat des opérateurs, M. Schneider. Le signataire est de ceux qui, s' exprimant avec liberté et non sans rudesse, dépassent quelquefois les limites de la vérité. Mais d'excellentes indications sont à retenir de son article — un peu vif, très sincère et d'une précise actualité. N'est-ce pas assez de titres pour qu'il paraisse ici ? G. D.