ORDRE DES TABLEAUX
Devant la maison du Bonze de la Pagode voisine, qui a bien voulu donner l'hospitalité aux chasseurs, les éléphants sont prêts et bâtés; il ne reste plus qu'à les charger et à donner le signal du départ.
Le temps de traverser les ruines Khmers qui avoisinent le Temple et la forêt de banians, nous voici presque sur le terrain de ehasse.
D'abord c'est un cours d'eau qu'il faut passer à gué.
Les chasseurs y rencontrent par hasar une troupe de sauvages laotiens qui se livrent à la pêche. On voit par la frayeur qu'ils éprouvent à l'approche de la caravane combien ils s'attendaient peu à son passage.
Puis, c'est la traversée de la Forêt vierge, longue et pénible, pour gagner le terrain où l'éléphant est signalé.
Les éléphants domestiques doivent à coups de trompe se frayer un passage ;i travers un fouillis inextricable de lianes et de branches, car eux seuls peuvent arriver à se faire une trouée dans ces forêts.
Après la forêt vierge, voici la jungle, la chaleur torride, les moustiques, les herbes inextricables et tellement hautes que les éléphants mêmes y disparaissent.
Grâce à cette particularité de la jungle, M. F... a pu prendre le passage des éléphants sauvages, dont le dos énorme apparaît à peine au sommet des herbes, en se plaçant dans un énorme banian comme ceux que nous voyons au départ.
Enfin, traqué et poursuivi pendant plusieurs jours, relancé sans trêve par des pisteurs se relayant nuit et jour, l'énorme animal fatigué vient se réfugier dans un étang pour y étancher sa soif et calmer ainsi la fièvre d'une marche sans répit.
Le chasseur immédiatement prévenu de l'entrée de ranimai dans l'étang, s'approche avec son porteur, muni de ■arabines Express à cordite de la célèbre maison Holland et Holland de Londres.
Du premier coup} il lui brise la colonne vertébrale et abrité par des buissons de palétuviers, V. F... prend son temps et une seconde balle, bien placée dans la tète, l'achève.
Les Mystères de Paris.
Tous les Théâtres-Cinématographiques offrent à leur public les « Mystères de Paris » édités par le « Cinéma- Eclair », d'après le roman d'Eugène Sue.
C'est le plus populaire des films de la semaine.
Vltagraph C°
La Vitagraph Company - - dont l'aimable directeur anglais, M.. Smith est justement à Paris — procède d'une façon méthodique à de vastes agrandissements dans ses usines de Brooklyn à New- York. Un magasin d'habillement pour 1.500 costumes, un théâtre spécial pour la prise de vue des aéroplanes, de nouveaux laboratoires font désormais de « la Vitagraph » une des plus consi- .^rables entreprises américaines pour la fabrication des films.
A retenir cette semaine — pour les amateurs de* vues d'actualité documen-
taires — un film très intéressant cl très court (60 mètres environ,) qui nous fait connaître dans son intimité, le célèbre commandant Peary, explorateur polaire, au milieu de sa famille et parmi les journalistes passionnés de sa controverse.
On ouvre
Nous apprenons avec plaisir que M. Ottone, dont le nom est avantageusement connu dans le monde cinématographique parisien, vient d'ouvrir, 64, faubourg Saint-Martin, un office général de vente, location, achat, commissions cinématographiques.
Nul doute que sous son active direction, la nouvelle entreprise ne connaisse rapidement le succès. Tous nos vœux l'accompagnent.
Vesuvio-Films à Paris
Encore une maison d'édition? -- Oui, et dont la clientèle se louera. — Mais encore? Il faut voir, que fait-elle, quelle est-elle?
Ce n'est pas une inconnue. Née sous le ciel napolitain au pied des orangers, la « Vesuvio-Films » vient de passer les Alpes et sera désormais représentée en France par M. Louis Aubert, 40, boulevard Bonne-Nouvelle, à deux pas du Cinéma-Palace — au centre même des affaires cinématographiques.
Ce qu'elle fait? — « De beaux films », dont on peut dire qu'ils ont toutes les
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qualités de l'industrie italienne avec je ne sais quoi en plus qui la distinguera de ses puissantes concurrentes. Car l'intérêt, en cinématographie n'est pas seulement de faire bien, mais de faire « autre ».
Les deux nouveautés de la semaine « La Vengeance du Forçat » et « Conrad de Souabe » font preuve, dans un genre très différent, de dons exceptionnels. Le premier film joué avec force, dans un décor d'autant plus pittoresque qu'il est presque toujours naturel, est curieux, imprévu, et tragique. Quant au second (œuvre d'histoire reconstituée avec un grand souci de la vérité) il se recommande d'une extrême habileté de mise en scène, d'un luxe imposant et d'une interprétation solide. iPour les deux, la qualité photographique est de premier ordre, et tout laisse supposer que la « Vesuvio-Pilms » déjà très en possession de ses moyens nous réserve de très artistiques surprises.
L'adresse de la « Vesuvio-Films » est à retenir: 40, boulevard Bonne-Nouvelle.
A quand le Brevet?
Un de nos amis qui déplore, avec le syndicat des opérateurs, l'incompétence
de certains projectionnistes, nous en conte une bien bonne. La voici en quelques mots :
Un opérateur ayant eu un décollage et se voyant sans doute pressé, avait rejoint les deux bouts du film brisé avec une épingle, selon la méthode la plus sommaire. La séance finie, il réembobina simplement la vue sans se soucier de l'épingle. Le lendemain, il arriva ce qui devait arriver: le lilm, en passant dans l'appareil, bloqua, sVnflamma, et l'opérateur dut couper le eourant-projeclion. On était en province. Le public s'impatienta rapidement, et le gérant dut faire une annonce. Elle fut homérique. Il déclara que le courant de la ville était coupé. Un éclat de rire ^''lierai lui répondit: toutes les lampes de la salle étaient allumées.
A quand le brevet obligatoire pour les projectionnistes?
Nous sommes" heureux d'annoncer l'arrivée à Paris, de M. Fumanti Télémaque, un des hommes qui connaissent le mieux le métier cinématographique.
Vrai professionnel de longue date, M. Fumanti quitta l'Italie où il occupai!, comme -chef de service, un emploi important dans une grosse entreprise de spectacles cinématographiques. 11 n'a laissé là-bas que d'excellents souvenirs.
Nous- ne doutons pas qu'il trouvera vite en France la place due à son activité et à sa compétence.
M. Fumanti habite rue Poussin, 39, à Auteuil.
Propos d'un Homme qui a bien tourné ***
A tous ceux qui, possesseurs d'un appareil de projection cinématographique, parcourent la France et le monde — en tournée — nous offrons les lignes suivantes qui sei-ont à la fois agréables et utiles. Voyager pour faire du spcctacle-ihéàtre ou du cinéma, c'est — d'une manière générale — la même chose. Le métier d'imprésario comporte toujours les mêmes difficultés mais aussi les mêmes profits. Ecoutons M. Baret, au livre duquel le. fragment qu'on va lire est emprunté :
(Suite)
Si j'avais des loisirs, j'écrirais la Géographie de V Imprésario! Et j'établirais en principe, avec des documents et un atlas à l'appui, qu'en matière théâtrale la France es.t divisée (... comme sur bien d'autres points!) en deux grandes régions: le Nord et le Midi. Cela peut sembler, au premier abord, une Lapalissade.
Mais remarquez bien que je n'ai pas dit que la France était séparée en deux régions, l'Est et l'Ouest! Je me place à d'autres points de vue que les points cardinaux...
Il est incontestable que les pièces dra-
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matiques font plus d'effet dans le Midi, et les pièces comiques dans le Nord: les gens du Midi, qui ont plus de loisirs, vont au théâtre pour s'emballer, et ceux du Nord, qui travaillent davantage, y vont pour s'amuser. Les premiers aiment le lyrisme, les tirades éloquentes, les beaux gestes et les nobles attitudes; les autres sont réfractaires au choses graves et aux pièces à thèse: ils préfèrent le mouvement, la gaîté et l'entrain. La diversité de notre théâtre permet de satisfaire ces tendances si différentes.
Mais que ce soit au Midi, au Nord, à Lille ou à Marseille, à Perpignan ou a Dunkerque, l'imprésario ne doit jamais jouer de pièces de parti: ce serait le pire qu'il pourrait prendre.
Soit que le public de province, dans les petites villes, ne vienne pas en assez grand nombre au théâtre pour que la controverse y puisse intéresser des esprits différents et satisfaire des opinions opposées, soit qu'au contraire, dans les grandes villes, il y ait autant de partis que d'individus, une pièce politique fait rarement de l'argent. La" politique ennuie toute la France : et quant aux hommes qui en font un métier, ils inspirent au public des sentiments qui ne se partagent pas toujours entre l'enthousiasme , et l'admiration. Et puis, et surtout, les femmes françaises, en général, ont d'autres soucis et d'autres préoccupations.
La politique leur inspire un dégoût naturel où se reconnaît leur bon sens et leur esprit partique. Elles ont assez d'en enlcndre parler toute la journée, sans être encore obligées de s'y intéresses après dîner.
Il ne faut jamais infliger au public un spectacle trop long qui dégénère en fatigue. C'est là le grand défaut de presque toutes nos scènes provinciales, et la Société des Auteurs devrait bien interdire ces liquidations théâtrales qui n'ont d'autre effet que de fatiguer et d'embrouiller le public et d'exaspérer les acteurs. Il serait trop facile de recopier maintes affiches de théâtres provinciaux qui donnent à la queue leu leu
un drame, \\u opéra et un vaudeville!... et je me contenterai d'en citer .trois exemples, qui me remplissent d'effarement. \ \
Le public lilllois a été convié à applaudir Roger la Honte, Charles VI et La Princesse des Canaries le môme soir et sur la même scène!
Dans la paisible ville de Vervièrs, j'ai pu lire sur la même affiche Le Député de Bombignac, Guillaume Tell et La Fille de Madame Angot; la soirée, si j'ose m'exprimer ainsi, commençait à quatre heures de l'après-midi et s'achevait à une heure... le lendemain matin!
Il y a de quoi devenir enragé... et thédtrophobe!
Enfin, j'ai vu jouer le même soir, à Nantes, La Corde sensible, Faust et Madame Favart... Il me souvient même qu'au deuxième acte de Madame Favart, et alors que Faust était déjà expédié depuis longtemps, une brave femme placée près de moi, et qui s'était beaucoup amusée à La Corde sensible, dit à son mari:
— Mais enfin, dans tout ça, que devient donc ce petit Califourchon?
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mis à la même loi que les écrivains, à cette loi qu'un ironiste à plaisamment résumée dans un alexandrin définitif et lapidaire:
Pour se faire connaître, il faut être
[connu!
Car le public — et en cela les publics de tous les pays se ressemblent — garde toutes ses préférences pour le comédien qu'il connaît; il a besoin d'être averti de la valeur d'un arliste pour l'apprécier et ne s'avise presque jamais de découvrir un talent qui ne lui ait pas été signalé par une publicité claironnante et bien organisée.
Je ne crois sincèrement pas qu'il y ait, même à Paris, même dans le monde spécial des théâtres, deux personnes sur cent capables de distinguer du premier coup la valeur exacte d'un artiste original dont elles ne sauraient pas le nom.
iLe cas se reproduit tous les jours...
Lorsque Huguenet vint débuter aux Variétés dans La Noce à Nini, toute la presse parisienne fit chorus pour dire « qu'il n'était pas de la maison, qu'il sentait la province ». etc. Or, à cette époque, Huguenet était déjà en pleine possession du grand talent que les Parisiens lui ont reconnu plus tard: il avait fait les beaux jours de Bruxelles et de Lyon, où le public est difficile, et avait tenu avec éclat l'emploi des Dupuis dans les tournées de Céline Chaumont. Mais son heure n'était pas venue: on ignorait son nom et, par conséquent, on était incapable d'apprécier ses qualités.
Charles Baret.
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