‹ Ciné-journalChapitre 167 sur 303 · NÉCROLOGIE · texte numérisé non relu

NÉCROLOGIE

Nous avons le regret d'apprendre la mort de M. Gaston Breteau, décédé le 19 octobre 1909, à l'âge de 50 ans. M. Breteau, après une intéressante carrière artistique, s'était fait une spécialité de la mise en scène et de la prise de vues cinématographiques. Il avait récemment ouvert un office pour la fabrication des négatifs.

Il ne laissera que des regrets pour l'excellence de son caractère. Nous adressons ici nos sincères condoléances à Mme veuve Breteau et à sa famille.

TRIBUNE LIBRE

A propos du Cinéma Solaire

Bruxelles, le 14 octobre 1909.

Monsieur le Directeur du Ciné-Journal,

J'ai suivi avec intérêt les articles sur le Cinéma Solaire.

J'ignore de quelle époque est le brevet de M. Docetti.

J'ignore en quoi consiste son dispositif, car, pas plus dans le Kinématogmph du 4 août 1909, numéro 130, que dans le

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Ciné-Journal, je n'en n'ai trouvé la description.

Je suppose que le système héliosfcatique seul est en cause, et que s'il y a nouveauté, c'est seulement là que réside le perfectionnement.

En fait d'application de la lumière solaire au Cinéma, voici ce que j'ai dit dans mon brevet d'addition du 2 juillet 1907, pour projections en pleine lumière:

« Dans la majorité des pays de l'Eu- « rope, on ne peut songer à utiliser la « meilleure' des sources lumineuses « d'une façon quasi industrielle.

« Par la faculté que possèdent les « projections aériennes d'être visibles « en plein jour, il devient économique « d'utiliser comme source de lumière le « soleil, dont la constance, dans les « pays voisinant l'équateur, est assez « grande pour que l'on puisse, avec son « aide, entreprendre des séances de pro- « jections lixes ou animées.

« Cette utilisation est d'autant plus ad « equate à la circonstance que dans -ces « pays, où l'on n'a pas de secteurs, où « le courant électrique est cher, le char- « bon, l'essence ou les autres combusti- <( blés étant rares et coûteux', la lumière « solaire est tout indiquée.

« Le procédé consiste donc à éclairer « au moyen d'un héliostat la projection (( que l'on désire faire, à envoyer l'image « projetée sur l'écran et à reprendre l'i- « mage par un miroir, sur lequel le puce blic peut l'observer. »

Dans la Rivista Phono Cinematographica de décembre 1907, numéro 9, page 142, un article sur mon appareil de projection en pleine lumière se termine ainsi :

« Un dettaglio gmzioso: riunovando il « microscopio solare, l'inventore si serve <( del sole per rischiarare il suo proiet- « tore nei paesi dove quest'astro dis- « pensa senza parsimonia la sua luce.

« Far délia Ginematografia ail 'aria « aperta, in pieno giorno ed alimentare « la proipria lanterna CON I RAGGI DEL « SOLE!

« Cbe va ne pare? »

L'invention de M. Do-cetti n'a été révélée à ma connaissance que cette année.

Je ne crois pas me tromper en revendiquani à mon profit l'antériorité de cette application forcément limitée, -comme je le dis dans mon brevet et comme vous le confirmez clans l'article de Ci né -Journal du 4/10/09, numéro 59, aux pays heureux où le soleil n'est pas un mythe.

J'ajouterai qu'à l'occasion, pour des projections de dimensions restreintes et en salles obscures, la présence du soleil n'est pas obligatoire; un beau jour clair est suffisant en employant un héliostat spécial.

Mais s'il s'agit de projections en plein air, en pleine lumière diurne et sous le seul abri d'une tente de dimensions restreintes, comme c'est le cas pour mon appareil en fonction à l'Exposition aéro-

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— Pour terminer, et puisqu'il s'agit du soleil, apprenez donc, Monsieur le Directeur, aux lecteurs de Ciné-Journal, en quoi consiste exactement la nouvelle (1) invention.

Dès l'instant où il y a démonstration publique, il n'y a plus de secret, je suppose, et partant, plus d'indiscrétion à décrire l'appareil.

Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, mes salutations distinguées.

De Mare

Cinématographe

ET

Propriété Littéraire

Ceci tuera cela!

Est-il vrai que, comme le prévoit le romancier H. G. Wells, que citait l'autre jour M. Augustin Filon, le cinématographe doit tuer le roman* et remplacer le livre ?

Est-il vrai que, dans cent cinquante ans, ce sera chose faite? « En pressant une certaine détente, on obtiendrait, à domicile, une représentation mimée et parlée du roman à la mode, comme aujourd'hui on se donne avec un bon gramophone l'illusion d'assister en robe de chambre et en pantoufles à un grand opéra! » (1).

Je ne sais; mais ce que nul n'ignore, c'est que le cinématographe s'impose de façon singulière dans le domaine artistique et même dans le domaine littéraire et que, par lui et autour de lui, naissent des œuvres qui semblent appartenir à un genre tout nouveau et devoir mettre

(1) Journal des Débats, 25 novembre 1908.

en jeu, d'une façon imprévue, les lois protectrices de la propriété artistique (d) nous voulons parler de ces thèmes scéniques que se plaisent à combiner les membres de l'Académie française, que les acteurs de la maison de Molière ne dédaignent pas de mimer et qui, grâce à ces éminents concours, vont projeter sur l'écran lumineux, aux quatre coins du monde, telle ou telle scène de l'histoire, tel ou tel conte imaginaire.

Quel est le caractère de ce genre d'oeuvres? quelle est l'étendue des droits de. leur auteur? C'est ce que nous voudrions nous demander ici.

Et d'abord, disons que ces œuvres n'appartiennent pas, comme il semblerait, à un genre nouveau.

Le scénario destiné au cinématographe n'est autre chose qu'une pantomime, c'est-à-dire une œuvre dramatique destinée à être représentée par des acteurs au moyen de gestes et sans paroles.

Ce qui est nouveau, c'est ceci : autrefois, une pantomime n'avait d'autre prétention que d'être jouée par des acteurs devant les spectateurs; aujourd'hui, elle prétend être fixée sur le film cinématographique, puis projetée sur l'écran lumineux.

Qu'est-ce donc que cette nouvelle forme de reproduction? Est-ce une sorte de représentation (2) analogue à la repré-

(1) M. Paul d'Ivoi, membre de la Société des gens de lettres, dans le rapport financier présenté par lui a l'assemblée générale de cette Société de 1909, ne s'écrie-t-il pas : « Il n'est point mauvais de préparer l'avenir. C est en vertu de cette pensée que — permettez-moi d'emprunter une expression topique à notre -généreux ami, M. Chauehard, qui ne me chicanera pas le prêt d'un mot — nous avons ouvert un rayon nouveau : le rayon de la reproduction mécanique par phonographes, cinématographes, phonocinémas, phonoscènes, etc. Il y a là une industrie artistique nouvelle, dont nous sommes les fournisseurs naturels; une industrie qui se perfectionne chaque jour et dont les résultantes ne sauraient être prévues dès maintenant. Souvenez-vous seulement que l'invention de Gui enberg nous a conduits à la linotypie et... rêvez un que deviendra la reproduction mécanique. »

(2) La convention récemment signée à Berlin, le 13 novembre 1908, et qui doit, lorsqu'e'le sera ratifiée, remplacer la convention d'Union du 9 septembre 1886, a employé, dans son article 14, à l'égard de cette forme de reproduction, l'expression de représentation, mais à tort selon nous et, sans doute, faute d'en trouver une plus exacte.

sentation muette que donnent les mimes sur la scène?

En aucune façon, et c'esl ce qu'il faul bien préciser et retenir.

Lorsque, sur l'écran, se déroule devant le public Le thème scénique imagé par nuire académicien, il n'y a pas représentation dramatique parce qu'il n'y a pas représentation directe au moyen de personnages agissant sur La scène (1); il y a en réalité, devant des spectateurs, présentation d'une série fîimages figurant les phases successives (l'un drame, mais présentation si rapide que les spectateurs n'ont pas le temps de distinguer les unes des autres les images que l'on feuillette devant eux el ont l'illusion de \n'w se mouvoir ces images elles-mêmes.

Dune, il s'agit non de représentations dramatiques, mais de reproductions graphiques et de présentation au public de •es reproductions (2), et c'est ce qu'il y a en ceci, de particulier et de nouveau.

Naguère, les auteurs d'un roman, d'un Brame, d'une pantomime entendaient bien se réserver la publication du roman, la représentation du drame ou de la pantomime; ils ne songeaient pas à se réserver exclusivement la figuration de ces Enivres par l'image; au lendemain de

(1) Voir Cour de Pau, 18 novembre 1905, ;itï. Fourcade contre Torrès. Le Droit, 22 novemirr 1904.

2 C'est ce que nous avons expMqué déjà nus l'Annuaire général et International de lu Photographie (Plon-Nourrit et Cie, édit.), 1906. p. 220.

l'apparition de toute œuvre littéraire ou dramatique célèbre, que ce soit Noire- Dame (Je Paris, ffrrnaiii ou Salammbôjla gravure s'emparait librement du thème littéraire pour en tirer des lithographies mi des gravures qui, isolées ou par séries, accrochaieni à droite et à gauche de nos foyers la chèvre de la Esmeralda, la grâce de doua Sol, ou les formes sculpturales de Salammbô.

Aujourd'hui, il en est autrement; l'œuvre littéraire étend! son domaine et la reproduction, pour elle, .s'enrichit d'une forme négligée jusqu'ici: l'image.

Laissons de côté, pour le moment, la question de savoir quelle sera la solution pour les images isolées, pour les fameuses gravures se faisant gracieusement pendant ; ne nous occupons que des séries cinématographiques.

Il n'est pas douteux que, vis-à-vis de ceiles-ei, le droit de l'auteur de l'œuvre dramatique, du scénario, est entier et que cet auteur a seul le droit d'autoriser la reproduction de son œuvre sous cette forme, si cette œuvre a été créée en vue de ce mode de reproductaion et même si cette œuvre, créée en vue d'autres utilisations, peut cependant donner lieu à des reproductions par séries d'images cinématographiques.

La seule condition est que cet auteur établisse l'existence de son droit, c'est-àdire qu'il ait fixé son scénario soit par écrit, soit par une première reproduction en photographie, sans quoi ce scénario,

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demeufé dans l'imagination de l'auteur, serait, pour les tiers, inexistant (1).

Gela étant, jusqu'où s'étend le droit de l'auteur de la pantomime cinématographique? S'il a tenté de reconstituer une scène historique, la Mort de César, par exemple, peut-il monopoliser cette scène et interdire à quiconque de figurer sans son autorisation, devant l'objectif, la Mort de César? En aucune façon.

Il peut seulement interdire de la figurer avec les incidents et les combinaisons de jeu de scène qui lui appartiennent personnellement; s'il n'a fait, que réunir les faits connus, notés par les historiens, sans y rien ajouter de son crû, il ne peut s'opposer à ce qu'un autre que lui, réunissant les mêmes faits, fasse mimer par d'autres acteurs, devant un autre objectif, la même scène historique, cette reproduction dût-elle ressembler nécessairement, de façon singulière, à celle réglée par lui.

Toute autre serait la situation si, au lieu d'une scène historique, la pantomime avait pour sujet une création de l'imagination seule de l'auteur; en pareil cas, le droit privatif de celui-ci serait, cela va de soi, bien plus étendu que dans l'hypothèse précédente.

Ajoutons que ce droit devrait être reconnu à l'auteur non seulement d'une

.(1) Cela est si vrai que la Convention Bignéo à Berlin, dont nous parlions il y a un instant, voulant protéger les pantomimes, a ajouté: dont la mise en scène est fixée par écrit ou autrement (art. 2).

ipanomime destinée à J,a reproduction cinématographique, mais aussi d'une scène destinée à, la reproduction en série de cartes postales (1); en d'autres termes, le nombre des images successives devant représenter les phases successives du drame importe peu, il n'est pas nécessaire qu'il soit, en quelque sorte illimité comme dans le cinématographe; un nombre restreint d'images, racontant belle simple histoire, suffit à constituer une reproduction de celle-ci, et cette simple histoire peut, si elle est un< ivre

nouvelle, donner naissance à un véritable droit d'auteur au profit de celui qui l'a conçue.

Disons encore que le droit d'auteur reconnu sur le scénario entier, sur la série d'images cinématographiques, porte également sur chacune de ces images en particulier.

En d'autres termes, ce serait attenter au droit de l'auteur du scénario que d'isoler l'une des images, celle par exemple qui représente La scène capitale du drame, pour la reproduire cl h mettre en vente séparément, s-ms le consentemenl de cet auteur, car le droit de celui-ci sur toute la série d'images existe évidemment aussi sur chacune d'eMes; reconnu sur le tout, il ne saurait être nié sur les

(1) C'est ce qu'a jugé le tribunal de la Seine, clans l'affaire Varsavaux contre Manuel, ;'i l'occasion d'une suite de scènes ayant peur titre: Garde-française et bouquetière (Tribunal de la

Seine, 3e chambre, 9 juin 1903. Ilullrlh, de la Chambre syndicale de la photographie, 1903, p. 3G2).

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'parties de ce tout, et nous voici, on le voit, arrivés à cette question de l'image . isolée que nous avions, tout à l'heure, intentionnellement 'laissée de côté.

On remarquera que, dans l'étude qui précède, nous nous sommes placé uniquement au point de vue du droit de l'auteur de la 'pantomime, non au point de vue du droit appartenant au photographe qui, avec l'autorisation de celui-ci, a constitué les clichés des cartes postales ou les films de séries cinématographiques, droit qui est, d'ailleurs, incontestable.

C'est qu'il n'est .pas sans intérêt de distinguer, quant à leur nature, ces deux droits sinon en France, au moins dancertains pays étrangers, où la photographie ne serait pas, comme chez nous, régie par les mêmes lois que les œuvres littéraires.

Le droit sur les clichés et les films est un droit sur photographie et, dans ces Etats, sérail soumis aux lois spéciales à courtes durées; le droit sur la pantomime, au contraire, est un droit sur œuvre IHtcraire et serait régi, dans ces mêmes pays, par les lois iplus généreuses qui s'appliquent à ces œuvres.

De là découlerait cette conséquence que le photographe auteur d'un film reproduisant une scène populaire, un phénomène naturel, ne jouirait que d'une protection de courte durée, tandis que celui qui aurait fixé sur la ipellicule les phases d'une pantomime, sons réserve, bien entendu, des droits de l'auteur de celle-ci, bénéficierait de la longue protection due aux œuvres littéraires. Sans insister, pour le moment, on voit quelles conséquences intéressantes pourraient, au point de vue international, découler de cette distinction, au profit soit de l'auteur du scénario, soit du photographe (1), -lin cessiônnaire.

Ed. Sauvel.

(Bulletin de la Chambre syndicale française de la photographie.)

(1) Bien souvent, le photographe sera luimême l'auteur du scénario.

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