L'EUROPE
à NEW=YORK
Il ne suffit pas de traverser l'Atlantique pour être sacré homme d'affaires, mais il est quelquefois utile d'aller à New-York pour avoir une saine notion des choses d'Amérique. Presque tous les grands éditeurs de films y sont déjà de leur petit voyage : les directeurs de YEclair, de l'Itala, da Lion, dans le sillage de MM. Charles Pathé, Gaumont, Promio, de la Compagnie Th. Pathé, et Raleigh, sont en ce moment en train de mener là-bas une enquête commerciale très intéressante et j'ai tout lieu de croire qu'ils ne regrettent pas leur mal de mer. Les Européens sont, en effet, gens d'esprit positif et ne peuvent que gagner à voir les américains chez eux.
Quelques faits commerciaux valaient, en effet, la peine d'être contrôlés aux Etats- Unis : la réalité même de ce que nous appelons le trust Edison ; le négoce du film par les loueurs ; le mode d'exploitation des exhibiteurs ; les goûts du public ; la censure nationale; enfin, la situation particulière faite aux maisons indépendantes.
Ce dernier point méritait qu'on s'y arrêtât, puisqu'en somme il nous est fort utile de savoir si oui ou non la fabrication européenne a quelque chance de se produire sur le marché des Etats-Unis, hors des
limites tracées arbitrairement par le trust.
Et voici qu'un bon vent paraît souffler de là-bas. D'après quelques notes rapides qui nous arrivent, les prétentions de quelques maisons à fermer le négoce à d'autres marques ne sont pas aussi certaines qu'on l'affirmait. Il n'y a pas de trust redoutable. Mais seulement il est vrai que sur dix mille exhibiteurs répandues à travers les Etats-Unis d'Amérique, plus des deux tiers sont clients du groupe Edison. Le dernier tiers se fournit près de toutes les maisons qui peuvent lui donner du film en location. Voilà donc un champ d'affaires précieux pour l'activité des éditeurs européens.
Mais, disait-on naguère encore après la visite de M. Murdoch en France, quel sera l'intermédiaire capable d'organiser à Chieago ou à New-York l'introduction rationnelle de nos films indépendants! Serait-ce l' Import Trading avec MM. Raleigh et Robert ou M. Murdock avec la National Project ing ?
Une réponse nous est donnée. Il est presque certain que rien ne sera fait du côté de M. Murdoch. Lï Import Trading aura ses marques et ses clients. Mais à côté va s'ouvrir un office Européen, tout à fait indépendant, qui organisera à New-York — ou ailleurs — la vente directe des films européens, tels qu'Eclair, Lion, Lux, ltala, etc. Et je n'ai pas trouvé cela si ridicule.., pour une fois.
G. Dubeau.
Nous sommes heureux d'annoncer l'arrivée à Paris de M. FLJMANTI Télémaque, un des hommes qui connaissent le mieux le métier cinématographique.
Vrai professionnel de longue date, M.
Fumanli quitta l'Italie ou il occupait, comme chef de service, un emploi important flans une grosse entreprise de spectacles cinématographiques. II n'a laissé là-bas que d'excellents souvenirs.
Nous ne doutons pas qu'il trouvera vite en France la place due à son activité et à sa compétence.
M. Fumanti habite rue Poussin, 39, à Auteuil.
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A l'Éclair Cinéma
L'Eclair Cinéma dont la prospérité va s'accentuant chaque mois, [vient d'augmenter l'importance de ses services industriels. A l'usine d'Epinay, vingt nouvelles tireuses sont établies. Le théâtre de prise de vues s'étendra désormais sur dix mètres de plus, des loges y ont été aménagées, un nouveau magasin d'accessoires et de costumes, etc.
Dans quelques semaines les films édités par l'Eclair porteront sur le côté l'inscription suivante : Eclair 1910 Pellicule Kodak; on assure qu'un grand nombre de nos meilleures marques suivront ces exemples.
Sensation ! Sous le nom de " Association Cinématographique des Auteurs Dramatiques, A. C. A. D. ", un groupe d'édition artistique vient de se fonder dont les œuvres seront la propriété de l'Eclair.
M. Numès, des Variétés, en sera le distingué directeur. Quelques personnes très renseignées savent que l'A. C. A. D. s'appuie sur de gros capitaux et qu'il faut en attendre les plus riches productions. Elle débutera sans doute par Cavaleria Rusticana, d'après Mascagni, non sans avoir coupé dans le drame Le Meurtre et l'Adultère.
Un heureux choix.
Nous apprenons avec le plus vif plaisir que M. Bauressequi fut longtemps le collaborateur précieux de M. Moriaud au Cinéma- Fix doit prendre incessamment la direction de l'Union des Grands Editeurs de films, 3 rue Grétry.
M. Bauresse est de ceux pour qui la loca tion du film n'a plus de secrets. Il possède merveilleusement sa carte cinématographique.
Nul doute qu'il ne réussisse dans ces fonctions nouvelles où l'ont appelé ses qualités de travail, d'intelligence et sa compétence.
Déplacement
M. Levée, représentant de la Bison-Films, remercie les nombreuses personnes qui lui ont rendu visite à Paris, Absent pour quelques jours de France, il prie ses correspondants de bien vouloir lui adresser leurs lettres aux bureaux du Ciné-Journal, 30, rue Bergère.
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TRIBUNE LIBRE
Lé CINÉMATOGRAPHE
et
La Sécurité du Public
Une question d'actualité qui s'impose est bien celle relative aux opérateurs électriciens pour le cinématographe. Le succès de cette, industrie allant grandissant, les exploitants ont surgi un peu de partout pour gagner de l'argent.
Ignorant le premier mot du métier, n'ayant aucune conscience du danger, ils ont pris et prennent constamment pour des opérateurs, des jeunes gens sans aucune connaissance technique, mais qu'ils paient très bon marché. Ces «mercantis» n'ont pas conscience qu'ils sont des criminels.
En effet, comment veut-on qu'un pauvre diable n'ayant aucune notion de l'électricité, pare à un danger qui peut se produire à chaque instant ; comment veut-on qu'un jeune homme qui promenait des chiens la veille de son entrée dans un établissement, ignorant complètement les appareils, puisse réparer ou empêcher un accident de se produire; comment veut-on, enfin, qu'un incapable puisse faire un travail sérieux et sans danger?
J'ai entendu un monsieur dans une grande ville du Sud-Est, me dire :
« Oh! moi, voyez-vous, je prends des .individus qui ont besoin, je leur fais ba-
layer la salle, puis on leur montre comment se tourne la manivelle, et j'en fais des opérateurs qui me coûtent 3 francs par jour.
Ce langage était insensé et provenait d'un personnage suffisant qui avait plus d'orgueil que de connaissances. On avait mis ce bonhomme pour administrer il administrait en bon père de famille, sans penser le moins du monde à la se curité du public, sans penser le moins du monde que les femmes et les enfants qui se trouvaient là pouvaient être victime de l'insuffisance de l'opérateur.
Peut-on penser sans frémir, et je le demande aux gens de bonne foi, à la catastrophe qui pourrait arriver dans une salle où se trouveraient des centaines de personnes ?
Il n'y a pas bien longtemps, dans une maison à Marseille, que je ne citerai pas, ne voulant pas faire de personnalités, écrivant dans l'intérêt général, un accident se produisit : des centaines de mètres de films lurent détruits, les appareils abîmés, le public saisi de crainte, affolé, se précipita à la sortie; des enfants furent piétines dans l'affolement général. Un grand malheur pouvait exister et tout cela pourquoi? Parce que l'opérateur était un incapable, ignorant complètement son métier.
Il est donc grand temps que les autorités compétentes prennent des mesures préservatrices pour empêcher que pareille chose se renouvelle — et cela dans l'intérêt et pour la sécurité du public qui
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va en toute confiance assister à un spectacle. Il est temps que les exploitants soient astreints à ne prendre comme opérateurs que des praticiens connaissant leur affaire et, pour cela, imposer auxdits opérateurs électriciens un brevet de capacité. Déjà le président du Syndicat des opérateurs électriciens d fait une démarche auprès de M. Lépina, préfet de police, qui a nommé une commission.
Le président de cette commission ne s'est pas dérangé le-jour où on allait démontrer sur place que les appareils de soi-disant sécurité étaient insuffisants.
Sur rapport de la commission, le préfet a statué en disant qu'il n'y avait pas lieu de suivre, que ce serait créer un privilège.
Ainsi, dans l'Administration, on appelle créer un privilège que de demander à un opérateur électricien do connaître son métier. Et pourtant cette chose si simple, si utile, existe à Genèv°, à Zurich et ailleurs. Là, un opérateur ne peut pas travailler s'il n'a pas son brevet de capacité, et c'est de toute justice.
En France, on somnole administrativement, on écarte les réformes à faire; pensez donc, les ronds-de-cuir n'en reviendraient pas, jusqu'au jour où un coup de tonnerre se produise. Alors, après l'accident, on se réveille, on lance des circulaires, on prend des arrêtés; nais tout cela ne répare pas le mal et ne rend pas la vie aux victimes ni les membres perdus aux éclopés.
Il est donc temps, je le répète, de prendre des mesures de sécurité el nous espérons que d'ici peu, un député montera à la tribune pour poser la question à M. Briand, Président du Conseil, Ministre de l'Intérieur, qui fera certainement le nécessaire pour mettre les choses au point.
Le public mérite bien qu'on s'occupe un peu de lui.
DlAVOLO.