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sur le vif. Pour les représenter, il faut du temps et de la patience. Sur la route, une automobile arrive à grande vitesse.

Au premier plan, se trouve un groupe de paysans. Le chauffeur corne, les voyageurs crient. Une effroyable catastrophe va se produire. L'appareil enregisteur note tous ces mouvements. Il s'arrête brusquement au moment précis où l'automobile stoppe devant le paysan qui doit être écrasé. Tous les personnages restent immobiles. La « victime » est remplacée par un mannequin habilement maquillé et vêtu d'habits semblables exactement à ceux de l'acteur. Le mannequin est dressé à la place occupée, il y a un instant, par le personnage vivant. Cette substitution faite, l'automobile repart. L'appareil continue aussitôt à enregistrer la scène. La voiture écrase le mannequin. Immédiatement nouvel arrêt, nouvelle substitution... et le paysan écrasé se met à la poursuite du chauffeur pour la grande joie du public revenu de son émotion.

Le procédé des « arrêts » permet toutes les substitutions. Aussi est-il employé dans les interprétations des contes diaboliques, des féeries magiques, qui composent une partie importante, et non la moins appréciée, du théâtre cinématographique. Que de miracles ont pu être ainsi réalisés: Jenny l'ouvrière devient princesse, un condamné à mort, après le baiser de la « Veuve », renaît à la vie, un cul-de-jatte retrouve ses jambes, les soude et s'enfuit.

Mais il est un autre procédé qui donne des résultats plus diaboliques encore.

C'est vraiment du spiritisme. Il permet des apparitions saisissantes, des « matérialisaticms » surprenantes: Un bouquet de roses se transforme en un essaim de gentes amoureuses, une statue de marbre s'anime, danse, pour se figer de nouveaux après quelques pas harmonieux, les vapeurs d'une marmite se condensent peu à peu, précisant progressivement les formes d'un satyre, d'un sylphe ou d'un- diablotin.

Comment obtient-on ces apparitions ?

Au moyen de « fondu ». Un exemple suffira à indiquer cet ingénieux procédé. Voici le scénario: Un apache pénètre dans une villa, s'empare de l'argent placé dans le coffre, mais au moment où il va emporter le butin, il est surpris par le propriétaire. Quelques coups de couteau le débarrassent de ce téoin gênant. Il s'enfuit et va essayer d'oublier son forfait dans les bouges avec des camarades. Il cherche vainement à chasser le souvenir de son crime. A chaque instant, devant lui, se dresse la silhouette de la malheureuse victime. Il ne peut supporter cette vision qui l'obsède. Il va se constituer prisonnier et paie à la société la dette contractée par son odieux exploit.

Pour dresser devant l'assassin la silhouette de sa victime, le metteur en scène immobilise l'assassin, et l'opérateur continue à dérouler la bande en ferant graduellement le diaphragme. Cette première opération terminée, la victime est placée en face du criminel et l'opérateur tourne la manivelle en sens inverse de façon à faire revenir la bande

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au point de départ. Il ouvre ensuite progressivement le diaphragme en déroulant de nouveau la bande qui, peu à peu et progressivement impressionnée, donnera bientôt avec netteté « l'apparition ». Pour la faire disparaître par le même procédé, l'opérateur la « fondra ».

Il y a d'autres « trucs ». L'un permet d'augmenter le mouvement dans des proportions vertigineuses. Il consiste à couper sur la bande un certain nombre d'images et à recoller les morceaux. Des enfants jouent à saute-mouton. Pour enregistrer quatre sauts, trois cents images ont été prises. On en coupe habilement une centaine. A la projection, les sauts seront effectués un tiers plus rapidement qu'en réalité.

En renversant l'appareil enregistreur, on fait monter, à la projection, des objets qu'il suffit de laisser tomber à la prise de vues. C'est ainsi qu'une marmite s'envole alors qu'en réalité on l'a lancée par terre du haut d'une maison.

La dernière scène de l'automobile emballée montre la lourde machine grimpant sur la façade d'une maison. La prise de vue a été faite dans des conditions spéciales. L'appareil enregistreur est placé en haut de la scène dans les cintres; sur le plancher de la scène, une maison a été peinte, l'automobile passe tranquillement à travers le décor. Certes, ce n'est pas compliqué. Encore fallait-il y songer.

Quelques « trucs » sont d'une exécution plus complexe. La scène du plumeau magique a obtenu un énorme suc-

cès. La thèse est simple. Dame concierge se lamente d'avoir à entretenir une immense maison et à contenter les nombreux et exigeants locataires de l'immeuble. La bonne fée lui apporte un plumeau. L'instrument a des propriétés merveilleuses. Il suffit de le prendre pour que tout l'ouvrage soit fait: les escaliers cirés, les lettres montées aux locataires, le cordon tiré, etc. Des ficelles imperceptibles, mises en action par un mécanisme réglé très méticuleusement, permettent d'opérer ces tours féeriques.

S'il a été possible, deux jours après l'enterrement du roi Carlos à Lisbonne, de faire défiler sous l'œil curieux des Parisiens le long cortège funèbre, il était plus difficile de nous montrer sur l'écran blanc les épisodes tragiques de la guerre russo-japonaise alors que se livraient encore les sanglants combats.

La prise de vues de ces scènes guerrières s'effectuait en un coin isolé des paisibles fortifications de Paris envahi soudain par une foule de figurants habillés en soldats russes et japonais.

Scènes vécues ou scènes truquées, le cinématographe donne l'illusion de la vie.

Il permet des effets dramatiques nouveaux. C'est un moyen d'interprétation puissant. Il distrait les petits. Il intéresse les grands. Il marque une étape dans l'histoire du théâtre.

Edmond Claris.

{Fin)

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