SMITH
Directeur de la Section Cinématographique ' Kodak "
Les Droits d'Edition Cinématographique
M. Ch. Pathé
et l'Affaire Courteline.
Le Ciné-Journal publiait dans son numéro du 24 juin quelques réflexions de M" Buteau, extraites du Journal des Gens de Lettres, sur le procès Courteline-Pathé. A la suite de cet article qui éclairait de façon très judicieuse la difficile question
des droits d'édition et de représentation, nous avons reçu la lettre suivante de M. Ch. Pathé. Nous l'insérons avec plaisir, certain qu'elle permettra à nos lecteurs de se faire une opinion sans partialité, le Ciné-Journal n'ayant qu'un désir, celui d'être informateur avant tout :
Monsieur le Directeur,
Vous avez bien voulu, dans votre numéro du 24 juin, consacrer un article au procès que la Compagnie générale de phonographes, cinématographes et appareils de précision vient de gagner devant la Cour d'appel, contre M. Moineaux dit Georges Courteline.
Les remarques que vous faites, relativement au droit d'édition et de représentation, sont très judicieuses, mais il en est d'autres, concernant l'originalité du sujet en litige, que je ne puis laisser passer comme directeur de la Compagnie, sans les discuter.
Je suis, comme vous pouvez l'être, très respectueux de la propriété littéraire, et quand les auteurs sont venus se plaindre à moi que certains de nos films reproduisaient certaines de leurs œuvres, je les ai toujours accueillis avec sympathie et leur ai, à l'amiable, offert les compensations qu'ils étaient en droit de recevoir.
Si M. Courteline avait, comme les confrères dont je parle, fait la preuve que le scénario édité par la Compagnie Générale fut la copie de sa pièce Boubourochc, ce n'est pas devant la Cour d'appel, mais dans mon cabinet que se fut réglée cette contestation.
Or, M. Courteline n'a pu faire cette preuve pour la raison que j'ai pu, moi, faire la preuve contraire.
J'ai rappelé nombre de pièces, et parmi celles-ci de très connues, dans lesquelles un amant se trouve enfermé dans un placard ou tout autre objet mobilier.
Je vous citerai Hernani (Victor Hugo), le Chandelier (A. de Musset), l'Heure Espagnole (Franc-Nohain), le Coup de Jarnac, un conte de Bocace, Deux hommes pour un placard (J. Duflot et Nérée Desarbres 1860), Bottier et Marquis, Le Tableau (1888).
Dans plusieurs de ces pièces, un incident comparable aux rais de lumière, de Boubouroche fait découvrir l'amant par le mari ou protecteur légitime.
Pas original, comme vous le voyez, le placard à amoureux. Mais, me direz-vous, il y a la manière. Ce placard aménagé pour recevoir un galant, pour lui faire paraître moins dures les heures de réclusion, voilà l'originalité, voilà la trouvaille.
Il y a, en effet, dans ceci, une création mais qui, pas plus que les autres, n'appartient à M. Courteline. Un vaudevilliste s'en était servi en 1888 (avant lui par conséquent) dans Le Tableau.
Un des personnages y dit, en effet : elle était drôle cette armoire, mais très confortable... une chaise... une lanterne sourde, les journaux du jour,., etc. (j'abrège).
Et ce vaudevilliste, bien que précédant M. Courteline, n'était pas plus que lui le « créateur » de ce moyen.
Dans un dessin paru en 1880, Robida nous montre un buffet dans lequel est enlermé un amant tandis que la perfide (j'allais dire Adèle) introduit son confiant ami, (j'allais écrire Boubouroche).
Je ne vous envoie pas ce dessin mais si vous voulez avoir une idée de l'architecture du buffet, lisez dans Boubouroche (12 ans après) le portrait qu'en trace M. Courteline... On jugerait qu'il l'a vu...
Si donc M. Courteline n'a rien inventé, comme une fois de plus j'en crois avoir apporté la preuve, je n'ai pu le copier et les juges l'on dit.
Comme l'article de votre honorable journal pouvait laisser à ce sujet planer quel-
ques doutes, il m'importait de les dissiper. Voilà qui est fait.
Je réclume de votre courtoisie l'insertion de cette note et vous prie de croire, Monsieur le Directeur, à l'assurance de ma considération très distinguée.
. Ch. Pathé.