‹ Ciné-journalChapitre 64 sur 303 · J-RANCE · texte numérisé non relu

J-RANCE

Un an 10 fr.

ÉTRANGER Un an. .... . 12 fr.

Le Numéro : 25 cent. Parait tous les Jeudis

Rédaction & Administration 30, Rue Bergère

PARIS

Anniversaire

Le Ciné-Journal 'porte aujourd'hui le numéro 52 : il accomplit donc la première année de son existence. N'est-ce pas l'occasion de dire au lecteur amical, plus ou moins intimement mêlé à ses débuts, les mots qui doivent résumer le chemin parcouru, les difficultés surmontées et les efforts nouveaux à tenter vers le mieux.

Tous ceux qui ont quelque connaissance des choses de la presse, savent que la création d'un périodique — fut-il le plus modeste — ne va pas sans risques graves. Notre inquiétude à l'origine était assez grande puisque nous entreprenions une affaire par les seuls moyens que donne l'activité fondée sur la raison. On avouera que c'est, peu dans ce monde où l'argent tient les premiers rôles.

Mais voici douze mois écoulés et le Ciné-Journal est tranquillement occupé de sa vie hebdomadaire, sans le -souci paralysant de songer au passé. Ce n'est pas un miracle : c'est simplement un fait rare et qu'il nous est agréable de noter. On nous permettra de considérer comme les collaborateurs du succès tous ceux qui nous firent confiance dès le début et crurent avec nous à la possibilité d'un journal cinématographique en France, — hors des combinaisons de banque ou de commandite exclusive.

Le Ciné-Journal, ainsi qu'il va de toutes les choses humaines, ne fut pas enfanté dans une joie sereine. Il a d'autant plus de plaisir à se savoir bien ' portant. Un jour anniversaire invite à l'agrément : profitons-en pour saluer avec cordialité nos abonnés, nos clients de publicité et tous les représenta nts si divers de la cinématographie qui sont les amis du Journal.

Puissent-ils être assurés que nous mettrons à leur service les forces acquises avec leur concours et qu'ils trouveront en nous, dans la mesure du possible, des défenseurs zélés de leurs intérêts les plus vitaux.

Heureux si nous pouvons aider à la transformation progressive de l'industrie cinématographique, confuse encore, mal libérée de ses langes mais d'une vigueur foncière que rien ne brisera. G. Dureau.

Des Droits d'Auteur

Nos lecteurs suivent avec attention les articles parus ici-même sur la question délicate des droits réservés aux auteurs pour les scénarios cinématographiques. Ils ont pu voir ce qu'en pensait un exploitant parisien. Nous publions aujourd'hui l'opinion motivée d'un éditeur de films qui s'efforce de dégager la valeur juridique de ces droits. De la sorte, nos lecteurs ayant entendu divers avis, seront

mieux informes et pourront sans doute conclure avec plus de netteté. Il va sans dire que ce débat est à peine ouvert et que nous y reviendrons fréquemment.

Paris, le 12 août 1909.

Monsieur,

Permettez-moi de répondre quelques mots à votre honorable correspondant, tellement spirituel que je crains bien qu'il égare à sa suite la foule, toujours un peu moutonnière, des exploitants.

Son raisonnement est 'impie :

« Quand j"achète un film, j'achète, dit- « il, un objet mobilier et, en ma qua- « lité de propriétaire, j'ai sur cet objet « le droit d'user et d'abuser sans res- « trictions. Au nom de quelle loi pré- « tend-on m'imposer une redevance et « me frustrer d'une part de mes recet- « tes ? »

Cependant, quand votre correspondant achète la brochure d'une pièce de théâtre ou la partition d'un opéra-comique, il met bien dans sa poche un objet mobilier au môme titre qu'un film. Pourquoi donc ne s'avise-t-il ipas d'élever à l'égard de ces deux objets les même," prêtent ions que celles dont il excipe en matière de cinéma ? Osera-t-il les exhiber en publiq, les faire jouer à bureaux ouverts, sans payer les droits d'auteur ? Je ne le crois pas.

Au surplus, s'il émettait cette prétention, il serait bientôt détrompé par la Société de la rue Henner ou celle de la rue Chaptal qui, armées des pouvoirs à elles conférés par leurs membres, le réduiraient vite au silence.

Ceci posé, doit-on faire une différence entre un film et une ipièce de théâtre ? En d'autres termes, le film est-il ou non susceptible d'être protégé par nos lois sur la « Propriété artistique » ? Si la réponse à cette question est affirmative, votre honorable correspondant voudra bien admettre- que, la loi en main, l'auteur ou son mandataire pourront exiger de lui une permission spéciale, une redevance suivant traité, chaque fois que ce film sera « exhibe publiquement ». .

Remarquons tout d'abord que le film est composé d'une série de clichés photographiques mis bout à bout et que, de temps presque immémorial, le cliché photographique a été reconnu par les Tribunaux comme susceptible de propriété artistique. Vos lecteurs me pardonneront de ne pas les écraser sous les monceaux de décisions judiciaires rendues en ce sens.

Un point est donc établi : Le film est un cliché, et ce cliché est susceptible de « propriété artistique ».

En conséquence, toute personne qui le reproduira s'exposera aux rigueurs de la loi et pourra être poursuivie de ce chef comme contrefacteur. C'est en vertu de ce principe que les « contretypistes » sont ou pourraient être (car ils sont bien habiles !) poursuivis et condamnés.

Voici donc l'Editeur du film armé d'un droit : la poursuite du contrefacteur. Voyons maintenant quels devoirs et quelles précautions lui sont imposés. Des poursuites récentes et qui firent un bruit énorme dans le Landerneau littéraire les ont mis en lumière.

L'éditeur de film, vous le savez, n'est pas libre ; il ne peut puiser au gré de i,a fantaisie dans le domaine privé de nos romanciers ou dramaturges. S'il le faisait, on l'accuserait vite, lui aussi, de contrefaçon ; et le fait seul que les Tribunaux n'ont pas débouté Courteline de sa demande en la déclarant non recevable et mal fondée, permet de préjuger la réponse du Tribunal toutes les fois que les éléments de la contrefaçon existeront.

au surplus, de nombreuses décisions antérieures ont consacré ce principe.

Mais alors, si l'éditeur est susceptible de devenir contrefacteur d"une œuvre littéraire, en Vadaptant aux besoins purement mécaniques du cinéma, si le film édité «peut être aussi susceptible de contrefaçon, si les clichés du film sont la « propriété artistique » de leur auteur, on n'aperçoit pas bien la différence qu'il peut y avoir entre un film et

un pièce de théâtre. Soumis aux mêmes obligations, susceptibles des mêmes droits, destinés l'un et l'autre à l'exhibition publique, ils doivent nécessairement être admis l'un comme l'autre aux mêmes bénéfices.

Bien mieux, le créateur d"une Idée ou d'un arrangement original de faits connus, pourra traduire son idée à l'heure actuelle (réservons l'avenir) sous 5 formes au moins : le livre qui lui permet de percevoir un droit d'édition, le journal ou le périodique grâce auxquels il touche un droit dit « de reproduction », le théâtre parlé ou chanté qui donne ouverture au droit de représentation, le phonographe qui paye les deux droits, et enfin le cinématographe pour lequel l'auteur perçoit dès maintenant un droit d'édition, sur le dos des éditeurs de films.

Comment expliquerait-on que le cinématographe seul ait l'inexplicable privilège de permettre à un exploitant de réaliser d'importantes recettes, grâce à l'Idée d'un auteur, sans que celui-ci en ait sa part légitime ?

Non, mon cher correspondant, ne vous entêtez pas contre le bon sens et la logique ; la question est résolue. Dans un prochain article, je m'efforcerai de vous exposer l'état actuel de la question des droits d'édition-reproduction que paie l'éditeur, et de celle des droits de représentation que l'on prétend (avec raison) vous imposer.

Les Profits Municipaux

d'une Fête Foraine

Nore confrère, La Comète belge, répondant à un détracteur mélancolique des grandes kermesses bruxelloises, publie les documents suivants qui montreront avec éloquence les profits réalisés par les villes à l'occasion des fêles foraines.

La foire de Bruxelles a rapporté l'année dernière une somme de 82. 516 1rs ; ce chiffre a même déjà été dépassé.

De cette somme, 7.625 francs ont été donnés sous forme de subsides pour fêtes de quartiers, en 1908, à do nombreuses sociétés. C'est donc la foire qui paie les kermesses des autres quartier.

3.600 francs ont été mis à la disposition de M. l'Echevin de l'Instruction publique pour aider à couvrir les frais de séjour des enfants à la villa de Nil- Saint-Vincent.

Pendant cette -année, 147 garçons cl 99 filles ont séjourné dans cette colon e scolaire, créée avec les recettes provenant de la foire.

Il y a encore les fêtes des vieillards, des orphelines, qui, chaque année, sont organisées par le Comité de la Poire et la belle institution, je veux parler de Pécol-e foraine qui fonctionne à Bruxelles et sur laquelle le Soir a publié tout récemment un article élogieux.

Pour terminer cette énumération, je

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dois dire que l'actif du Comité de la foire s'élevait, à la date du 31 octobre 1908 h la somme de 93.002 francs 34 centimes et que le montant des subsides accordés aux œuvres de bienfaisance pendant les années 1885 à 1908 est de 436. 872 francs.

Ces chiffres prouvent que la ville, au lieu de subsidier la foire, en retire beaucoup de profits et qu'elle ne coûte absolument rien aux contribuables.

Voilà pour les finances de la ville.

Examinons maintenant les intérêts des nombreux commerçants qui vivent des forains. Ceux-ci sont un millier qui séjournent pendant six semaines à Bruxelles. Leurs besoins sont grands :

nourriture, vêtements, charbon pour l'alimentation des machines, appareils électriques, etc., etc., tout cela est prs sur iplaoe. Et quels sont ceux qui profilent de toutes ces dépenses, «inon les commerçants de la ville qui tiennent à leurs clients forains,tout autant,pour ne pas dire plus, qu'à ceux de la capitale.

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