CAILLES A LA
Ceci est la litanie
de toutes les ptiotogénies
Demi-gestes
demi-phrases
monologue d'un seul visage.
toutes les tragédies
dans l'unique ligne de ses sourcils
mais si digne
et maître de soi
qu'allant tuer
sa main méticuleuse
en
temps
ferme la porte
Naturel irréprochable ce haut de forme le coiffe un peu oblique tandis qu'il songe lourdement à autre chose En diagonale du cadre comme penché d'avance sur l'événement malheureux Jeune ce n'est pas l'expérience qui réprime sa moue d'adieu Exactement de ce geste
délirant et mesuré
de cette vie qui lui reste
avoue le don dévoué
Sur le pont ingénu
et malin comme un sauvage
il refuse les dollars
et se sauve à la nage
Son étonnement de l'Amérique
magnétise des airs d'oiseau
les bibelots métalliques
tentent ses doigts studieux
Est-ce rire ou crainte
ce téléphone
qui ne parle pas japonais
on le salue comme une personne
Appliqué le domestique
ouvre la porte aux visiteurs
toutes ces belles Américaines
prennent des airs un peu moqueurs
Brusquement il culbute
d'un jiu-jitsu méthodique
le chauffeur N'yarkais
qui blaguait ce pacifique
Le naïf cadeau d'une rose
n'empêche pas le crime promis
toute la haine orientale
mure ce rire terni
Raidi à la taille
dans un smoking du bon faiseur.
il accroche aux meubles
la douleur qui défaille
De son pas équilibré
il s'en va vers la porte
sans jamais se retourner
vers l'image qu'il emporte
De tout son dos tendu
comme un visage au spectateur
il dit sa peine éperdue
d'avoir agi comme il fallait
Sa silhouette oblique
se décroche du chambranle
et roule vers l'objectif
avec en main ce verre qui tremble
Le domestique japonais
n'a pas le droit de comprendre
pourquoi son maître oublie
les gants qu'il va lui tendre
Dans l'auto qui cahote
ses soupçons raisonnables
son œil dur ne quitte pas
la femme coupable
Avec un rire élastique
il bondit sur sa joie
et s'étonne de la musique
nègre d'un jazz-band
Il penche la tête de côté
en de lasses attitudes
ne manquez pas d'observer
la belle coupe de ses cheveux
Il est précis acrobatique
comme un ressort bien remonté
et
j'aime surtout
en marge du champ
quand il n'exprime rien
que lui-même.
Sessue Hayakawa