‹ CinnaChapitre 38 sur 127 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

Meurs, s'il y faut mourir, en citoyen romain, Et par un beau trépas couronne un beau dessein. Ne crains pas qu'après toi rien ici me retienne; Ta mort emportera mon Time vers la tienne ; Et mon cœur aussitôt, percé des mêmes coups..,

CIXNA.

Ah ! souffrez que tout mort1 je vive encore en vous; Et du moins en mourant permettez que j'espère Que vous saurez venger l'amant avec le père. Rien n'est pour vous à craindre : aucun de nos amis Ne sait ni vos desseins, ni ce qui m'est promis; Et, leur parlant tantôt des misères romaines, Je leur ai tu la mort qui fait naître nos haines2, De peur que mon ardeur touchant vos intérêts, D'un si parfait amour ne trahît les secrets ; Il n'est su que d'Évandre et de votre Fulvie3.

EMILIE

Avec moins de frayeur je vais donc chez Livie, Puisque dans ton péril il me reste un moyen De faire agir pour toi son crédit et le mien : Mais si mon amitié par là ne te délivre, N'espère pas qu'enfin je veuille te survivre. Je fais de ton destin des règles à mon sort*, Et j'obtiendrai ta vie, ou je suivrai ta mort.

1. Tout mort. Tout mort que je serai. — Exemples de tout (au sens qu'il a ici) non suivi de que et d'un verbe :

Oui, .je te chérirai, tout ingrat et perfide.

{Horace, II, vi.)

Le bonhomme, tout vieux, chérit fort la lumière.

(Molièhe, l'Étourdi, III, ir.)

Nos pères, tout grossiers, l'avaient beaucoup meilleur (le goût). (Le même, Misant hi-o])e, I, n.)

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