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ACTE III, SCÈNE IV

Tes feux et tes serments cèdent à ses caresses1 ; Et ton esprit crédule ose s'imaginer Qu'Auguste, pouvant tout, peut aussi me donner. Tu me veux de sa main plutôt que de la mienne ; Mais ne crois pas qu'ainsi jamais je t'appartienne : Il peut faire trembler la terre sous ses pas, Mettre un roi hors du trône, et donner ses États, De ses proscriptions rougir la terre et l'onde, Et changer à son gré Tordre de tout le monde ; Mais le cœur d '/Emilie est hors de son pouvoir'2.

cLV\A.

Aussi n'est-ce qu'à vous que je veux le devoir.

Je suis toujours moi-même, et ma foi toujours pure ;

La pitié que je sens ne me rend point parjure ;

J'obéis sans réserve à tous vos sentiments,

Et prends vos intérêts par delà mes serments3.

De même, dans Racine. Iphigénie à sa mère :

Ma mort n'emporte pas tout le fruit <le vos feux. (Acte V, m.)

Pallas n'emporte ]>as tout l'appui d'Amippine.

(Britannicus, III, m.)

1. Caresses se disait plus souvent qu aujourd'hui au sens de : marques obligeantes d*estime, démonstrations flatteuses d'estime ou d'amitié. — « Les caresses dont vous les honorez (les auteurs) sont les marques les plus indubitables de ce qu'ils valent. » (Dédicace cVHéraclius.) — « Il me lit d'abord mille caresses, car il m'aime toujours. » (Pascal, en parlant du bon père jésuite, Ve Provinciale.)

resscs n'ont pas effacé ses injures.

(Dajazet, I, i.)

Il s'agit dans ce vers des bonnes grâces et faveurs par lesquelles le sultan Amurat s'est efforcé de regagner ses janissaires.

2. Il est permis de retrouver dans ce sublime contraste un souvenir du

... Cnncta terrarum sulmcta Praeter atrocem animnm Catonis.

Ëoucb, Odes, II, r.)

Une autre héroïne de Corneille affirme de semblable façon l'inviolabilité de ses sentiments, l'indépendance invincible de son àme. en face du représentanl de l'immense puissance romaine.

Tout fléchit sur la terre et tout tremble sur l'onde. Va Rome est aujourd'hui la maîtresse du monde,

dit l'ambassadeur Flaminius à la reine Laodice ; celle-ci répond :

La maîtresse du monde ! ali ! voua me feriez peur. S'il ne s'en fallait pas l'Arménie, et mon cœur!

téde, III, h.)

3. Par delà mes serments. — « Expression, dit Voltaire, dont je ne

J'ai pu, vous le savez, sans parjure1 et sans crime, Vous laisser échapper cette illustre victime : César se dépouillant du pouvoir souverain Nous ôtait tout prétexte à lui percer le sein ; La conjuration s'en allait dissipée2, Vos desseins avortés, votre haine trompée ; Moi seul j'ai raffermi son esprit étonné 3, Et pour vous l'immoler ma main l'a couronné.

Pour me l'immoler, traître! et tu veux que moi-même Je retienne ta main! qu'il vive, et que je l'aime ! Que je sois le butin 4 de qui l'ose épargner, Et le prix du conseil qui le force à régner!

Ne me condamnez point quand je vous ai servie : Sans moi, vous n'auriez plus de pouvoir sur sa vie, Et, malgré ses bienfaits, je rends tout à l'amour, Quand je veux qu'il périsse ou vous doive le jour. Avec les premiers vœux de mon obéissance Souffrez ce faible effort de ma reconnaissance5,

trouve que cet exemple, et cet exemple me paraît mériter d'être suivi. » Voltaire faisait peu de recherches de grammairien pour son Commentaire.

... L'amitié que je vous «lois Par delà ce que je voulois, A fait débaucher ma mémoire.

(Malherbe, à M. de la Garde.)

... Néron veut faire voir Qu'Agrippine promet 2>ar ^eZà son pouvoir.

(Raciniî, Britannicus, I, 11.)

Fusses-tu imr delà les colonnes d'Alcide. (Phèdre, IV, n.)

1. Sans parjure. Il oublie, qu'il n'a pas seulement juré d'affranchir Rome, mais aussi de venger Emilie.

2. S'en allait dissipée. Vieux tour, déjà plus rarement employé au temps de Corneille. Cependant Vaugelas l'autorisait encore par son exemple : « La Thrace s'en allait perdue, et la Grèce elle-même avait reçu un grand » choc. » (Trad. de Quinte Curce.)

... Nos pâturages Battus depuis cinq ans de grêles et d'orages S'en allaient désolés.

(Malherbe, vers pour un ballet.)

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