Var. El le sang et la vie à qui le fnii son
6. C'est l'être avec honneur, etc. La Harpe a dit très justement de ce passage, et de quelques autres, qu'il relève dans cette scène et dans la précédente : « Qu'on ne dise pas que le remords elles combats que ce personnage éprouve, quoique venant trop tard pour être vraisemblables, l'autorisent cependant à varier à ce point dans ses pensées et dans ses sentiments. Non, quand même ce repentir serait à sa place... Cinna ne peut raisonnablement rien dire de ce qu'il dit ici. Les choses en elles-mêmes n'ont point pris une autre nature depuis qu'Auguste lui a confié le dessein d'abdiquer
Et nous voyons souvent des rois à nos genoux
Demander pour appui tels esclaves que nous l ;
Il abaisse à nos yeux l'orgueil des diadèmes,
Jl nous fait souverains sur leurs grandeurs suprêmes ;
11 prend d'eux les tributs dont il nous enrichit,
Et leur impose un joug dont il nous affranchit.
EMILIE
L'indigne ambition que ton cœur se propose !
Pour être plus qu'un roi, tu te crois quelque chose !
Aux deux bouts de la terre en est-il un si ve.in
Qu'il prétende égaler un citoyen romain?
Antoine sur sa tète attira notre haine
En se déshonorant par l'amour d'une reine ;
Attale, ce grand roi, dans la pourpre blanchi 2,
Qui du peuple romain se nommait l'affranchi3,
Quand de toute l'Asie il se fût vu l'arbitre.
Eût encor moins prisé son trône que ce titre.
Souviens-toi de ton nom, soutiens sa dignité ;
Et, prenant d'un Romain la générosité,
Sache qu'il n'en est point que le ciel n'ait fait naître
Pour commander aux rois, et pour vivre sans maître.
et lui a donné Emilie. Si c'était auparavant une belle chose de tuer un tyran et d'affranchir Rome, comme il le disait, rien n'est changé. Octave est encore un tyran et Rome est encore esclave. Que devait-il donc dire? « 11 » est beau, il est glorieux de délivrer la patrie d'un tyran; c'est la vertu » d'un Romain ; mais ce qu'Auguste a fait pour moi m'ôte la force, d'exer- » cer une vertu si cruelle. » ... Mais appeler la même action tantôt un effort de magnanimité, tantôt une lâche trahison ; refuser la liberté, quand il faut la tenir d'un tyran, et dire ensuite, en propres termes, que c'est être esclave avec honneur que de l'être d'Octave, et rassembler dans un même personnage un tissu continuel de contradictions si choquantes, c'est violer trop ouvertement l'unité du caractère. »