AUGUSTE, LIVIE
AUGUSTE
Madame, on me trahit, et la main qui me tue Rend sous mes déplaisirs ma constance abattue-. Cinna, Cinna le traître...
LIVIE
Euphorbe m'a tout dit, Seigneur, et j'ai pâli cent fois à ce récit. Mais écouteriez-vous les conseils d'une femme :< ?
Hélas ! de quel conseil est capable mon àme ?
LIVIE
Votre sévérité, sans produire aucun fruit, Seigneur, jusqu'à présent a fait beaucoup de bruit: Par les peines d'un autre aucun ne s'intimide : Salvidien à bas 4 a soulevé Lépide ;
1. Qui des deux... Lequel des deux ; laquelle des deux choses : ou pardonner et mourir, ou punir et régner. Qui est pris ici dans le sens neutre, et répond au quiè. des Latins, comme dans le vers suivant :
Je ne sais qui je <tois admirer davantage,
Ou de ce grand amour ou de ce srand courage.
(L'Illusion comique, V, ni.)
2. Rend... ma constance abattu*1. Rendre, au sens de faire, faire devenir, suivi d'un participe, au lieu d'un adjectif : locution admise, et d'une parfaite correction, au xvu° siècle.
Il rouira les desseins <|ifils feront pour lui nuire, Aussitôt confondu» comme délifc
(Malherbe, Priérepour le roi allant en Limousin.)
... Ton cœur sacrilège, aux corbeaux exposé, A rendu de nos dieux le courroux apaise.
tov, Saint -Genest, III, u.)
Vous me direz, pourquoi cette narration?
C'est pour vous rendre instruit de ma précaution.
(Molière, École des femmes, I, i.)
3. Admittis muliebre consilium ?... Severitate nihil adkuc profecisti...
4. Salvidien à bas. Abattu, renversé. Et comme dans cette phrase de Molière : ■ Voilà le marquisat et la vicomte à bas. » P ridicules, xvi.) Être à bas, être bas, mettre à bas, ces locutions Bg
Murène a succédé, Cépion Ta suivi1 :
Le jour à tous les deux dans les tourments ravi 2
N'a point mêlé de crainte à la fureur d'Egnace3,
Dont Cinna maintenant ose prendre la place ;
Et dans les plus bas rangs les noms les plus abjects '
Ont voulu s'ennoblir par de si hauts projets.
Après avoir en vain puni leur insolence,
Essayez sur Cinna ce que peut la clémence5 -,
Faites son châtiment de sa confusion ;
Cherchez le plus utile en cette occasion :
Sa peine peut aigrir une ville animée6 ;
Son pardon peut servir à votre renommée7 ;
Et ceux que vos rigueurs ne font qu'effaroucher3
Peut-être à vos bontés se laisseront toucher.
AUGUSTE
Gagnons-les tout à fait en quittant cet empire9
très énergiques, étaient, moins familières qu'il ne semble à Voltaire.
La tyrannie est bas et le sort a chanaé.
(Pompée, II, n.)
Il le peut élever, il le peut mettre à bas.
(Pohieucte, III, 11.)
— « Ce système et celui de M. Claude est à bas. » (Bossuet, Avertissement aux protestants, vi.)
1. Sur ces auteurs de complots, les mêmes que Livie nomme dans le récit de Sénèque, V. plus haut, p. 7, n. 1.
2. Le jour... ravi n' a point mêlé... Dans une telle phrase, l'idée que le participe (ravi) exprime, est le véritable sujet du verbe. Ce tour par le participe, dont on trouve chez Corneille, Bossuet, La Fontaine, etc., do nombreux exemples, rappelle une construction familière aux Latins.