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ACTE IV, SCÈNE IV

Ai-jo bien entendu? me l'as-tu dit, Fnlvie?

FLLVIK.

J'avais gagné sur lui qu'il aimerait la vie,

Et je vous l'amenais, plus traitable et plus doux,

Faire un second effort contre votre courroux ;

Je m'en applaudissais, quand soudain Polyclète,

Des volontés d'Auguste ordinaire interprète,

Est venu l'aborder et sans suite et sans bruit,

Et de sa part sur l'heure au palais l'a conduit.

Auguste est fort troublé, l'on ignore la cause ;

Chacun diversement soupçonne quelque chose ;

Tous présumant qu'il ave un grand sujet d'ennui',

Et qu'il mande Cinna pour prendre avis de lui.

Mais ce qui m'embarrasse2, et que je viens d'apprendre,

C'est que deux inconnus se sont saisis d'Évandre,

Qu'Euphorbe est arrêté sans qu'on sache pourquoi,

Que même de son maître on dit je ne sais quoi :

On lui veut imputer un désespoir funeste ;

On parle d'eaux, de Tibre, et l'on se tait du reste3.

EMILIE

Que de sujets de craindre et de désespérer, Sans que mon triste cœur en daigne murmurer ! A chaque occasion le ciel y fait descendre

i. 2'ous présument qu'il aye. Le subjonctif remplaçait ainsi, sans incorrection, l'indicatif après les verbes exprimant une simple probabilité. (Sur cette forme orthographique du subjonctif, V. p. S3, n. 2.)

La |>Iu> belle 'les deux, je crois que ce soit l'autre.

[Le Menteur, 1, iv.)

Cette lettre, Monsieur, qu'avecque cette boite On prétend qu'ait renœ Isabelle de vous.

SiÔLlÊRE, l'École des maris, II, vin.)

— « Ji 1 ce que vous m'écrivez de la lettre du P. Gonticr ;

mais je crois qu'il ne soit pas ici. » (Malherbe, Lettre à Peirex, 21 septembre 1009.)

2. Mais ce gui m'embarrasse. En bien des cas, ce verbe, au figuré, gardait encore beaucoup de la force de sa signification étymologique. C'était souvent, ou entraver fortement, ou gêner, ou, comme ici, rendre perplexe.

Quel prodige nouveau me trouble et m'embarrasse

(Racine, Athalic, II, vu.)

Ce sont fatalité- dont l'âme emlm,

A plus qu'elle ne veut se voit souvent forcée.

(Rodoyune, II, ni.)

3. Sans vaine périphrase, très simplement, et en ne donnant cetle mort volontaire de Maxime que comme un bruit qui circule, Fulvie ne pouvaitelle mieux dire? Cet On parle d'eaux... est d'un sans-façon a la fois vulgaire et singulier, qui détonne dans un dialogue de tragédie. Voltaire, impatienté, s'échappait à écrire en note : « Style de gazette suisse. »

Un sentiment contraire à celui qu'il doit prendre : Une vaine frayeur tantôt m'a pu troubler ; Et je suis insensible alors qu'il faut trembler.

Je vous entends, grands dieux ! vos bontés que j'adore Ne peuvent consentir que je me déshonore ; Et, ne me permettant soupirs, sanglots, ni pleurs, Soutiennent ma vertu contre de tels malheurs. Vous voulez que je meure avec ce grand courage, Qui m'a fait entreprendre un si fameux ouvrage ; Et je veux bien périr comme vous l'ordonnez, Et dans la même assiette où vous me retenez1.

0 liberté de Rome ! ô mânes de mon père ! J'ai fait de mon côté tout ce que j'ai pu faire : Contre votre tyran j'ai ligué ses amis, El plus osé pour vous qu'il ne m'était permis2. Si l'effet a manqué, ma gloire n'est pas moindre ; N'ayant pu vous venger, je vous irai rejoindre, Mais si fumante encor d'un généreux courroux3, Par un trépas si noble et si digne de vous, Qu'il vous fera sur l'heure aisément reconnaître4 Le sang des grands héros dont vous m'avez fait naître3.

1. Et dans la même assiette... Assiette, au sens moral, désigne un état dans lequel l'âme (ou l'esprit) a pris plus ou jnoins position, est plus ou moins assise. — « Les hommes commencent par l'amour, unissent par l'ambition et ne se trouvent dans une assiette plus tranquille que lorsqu'ils meurent. » (La Bruyère, Du cœur.) — a II n'est pas besoin d'un grand art pour faire sortir les meilleurs esprits de leur assiette. » (Vauvenargues, Maximes.) Ce terme, pris ainsi, est plus usité en prose qu'en vers. Corneille a dit, dans sa traduction de V Imitation :

Sur l'état «le ton cœur ne prends pas d'assurance;

Son assiette, mon lils, se change en un moment. (111, 351*. )

Une attache secrète

... une auactie secrète Ne laisse pas mon cœur en une bonne assiette.

(Molibhb, Dépit amoureux, I

2. Plus qu'il ne m'était permis. C'est-à-dire, au delà de mes forces (et non au delà de mon droit).

3. Si fumante... d'un courroux. L'expression peut sembler risquée, surtout en parlant de soi. Peut-être n'est-elle pas déplacée dans la bouche du personnage ; on est tenté de l'accorder à la terrible et généreuse fille, à cette âme ardente et virile, aux fureurs de laquelle nous avons tout à l'heure applaudi (V. sa dernière entrevue avec Cinna, scène iv de l'acte III).

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