‹ CinnaChapitre 92 sur 127 · EMILIE, FULVIE · texte numérisé non relu

EMILIE, FULVIE

EMILIE

D'où me vient cette joie? et que mai à propos2

Mon esprit malgré moi goûte un entier repos !

César mande Cinna sans me donner d alarmes !

Mon cœur est sans soupirs, mes yeux n'ont point de larmes :

Comme si j'apprenais d'un secret mouvement3

Que tout doit succéder à mon contentement4 !

1. « La scène reste vide : c'est un grand défaut aujourd'hui, et dans lequel les plus médiocres auteurs ne tombent pas. » (Voltaire.) — Le théâtre restait vide, en effet, entre la sortie de Livie et l'arrivée d'Emilie ; mais c'était par la faute des acteurs qui, depuis longtemps et sans doute dès l'origine, négligeaient de changer le décor à cet endroit de la pièce. Voltaire oublie que, de l'aveu de Corneille, l'action se déplace, qu'elle passe deux fois, ici et au commencement du troisième acte, de ta demeure d'Auguste dans celle d'Emilie. — Sur ces changements, V. notre Etude, p. xlviii et suiv.

2. D'oii me vient cette joie... ? « On ne voit pas trop d'où lui vient cette prétendue joie; c'était au contraire le moment des plus terribles inquiétudes. » (Voltaire.) — Mais Fulvie n'a pas encore tout dit à sa maîtresse. Que Cjnna ait été mandé de nouveau par Auguste, ce n'est vraiment pas là pour Emilie un sujet d'alarme; d'autant que le même ordre donné par Auguste à la fin de l'acte Ie1' n'a eu que d'heureuses suites. C'est tout à l'heure, quand Fulvie aura dit toutes les fâcheuses nouvelles qu'elle a recueillies, c'est alors qu'Emilie aura lieu de tout craindre, et qu'elle devrait trembler, si elle en était capable et ne gardait pas un courage à toute épreuve.

3. D'un secret mouvement. Ce mot se disait tout seul de mouvements intérieurs, tels que sentiments, émotions, instincts, attraits...

J'obéis sans réserve à tous vos mouvements.

(Variante d'un vers de l'acte III, se. iv.)

Il feint, il me caresse, il cache son dessein; Mais moi qui, dès l'enfance, élevé dans son sein, De tous ses mouvements ai trop d'intelligence, J'ai lu dans ses regards sa prochaine venaeance.

(Racine, Mithridate, IV, H.)

— « Votre courtoisie saura bien considérer le mouvement (le sentiment, l'intention) que j'ai en cette prière. » (Malherbe, Lettres à divers, 68.) — ■ « Qui pourrait croire que les Épicuriens eussent des mouvements de prier Dieu ? » (Pascal, Provinciales, IV.)

4. Succéder à mon contentement. Arriver, de manière à me contenter; à souhait pour moi. — Succéder, entre autres sens, se disait ainsi, comme le latin succedere, sans idée accessoire de bonheur ou de malheur : le complément, dans ce cas, déterminait la nature, bonne ou mauvaise, de l'événement.

Notre malheur est grand; mais, quoi qu'il en succède, La mort qu'on me refuse en sera le remède.

(Ih radius, V, vi.)

— « De quelque manière que notre libéralité nous succède, ne nous lassons pas de continuer. » (Malherbe, Trad. du De beneficiis, I, n.)

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