‹ CinnaChapitre 95 sur 127 · MAXIME, EMILIE, FULVIE · texte numérisé non relu

MAXIME, EMILIE, FULVIE

EMILIE

Mais je vous vois, Maxime, et Ton vous faisait mort1 î

Euphorbe trompe Auguste avec ce faux rapport ;

Se voyant arrêté, la trame découverte,

Il a feint ce trépas pour empêcher ma perte.

EMILIE

Que dit-on de Ginna?

MAXIME

Que son plus grand regret C'est de voir que César sait tout votre secret ; En vain il le dénie et le veut méconnaître2, Évandre a tout conté pour excuser son maître, Et par Tordre d'Auguste on vient vous arrêter.

EMILIE

Celui qui l'a reçu tarde à l'exécuter ;

Je suis prête à le suivre, et lasse de l'attendre.

MAXIME

Il vuiis attend chez moi.

EMILIE

Chez vous !

MAXIME

C'est vous surprendre:

Mais apprenez le soin que le ciel a de vous ;

1. Et Von vous faisait mort. Ce mot, qui fait sourire, ne présente rien de comique par lui-même : c'est la situation qui déteint sur le mot. Ce personnage, que l'on croit au fond du Tibre et qui réparait, fort bien portant, pour enlever, s'il se peut, la fiancée de son ami, serait plus à sa place dans une tragi-comédie à l'espagnole.

2. En vain il le dénie. Ce verbe qui, selon le cas, signifiait nier ou refuser, n'a guère conservé que le second de ces deux sens. Corneille disait ailleurs :

Je ne dénierai pas (je ne nierai pas)j puisque vous les savez, Les justes sentiment-: dans mon àme élevés.

{Roriofliinc, V, iv.)

— « Les Grecs, les Jacobites, les Nestoriens à qui le ministre ne dénie pas (ne nie pas) qu'il n'ait accordé le salut... » (Bosslet, IIIe Avertissement aux protestants.)

C'est un des conjurés qui va fuir avec nous. Prenons notre avantage avant qu'on nous poursuive; Nous avons pour partir un vaisseau sur la rive 1 .

EMILIE

Me connais-tu, Maxime, et sais-tu qui je suis2 ?

MAXIME

En faveur de Cinna je fais ce que je puis, Et tâche à garantir de ce malheur extrême La plus belle moitié qui reste de lui-même.

Sauvons-nous, ^Emilie, et conservons le jour, Afin de le venger par un heureux retour.

EMILIE

Cinna dans son malheur est de ceux qu'il faut suivre, Qu'il ne faut pas venger, de peur de leur survivre3 : Quiconque après sa perte aspire à se sauver Est indigne du jour qu'il tâche à conserver.

MAXIME

Quel désespoir aveugle à ces fureurs vous porte4 ? 0 dieux ! que de faiblesse en une âme si forte ! Ce cœur si généreux rend si peu de combat 5, Et du premier revers la fortune l'abat ! Rappelez, rappelez cette vertu sublime, Ouvrez enfin les yeux, et connaissez Maxime: C'est un autre Cinna qu'en lui vous regardez ; Le ciel vous rend en lui l'amant que vous perdez ;

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