‹ Cinq années de résidence au Canada [microforme] (volume 2)Chapitre 12 sur 38 · IMAGE EVALUATION K TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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nous retirions après ce refus, et nous allions retourner paisiblement à notre bateau, lorsque nous aperçûmes la porte de l'écurie ouverte: nous y entrâmes et nous venions de découvrir un peu de paille propre, sur laquelle nous espérions rous étendre et passer agréablement la nuit , lorsque le propriétaire y vint, et nous ayant reconnus , nous ordonna en jurant de nous éloigner sur-le-champ.. Nous fûmes donc obligés de décamper et d'aller prendre sur le rivage notre station nocturne accoutumée.

Ce petit incident bannit le sommeil de nos paupières , et je me livrai, pendant la plus grande partie de la nuit, aux plus sombres réflexions sur l’avenir quinous attendait.

Nousemployämes, depuis le 18 août jusqu’au premier septembre , à faire ce trjet qui n’est que de 120 milles. Je crois pouvoir dire, sans crainte d'être taxé d’exagération, que pendant cette courte période ; chacun de nous éprouva. plus de tribulations : supporta plus de privations , et donna de plus fortes preuves de courageet d'énergie que-nous n'avions eu occasion de le faite dans toutes les années de notre vie qui avaient précédé cette époque. Pendant le

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jour , par suite du poids considérable de nos. bagages , nous étions obligés d'aider les matelots à touer le bateau pour lui faire remonter le courant. Pour cela , nous étions souvent forcés de nous mettre dans l'eau jusqu'aux aisselles, et la nuit nous n'avions pour reposer nos bras tremblans et énervés, que les bords. inhospitaliers, de cette rivière de cataractes.

Le neuvième jour de ce voyage amphibie , mon frère et moi avec plusieurs des colons, afin de rompre la triste monotonie de cette pénible navigation, nous quittâmes le bateau pour marcher pendant quelques milles le long des bords du St.-Laurent. Comme nous ne connaissions pas du tout Île pays, nous avions soin de nous tenir toujours aussi près. que possible du rivage, qui dans cette partie, était complète ment couvert de bois épais. Lorsque nous.

eûmes ainsi parcoutu environ uh mille , notre

marche fut interrompue par une grande étendue. de torre marécageuse absolument impraticablé : avant que nous eussions tourné le marais et ensuite regagné le rivage, le bateau était hors. de notre vue. Nous poursuivimes néanmoins notre route le long de la rive jusqu'aux.

approches de la nuit. Alors nous aperçûmes à environ deux milles , en descendant la rivière, une Jumiéré que nous présumâmes être celle du bateau. Cette conjecture se trouva vraie. Il paraît que, dans notre empressement pour l’atteindre , nous avions dépassé le but et remonté trop haut. Comme la nuit était fort sombre , nous sifflimes , nous criâmes , nous déchargeâmes nos fusils , espérant engager ainsi les bateliers à avancer et à nous prendre à bord. Mais tous nos efforts furent inutiles. Nous ne pûmes nous faire entendre , ni faire remarquer nos signaux. À la fin, un de nous découvrit une maison à environ un demi-mille de distance.

Cette découverte ne nous fit pas peu de plaisir: nous avions marché près de 10 milles , dans une forêt très-peu agréable, et àt: “ersdes marais. La faim et la fatigue ét. « les suites naturelles de notre course. Lorsque nous entrâmes dans cette maison ,et informâmes le propriétaire qui était un Américain , des circonstances qui nous forçaient à l'importuner, et à réclamer l'hospitalité, il murmura avec beaucoup de froideur quelques mots dont le résultat fut que nous pourrions , si cela nous

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LETTRE V. 75 faisait plaisir, coucher sur le plancher. Il était alors neuf heures, et jusqu’à onze , moment où la famille se retira, nous ne jouimes pasun seul moment de la conversation de notre hôte, ni de na 3 épouse. Quand ils nous eurent quittés, nous nous étendîmes sur le lit peu commode dont on nous avait accordé la jouissance, et après avoir dormi jusqu’à la pointe du jour, nous nous éveillâmes avec des douleurs dans tous nos membres.

Après avoir lu le récit de semblables incidens, vous vous ferez une idée peu avantageuse de l'hospitalité eanadienne. Cependant un sentiment de justice .m'’a forcé de reconnaître que les familles qui vivent le long des bords du $t.-Laurent ont été si souvent pillées, trompées , maltraitées de toutesles manières parles aventuriers mal intentionnés qui se rendent dans le haut Canada , qu'il n’eût point été étonnant que nous eussions été encore plus mal accueillis.

La campagne de chaque côté de la rivière , entre Prescott et Montréal , ressemble. à celle qui est entre cette dernière ville et Québec ; avec cette différence que lesmaisons au-dessus

de Montréal sont fort inférieures à celles que l'on voit au-dessous de la même ville. Jusqu'à environ 60:milles au-dessus de Montréal , presque tous les habitans sont d'extraction française, etparlent toujours la langue de leurs ancêtres. À péine entendent-ils un mot d’anglais. Ils paraissent être d'une origiie peu élevéé. Les habitations sont construites en forme de chaumière et sont d’üne grande propreté. Le voyageur qui peut trouver l'occasion de dépasser le seuil de leur demeure, verra rarement chez eux l'apparence de la misère où du mécontentement. Depuis mon arrivée dans le pays, jé n'ai pas vu une seule trace d’anxiété ou de souci sur les traits de ces peuples. Dans ‘les villes, dans les villages comme dans les campagnes, tous les yeux brillent de conten:

tement. On n'entend que le langage de l’indépendance. Hélas ! que le triste sort des Irlan: dais forme un contrâste affligeant et pénible avec le bonheur des habitans de ces contrées ! La ligné qui sépare le haut Canada de la partie inférieure ; coupe le St-Laurent à environ 6o filles à l'ouest 4e Montréal. De cette ligne jusqu'à Prescott, on a le haut Canada sur le

LETTRE VW 75

rivage du nord et l’état de New-Yorck sur le rivage du sud.

Les seuls villages entré Montréal et Prescott sont :

La Chine dont nous avons déjà parlé.

Point.Clair à 18 milles de Montréal. Il à une église et un presbytère, ét contient environ 100 habitans tous de la religion catholique romaine. C’est le seu village peu soigné de la province inférieure.

Les Cèdres consiste en quélques, maisons principalement habitéès par des mécaniciens.

Le Coteau du lac également peu étendu , mais plus important comme poste militaire ; un fort ayant été élevé dans lé voisinage pour protéger les bords de la rivière et pour intercéptér le passage de l'ennemi, s'il s'en présentait pour monter où descendre le fleuve.

Cornwall, décoré du titre de ville , a plus d'étendue qu'aucun des villages que je viens de citer. Îl est situé à 86 milles de Montréal ; il a uné prison , un palais de justice , une chapelle catholique-romaine , une maison presbytérienne : on ÿ compté ehviron 50 maisons et

200 habitans. C'est là que se tiennent les assises pour le district de l’ouest.

Prescorr contient environ 140 habitans: on y a élevé un fort appelé fort Wellington. La navigation des bâtimens marchands recommence à cette ville et continue. gran chutes du Niagara.

Nous séjournâmes deux jours à Prescott, et le 3 septembre , nous nous embarquâmes pour Yorx à bord d'un petit shooner, appelé {a Calédonie. Nous fimes en six jours ce voyage dans lequel nous eûmes à parcourir une distance de 240 milles.

Entre Prescott et Kingston , le St.-Laurent présente un aspect aussi sauvage que pittoresque. Le lac des Mille Iles, placé entreces deux villes , offre une combinaison délicieuse des scènes les plus variées de la nature, eten même temps les plus opposées : contraste qui donne encore plus de prix aux beautés que l'on y découvre à chaquepas

Immédiatement à l'opposé de la ville de Prescott, sur le rivage appartenant aux Étatsunis, on trouve la ville d'Ogdensburg , et 12 milles plus haut sur la rive canadienne, est

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placé le délicieux village de Brookrille, ainsi appelé en l'honneur de feusir Brook si généralement regretté. Ce lieu , vraiment enchanteur, réunit par sa situation toutes les beautés de la nature. Devant le village coule le fleuve de St.-Laurent, parsemé d'îles nombreuses de formes différentes, et couvertes debois touffus. Sur les derrières se trouve un assemblage de petites hauteurs , s’élevant l’une au-dessus de l’autre en forme d'amphithéâtre ; et de chaque côté, on voit un grand nombre de fermes dans un état de culture très-avancé. Tout se réunit pour èn faire un séjour délicieux. Les maisons sont construites en bois et peintes avec goût. Le palais de justice, placé sur un terrain élevé derrière le village, semble par sa situation dominante veilleràlasüreté des habitans. Brookville contient 450 habitans. Il y a un presbytère ; mais jusqu’à présent, on n'y a pas élev“ d'église. Me

À 67 milles de Prescott et 79 de Brookville , on trouve la ville de Kineston à 44 degrés 8 minutes de latitude nord et 76 degrés 40 minutes de longitude ouest. Cette ville, bâtie

. en 1784 , est maintenant d’une haute impor-

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tance pour les intérêts de l'Angleterre dans le- Canada. C'est le dépôt maritime du haut Canada. Il est bien protégé par une forteresse appelée le fort Frédéric. On voit dans le port de Kingston, qui est très-profond et bien abrité, plusieurs grands vaisseaux : entr'autres le St.- Laurent, de 102 canons , qu'on dit avoir coûté l'énorme sotnme de trois cent mille livres sterlihg. Quelques-uns de ces vaisseaux ont été construits en Angleterre et envoyés en bottes | à Québec , d'où on les a transportés à grands frais à Kingston , à bord des bateaux dont j'ai déjà donné la description. On assure que le transport seul de la frégate la Psyché, de Québec à Kingston, a coùté douze mille livres sterling. Quel motif à pu induire le gouvernement anglais à construire en Angleterre, où les bois sont si chers , des vaisseaux pour le service du Canada. La politique de ces dispositions que l'on peut assimiler à celle qui consisterait À transporter du charbon de terre à Newcastle d'où on l’extrait , est un mystère que ne peuvent deviner les hommes les plus instruits du Canada. On eut pu envoyer un nombre d’ouvrièrs et une quantité de matériaux

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suffisans pour construire lés vaisseaux néceisaires au service du lac , avec le quart des dépenses qu'a occasionnées le transport d'une

seule frégate de Québec à Kingston.

Kingston, quoique la plus grande ville de la province supérieure , ne contient cependant que 2,336 habitans , dont la plupart sont descendans de ces Loyalistes qui vinrent chercher un asyle en Canada, après la guerre de l'Indépendance des États-Unis. Le reste se compose d'Anglais, d’Irlandais et d'Écossais avec quelques Allemands et quelques Français, Les rues , sont alignées avecune extrême régularité : mais les maisons ; comme presque toutes celles du Canada, sont très-irrégulièrement bâties. Les chemins sont si mauvais dans cette partie de Ja province , ainsi que dans les autres, qu'il est difficile de sortir dans le mauvais temps , sans s’enfoncer très-avant dans la boue. Les bâtimens publics sont si peu importans à Kingston , qu'ils méritent à péine qu'on en fasse mention. @e sont l'église épiscopale protestante , la maison de réunion presbytérienne ,

la chapelle des Méthodistes, l'église catholique-

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romaine, les barraques-, la prison et le pr de justice.

Le lac Ontario auquel Kingston sert comme d'entrée , est situé entre le 43.° et le /44.° degrés de latitude nord, et entre le 74.° et le 83.° degrés de latitude: ouest. Sa longueur

est de 1791 milles, sa largeur de 59 et demi, sa circonférence de 467. La profondeur de ses eaux varie extrêmement ; mais elle est rarement de moins de 3 brasses et de plus de 50:

quoique au centre du lac, on ait souvent jeté une ligne de 350 brasses , sans avoir trouvé le fond. On y ressent souvent de violentes tempêtes qui rendent sa navigation extrêmement dangereuse; et quoiqu'il n’y ait que desmarins expérimentés , à qui on puisse confier la condüite des pétits vaisseaux marchands qui naviguént sur sa vaste mais trompeuse étendue , un grand nombre d'individus complètementigriorans de tout ce qui concerne la navigation , nt obtenu d'y commander des vaisseaux: Les éaux de ce lac, dussi bien que celles des lacs Erié, Huron et des autres au-dessus , s'élèvent tous les 55 ans à une hauteur considérable. En 1816 , l'Ontario s’est élevé à 7 pieds plus haut

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qu'on'ne l'avait vu depuis plus de trenté ans: cela ne doit-il pas être un sujét'intéressant de méditations pour les amateurs d'histoire naturelle? Excepté aux époques mentionnées, la hauteur de ces eaux ne varie jamais de 8 à 10 pouces, au-dessus ou au-dessous de leur état habituel. Quelles causes peut-on assigner à une crue d'eau aussi extraordinaire et capable de produire onde pa opel un semblable changement.

Entre Kingston et Yorck, où rencontre deux ou trois petits villages , dont le plus grand est Belleville qui contient environ 140 habitans.

Yoncx est le siège du gouvernement pour le haut Canada. Cette ville. est située sur la côte nord du lac Ontario, à 43 degrés 33 minutes de latitude, et 77 degrés 20 minutes de

longitude. Son port qui est. très-étendu est

formé par une péninsule longue et étroite qu'on appelle ordinairèment /a: pointe de Gibraltar. Quoique Yorck soit la capitale: d'une colonie très-étendue , elle ne serait considérée en Europe que comme un village. Sa position sans défense , et qui ne peut même pas être améliorée , la rend de peu d'importance en temps

de guerre. Elle fut prise par les Américains le 27 avril 1813, mais ile ne la gardèrent que quelques jours ; ils l'évacuèrent , après ayoir détruit tous les bâtimens publics.

La garnison est placée à environ un mille à l'ouest de la ville , où il y a une barraque pour les troupes, upe résidence pour l'officier commandant, une batterie et deux forts destinés à protéger le port. En 17953 ce lieu était presque

désert. La ville contient maintenant 1536 ha-

bitans et environ 250 maisons dont plusieurs ont une très-agréable apparence. Les édifices publics sont une église protestante épiscopale, une chapelle catholique-romaine, une maison de réunion presbytérienne et une de Méthodistes, l'hôpital , la maison du parlement et la résidence du lieutenant-gouverneur, … .

L'église épiscopale est un bâtiment sans décorations , construit tout.en bois, assez grand, avec un petit clocher égalementen bois, On.y voit un très-yaste cimetière , bien entouré et planté avec goût.

La chapelle catholique-romaine qui n’est pas encore achevée est. un édifiée qu’onse propose de rendre très-magnifique.

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