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I] y a dans Montréal deux banques : l'une , portant le nom de {a Banque, possède un capital de deux cent cinquante mille livres sterling. L'autre, connue sous le nom de Banque du Canada , en a 300 milles. Chacune des deux est gouvernée par un président et des directeurs élus tous les ans. Jusque dans ces derniers temps, cette ville était privée de ces moyens si précieux d'utilité commerciale : et ce n’est qu'après avoir long-temps fait la pénible expérience des inconvéniens attachés à l’ancienne manière de traiter les affaires, que les négocians de ces contrées se sont empressés de concourir à l'exécution des plans d'établissement de Banques Nationales. As en ont obtenu une amélioration considérable de leurs propres intérêts, etontrenduenimêmetemps à leurs voisins d'importans services , sans se nuire en aucune manière. Ceux qui dirigent ces établissemens de banque , sont, en général, des hommes sages etprudens qui répondent dela manière la plus
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satisfaisante à la confiance qu'on leur a témoignée en les appelant à ces postes importans.
La principale bébliothèque publique est celle établie par souscription et portant le nom de Bibliothèque de Montréal : elle appartient à un certain nombre de personnes qui ont souscrit par portions pour réunir un capital suffisant à un achat de livres et à celui d’un bâtiment convenable pour les recevoir et les conserver. Ce bâtiment contient environ 8,600 volumes , parmi lesquels on trouve un grand nombre d'ouvrages très-estimés. Indépendamment de cette bibliothèque, il existe à Montréal deux cabinets littéraires appartenant à des libraires et qui sont tous les deux très-bien approvisionnés d'ouvrages nouveaux. On y trouve aussi plusieurs journaux anglais ei français.
Deux vastes marchés couverts, avec toutes les dépendances convenables , placés dans différentes parties de la ville, offrent aux habitans d’amples moyens de se pourvoir de viande, de poisson, de beurre, d'œufs et de tous les ‘autres articles de consommation générale.
Montréal , envisagé sous les rapports com- .merciaux, peut être considérée comme la capi-
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tale du Canada ; mais, sous les rapports politiques, ou doit considérer Québec comme beaucoup plus importante. La situation topographique de la première de ces villes, privée d’ailleurs de tous moyens de défense, fait qu'elle n’estque peu ou pas du tout importante pour les Anglais, en temps de guerrre.
En supposant que la population de Montréal s’élève à 16,000 âmes, ce que je pense ne pas être éloigné du calcul le plus exact, on y trouvera environ 10,000 individus d'origine française , professant la religion catholiqueromaine ; 2000 Écossais, presque tous presbytériens ; 1500 Anglais, dont la majeure partie est attachée à l’église établie; 1000 Zrlandais, dont moitié protestans , moitié catholiques, etenviron 1500 Américains, dont la religion est la politique, et la divinité l'or qu'ils cherchent à se procurer à tout prix.
On ne compte pas moins de sept bateaux à vapeur navigant continuellement sur le Saint- Laurent, entre Québec et Montréal , dont cinq sont presque aussi grands que des frégates de quarante canons. Îls sont d’une construction élégante, et disposés de manière à rendre ces
voyages très-commodes pour ceux qui les font. Il y en a quelques-uns qui sont assez grands pour recevoir, de chaque côté de la cabine , cent personnes dans deux rangs de cabanes placés l’un au-dessus de l’autre. Ces cabanes sont garnies d’excellens couchers.et de rideaux que l'on tire à volonté-et quien cachent l’intérieur. Les femmes y trouvent aussi des logemens séparés de ceux des hommes , mais pour la nuit. Tous les repas se prennent dans une chambre commune. Les passagers sont traités avec les plus grandes attentions à bord de ces bâtimens. Des domestiques de toute espèce sont toujours prêts à servir au premier signal; et .des tables, dressées tout le jour, offrent dans chaque saison la réunion des mets les plus recherchés que produisent ces fertiles contrées. En un mot, les agrémens de toute espèce qu’on y trouve, ne le cèdent en rien à ce qu'offrent aux voyageurs les meilleurs hôtels d'Angleterre. Le prix d'une cabane de passage de Québec à Montréal est de trois livres sterling; et de Montréal à Québec, de deux livres sterling et demie, en y comprenant tous Îes frais. Ges voyages sont,
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en général, de vingt-quatre heures de Montréal à Québec, eton en mettrente-six pouraller de Québec à Montréal, circonstance qui explique la différence des prix. Les passagers de la cabane cohstruite près de la grande chambre ne paient que dix schellings pour leur transport, etse fournissent de provisions de bouche.
Mais ces vaisseaux à vapeur sont aussi ; depuis peu, très-utilement employés à transporter des marchandises de poids; les difficultés de la navigation entre Québec et Montréal.
s’opposant à ce que des vaisseaux excédant une capacité de 240 tonneaux puissent faire ce trajet avec promptitude et sécurité. Le seul secours qu'ils puissent employer pour remonter contre le courant est le vent, et, lorsqu'il n'est pas absolument contraire à leur voyage, de grands vaisseaux peuvent naviguer sur plusieurs points de ce vaste courant ; mais, dans plusieurs autres parties, le défaut d’eau ou d’autres obstacles non moins dangereux s’opposent à la navigation. Par conséquent, leur marche vers Montréal est lente et sasceptible de nombreuses interruptions. Pour prévenir ces inconvéniens , il est maintenant devenu
d’uri usage général pour les vaisseaux marchands de décharger à Québec la partie de leur cargaison destinée pour Montréal , et defréter, à un prix modéré, un bateau à vapeur pour la transporter dans cette dernière ville.
Les quais de Montréal, si on peut leur donner ‘ce nom, sont dans le plusmauvais état. On ne peut y charger ou décharger les vaisseaux sans beaucoup de difficulté, et un travail très-pénible ; et, pour rendre toute promenade sur les quais aussi désagréable qu'elle est souvent utile aux opérations commerciales, on permet à ceux qui sont chargés de nettoyer la ville d'en porter toutes les immondices dans ces lieux.
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— Habitans. — Division de la province. — Prescott. — Ogdensburg. — Brookville. — Kingston. — Fort Frédéric. — Lac Ontario.
— Villages entre Kingstonet York. — Gar-
nison et bâtimens publics.
Après avoir séjourné quelques jours à Montréal, je revins à Québec pour solliciter de son Excellence le Gouverneur un ordre pour avoir les barques nécessaires au transport des nouveaux colons dans le Haut-Canada. Les lettres
de lord Bathurst à mon père nous avaient induits à croire que le gouvernement nous fournirait les moyens de nous rendre sur les lieux où nous devions nous établir. Mais, à notre arrivée à Montréal , nous trouvâmes qu'il n’avait été fait aucune disposition pour nous transporter plus loin, et que nons allions être obligés d'entreprendre à nos frais un voyage de plus de 500 milles. Il y avait, à cette époque, à La Chine, village à environ 20 milles de Montréal , plus de cinquante barques appartetenant au gouvernement. L'objet de ma.seconde visite à Québec fut d'obtenir ces bateaux du gouverneur. Sa Grâce déclarà que , n'ayant point reçu à ce sujet d'ordre de la secrétairerie d'État, elle ne pouvait nous en accorder la disposition, sans s’exposer à supporter personnellement toutes les dépenses et dommages qui pouvaient en résulter. Comme cette excuse me parut assez plausible , je n'insistai pas plus long-temps, et je ne tentai pas de mettre l'affaire en discussion, quoique bien convaincu qu'on avaitdû pourvoir à quelques moyens de nous transporter au moins jusqu'à
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Ja distance la plus rapprochée du Haut-Canada.
Je retournai à Montréal sept jours après en être parti, et je m'embarquai à La Chine avec mon père et les colons , le 18 août, vingt jours après notre arrivée à Québec. :
À raïson des eaux basses qui se trouvent immédiatement au-dessous de ce village , les marchandises ét les passagers qui doivent remonter la rivière plus haut, sont transportés par terre depuis Montréal. Avant de quitter la Chine, vingt-un colons, craignant les dépenses qu’entraînerait le transport de leurs familles , en avançant dans le Haut-Canada, se séparèrent de nous à la sollicitation du colonel Cockbuin, et acceptèrent de lui un établissement près de Perth, à environ 140 milles de Montréal.
Par suite de la rapidité du Saint-Laurent immédiatement au-dessus de Montréal , les vaisseaux ne vont pas plus loin que cette ville. Telle est la violence des courins, sur diftérents points, qu'il est absolument impossible de remonter la rivière dans des vaisseaux de construction ordinaire. On a donc inventé,
pour ÿ sup pléer, des bateaux plats, étroits à l'avant et à l'arrière, faîts de planches de pin que l’on adopte comme étant les plus convenables à cette destination. Les bateaux ont environ quarante pieds de long, etdix de large au centré. Ils sont montés par quatre hommes et un pilote, Chaque bateau porte environ cinq tonneaux. Îl ést muni d’un petit mât et de voiles , de six crocs d'environ neuf pieds de long , revêtus à leur plus basse extrémité de fer qui se termine en une pointe trés-aigué; d’un ancre et des ustensiles nécessaires pour la cuisine. Ce sont ces bâtiments qui effectuent le transport de toutes les marchandises destinées pour le Haut-Canada; et, lorsqu'ils ont terminé leurs préparatifs, ils partent de La Chine ordinairement par convois de cinq à six à-la-fois. Ils arrivent promptement au {ac St.-Louis formé par la jonction de l’Otta Was, ou Grande-Riviere , avec le Si.-Laurent. Si le vent se .ouve bon lorsqu'ils traversent ce lac, ils hissent les voiles, jusqu'à ce qu'ils arrivent aux Cascades, distantes d'environ 30 milles de Montréal.
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quer un canal très-court et des écluses où ces bâtimens passent pour remonter jusqu'au haut des cataractes. Ils continuent ensuite leur marche jusqu'aux Céèdres, où, par le moyen de nouvelles écluses, ils remontent encore la partie la plus rapide du torrent. Le courant, entre les Cascades et les Cèdres, est tellement impétueux que les bateliers sont obligés d'avoir recours à leurs crocs qu'ils fixent dans le lit de la rivière set parla pression de chaque batelier sur cet instrument, ils font remonter le bateau avec une étonnante célérité. Quoique ces manœuvres soient extrêmement fatigantes , ils sont souvent obligés de les continuer pendant plusieurs heures sans relâche. Souvent même leurs plus grands efforts en ce genre deviennent inutiles. Alors ils attachent une corde à l’avant du bâtiment, et, ne laissant à bord que le pilote, ils se plongent dans l’eau et touent le bâtiment à force de bras, jusqu'au haut des cataracter écumantes. C'est ainsi qu'ils effectuent ce difficile trajet qui emploie rarement moins de dix jours, quoique la distance ne soit que de 120 milles. Je ne peux m'expliquer comment les hommes employés Tour I. 6
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à cetie navigation jeuvent la continuer longtemps sans ruiner entièrement leur constitution. Excédés de chaleur, ou prêts à s'évanouir de fatigue, ils sont forcés de se mettre dans l'eau jusqu'aux aisselles , et d’y demeurer pour touer les bâtimens. Quelquefois ils y sont complètement transis de froid; ils ont alors recours aux liqueurs spiritueuses dont ils font d’ailleurs un fréquent usage, et peu de minutes après ils sont encore de nouveau baignés de sueur.
Les chutes les plus rapides entre Montréal et Prescott, sont les Cèdres et les Cascades dont nous avons déjà parlé, le Coteau du Laciet le Lôngsault. Ce dernier a environ 9 milles d’étendue , et quoiqu'il faille rarement moins d’un jour pour le remonter, on a vu des bateaux ne mettre que quinze minutes pour le descendre dans toute sa longueur.
Tandis qu'environ 150 colons s'embarquaient à la Chine, dans des embarcations canadiennes , appelées bateaux de Durham , mon père et sa famille, avec le reste des colons, montèrent sur un bâtiment de même construction. Cette embarcation offrait si peu de dispositions commodes pour les voyageurs que , pen-
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LETTRE v. 69
dant les treize jours que dura nôtre voyage de la Chine à Prescott, notre sort n'était rien moins que susceptible d’exciter l'envie. Pour faire place à ma mère et aux petits enfans dans le misérable l’une cabine , mon frère et moi étions fré t obligés de dormir sur le rivage en p ayant pour rideaux lés zéphirs rafraîchissans, et pour ciel de lit, la voûte azurée du firmament. On doit certainement trouver quelques tavernes le long des bords de cette rivière : mais, comme les bateaux ne s'arrêtent pas toujours dans le voisinage de ces asyles , nous avions rarement d’autres moyens de repos que celui dont je viens de parler.
Une nuit entr'autres ; trouvant l'air trop froid pour reposer sur la terre, mon frère et moi, avec trois colons, sollicitâmes un fermier canadien de nous permettre de coucher sur le plancher de sa cuisine. Cette humble et modeste requête fut péremptoirement refusée.
Nous ne demandions cependant ni lit, ni couverture ; ni viande; niboisson, mais seulément la permission de reposer nos membres fatigués sur des planches absolument nues. Nous