‹ Cinq années de résidence au Canada [microforme] (volume 2)Chapitre 14 sur 38 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

à recevoir des grenouilles ou des habitations de Castor qu’à abriter descréatures humaines. Aussi les habitans sont-ils très-sujets aux douleurs et aux fièvres intermittentés , surtout au printemps et en automne. On a calculé qu'environ les cinq septièmes des habitans étaient annuellement attaqués de ces maladies. La ville d'Yorck possède un très-grand avantage , celui d'un excellent port, maïs sans aucun

* moyen de défense.

ations aines.

douut au qu'entaient ÈS+ La i age , aucun

Choiz d’un établissement. — Avis du colonel “Thomas Talbot. — Habitudes bizarres du

colonel. — Préférence donnée au territoire de Londres. — Marche vers ce point d’établissement. — Les campagnes bordant là rivière Ouse. — Villages appartenans aux Indiens des six Nations.— Entrevue avec un des Catéchistes natifs. -— Arrivée au port Talbot. — Désastres qu'éprouvent mon père et les colons sur le lac Erié. — Joyeuse rencontre. — Départ du port Talbot pour Westminster. —

Situation du territoire de Londres. — Sadis-

tance du lac Erié et autres points. —— Sa forme et son étendue. —. Premier jour et première nuit dans notre possession d’ Amérique. —

Chasse du loup dans la matinée. — Opérations

et séjour dans les bois avant l’arrivée de la famille.

Lorsque nous arrivâmes à Yorck , mon père se rendit auprès du lieutenant-gouverneur et lui présenta l’ordre de lord Bathurst, relatif à la concession des terres qu'il avait obtenues. Son Excellence lui dit qu’il pouvait choisir ces terres dans tout le territoire de la province, parmi celles dont il n'aurait pas encore été disposé: mais il l’assura en même temps, qu'étant lui-même tout récemment arrivé dans le pays, il n'était pas en son pouvoir de lui indiquer les moyens de faire un bon choix. Il adressa mon père au surveillant-général et lui donna une lettre de recommandation pour cet officier , le priant de nous donner tous les renseignemens qui dépendaient de lui: en conséquence , nous nous rendîmes auprès du surveillant-général , mais nous en obtinmes peu de renseignemens satisfaisans. |

Peu de temps après, mon père rencontra le colonel Thomas: Talbot , frère de Richard W. Talbot , écuyer , du château de Malashide, comté de Dublin. Il y avait trente ans que le

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contra ichard shide , que le

colonel était venu dansces contrées , officier dans le cinquième régiment d'infanterie. Pendant la durée de sa station dans ce pays, il prit un tel attachement pour les bois et pour

” les déserts du Canada, qu’à son retour dans sa

patrie , il éprouva des regrets d'avoir. quitté celui qui était devenu son séjour d'adoption. Dans cette disposition d'esprit, il vendit sa commission et obtint la concession de cent mille acres de terre , sous la condition d'y établir un colon par 200-acres. Il choisit cette vaste étendue de territoire sur les bords septentrionaux du lac Erié , environ à 44 milles sud-onest de Yorck. En 1803 , époque à laquelle il n’y avait pas une seule habitation chrétienne à 4o milles de ses propriétés , le colonel commença son établissement , dans les circonstances les plus décourageantes et les plus défavorables. Il donna à son domaine le nom de port Talbot; et en moins de dix ans, il vit s'élever graduellement devant lui un établissement qui portait tous les caractères de la prospérité. Mais il n’a pas encore. pu remplir ses engagemens envers le gouvernement , et il n'est pas vraisemblable qu'il le puisse, s’il

88 LETTRE Vi.

continue à estimer les terres au prix actuel , celui de trois dollars par acre pour 150 acres, et 50 acrés gratis.

Le colonel est peut-être un des hommes les plus bizarres de tout le continent. Non-seulement il mène l’ennuyeuse et triste vie d’un célibataire ; mais encore il ne jouit d'aucune espèce de société. Son aversion pour le beau sexe était si grande pendant plusieurs années, après son arrivée au port Talbot , qu'il refusa de prèndre à ses gages une servante, et aima mieux se condamner à traire lui-même ses vaches , faire son beurre et remplir toutes les autres fonctions de fille de cuisine, de servante et de laîtière. N'est-il pas d'ailleurs ‘extraordinairé qu'un officier anglais d’un rang aussi élevé dans l’armée, ait pu se décider à s'établir dans dés déserts où il est totalement privé de touté société , À moins qu'il ne se lie avec une classe de peuple qu’il considère comme étant entièrement au-dessous de lui, et avec laquelle il n'a eu jusqu'à présent aucune espèce de rapport ? Étant membre du conseil législatif du haut Ganada , il:va à Yorck une ou deux fois par an. Ces visites et celles qu'il fait acci-

dentellement en Angleterre, tous les einq ou six ans, servent à lui faire perdre les manières agrestes et sauvages qu'il contracte dans son domaine isolé, et à lui rappeler que le monde est encore aussi gai que lorsqu'il fréquentait lui-même les cercles les plus j joyeux et les plus brillans.

D'après la parfaite connaissance que le co-

lomel avait du pays , mon père le considéra comme pouvant lui donner les meilleurs con-

seils , relativement au choix d'un établissement. En conséquence, il l’instruisit de notre

position et de notre défaut d'instructions lo-

cales. Le eolonel lui parla de plusieurs points sur lesquels il croyait avantageux de former un établissement : mais lui recommanda spécialement le territoire de Londres , étendue de terre surveillée depuis un grand nombre d'années par ordre du général Simoe, premier lieutenant-gouverneur du haut Canada. 1] fut done convenu que nous nous dirigerions immédiatement vers Londres ,et le 11 septembre, toute notre troupe partit pour Wiagara , à bord du même schooner sur lequel nous étions venus de Prescott.

Niagara est à 4o milles d'Yorck : nous allâmes par eau jusqu’à la ville de Queenstown , distante de 9milles. De ce point au port Erié, nous, voyageâmes par terre pendant l’espace de 36 milles. De là au port Talbot nous fimes 116 milles, et nous:eûmes ensuite à faire 3/4 milles pour arriver à Londres. Il fut alors reconnu qu’en remontant jusqu’à la naissance du lac Ontario , et faisant ensuite un trajet par terre, de 90 milles , nous n’aurions eu à parcourir que 135. milles dans tout notre voyage que nous eussions fait avec beaucoup moins de frais et une plus grande promptitude : mais comme nous étions dans une ignorance complète des localités, nous dûmes nous en rapporter aux renseignemens qui nous furent donnés, et nous fimes beaucoup plus de chemin. |

Quoique je vienne de parler en nom collectif, comme si j’eusse fait partie de la troupe voyageante , je m'en étais séparé à Yorck, fatigué du trajet par eau, et je m'acheminai par terre au port Talbot, où j'étais convenu de me réunir à mes compagnons de fortune. Le chemin d’Yorck au port Talbot, pendant les pre-

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LETTRE VI. g1

miers 50 milles, passe sur un sol léger et sablonneux qui par conséquent n'est pas susceptible d’une grande amélioration. Plusieurs pctites rivières dont les bords sont d’une immense hauteur et presque perpendiculaires , coupent cette partie du pays; ce qui fait qu'on ne voyage qu'avec beaucoup de peine et de dangers. Les chevaux en montant ou descendant ces rives escarpées , glissent souvent et sont quelquefois précipités et mis en pièces , malgré toute l’habileté et les efforts de leurs conducteurs. Du haut du lac Ontario jusqu’à Ja grande rivière Ouse , le chemin prend sa direction à l'ouest : de la grande rivière au territoire de Wood house ,. il continue à incliner vers l’ouest : mais de #’ood house au port Talbot , il se dirige vers le sud-ouest.

Sur les bords de la grande rivière Quse , à 21 milles de Dundas , on trouve plusieurs villages habités par les six Nations Indiennes. Ces villages qui, très-rapprochés l’un de l'autre, paraissent ne faire qu'un seul établissement , sont composés d'environ 200 maisons , et contiennent près de 1500 habitans. Le territoire sur lequel ils résident est un des plus fertiles

S Le ps LETTRE. VI.

/' de toute la province: il-fut donné aux Zndiens

‘des cing Nations ;, qui en ont , depuis cette époque , admis une autre à participer à tous leurs droits et immunités. Cette concession leur fut faite aussitôt après la guerre de la révolution , comme une indemnité des terres confisquées sur eux parles États-Unis ,àcausede leur attachement à la cause royale. Un espace de 6 milles de chaque côté de la rivière, depuis sa source jusqu’à son embouchure , composait

originairement leur concession : mais depuis ils ont vendu plusieurs territoires à divers particuliers. Néanmoins ils conservent encore assez de terres pour la subsistance de 500000 individus, si elles étaient convenablement cultivées.

Dans un de ces villages , il a été élevé aux dépens du gouvernement suprême , une trèsjolie église, bien supérieure, pour le travail et la grandeur , à la plupart des églises paroissiales d'Angleterre et d'Irlande. La chaire , située à l'extrémité supérieure de l’église, est surmontée des armes royales d'Angleterre , exécutées en bas-relief. Sur le côté droit de la chaire, sont écrits avec goût , en léttres d’or, sur un fond

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de bois noir, le credo des apôtres, et les prières au Seigneur en langage Indien : l'on voit à gauche le décalogue dans la même langue. Un ministre de l'établissement célèbre ordinairement l'office divin dans cette église , et quand il est absent , il est remplacé dans la chaire par un Indien que ses compatriotes décorent du titre de docteur Jean. Ce digne ecclésiastique donne à ses frères, en l'absence du ministre anglais, un échantillon de sestalens oratoires : mais il n'en est pas moins évident que l'évangile n’a pas encore exercé une grande influence sur les cœurs de ces Indiens, ni sur celui de leur prédicateur natif, qui par conséquent ne peut être supposé avoir beaucoup de crédit sur les esprits.

Comme je me trouvai arriver le dimanche dans ce village , et que j'étais curieux de voir commentun peuple non civilisé adorait la divinité, je me rendis auprès du docteur Jean, et je le priai de me faire connaître sil’office divin serait célébré l'après midi. Il ressemblait peu dans le moment où je l’abordai, à un ministre de cet évangile dont le principe est paix sur la terre et bienveillance entre les hommes; car il

était très-occupé à aiguiser un tomewack. Il répondit à ma question avec la plus grande indifférence : Mon intention était d'avoir aujourd’hui une assemblée; mais la nuit dernière ; j'ai perdu mes lunettes dans un accès de gaieté , et je ne peux par conséquent précher jusqu’à ce que M. Smith ( le marchand voisin ) ait reçu ses marchandises de Montréil. :— Je lui demandai alors, si les yeux de son

entendement n'étaient pas assez éclairés pour

les rendre en grande partie indépendans des secours extérieurs. — Oh oui! dit-il, mais nous ñe sommes pas méthodistes ; nous ne préchons point sans livres , comme des insensés : si tel était notre usage , nous pensons que nous pourrions autant dépasser nos frères les étrangers dans l’art de la véritable éloquence, qu'ils nous sont supérieurs en amour-propre et en vanité. Mais nous sommes beaucoup plus éclairés qu'eux : nous savons combien la pauvre humanité est sujette à erreur. En conséquence , nous étudions avec grandi soin ce que nous avons à dire, avant de tcutc: à: promuiguer nos opinions en public. — Je compris que la vanité était le trait dominant du carac-

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tère de cet-individu , et après avoir conversé quelques momens sur des sujets indifiérens , je lui fis mes adieux , bien convaincu que les hommes de tous les pays, plus ou moins civilisés ; sont, à l'enveloppe près , partout les mêmes, ' à Après avoir traversé la grande rivière , le puys , pendant plusieurs milles , prend ün aspect vraiment délicieux : de chaque côté du cheruin , de vastes plaines, en partie cultivées par la main des hommes, s'étendent aussi loin que l'œil peut atteindre, et formentun contraste aussi agréable que pittoresque , avec la triste et sombre monotonie qui étend son empire sur la plus grande partie de cet immense continent.

Ces plaines sont presque entiérement inhabitées , quoique possédanf*un grand nombre d'avantages. Mais le défaut d'eau et de bois pour les besoins domestiques , et l’infériorité d’un sol léger et sablonneux , les rend d'une très-petite valeur comparative. Il n'y a que pour les voyageurs fâtigués d’errer dans. ces routes interminables, que l'aspect de ces balles plantations et de champs couverts de fleurs a quelque chose de satisfaisant. C’est un grand

môyÿen de les consoler des peines qu'ils vienent d'éprouver , et un motif pour les oublier. Vers la longue pointe ; dans le voisinage de laquelle on trouvé aussi des plaines fort étendues, le pays de chaque côté du chemin est assez bien cultivé ; mais les maisons publiques pour 13 réception des voyageurs ne leur offrent aucun agrément, et tant à l'intérieur qu’à l’ex- -térieur , sont de nature à ne pas donner aux étrangers une haute idée des auberges du Canada.

J'arrivai au port Talbot le 15 octobre , et j'appris que mes amis n'y étaient pas encore rendus. Comme je venais de m'asseoir dans une taverne voisinéMe la rivière où je m'étais attendu à trouver mon père et sa famille , une dame etun monsieur se présentèrent à la porte. Lorsque la dame entra, je me levai et lui présentai un siége. Le monsieur parut ensuite, et me demanda , selon l’ugage suivi dans ce pays, si je voyageais vers l’est ou vers l’ouest. Je lui dis que j'avais déjà exploré la partie de l’ouest aussi loin que je m'étais proposé d'aller, et j'ajoutai que je ne me proposais pas d'aller plus avant dans le pays , avant d’avoir vu mon père

s vienublier.

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étenmin est bliques offrent à l’exer aux du Ga-

bre . et encore ir dans m'étais le , une a porte.

lui présuite, et CC pays:

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et mes amis ( que j'attendais tous les jours de l'est), établis, d’üne manière sûre et commode , à quelques milles plus avant au nord.

La dame qui paraissait très-embarrassée , ou plutôt dans un état d’anxiété mentale, dit avec un intérêt très-marqué : Hélas ! monsieur, je crains bien que les espérances. que vous avez conçues pour le bonheur de vos amis ne soient

. péniblement trompées. Je la conjurai de s’ex-

pliquer , ce qu'elle fit après quelque hésitation, et en témoignant beaucoup de répugnance ; car il n'y avait point de doute que son exclamation n’eût été involontaire. « Vous n'êtes » pas entièrement sans amis ; VOus avez au » moins un frère : je l’ai vÿil y a peu d'heures, x bien portant mais malheureux ; il voyage » dans cette direction , et sera auprès de vous » avant peu de temps.» Aussitôt après avoir prononcé ces derniers mots , elle se leva précipitamment de dessus son siège et se retira dans un appartement adjacent où s’adressant à l’aubergiste, elle continua ainsi : « Vers 8 heures, » ce matin, nous avons atteint un nombre de » jeunes gens, tous Européens, parmi lesquels, » ily avait un monsieur qu'on aurait deviné

98 LELTRE VI.

» être le frère de ce jeune homme. Ce sont les » seuls passagers survivans d'un grand nombre » d’autres montés sur le schooner appartenant » au fort Érié qui a fait naufrage sil y à quel- » ques nuits, sur le rivage des États-unis. » J'entendis ces mots avec une émotion indéfinissable , et courant à l'appartement où la dame conversait encore avec l’hôtesse , je la conjurai de me dire tout ce qu'elle savait sur cette funeste catastrophe ; elle me dit alors: « Le 15 septembre, environ à trois heures de » l'après midi, je vis vos amis s'embarquer au » fort Erié pour le port Talbot, à bord d'un » grand schooner ; d’après le grand nombre de ». passagers qui le montaient , et le peu de solidité du bâtiment, les habitans du fort Erié conçurent de violentes craintes pour lasûüreté des passagers : le temps était très-mauvais , et le capitaine un homme nul et sans expérience. Peu de jours après, on reçut au port ÉriéqJa nouvelle que le 21 septembre le navire avait fait naufrage sur le rivage des Etats- Unis , et que le petit nombre de jeunes gens

» qui avaient survécu à cet évènement avaient

nt les ymbre enant quelnis. »

indéfioù la , je la ait sur alors :

ires de quer au d d'un bre de de solirt Erié asûreté auvais , s expéau port e le nas Etatses gens avaient

» été recueillis à bord d'un schooner wménoain » et débarqués en Canada.» R

En apprenant cette triste nouvelle, je partis immédiatement pour aller au-devant de mon frère et de ses heureux compagnons : avant d’a voir fait 3 milles, je rencontrai tout le cortège

et jugeai par leur extérieur que les renseigne-

mens que j'avais reçus n'étaient pas entièrement exacts: je leur dis ce que j'avais su , et les priai de me faire connaître ce qu'il y avait de vrai dans le récit qu'on m'avait fait. Mon frère m'apprit que les choses ne s'étaient pas tout-à-fait passées comme on me l'avait dit : qu'à la vérité ils avaient fait naufrage ; mais . que personne n'avait péri , excepté M. Louis qui était mort de fatigue et des suites d’un rhume. Il: m’apprit augsi que mon père et sa famille jouissaient tous d’une bonne santé aux Etats-Unis, où ils attendaient qu’un bâtiment pôûtles transporter en Canada, ce qui mefçausa une joie d'autant plus vive que le récit de cette dame m'avait rempli d’alarmes. En effet, quelques jours après , ils arrivèrent tous au port Talbot , après avoir été traités de la manière la plus hospitalière par les: hahitans du New- Tome I. 8

Yorcek ; pendant le séjour qu'ils furent forcés de faire au milieu d'eux.

Dans les derniers jours d'octobre ; Mon pére conduisit sa fâmille du port Talbot à Westminster où il la logea jusqu'à cé qu’il eût fait construire ane maison sur $es propres térres. Le territoire de Westminster n’est séparé dé éelui de Londres que par la Tamise. :,

Londres est situé à environ 24 millés äu Hord du le Erié, à g27 milles de cette partie de l'Océan Atlantique qui joint le golphe dé St.- Laurent, 667 milles de Québec , 618 milles de la ville de New-Yorck, et 124 du siègé du got vernement du haut Canada. Elle à à l’est Ozford , belle ville établie depuis 33 ans, à l'ouest Westminster établi depuis i2 ans, ausud-ouëét la De la ware ; Lobo à l'ouest, et au nord ét at nord-ouest des régians incultes et inconnüës.

Le premier novembre 18r8, Londres n’ävait encore aucun habitant, et son territoire était couvert des différentes espèces d'arbres qu'on trouve dâns le Canada. La branché nord dé Ï4 Tamise coule à travers ce territoire. Son angle est à l'est, et la branche sud ke sépare de Westminster. Un grand nombre de petites rivières

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serpéntént au milieu de presque toutes lës propriétés particulières. Ce territoire est considéré commié un des pr fertilés de toute la province,

Il forme un carré partagé én séize concessions: tés concessions sont divisées en lots de 20ù âcres : il ÿ en a 34 dans chacune. Entre deux concessions on a ménagé 66 pieds de largeur pour les chemins qui sont appelés lignes de concession.

Le 26 octobre, mon frère et moi, avéc six hommés porteurs des provisions et des häches dé bucherôns, nous partîmes de Westminster, êt ayant loüé un guide , nous éntrâmes dans lé territoire de Londres , afin de fixer le lot leplus convenable pour y construire uné maison :

1200 acrés furent assignés à mon père pour son domaine , si je puis l’appeler ainsi. Nous avions ; par conséquent, uné vaste étendue dé tèrre à explorer avant de nous décider sur la situation qu'il convénait le mieux de choisir. Après avoir émployé la plus grande partie du jour à approuver ou désapprouver les lots par:

| . ticuliers, nôus convinmes, à l'unanimité , de

prendre le quatrlèmé lot de Ia sixième conces

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sion pour l’asyle futur de notre famille exilée. Lorsque nous fûmes d'accord sur ce point , notre seconde occupation fut de chercher à nous procurer un abri pour la nuit ; car nous étions à 9 milles de toute habitation d’êtres civilisés et au milieu de déserts qui portent l’empreinte de la désolation. Après avoir, marché quelque temps , nous païvinmes à découvrir

une vieille cabane indienne , abandonnée par

ses habitans : nous décidâmes de stationner pendantla nuit dans cette petite hutte ; et munis d’un briquet et de tous les autres matériaux nécessaires , nous eûmes bientôt allumé un excellent, feu. Lorsque nous eûmes pris notre souper sur le tronc d’un arbre, nous nous couchâmes pour nous livrer au sommeil: chacun de nousétait enveloppé d’une couverture: nous nous relevions alternativement pour alimenter le feu. Ce fut ainsi que nous passâmes la première nuit dans nos possessions américaines.

Le matin, vers le lever du soleil , nous fûmes tout-à-coup éveillés par le hurlement d’une troupe de loups qui étaient tous à la poursuite

d’un malheureux cerf: les cris de ces féroces

animaux ressemblent tellement à ceux des

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nous s ci- ’em- \rché uvrir e par )ner muriaux é un notre gs couhacun : nous enter a preaines.

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chiens qui chassent le renard , que je me crus un moment à la chasse dans les bois d’Erin.

Mais l'illusion ne fut pas de longue durée : je découvris promptement qu’au lieu d’être dans mon pays natal si rempli de beautés et d'agrémens ; je me trouvais au milieu d'un désert aussi effrayant que monotone. Pour ajouter à notre consternation, ou du moins pour lui donner une autre direction , les chevaux dont nous nous étions servi pour porter nos couvertures et nos provisions, avaient brisé leurs licous pendant la nuit et dévoré tout nôtre pain. Nous aurions été dans la dure nécessité de nous passer de déjeuner, si nos parens n’avaient pas eu la précaution de nous munir de quelques patates qui heureusement pour nous ne sont pas aussi convenables à l'appétit d’un cheval américain que savoureuses au palais d’un Irlandais. Sans cela, nous aurions été forcés de supporter la faim, jusqu’au moment où nous aurions purecevoir de nouvelles provisions de Westminster. Nous continuâmes à camper dans les bois , depuis le 26 octobre jusqu’au premier décembre: Pendant cette période , nous établimes les fondemens d’une maison de 46 pieds de

long et de 24 de large, dont nous finimes, d'abord la moitié pour l'usage de la famille qui s'y transporta le à décembre, cinq mois et dixhuit jours après notre embarquement pour l'Amérique. Pendant les trente-cinq jours que nous passâmes dans les bois avant l’arrivée de la famille , notre unique logement fut la misérable hutte qui , semblable à l'ancien Argus, avait cent yeux ou plutôt cent trous par lesquels les yeux pouvaient voir au dehors. Aussi quand nous nous éveillions pendant la puit, . nous pouvions’ aisément yoir toutes les étoiles qui ornaient le firmament. Pendant tout ce temps notre lit ne fut composé que de feuilles sèches. ef 0)

Ce n’est là qu'une légère esquisse des peir nes et des fatigues auxquelles doivent se résigner d'avance ceux qui s'établissent dans les déserts. Il faut une grande force d'âme à ceux qui osent s'y exposer. Ce n’est certainement pas une légère épreuve, au moral commé au physique, d'être forcé, après une journée de travail pénible, d'étendre ges membres fatigués sur un terrein nudet glacé. dansle mais de novembre; de n'être protégé eontre le vent

du nord et la gelée que par une chétive hutte,

avec un feu à peine suffisant pour garantir de

l'engourdissement , effet naturel d’une sem-

blable situation. Mais l'espoir de l’indépendance suffit pour fortifier l’âme contre des privations plus fortes encore. Et celui qui, pendant qu'il est ainsi couché sur la terre peut

paryénir à penser que le jour n'est pas loin où

il pourra heureusement reposer sur une couche

plus commode, envisage ces tourmens passa-

gers comme un moyen de mieux jouir des dé-

dommagemens qui vont bientôt amplement

lès compenser. Il voit s'approcher rapidement

l'instant où un désert aride sera changé en un ehawmp fertile, couvert de fleurs et de fruits.

En se:liyraht à ces joyeuses visions, l'oreiller

de bois d'ug colon industrieux devient pour lui plus doùx que le voluptueux duvet, et sa couverture grossière lui semble plus agréable que les draps de la toile de Hollande la plus

fine. derniere

LETTRE Il.

Village de 'Dundas. — Ancaster. — Grand ‘chemin de l'Ouest. — Rue Talbot. — Situa- ‘tion de l'établissement Talbot. — Niagara ou “le fort Saint-Georges pris par les Américains. — Revanche des Anglais. — Cascades de Niagara. — Anecdote, d'un. Indien et de ‘deux Blancs. — Bruit des cascades. — Lac Erié.— Longue pointeët pointe du Dinde. — Amersbourg. — Sandwich. — Lacs Saint- Clair, Michigan, Huron, Supérieur » et . Lac des Bois. date res ie ni

Le voyageur parterre d'Yorck à Amersbourg, ville la plus occidentale de la haute province, et distante d’York d'environ 326 milles, rencontre sur sa route très peu de villages, et ceux qu’il y trouvesont depeu d'importance. Dundas,

à5o milles d'York, Ancaster, à3 milles de Dundas, et Burford, à 28 milles d’Ancaster, sont les seuls lieux qui, parle nombre de leurs habitans, ressemblent le plus:à des villages: et cependant la population des trois ensemble n'excède pas 600 âmes. Le chemin qui se dirige presque toujours à l'occident , traverse la contrée la plus fertile et la plusic he du nord de l'Amérique-Anglaise : il y a trente ans qu'il n'existait pas une seule habitation entre York et les établissemens français sure Saint-Clair; excepté quelques retraites très-disséminées et alors paisibles ‘de ‘tribus indiennes, dont la plupart se sont retirées: sure dans des régions plus reculées..

À environ 40 milles à l'ouest: de Dundas, on trouve Je commencement d'un grand chemin de 50 milles de long : on l'appelle Talbot- Street; il est parallèle au lac Erié'et traverse cette grande étendue de pays désignée sous le nomid'Établissement-Talbot qui comprend un territoire d'environ :11,500,000 acres. Il ést situé entre les 42° ét 45° degrés de latitude nord et entre les 80° et 81° degrés de longitude ouest. Dé Dundas: Je’ chemin se dirigé ‘vers

108 LETTRE Vi.

Niagara, maintenant appelé le Fort-Georges, et se prolonge parallèlement à la rivière de Niagara jusqu’à Queenstown , et de-là au fort Erié où il se termine. La longueur de ce chemin est de 86 milles.

Niagara ou le Fort-Georges est situé sur la rive orientale de la rivière de Niagara : il fut détruit par les Américains en 1813. À cette époque; on y comptait près dé 200 maisons et plus de 800 habitans.

Immédiatement après que l’armée américaine se fut éloignée de cette scène de désolation, les troupes anglaises , stationnées dans cette partie du pays , traversèrentiles lignes: et, pour se venger de l'ennemi, elles détruisirentun grand nombre des villages les plus flurissans des frontières de l’puest, Depuis In destruction de l'ancienne ville; plus de 300 maisons ont été baties surson territoire , et on.y. compte aujourd’hui 538 habitans. Après Braokville, ç'eat le yilage le plus agréable de la prosince : et, en considération de sa situation salubre et.de la proximité des Cascades dy Niagara, il est devepu unséjour à lampde pendantles mois d'été. Il contient une église épiscopale protestante; ne

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LETTRE Vi. 109

maison de réunion presbytérienne,et une chapelle de méthodistes, ayecune prison et un palais de justice. Les maisons des particuliers sont toutes bâties en bois. La principale rue est large et bien alignée. .

L'espace de pays compris entre le Fort- Georges et Queenstown est Ja partie la plus agréable dela province ( à l'exception de Sandwich et d'Amersbourg), et on peut dire que c'est celle qui est le plus susceptible d’être améliorée par la eulture, et qui offre le plus de sites d'une beauté vraiment remarquable, De belles fermes, des vergers très-florissans et des côtages très-agréables lui donnent un aspect européen.

Qucenstown est bâti au pied d'une haute montagne, distante de 7 milles de Niagara.

Elle contient environ 60 maisons et 300 hahitans. Elle a une église et un palais de justice, des magasins du gouyernement et des maisons pour le département indien. Sa situation platte et peuremarquable ne Jui donne pas un aspect séduisant. Toutes les marchandises , destinées pour la partie occidentale du pays, s'y débare quent, et. sont transportées par terre jusqu au

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fort Erié, où elles sont embarquées de nouveau ‘pour leurs différentes destinations sur les bords des lacs Erié, Saint-Clair, et Supérieur.

Les Cascades de Niagara sont à environ 7 milles de Quéenstoiwn, et situées sur le détroit qui unit le lac Erié à l'Ontario : l'impression que produit sur l'âme la première vue de ces étonnantes cataractes est, à ce qu'on assure, telle qu'il est impoñsible à tout homme, tant soit peu possédéde ‘à manie d'écrire, de résister à la tentation d’éh faire uné description quelconque : j'espère donc que vous me pardonnerez d'en placer ici une légère esquisse.

Je visitai pour la première fois ces célèbres cataractes dans le mois de septembre, saison de l’année où l'Amérique ‘est lé plus agréable. Les plus fortes chaleurs sont alors abattues. Le mousquite , rassasié de sang humain, a suspendu ses profondes piqûres, et l’homme délivré des mouches irritantes, des innombrablés insectes acharnés à letourmenter, et de là chaleur brûlante d’un soleil presque insupporta-ble , jouit d’un agréable repos, et se promène dans les campagnes, tränquille et satisfait. Jus-

nous sur t Su-

viron étroit ession de ces ssure , , tant ésister quellonne-

lébres saison éable.

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à cha- DOrtamène t. Jus-

LETTRE Vil. 111

qu’au moment où je fus arrivé à un mille des cataractes , la voûte du ciel était entièrement dégagée de nuages ; le soleil brillait de son éclat accoutumé ; l'atmosphère était remarquable par sa sécheresse et son extrême lucidité. Mais je ne fus pas plutôt dans leur voisinage immédiat, que toute la nature me parut éprouver un changement. aussi subit qu’extraordinaire. La terre , jusque-là desséchée et dure, devint humide, et cédait sous les pieds; le ciel, jusqu'alors si pur, prit un aspect sourcilleux , sombre et menaçant ; l'atmosphère sec et rarefié devint épais et humide , et mon imagination s’isolant de ma raison, me transporta dansun monde entièrement différent de celui où je vivais peu d'instans auparavant.

Néanmoins je continuai ma course et je parvins au sommet des hauteurs escarpées qui flanquent ce fleuve imposant. L’accroissement

. successif de mon élévation ne dissipa point mes

précédentes illusions. Je me sentis toujours disposé à douter de mon identité ou de celle du monde. Des montagnes d’eau, vomissant les sons les plus-effrayans ; des globes diaprés se précipitant avec une fureurtoujours croissante;

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dés arcs-en-ciel émbrässant de lears couleurs variéés utié immensité de pays ; des roches ménaçanñtes, s’avançant au-dessus de ces abimés : tels étaiént lés traits les plus frappansdes scènes imposantes dont j'étais entouré dans ce moment , säns contredit, un des plus remarquables de ma vie.

Pourla première fois je régréttai que les journées de séptembré fussent aussi courtes. Maïs mon regret cessa bientôt. Car âvant que I nuit eût éténdu son voile sombre et noir sur cès

objets admirables dont jé ne pouvais détacher mes yeux , l’astre argenté vint rne prêter son agréable sécours, et donner à ces Héux un aspect non moins âimable et plus touchant que celui qui m'avait frappé pendant la clarté du

forêts environnantés parürent plongées dans un profond repos : lesvents s'étaient calmés ; les feuilles n'étaient plus agitées par li brisé ; la voûte äzurée du firmarment n'offrait pas dans toute son éténdue le plus léger nuage :

tout cé qui m'énvitonnait , animé ou inanimé, sémblait se livrer 4 un sommeil balrémique ét féstauratéur.

puleurs roches es abiansdes dans ce remar-

es jours. Mais x nuit sur cés s déta- > prêter éux uñ ant que ârté du it. Les »s dans alinés ; brise ; it pas iuage :

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Tout était tranquille , excepté les cataractes toujours èn iouvement qui mugissaient avec leur violencé ordinaire et troublaient les eaux du bassin qui gémissait , sur une surface toujours la même. Il n'ÿ eut jamais de plus beau contraste que celui qui existait alors : lé bruit des eaux et le calme profond de l'air; l'éclat brillant des flots qui s’élancént par torrens , et les ombres impénétrables des forêts environ nantes , la teinté noïre du gouffre dans lequel les ondes se précipitent avec fracas , et l’aspéct riant des cieux parsémés d'étoiles que lesrayons de la lune faisaient éncore ressortir! Il eut fallu étre insensible pour refuser à tant de beautés

le tribut de la plus vive admitation et celui de

l'honinäge le plus mérité au divin ordonnateut d’une aussi imposante création.

Vous savez sans doute que là contrée adjacente dans laquelle est située le lac Erié est élevée d'environ 300 pieds au-dessus de celle qui environne l'Ontario : le vaste talus ou Montagne (ainsi qu’on l'appelle), qui sépare la contrée supérieure de la contrée inférieure , est sur plusieurs points presque perpendiculaire : elle commence au côté nord du lac On-

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tario etcontinue vers la pointe du nord-ouest , jusqu’à l’endroit où elle est coupée par le chemin qui conduit de Yorck à Amersbourg. -Ensuite elle se dirige dû côté de lorient , et enfin vient borderle détroit ou rivière de Niaga.

Les personnes qui visitent les cataractes s’arrêtent généralement À un village contigu, consistant en douze maisons, ou environ, et deux excellens hôtels où on trouve tout ce qui con-

vient aux voyageurs les plus difficiles. Du bal-

con de celui que ‘l'on appelle le pavillon des chutes du Niagara, on découvre une très-belle vue de la cascade du fer à cheval et de l’île qui partage la rivière. Il part aussi de cet hôtel un sentier difficile qui conduit au rivage très-escarpé de la rivière , joignant immédiatement le lieu où était autrefois le plateau du rocher. 11 faut aussi remarquer que la rivière sort du lac Érié à 20 milles environ des catoractes , et que jusqu’ ‘au moment où elle n’en est plus éloignée que de 3 milles , elle coule paisible ment , et sans que sa surface soit troublée.

Alors le lit du courant devient rocailleux , et l'eau est si ‘violemment agitée par sà course rapide sur cette surface raboteuse , que les per-

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sonnes les plus fortement constituées peuvent difficilement s'empêcher de frémir à cette vue. Malgré la rapidité du courant, sa violence ne se déploie que des deux côtés de la rivière et laisse le milieu assez tranquille pour porter les bateaux qui vont aborder à l’île. Cette île sépare Ja rivière en deux bras, avant qué les eaux en soient lancées dans les précipices qui forment les cataractes. À mesure que Îe courant approche de l’ile , il semble redoubler de vitesse. La pensée ne peut rien concevoir dé: gal à la force et à la vélocité dé ses progrès vers les bords des roches sur lesquels il est poussé , jusqu’à ce qu'il tombe impétueusement dans le lit de la rivière qui coule au-dessous , avec un’fracas plus assourdissant que celui du tonnerre. Lorsque les eaux tombent dans ce profond bassin, elles rebondissent en l’air en im: menses figures sphériques , blanchés comme la neige et brillantes comme des diamans. Ces globes après s'être élevés et avoir paru un moment stationnäires , éclatent à leur sommet, et lancent des’ particules d'eau à une hauteur étonnante. Ils se dissipent ensuite et sont rem-

Toue I. re)

110 LETTRE VIl.

placés par d’autres qui paraisseut et disparaissent de la même manière.

, De la partie du plateau du rocher qui existe encore et du sentier dont j'ai parlé, le speetateur étonné domine sur une des vues les plus imposantes et les plus romantiques qui existent dans la nature. Les courans si imposans audessus des cataractes; — au milieu d'eux, l’île de. la Chevre, couverte d’arbres dont chacun sémble au moment d’être emporté ; la cataracte du fer à cheval immédiatement au-dessous duplateau du rocher; — au delà de l’île de la Chèvre, la cataracte du fort Schloper; — enfin le gouffre effrayant placé au-dessous et lançant perpétuellement des torrens d’eau! tels sont en abrégé les grands objets qui fixent l'attention du contemplateur de ces imposans phénomènes.

Unautre point de vue d'où ces chutes d’eau prennent , s'il est possible ,.un aspect:plus terrible , c’est le fond dé la cataracte. On peut descendre dans ce précipice , au moyen d’une échelle qu’on appelle ordinairement échelle indienne; pièce d'un méchanisme fort simple.

Elle consiste en un cèdre dont les rameaux

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-xiste )éétas plus istent ns aux , l'ile hacu a cataau-desl'ile de Jer 5; — aessous : d’eau!

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sont émondés à une distance du tronc suftisante pour qu'ils puissent remplacer des échelons irréguliers. Après avoir descendu cette échelle dont la hauteur perpendiculaire est de plus de 60 pieds, ôn avance le long du bord de la rivière couvert de roches brisées , de débris de bateaux et autres corps étrangers , jusqu'à ce qu'on arrive au fond de la chute du fer à cheval. De ce lieu souvent les curieux s’avancent encore à la distance de plusieurs centaines de vergès, pour voir un prodigieux amas d’eau souterraine , qui est formé par l’avancement de la cataracte. Mais il faut être doué d'une grande force de nerfs pour oser tenter une excursion aussi hardie ; car la résolution la plus fortement déterminée peut être ébranlée, quand on considère au-dessus de soi le rocher menaçant qui semble continuellement prêt à céder sous les flots auxquels il sert de support et d'aqueduc. Du bord avancé de ce rocher , la masse des eaux est poussée en avant, laissant une vaste étendue d’eau dont la surface unie prend depuis la chute naturelle de la cataracté jusqu’à la base même de la montagne graduellement minée en dessous. Si l’at-

mosphère est épais , il est encore plus dangcreux de s'engager dans cette entreprise hardie: car il n'est pas rare en pareil cas de perdre la respiration , en avançant plus loin sous la voûte rocailleuse. Malgré cet inconvénient et tous les dangers auxquels sont exposés ceux qui se hasardent à une grande distance sous ce roc , les pêcheurs de ces contrées y demeurent souvent plusieurs heures , sans paraître y craindre aucun malheur. La rivière, immédiatement au-dessus des cataractes , fournit une plus grande quantité de poissons qu'ils n'en pourraient trouver dans toute autre pièce d’eau d'une même étendue. Des serpens de diverses espèces abondent aussi sur ces bords. L'aspect de ces animaux, combiné avec tant d’autres objets effrayans ; le mugissement de la cataracte; l'agitation des eaux de la rivière, concourrént puissamment à augmenter la terreur du curieux étonné en contemplant ces lieux si imposans et si nouveaux pour lui.

Toute la largeur du précipice ou des cata-

LETTRE Vil.

ractes, y compris l’île qui intervient, est de

1335 verges : la plus grande masse d’eau tombe sur le côté canadien de la rivière ; et d’après

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la forme prise par les daux avant qu'elles ne s'élancent du haut des rochers , elle est désignée sous le nom de catara” 2 du fer à cheval: elle s'étend depuis le rivage jusqu'à l'île intermédiaire , dans une distance de 600 verges.

La cataracte du fo#t Schloper qui est sur le côté américain présente une nappe d’eau de 350 verges de largeur; etla petite cataracte s’étend à travers le bord des roches, au-delà de 140 verges : la quantité d’eau lancée par ces trois cataractes est évaluée à 169,344,000 gallons par minute.

On raconte plusieurs accidens arrivés à des personnes qui , à différentes époques, ont été entraînées au fond des cataractes, en tentant de traverser la rivière qui est au-dessus. Mais je crois que la seule anecdote bien authentique de cette espèce , relative aux désastres des premiers temps , est celle d’un Indien. Ce malheureux enfant de la nature, s'étant enivré de liqueurs fortes , après avoir été à la pêche, attacha son canot à un rocher, à quelques milles au-dessus des cataractes., et se couchant sur l'avant , se livra au sommeil. Par suite de quelque accident inconnu , le canot fut détæ

ché de ses amarres ;'et flotta aussitôt vers le bas du courant. Aussi long-temps que la surface de l'eau continua à être unie , l’Indien bien éloigné de soupçonner le danger qu'il courait , ne fut point troublé dans son sommeil. Mais lorsque sa fragile embarcation entra dans les eaux des cataractes, et fut agitée par les mouvemens violens des flots , il s'éveilla soudain , comme d’un songe effrayant , terrifié par les mugissemens des cataractes dont il approchait rapidement. Apercevant alors tout le danger de sa situation , et revenu de son premier étonnement , il saisit sa rame et fit les plus violens efforts pour se soustraire à la destruction dont il était si éminemment menacé. #Æorsque l'inutilité de ses efforts pour arrêt la course rapide du canot, l’eut convaincufque toutes ses tentatives seraient sans fruit, il abandonna sa rame , s’enveloppa avec beaueoup de sang froid dans sa couverture , et appliquant pour la dernière fois, sur ses lèvres , la bouteille de whiski , il s’étendit tranquillement , comme sitout danger avait cessé. Peu de momens après , il fut précipité avec sa barque, au fond des cataractes: depuis,

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LETTRE Vil. 121

personne ne vit aucun vestige nide lui, ni de son canot.

Dans l'été de 1822, un pareil | arriva à deux malheureux blanes: il part que quelque temps auparavant, une partie de l'ile des Chèvres qui séparé les cataractes , avait été habitée et cultivée : quelques-uns de ceux qui y résidaient, au moment de quitter leur dangereux séjour , étaient occupés à transporter leur mobilier sur le rivage du Canada. La journée était extrêmement orageuse , et le courant de la rivière par conséquent plus violent qu'à l'ordinaire : quatre hommes avec deux bateaux étaient occupés à embarquer les meubles ; lorsque ie premier voyage fut terminé, deux d’entr'eux, craignant le danger résultant de la furie avec laquelle le vent soufflait dans la direction du courant , résolurent de ne pas en courir le hazard , jusqu’à ce que la tempête fut appaisée : ils firent part de cette résolution à leurs camarades qui se moquèrent d'eux, vanterent leur propre courage et retournèrent à leur dangereuse occupation. Mais peu de momens après , ils furent précipités au fond des cataractes et mis en pièces. À quelque

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