‹ Cinq années de résidence au Canada [microforme] (volume 2)Chapitre 15 sur 38 · AR M · texte numérisé non relu

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122 LETTRE VI, temps de là , on retrouva dans la rivière, au pied des cataractes, une table qui avait été placée dans la même embarcation, ct à lag@élle on ne reconnut aucun dommage.

On dit que dans une soirée calme, le bruit des cataractes peut être entendu des hauteurs de Burlington , à une distance d'environ 50 milles : mais je dois dire que je n'ajoute point foi à cette assertion , à moins que le vent , qui est un excellent moyen de transporter les sons, ne souffle exactement dans cette direction.

Les eaux font un bruit qui pourrait être entendu beaucoup plus loin, si, au lieu de tom- . ber dans un gouffre profond entouré de tous côtés de rochers dont la hauteur perpendiculaire est au moins de 300 pieds , et qui empèéchent les sons de se propager , elles tombaient surune plaine horizontale assez élevée pour que les sons se répandissent sans interruption dans les contrées adjacentes. Pour mieux expliquer ma pensée, je vais citer deux exemples : si on laissait tomber une pierre d'une dimension donnée , de la surface de la terre , dans un puits de 100 pieds de profondeur, le bruit ne serait pas distinctement entendu par une per-

sonne éloignée de 20 verges de l'ouverture du puits: mais si la même pierre était lancée du haut d’u# clocher , seulement à la moitié de cette élévation , dans un citerne dont l’eau serait au niveau de la surface de la terre , le bruit occasionné par la chute de la pierre serait distinctement entendu à une distance cinq fois plus étendue que la première.

La hauteur perpendiculaire de la chute du fer à cheval , du bord du rocher duquel l’eau s'élance, jusqu'à la surface du bassin qui la reçoit, est de 140 pieds , et de ce bassin au lit inférieur de la rivière , de 64 pieds, ce qui forme une profondeur de 204 pieds : si on y ajoute 48 pieds , différence de niveau dans le cours de la rivière pendant environ un demi mille immédiatement au-dessus des cataractes, on aura dans cette courte distance une différence totale de 272 pieds entre l’élévatiôn du lit supérieur et celle du lit inférieur.

Avant que le pays fut habité le long des bords du Niagara , on aurait pu voir un grand nombre de bêtes féroces , d'oiseaux et de poissons lancés en pièces au fond des cataractes , et d'innombrables oiseaux de proie planant

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sans cesse au-dessus de leurs carcasses putrifiées. Mais depuis que cette partie du pays est bien peuplée , à peine trouve-t-ornfèquelque chose dans le lit de la rivière au-dessous des cataractes , excepté des poissons , et quelques poules d’eau , qui descendant au milieu des courans, ne peuvent plus reprendre leur vol, et sont précipitées dans le terrible abîme.

On suppose en général que les cataractes se prolongeaient autrefois jusqu'à Queenstown , et cette supposition me paraît très-plausible. L'état des bords de la rivière est une forte présomption en faveur de cette opinion , et le reculement constant et progressif des cataractes, observé par les personnes qui habitent dans leur voisinage , ne tend pas moins à confirmer cette conjecture.

Entre les cataractes et le fort Erié, on ne trouve qu’un petit village contenant environ une douzaine de maisons, avec plusieurs magasins militaires et deux ou trois tavernes. Il est situé sur le bord occidental de la rivière W'elland, et tout auprès on trouve une petite construction militaire appelée le fort Chppawa.

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Le fort Ærie est situé sur un terrain élevé, au bord du lac dont il tire son nom. Pendant la dernière guerre , ce poste a été très-fortifié, et joint , par des ouvrages de plus de 1100 verges détendue, à {a Montagne ‘du serpent sur laquelle est placée une forte batterie.

Le lac Erié est entre le 41.° et le 43.° degrés de latitude nord , et entre le 70.° et le 82.° degrés de longitude ouest : sa longueur est de 231 milles, et sa largeur de 63 milles et demi. Les rivages du nord sont peu variés et offrent dans toute leur étendue un aspect à peu près uniforme. Les ports y sont rares et peu sûrs. La longue pointe du promontoire du nord est une langue de terre, étroite, qui s’avance vers l'est, à portée du territoire de Waisingham , un peu moins de 20 milles ; sa largeur n’excède pas 180 verges.

À la,pointe du Dinde qui s'avance de la terre ferme vers le promontoire , ên a préparé un local pour en faire ‘un arsenal de marine : de là à Amersbourg , rien ne vient interrompre l’uniformité de la côte, si l’on n’en excepte le rondeau , petitlac d'environ 9 milles de long,

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et 3 de large qui communique au lac Erié par un étroit passage. e

Amersbourg est situé à environ 3 milles audessus du rivage oriental de la rivière du détroit , et contient près de 100 maisons : pendant la dernière guerre , c'était un poste frontière et un dépôt naval: mais les ouvrages militaires , l'arsenal et les magasins furent dé- . truits par les Anglais en 1813, lorsque les forces supérieures des Américains les contraignirent de les évacuer.

À 14 milles au-delà d'Amersbourg , en suivant le cours de la rivière, on trouve la ville de Sandwich qui contient environ 60 maisons, avec une église , une prison et un palais de justice. Elle est située dans une très-belle partie du pays, et immédiatement vis-à-vis la ville du Detroit qui appartient aux Etats-unis.

De Sandwich au lac Saint-clair , la qualité du terrain, est, dit-on, inférieure à celle de toute la province : on n'y voit point de terres cultivées, excepté quelques petites pièces dans l'intérieur autour des différentes stations de {a compagnie du nord-ouest. Le lac Saint-Clair

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forme prèsque un cercle dont le diamètre est de 36 milles.

Le lac Michigan , situé entre le 42.° et le 45.° degrés de latitude nord , et entre le 84.° et le 87.° de longitude ouest , a 262 milles de long, 55 de large , et 750 de circonférence.

Le lac Huron est entre le 42.° et le 47.° degrés de latitude nord , etentre le 80.° et le 85.° degrés de longitude ouest. Il a 218 milles de long , 100 milles de large , et sa circonférence est de 812 milies.

Le :: Supérieur, situé entre les 46.° et 48.° degrés ue latitude nord, et les 84.° et 88.° de longitude ouest , est d’une immense étendue.

Sa longueur est de 381 milles , sa largeur de 161 milles , et sa circonférence de 1152 milles.

Le lac des Bois est-très petit. Son angle nord-ouest n'est pas à moins de 1826 milles de Québec. |

LETTRE Vili.

Description du Caœnada.— Milice de ta province

supérieure. — As'ect général du pays. —- Manière de peupler les provinces intérieures. Rareté des montagnes et longueur des hivers dans le haut Canada. — Les districts les plus améliorés. — Grande varieté du sol. — Maniére de cultiver aprés le premier défrichement et de vérifier la qualité de la terre.

Le haut Canada est situé entre le 42.° et le 45.° degrés de latitude nord, et entre les 793.° et 95.°de longitude ouest. Il est limité à l’ouest par le bas Canada; au nord-ouest par la grande rivière ou l'Ottawais ; au nord par le territoire de la compagnie de la Baïe d'Hudson; au sud et au sud-ouest par les Etats-unis d'Amérique , ou plutôt par une ligne imaginaire commençant au village de St.-Regis, environ à 53

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milles de Montréal , sur le parallèle du 45.° degrés de latitude nord , d’où elle passe au milieu du St.-Laurent , du lac Ontario, de la rivière du Niagara , du lac Erié , et ensuite dans les lacs Huron et Supérieur, le long lac etle milieu de la chaîne deslacs et autres communications aquatiques, en remontant à l’angle nord-ouest du lac des Bois , et ensuite à l'ouest de la rivière du Mississipi. Il n’y a point de limites assignées à l’ouest ni au nord-ouest. On peut dire, par conséquent, que de ce côté, le Canada s'étend sur les vastes régions qui se dirigent vers l’Océan du nord et la mer pacifique.

La province supérieure est maintenant divisée en one districts qui sont l'Oriental , l'Ottasvais , le Johnstown , le Bathurst , le Midland , le Newcastle, Home, York, Niagara ; Londres et l'Occidental. Ces districts sont divisés em vingt-cinq comtés, qui, avec les villes d’'York, de Kingston ét de Niagara, envoient quarante-cinq membres au pärlément provincial.

Attendu que tout homme dans le Canada, depuis 16 jusqu'à 45 aus, capable de porter

150 LETTRE VIIl:

les armes, est obligé de s’enrôler dans la milice, on compte déjà dans le haut Canada seul, 56 régimens bien organisés. Ces régimens sont cha n de 300 à 500 hommes, sans y comprendre les officiers : en sorte que la milice effective de la province peut s'élever à environ 22000 hommes ; immense corps de troupe, si on considère que toute la population blanche ne s'élève pas à plus de 140000 âmes.

Il n°: a maintenant que trois stations navales dans toute laprovince : Kington, la grande riviére Ouse et Pentanguishine. On trouve dans chacun de ces ports, un capitaine, un lieutenant, un chirurgien et un garde-magasin.

Vous paraissez désirer que je vous donne quelque idée de l'aspect général du Canada :

j'ai déjà ébauché ce sujet dans mes premières lettres : je vais néanmoins y revenir encore pour vous satisfaire, afin que vous ne puissiez pas.croire qu’en vous en entretenant, comme je l’ai déjà fait, j'ai cédé aux premières impressions. Mes opinions relativement aux paysages du Canada inférieur , maintenant que j'ai parcouru trois fois cette province , sont les mêmes

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que la première fois que je l'ai vue, à la suite d’un voyage ennuyeux de six semaines. Je suis vraiment convaincu, et maintenant plus que jamais, que celui qui peut voir de sang froid , ou décrire sans enthousiasme le paysage pittoresque de cette contrée depuis l'entrée du golphe de St.-Laurent jusqu’à Québec , doit être totalement dépourvu des émotions qui sont une des plus douces jouissances de l’homme : les sommets effrayans des montagnes , les cavernes solitaires des vallées , les retraites silencieuses des forêts , le bruit des cataractes égal à celui du tonnerre , les fermes

cultivées , les cotages dor ‘out annonce l’ai-

sance, les églises au toit argenté, sont les traits frappans de cette partie du Canada.

De Québec à Montréal , et de là à Kingston , le voyageur est toujours réjoui, quoique d’une manière moins vive, par l'aspect moins imposant d’un pays plus cultivé. Il ne peut se rassasier de cette vue jusqu’au moment où il dit adieu au St.-Laurent. Toutes les parties du pays où cette délicieuse rivière daigne porter ses eaux , soit sous la forme d’un tor-

rent formidable, soit dans un courant paisible Tous I. | 10

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