‹ Cinq années de résidence au Canada [microforme] (volume 2)Chapitre 31 sur 38 · EN UE · texte numérisé non relu

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il fut poussé au milieu des’ eaux agitées, et forcé, par la violence irrésistible du courant, d'abandonner le canal , et de prendre le rapide na circuit du vaste bassin. Il employa vainement 1 ou. les plus grands efforts pour regagner le cours. LE de la rivière : à la fin , convaincu de l’impossibilité de se sauver, il commença à demander à grands cris des secours à ses camarades.

Sans perdre un instant, on se procura des cordes ; mais avant qu'elles fussent convenablement disposées pour sa délivrance , il fut tellement attaqué de vertiges, par suite de sa rotation circulaire, qu'il put à peine conserver l’équilibre sur son siège fragile, qui, malgré son extrême longueur, était entraîné avec la même rapidité, que la roue d’un moulin à eau.

Cinq minutes de délai de plus de la part de ses amis, lui auraient coûté la vie ; il fut néanmoins promptement retiré de sa dangereuse situation; et son avanture sert aujourd’hui de leçon à ceux qui seraient tentés de s’engager dans une entreprise aussi hasardeuse.

Les cascades de W'est-Flamborougkh , dans le district de Gore, quoique peu connues , sont comptées parmi les grandes curiosités du Haut-

Canada ; elles sont situées dans une partie reculée et peu fréquentée du pays , au milieu de hauteurs escarpées, couvertes de leurs forêts natives. Comme les Canadiens parlent rarement des curiosités de leur pays , et ne paraissent même éprouver aucune satisfaction à entendre les étrangers les vanter comme grandes, romantiques et pittoresques , il est probable qu'aucun écrivain précédent n’a entendu parler de ces cataractes , sur lesquelles mon attention fut appelée pour la première fois par le colonel Simon, des milices de Gore. Elles sont situées à environ un demi-mille l’une de l’autre, sur deux petites rivières qui se réunissent un peu au-dessous de la cataracte inférieure, et qui après avoir traversé le village de Paradis- Coote , se déchargent dans la baie de Burlington. Ces cascades n'ont d’autre now distinctif que celui de grande et petite chute.

= La grande cataracte tombe du haut d’un rocher.élevé de plus de 130 pieds au-dessus du niveau de la rivière : le fond du lit qui reçoit ces eaux est composé de roches brisées , dont les pointes inégales produisent une immense masse d'écume , et une espèce de bouillonne-

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ment, d'où sort, par intervalle de deux à trois secondes, une immense colonne d'épaisses vapeurs. Au-dessus de la cataracte, la rivière coule en serpentant à travers une des vallées les plus sauvages et les plus sombres que j'aie jamais vu.

La situation de la petite cataracte est plus romantique encore. Jusqu'à ce que vous arriviez à deux ou trois verges de la chute, il est impossible de l'apercevoir. Des sons effrayans frappent l'oreille ; de brillans arcs-en-ciel charment l'œil ; mais c'est en vain que vous portez partout vos regards pour n connaître la cause cachée. Vous avez atteint le bord même du précipice , avant d’avoir pu apercevoir le moindre filet de ces eaux qui tombent par torrens ; et cela même serait fort difficile , parce que le passage qui y conduit est rendu presque impénétrable par l'abondance des taillis, et le nombre prodigieux d'arbres dont les branches pendantes sont en partie immergées dans le courant, et trahissent leur impuissance en essayant vainement de résister à son impétueuse fureur.

Avant d'arriver à la cataracte , le ruisseau ou

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petite rivière coule doucement dans un étroit canal formé sur le vaste sommet d’une éminence rocailleuse, qui est élevée de deux cents pieds au-dessus de la campagne environnante.

Par suite de cette particularité, l’éminence, vue à une certaine distance au-dessous des cataractes, paraît avoir été fendue et complètement séparée des parties environnantes du promontoire, par quelque violente convulsion de la nature. L'ouverture, ou vallée , présente un aspect des plus terribles. Des arbres énormes renversés avec leurs racines, de grands fragmens de rocher, qui semblent avoir été détournés de leur destination originaire, sont confusément épars à ses côtés comme réservés à anéantir le téméraire navigateur qui oserait s'engager dans les eaux inférieures. Cette cascade , quoique formée par une masse d’eau moins abondante que l’autre, tombe d’une hauteur beaucoup pl:s considérable; car il y a une distance de cent cinquante pieds entire le bord du rocher duquel l’eau s’élance , et le lit de la rivière qui la reçoit. En hiver, ces cascedes paraissent encore plus grandes et plus imposantes qu'en été. Indépendamment de ce

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que l'onde s'élance avec sa rapidité ordinaire,les branches qui y sont plongées se garnissent de glaçons transparens comme du cristal ; les arbres blanchis se courbent sous le poids des brillantes concrétions dont ils sont chargés depuis leur sommet jusqu’à la surface de l’eau ; et fréquemment agités par les courans opposés, ils perdent un grand nombre de Jeurs rameaux, qui se brisent comme de la glace lorsqu'ils sont dans cet état de congélation.

À un demi-mille de ces cascades, dans unt vallée située entre West-Flamborough et Ancaster, on trouve une source minérale dont les eaux sont si fortement imprégnées d’un esolution de souffre, que les bois d’alentour à une distance considérable , en conservent l’odeur. Les bestiaux de toute espèce aiment tellement cette eau, qu'ils viennent, par instinct, de plusieurs milles , uniquement pour en boire.

Dans.le voisinage de Long-Point , il y a une autre source de même espèce ; l’eau en est plus forte, et les pierres qui l'entourent sont incrustées de souffre pur.

À une petite distance des Cataractes de Niagara , il y a une source encore plus cu-

rieuse ; elle émet un gaz hydrogène, tellement pur, qu'aussitôt qu'on approche une torche , elle prend feu sur-le-champ. Elle est visitée par un grand nombre de personnes, qui désirent s'assurer par elles-mêmes deses propriétés inflammables : mais je n'ai pas oui dire qu'il ait été fait pour l’analyser aucune tentative par des gens capables de bien remplir ce but.

On à découvert au milieu de {a Tamise, non loin de {4 Delaware , une source beaucoup plus remarquable qu'aucune de celles dont je viens de faire mentioh. On peut recueillir tous les jours de cette curieuse source, ou plutôt de la surface de la rivière, directement au-dessus d'elle, plusieurs mesures d'huile minérale ; elle a une odeur très-désagréable , et un grand rapport de couleur avec les huiles d'Angleterre. Ceux qui en ont fait l'épreuve, la coïsidèrent comme un remède très-efficace contre les rhumatismes : on s’en sert intérieurement et extérieurement, et quoique souvent administrée sans précaution et sans mesure , On n'a jamais reconnu qu’elle produisit aueun effet nuisible.

Les sources salées abondent dans toutes les parties dela province supérieure; mais jusqu ici,

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il y en à peu que l'on ait cherché à convertir en sèl. Les Canadiens aiment mieux acheter des Américains cet article de première nécessité, que de le manufacturer eux-mêmes. On dit que le manque de capitaux est la cause de cette répugnance de la part des Canadiens; mais j'en doute beaucoup, quoique bien convaincu qu'il faudrait des sormes considérables pour monter en grand des manufactures de sel, établissemens qui deviendraientun objet d'utilité publique, en même temps qu'ils donnerais: : «is bénéfices honnêtes à ceux qui les forme::.'1i. Mais le peu de personnes qui possèdent des capitaux suffisans pour entreprendre de pareilles opérations , les emploient toujours dans d’autres branches de commerce ou d’induitrie, qui probablement leur procurent des avantages plus immédiats sans être plus certains. Dans un grand nombre de pays, les individus qui les habitent, agissent comme s'ils ne faisaient pas partie d’un corps collectif, et ne consultent que leurs propres intérêts, sans avoir égard à ceux de la communauté dont ils sont membres. Sous ce rapport, le Canada est plus malheureux que les pays environ-

nans :il ne s'y est pas encore formé de ces réunions d'hommes animés du désir d'opérer:

le bie public. Le gouvernement provincial du Haut-Canada paraît ne s’occuper des colons en aucune manière , excepté pour leur établissement et pour le défrichement de leurs lots ; il ne daigne ni leur porter secours, ni favoriser aucun plan qui ait pou : objét l'avantage futur et la prospérité de la province, comme dépendance de la Grande-Bretagne. Si le lieutenantgouverneur et le conseil reçoivent cinquante dollars de chaque malheureux , émigrant pour cent acres de terre (qu’il avait cru lui être généreusement et gratuitement accordées par Sa Majesté ) , ils n'en dorment pas moins d'un sommeil tranq\lle , et mangent d’un aussi bon appétit que si la province qu'ils administrent, au lieu de tomber dans un état d’insolvabilité totale, était au moment de rivaliser avec la mère patrie , pour l’agriculture, les manufactures et les arts. Tandis que les habitans des Etats-Unis, aussi attentifs à leurs propres iutérêts qu’à ceux de la république dont ils font partie, consacrent tous leurs efforts à l’amélioration intérieure de l'union, et employent te us

les moyens qui sont en leur pouvoir pour se rendre indépendans des autres nations, les habitans du Haut-Canada, dans un pays beaucoup plus favorisé de la nature, négligent entiérement toutes les mesurés qui pourraient tendre à en faire un asile également agréable, et pour ceux que le malheur poursuit, et pour les hommes entreprenans qui viennent y travailler à augmenter leur fortune.

Pendant la dernière guerre entre la Grande- Bretagne et les États-Unis , le sel ne se vendait pas en Canada moins de cinquante dollars le baril , et si une autre guerre avait lieu , il est très-probable que les Canadiens seraient forcés

de l’acheter à un prix beaucoup plus élevé ; parce *

que la population de ia province est presque le double de ce qu’elle était alors , et quela quantité de sel qu’on y fabrique maintenant est moindre qu’elle n’était en 1811.

D'après la conduite tenue par l'assemblée des états du Haut Canada , il paraîtrait au moins sous quelques rapports, qu’ils sont déterminés non-seulement à ne rien faire pour l'avantage et le bien être de la colonie , mais encore à comprimer tous les efforts qui peu-

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318 LUITRE XIX.

vent être tentés individuellement par les habitans pour l'amélioration de leur situation ct de leurs intérêts. M. Mennir de Twelve-Mile- Creek,p de Niagara, découvrit, il y a quelques années, une source de sel dans son domaine :

comme il ne possédait qu'un petit capital, il commença des travaux proportionnés à ses moyens ; en peu de temps, il parvint à manufacturer chaque jour une quantité assez considérable de s.°; mais convaincu que la source pouvait fournir assez d’eau pour en faire une quantité beaucoup plus grande , ils’adressa à la législature à l'effet d'en obtenir des secours. À cette époque le sel américain payait un droit de cinq schellings par boisseau; mais peu de temps après, pour l'encouragement spécial de M. Merrit et de tous ceux qui pourraient faire de semblables entreprises, la législature dans sa sagesse réduisit le droit, sur le sel importé, à trois schellings neuf pences. |

Dans la dernière session du parlement provincial, un de ses membres (M. Wilson de Wentworth ) proposa un bill dont l'objet était d'encourager les manufactures de sel dans le Haut Canada. Avant la présentation de ce bill,

la chambre était convaincue de la nécessité d'encourager cette fabrication ; et si je ne me trompe, ilfutunanimementrésolud’accorderdes encouragemens. Mais étrange inconséquence !

les mêmes hommes qui, quelques heures auparavantavaient si promptementreconnu la nécessité d'accorder des encouragemens à cette branche d'industrie commerciale, refusérent d’allouer la modique somme de mille livres sterlings pour un objet si important , lorsqu'on Jeuren présenta la proposition en forme. Bien qu'il ne pût en résulter aucuñe gêne pour le gouvernement , d’après le mode indiqué par l’auteur de la proposition . ‘ile n'en fut pas moins rejetée. Et cependant il a été calculé que les habitans du Canada paient annuellement aux États-Unis d'Amérique, pour le sel seulement, plusde cent mille dollars en espèce, qui doivent être prélevés dans des provinces où l'argent est plus rare peutêtre que dans toute autre partie du monde.

On fabrique maintenant du sel en petite quantité près de Niagara , à Saltfleetetà Barton, à la tête du lac Ontario et à la baie de Quinte dans le district de l’intérieur. Muis la quantité

qu'on en fabrique sur tous ces points est d’une si petite importance , que si les Américains mettaient un embargo sur cet article, le prix en augmenterait de cinq cent pour cent dès le premier mois. La méthode pratiquée pour se procurer une quantité d’eau suffisante impréynée de matière saline, est de creuser dans le voisinage de la source de sel. Quelques-uns sont obligés de creuser jusqu’à deux ou trois cents pieds de profondeur pour en obtenir une quantité assèz abondante; mais quoique l’onsoit généralement obligé de creuser dans le roc, la dépense de cette opération n'est pas aussi considérable qu’on pourrait l’imaginer: au moyen d'une fraise ou d’untouret de six pouces de diamètre, trois hommes peuvent dans un jour, creuser à cinq pieds de profondeur un rocher de pierre à chaux.

On trouve dans plusieurs parties du Haut Canada, principalement dans la grande rivière Ouse, le gypsum ou sulfate de chaux. Quoiqu'il n’améliore pas extrêmement les terres sur lesquelles on le répand commeengrais, paree qu'il s’'évapore aisément , il contribue beaucoup à augmenter la quantitéet le poids d’une récolte de

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grain, immédiatement après qu'on l'a employé. Mais les seuls terreins auxquels cet engrais soit véritablement utile sont ceux d’une nature légère et sablonneuse. Une petite quantité suffit pour un acre, lorsqu'elle est convenablement distribuée sur sa surface. Si on l’emploie comme engrais dans une terre destinée pourune récolte de maïs, il suffira d'en jeter, dans chaqué trou,

* avec le grain, la contenance d’un verre à vin; et si on veut s'en servir dans une terre destinée à recevoir du bled , quatre ou cinq boisseaux mélés avec la semence suffisent pour un acre.

On a aussi découvert des lits de marne , de terre de pipe et de blanc d’Espagne.

On trouve, sur les bords du lac Gananoqui et dans quelques autres parties de la province, du plomb noir et de l’ocre jaune.

Les Mines de fer sont très-abondantes dans plusieurs districts. Il n’y a néanmoins dans le Haut Canada que deux fonderies de fer ou de métal ; une dans le voisinage de Zongue Pointe, sur les bords du lac Erié et l’autre dans le territoire de Marmora , district intérieur. La première dont les opérations sont maintenant fort étendues a été établie par une petite com-

pagnie d'Américains de l’état de New-York ; la seconde appartient à M. Charles Hayes de la maison W. et R. Hayes en Bridge-Street à Durzn. Quels seront les résultats pécuniaires de cette entreprise, c'est ce qu'on ne peut encore décider. Si les bras n'étaient pas aussi rares ; je ne douterais pas de ses succès; mais dans ‘un pays où le moindre manouvrier ne

voudra pas travailler dans une manufacture:

de cette espèce, à moïns de quarante livres sterlings par an, outre la nourriture et le logement , lap erspective des bénéfices pour les entrepreneurs est très-douteuse. Une chose est certaine cependant , c'est que si quelque espèce d'entreprise doit réussir dans le Canada, c'est celle-là: Les chaudières à potasse et à sucre , les poëles et autres ustensiles de fer sont très-recherchés. La seule question à résoudre est de savoir si: les négocians qui importent ces artiges d'Europe pourront les donner à aussi bas prix que-ceux qui les fabriqueni en Canada. Pour répandre quelques lumières sur ce sujet, je mé bornerai à faire mention du prix de ces objets à Niagara qui est situé à 200 milles environ plus atant dans

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l'intérieur que la fabrique de MM. Hayes. Le fer de toute dimension s'y vend en détail à quatre pences la livre : les barres de fer anglais à vingt

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