CAMES
paraissent tellement contradictoires, et tellement susceptibles de réfutation ou du moins d'objections , que je me bornerai à un simple exposé. des faits : vous pourrez, à loisir , en tirer les conclusions qui vous paraitront le plus en harmonie avec la raison et la philosophie.
On peut néanmoins faire encore une remarque avant de quitter entièrement ce sujet.
Aucun homme capable deréflexion ne peut douter que, dans toute cette région élevée, le climat n'éprouve une altération matérielle, à mesure que le pays est plus découvert, et que cette amélioration ne s’opère graduellement , dans une proportion exacte avec les progrès des arts de la civilisation. Environ les dix-neuf vingtièmes du Haut-Canada sont encore couverts d'immenses forêts, et ceux qui ont eu l'occasion d'observer les changemens salutaires opérés dans la partie habitée, depuis qu'elle a reçu quelque culture , peuvent juger sairement des grands effets qu'on pourrait espcrer d’un défrichement complet de tout le pays. Je ne veux pas parler des divers avantages qui résultent sensiblement des grands défrichemens , habilement dirigés : tels que la diminu-
tion de la vermine et des insectes vénimeux ; la disparition des vastes marais ; les grandes dimensions qu'ont acquises toutes les productions végétales partout où ilest permis au soleil d'exercer d’une manière illimitée sa vivifiante influence; l'augmentation visible d’aisance et de commodités, obtenue par le colon ‘tant pour lui et sa famille que pour son bétail, pendant les rigoureux froids de l'hiver et les extrêmes chaleurs de l'été, partout où les forêts ont disparu sous les efforts de l’industrie humaine. Ces effets immédiats de la culture, ainsi que plusieurs autres avantages qui pourraient être plus particulièrement détaillés sont évidens dans toutes les parties cultivées du Bas-Canada. Mais on peut les voir dans une plus grande perfection , quoique sur un champ moins vaste, dans tous les nouveaux établissemens de la province supérieure, région plus élevée et plus méridionale. Cette amélioration anticipée du climat n'est pas purement hypotétique. On peut la prouver par la seule circonstance du dessèchement complet de plusieurs ruisseaux qui portaient autrefois leurs eaux dans les rivières ou les lacs contigus et qui ont entière-
ment disparu depuis que les arbres qui les ombrageaient ont été abattus. J'ai vu moi-même plusieurs exemples de courans ainsi desséchés, lorsque leurs principales sources ont été détruites par le défrichement de cette immense étendue de terres appelées l'établissement Talbot; et des faits semblablessont connus detoutes les personnes qui se sont occupées avec quelque soin de la culture américaine et qui ont examiné ses nombreux résultats sur divers points. Les naturalistes ont parlé de la puissante influence que les arbres exercent dans l’ancien continent pour la conservation de la fraîcheur et de l’humidité des terres environnantes ; mais combien plus grands doivent être les effets de cette influence en Amérique où la distillation et l'irrigation sont maintenues -dans une constante activité par des millions de grands arbres dont le‘sommet s'élève à plus de deux cents pieds au-dessus de la surface de la terre, et plus encore dans une région comme le Haut-Canada qui s'élève à mesure qu'on s'éloigne des rives de l'Océan. Ces arbres comparables à des colonnes majestueuses doivent être de puissans conducteurs du fluide
atmosphérique, et leur chute estla suppression d’une source féconde d'humidité. Je laisse à d'autres le soin de décrire les conséquences remarquables de pareils changemens introduits par les arts de la civilisation.
Dans le Bas-Canada, l’hiver commence à peu près au 20 octobre; et la neige, depuis cette époque jusque vers le 16 avril séjourne sur la terre. Ces deux mois, ainsi qué je l'ai déjà remarqué, sont les plus désagréables de l'année pour les voyageurs. Durant cétte période , le froiu est violent; le thermomètre marque, en général , de 10 degrés au-dessus, jusqu'à 30 degrés au-dessous de zéro; dans le Haut-Canada et surtout dans les parties occidentales, l'hiver commence rarement avant le milieu de décembre et la neige disparaît ordinairement à la fin de mars. La différence de climat entre les deux provinces est néanmoins plus sensible par sa durée que par les degrés de froid ou de chaud. Dans le Haut-Canada, les étés sont plus longs et aussi chauds que dans la province inférieure ; mais les hivers, quoique plus courts , sont presque aussi rigoureux en proportion de leur durée.
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Le froid de l'hiver, quoiquerude, ne produit pas d'effets nuisibles à la constitution humaine, excepté ceux que l’on peut éviter au moyen de légères précautions. Mais on voit souvent dans le Haut-Canada un grand nombre de maladies, engendrées par l’extrême chaleur de l'été, qui retiennent , pendant plusieurs mois , sur le lit de douleur un grand nombre d’habitans: malgré ceite circonstance, je ne puis regarder ce climat comme véritablement malsain. Les maladies contagieuses ou dangereuses sont peu connues dans le pays, et je crois qu'il y a peu de personnes qui aient quelques objections à faire contre cette province sous Je rapport de la salubrité. On ne peut nier que tous les fortes gelées n'aient souvent des résultats fâcheux ; mais je pense que de dix personnes qui ont été gelées dangereusement, il y ena neuf qui ne peuvent imputer leur malheur qu’à leur imprudence ou à leur inattention. Si un homme s'enivre dans une taverne au point qu'en retournant chez lui il soit forcé de se coucher sur la route et s’y endorme, il ne peut, avec justice, imputer la perte de ses bras ou de ses jambes à la rigueur du froid. Il est vrai que
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LETTRE XX. Dot
quelques individus sont par fois gelés sans s’étre livrés à aucun excès et seulement en suivant leurs occupations ordinaires. Mais j'en ai peu vu dans ce cas pour quiilen soit résulté de graves accidens.
Je connais cependant un jeune homime qui, pendant l'hiver dernier, eut extrêmement à souffrir de l'intensité du froid. Ayant été chargé par le sous-shérif du district de Home de citer quelques personnes résidentes dans les nouveaux territoires de la partie septentrionale du district d’York, il partit à pied pour remplir sa mission ; c'était un émigrant anglais qui résidait depuis peu dans le Canada , et qui ne connaissait pas bien les bois. Il s’égara dans l'après-midi du premier jour de son voyage; il erra dans la forêt jusqu'aux approches de la nuit sans pouvoir retrouver sa route ; sentant ses pieds extrênement froids, il s’assit sur un tronc d’arbre, Ôta ses souliers et ses bas , et, en frottant ses pieds avec de la neige, le sang reprit bientôt sa circulation accoutumée.
Comme ses bas et ses souliers étaient mouillés quand il les ôta , ils gelèrent si complètement qu'il lui fut impossible de les remettre; mais,
convaincu qu'il ne pourrait marcher qu’en couvrant ses pieds d'une manière quelconque, il se vit dans la nécessité d’ôter sa veste, et ii ia coupa en morceau pour les envelopper. Get expédient lui réussit très-bien pendant une heure ou deux; mais, au bout de ce temps, ces enveloppes setrouvèrent tellement déchirées qu'il fut réduit à traverser pieds nuds de vastes déserts couverts de neige ; il est à peine nécessaire de dirc que dès le moment où ses pieds se trouv:rent ainsi sans abri contre le froid, is furent presque aussitôt gelés. Après avoit erré toute la nuit dans les bois, il rencontra le matin un homme qui le conduisit à un établis-
sement, et qui malheureusement lui conseilla
de mettre ses pieds dans l’eau chaude pour détruire l’effet de la gelée. Il eut recours à cet expédient le plus nuisible et le plus funeste de tous ceùx qu'il aurait pu employer. Il en résulta une douleur si vive qu’il tomba dans un évanouissement complet dont il ne revint qu'au bout de 48 heures. A l'expiration de ce temps, il s'était opéré une mortification qui ne se termina que par la perte de ses deux pieds.
Dans le Haut-Canada, la neige tombe rare-
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LETIRE XX. 333
ment avant la fin de novembre, et le froid n’est jamais bien violent que vers le milieu de décembre. Alors les rivières les plus rapides sont complètement gelées à leur surface et toute la superficie de la terre est recouverte d’un manteau blanc. Cette température continue généralement pendant les mois de janvier et de février: À cette époque, il survient quelquefois de courts dégels qui donnent momentanément un nouvel aspect à la nature : mais le froid reprend bientôt son empire. Ces changemens sont très-souvent subits dans le fort de l'hiver. La neige a rarement plus de deux pieds de profondeur et, malgré la sévérité du froid , elle ne contracte pas trop de dureté pen-
dant toute la saison. Comme les chemins sont très-mauvais pendant l'été, l’hiverest en Canada la saison des voyages. Pour cette raison, le temps froid est : -ueilli par les Canadiens comme une délicieuse période pendant laquelle ils peuvent partit sans difficulté pour aller au loin visiter leurs amis, envoyer au marché leurs blés et autres productions, faire venir des villes éloignées les provisions qui leur sont nécessaires, et enfin vaquer à toutes leurs
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affaires domestiques de quelque importance.
Aussi long-temps que la neige conserve sa profondeur et que les chemins ont une base solide, un traîneau canadien roule doucement sur sa surface avec autant de facilité que de vitesse, et deux chevaux péuvent aisément faire des journées de 4o à 5o milles, traînant le poids d'un tonneau sur des chemins qui, duns l'été, sont presque entièrement impraticables. Dans les nouveaux établissemens, les troncs d'urbres, qui se montrent au-dessus de la neige, rendent les voyages plus désagréables que dans les parties anciennement défrichées , où l'on ne trouve plus de semblables inégalités.
Les courses en traîneau sont un amuseinent favori des Canadiens ; ils considèrent cette manière de voyager comme la plus agréable qu'on ait pu inventer. Lorsqu'ils entreprennent ces excursions, ils se vêtissent fort chuudement, en s'enveloppant dans une peau d'ours ou de buffle. Les personnes des deux sexes portent par-dessus leurs souliers et leursbas de gros bas de laine et recouvrent leurs mains de gants de peau de daim doublés en laine. Elles portent aussi des bonnets fourrés et des capu-
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chons ; l'intérieur du traîneau est garni en peau d'ours,etune peau de buffle à laquelle on a laissé son poil, couvre les voyageurs depuis les pieds jusqu’à la ceinture. Ainsiéquipés, ils bravent les temps les plus rigoureux et voyagent souvent l'espace de 10 à 15 milles sans s'arrêter pour se rafräichir ou pour quelqu’autre cause.
Dans les premiers jours d'avril, la neige commente à disparaître graduellement ; les cheinins deviennent impraticables et les voyages de toute espëce sont généralement suspendus. Au premier avril, les fermicrs commencent à labourer; vers le 20, on sème le blé de printemps, et vers la fin de mai on sème le blé d'Inde , et on plante les patates.
Dans les premiers jours de juin , le temps devient fort ch«ud : alors les fièvres ordinaires ct intermittentes commencent à se répandre.
La propagation de ces maladies en Canada a été attribué à plusieurs causes. Quelques-uns pensent qu'elles proviennent des émanations produites par les végétaux putrifiés ; mais cette théorie, quoique plausible et appuyée d’un grand nombre d'argumens puissans, n’en est pas moins erronnée. Dans le Bas Canada la
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quantité des végétaux putrifiés est aussi grande que dans la haute province, et celle des terres humides et marécageuses est beaucoup plus considérable. Néanmoins, dans le premier, les fièvres ordinaires et intermittentes sont entièrement inconnues. De même, dans la partie orientale du HautCanada qui abondeenmarais, les habitans ne sont que partiellement atteints de ces maladies ; tandis que , dans les districts de l'Ouest, peu de personnes arrivent à l’âge de vingt ans sans en avoir éprouvé plusieurs fois
les fâcheux effets. J'ai disserté sur ce sujet avec niens plusieurs médecins, sans avoir pu obtenir une cette explication satisfaisante de l’origine de ces avoir maladies. Dans l'été de 1819, les fièvres de ports toute espèce se manifestèrent d'une manière pays alarmante dans presque toutes les parties du î il est Haut Canada, mais plus particulièrement dans de v les districts de l'Ouest. La saison fut très- à à lat sèche et extrêmement chaude, et je crois Je qu’à peine une famille sur dix fut exempte de | théo maladies. Malgré cela le Haut Canada peut, des même sans faire abstraction de cette année, mor être considéré coxvine très-sain, en comparai- félic des provinces des États-Unis, qui se trouvent aut(
placées sous la même latitude. Car tandis que les Canadiens étaient affectés de ces fièvres très-accablantes, mais peu dangereuses, les Américains étaient moissonnés par milliers, par la FIÈVRE JAUNE, ce fléau dépopulateur des cités. En résuné, je ne pense pas que le climat, soit pendant les froids rigoureux de l'hiver, soit pendant les grandes chaleurs de l'été, considéré sous le rapport de son influence sur la santé des hommes et sur les productions végétales, présente des inconvéniens suflisans pour détourner d'aller habiter cette contrée. Enfin, tout bien considéré, après avoir examiné la question sous tous ses rapports, je doute si le Haut Canada n’est pas un pays plus sain que l'Angleterre et que l'Irlande ; il est du moins bien certain que sous ce point de vue , le Bas Canada est supérieur à l’un et à l’autre.
Je sais qu'il est généralement admis en théorie que les eaux stagnantes sont les causes des fièvres de toute espèce. Mais sur ce point mon opinion estentièrement différente, et jeme félicite de pouvoir l’appuyer de la respectable autorité du docteur Dwicnr dont voici les
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