‹ Cinq années de résidence au Canada [microforme] (volume 2)Chapitre 35 sur 38 · MIN · texte numérisé non relu

MIN

per RS ET

ar des n À LT ai =

me ie

{l fs

tinuellement jusqu'à ce que toute la voûte du firmament paraisse embrâsée. Je me suis souvent assis en plein champ pour admirer les mouvemens constamment variables de cet étonnant phénomène , qui me paraissait toujours nouveau et toujours sublime.

Le phénomène météorologique, bien remarquable , drnt je place ici l'intéressant récit, extrait du journal de Montréal , arriva à une époque où je ne résidais pas encore dans cette ville.

« L’étonnante apparition qui a eu lieu la semaine dernière , laissera de longs souvenirs parmi les habitans de ce district, et le jeudi de cette même semaine sera classé dans les siècles futurs , avec le célèbre dimanche si obscur qui eut lieu en 1785. Il s'est passé une série d’évènemens également faits pour produire une forte impression sur les ignorans comme sur les hommes instruits. Les premiers ne considèreront ces évènemens que tels qu'ils sesont passés, et avec un mélange de crainte et de respect ; ils y verront l'intervention immédiate de celui qui dirige à son gré les ouragans et les tempêtes. Les derniers s'abaisseront , se re-

cueilleront en eux-mêmes, et frémiront à la pensée de leur néant. Toutes leurs connaissances, leurs longues études des causes et des effets, seront insuffisantes , pour expliquer les aberrations du cours ordinaire de la nature, dont ils ont été les témoins.

« Le premier incident extraordinaire , qui attira l'attention générale, eut lieu dimanche dernier. La matinée était extrêmement sombre pour la saison , et, vers les huit heures, l'atmosphère parut couvert d’un nuage épais.

Le vent était léger, soufflait du Nord Nord- Ouest, et semblait insuffisant pour repousser l'épaisse vapeur qui flottait au haut du firmament. Un peu avant neuf heures , il tomba une averse de pluie d'une couleur d’airain très - foncé et paraissant imprégnée d'une substance noire qui ressemblait à la suie ; circonstance qui semblait expliquer ce qui se passait alors dans les cieux. On conjectura qu’un volcan avait éclaté dans quelque région éloignée , et que les cendres de l’éruption se mêlant aux nuages leur donnaient cette couleur surnaturelle. Dans le cours de la journée, le

temps devint clair, et l'après-midi fut assez agréable.

« Le jeudi suivant fut un jour d’anxiété, et donn& lieu aux conjectures les plus alarmantes. Dans les premiers momens de la matinée, le ciel fut clair et serein. La brise légère du nord-ouest et le froid piquant qui avait régné pendant la nuit, nous laissaient espérer une journée également propre aux affaires et aux plaisirs. Vers les dix heures , le vent devint variable , tournant tantôt vers l’ouest et remontant ensuite vers le nord. Une vapeur épaisse et humide parut envelopper toute la ville, et l'aspect de l'atmosphère semblait annoncer une pluie prochaine et abondante. A mesure qu’on avança vers le milieu du jour, le temps se surchargea de plus en plus d'épais nuages. L'obscurité s’accrut à tel point qu'entre midi et une heure, il devint indispensable d'allumer des flambeaux d£ 18 tous les bureaux publics de laville , et même dans les étaux des bouchers sur la place du marché. L'obscurité continua à s'accroître , et avec elle la crainte de voir arriver quelque évènement funeste, pour dernier résultat d'une journée qui s’annonçait

sous d’aussi fâcheux présages. Mais bien que l'obscurité allait toujours croissant , elle ne fut päs uniforme dans ses progrès. De temps à autre, un rayon de lumière d’un blanc argenté semblait percer un moment l'épais atmosphère et y répandre une clarté passagère qui disparaissait au bout de quelques secondes.

« Ce fut pendant cette période , que l'aspect des cieux parut plus remarquable pour un observateur attentif : l'obscurité devenue encore plus sensible par les effets momentanés de la pâle lumière qui venait l'éclairer , inspirait aux spectateurs alarmés un redoublement de frayeur. Tous considéraient ce -phénomène comme immédiatement lié à quelque grande convulsion de la nature. Mais personne ne pouvait juger s’il en était le précurseur ou seulement la suite. Un peu avant deux heures après midi , on ressentit sur divers points de la cité une légère secousse de tremblement de terre, accompagnée d’un bruit ressemblant à celui que produit au loin la décharge d’une nièce d'artillerie. Comme l'attention de tous les habitans était particulièrement dirigée vers l'état du ciel, cette secousse ne produisit que peu de

Page 1