‹ Cinq années de résidence au Canada [microforme]Chapitre 15 sur 32 · PR CRUE QU RER · texte numérisé non relu

PR CRUE QU RER

ceux qui composaient cette réunion à se conduire d’une manière si irrespectueuse et si extraordinaire : ils me répondirent avec beaucoup de gravité, que leurs assemblées se tenaient toujours de la même manière et qu'ils ne s’y plaisaient que quand l'esprit agissait sur eux aussi puissamment.

Il serait très-inutile d'entreprendre d'expliquer une pareille conduite par des motifs rai- . sonnables ; car on ne peut certainement rien y trouver qui ressemble à la raison. Comment pouvons-nous donc la qualifier ? pourrait-elle provenir de la conviction imprimée dans l’âme par l'esprit sain, qu'ils étaient en'proie aux passions et à l'iniquité? non : ce n'est pas ainsi que s'exprime une douleur bien sentie. Mais le plus ignorant des prédicateurs désespèrerait du succès de son sermon, s’il ne venait frapper les oreilles de ses auditeurs d’un bruit pareil à celui du tonnerre; et les auditeurs eux-mêmes sont trop souvent accoutumés à confondre les gémissemens et les lamentations avec les véritables signes de l’effusion de

la grâce.

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communes en Canada: j'en ai entendu parler favorablement en Europe par des personnes qui, sans chercher à se convaincre de la réalité deleursbons résultats, avaient jugé de leur utilité par le nombre de conversions qu'on leur disait avoir été opérées de cette manière. J'ose dire néanmoins que le démon est bien plus vénéré que Dieu dans la plupart de ces campemens modernes ; ils ont ordinairement lieu dans l'automne, et un voyage de cent milles est considéré commeune bagatelle , lorsqu'on l'entreprend dans un but aussi louable. On forme alors des campemens réguliers : des familles entières quittent les plaisirs que peut

leur offrir l’intérieur de leur résidence pour le

bonheur inappréciable de passer huit à dix jours à entendre un bruit continuel, semblable à celui du tonnerre, de la part de.ceux qui y prêéchent l’'évangile américain. Là vous pouvez voir des hommes de tous les pays et de toutes les croyances, réunis ensemble ; et pourquoi ? «pour adorer en commun le souverain des cieux », disent les défenseurs de ces réunions. Mais Ô charité ! toi qui couvres du voile du mystère un si grand nombre de péchés, peux-

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tu, si indulgente que tu sois, étendre ton vaste manteau sur ces réunions irrégulières (pour ne. pas me servir d'expressions plus sévères et sans doute plus méritées). Soutiendrat-on que les protestans et les catholiques , les juifs et les athées, les arméniens et les calvinistes, tousindividus d'opinionset de croyances différentes , ajournent momentanément leurs discussions ; et qu'oubliant les points sur lesquels ils diffèrent , ils se réunissent ainsi pour adorer dans les mêmes formes, le même Dieu, et pour manifester par de saintes contorsions la puissance de cet esprit dont la majeure partie, dans les autres circonstances de leur vie, semble nier même l'existence.

On forme, comme je l'ai déjà observé des campemens réguliers : il est rare qu’une réunion de cette espèce dure moins d’une semaine. Un grand nombre de personnes portent dans ces lieux des provisions prêtes à cuire; mais celles qui neveulent passe donner cetembarras peuvent en acheter dans le camp : on y trouve

aussi à un prix modéré de l'aile, du porter, de la bierre et du cidre ; néanmoins la vente des liqueurs spiritueuses y est expressément de-

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fendue. Chacun doit se munir de sa bouteille d'eau-de-vie, proportionnée dans sa dimension à l'étendue de son gosier, ou à l'urgence présumée de sa soif. Les tentes forment une espèce de carré creux , au centre duquel se place le prédicateur entouré de ses auditeurs ; un grand nombre d’autres orateurs se tiennent près de lui ; et aussitôt que celui qui parle a épuisé son sujet, ou ses poumons , il est remplacé par un autre de ses frères, auquel succède un troisième. Aussitôt que l'orateur prend la parole , commence une scène de la plus horrible confusion et qui est vraiment révoltante. Rien dans le monde ne peut égaler la variété des tons , des gestes et des grimaces , que chacun affecte avec la plus complète hypocrisie comme des signes visibles et extérieurs des émotions intérieures que produit l’éloquence pastorale du prédicateur. Il faut en convenir, il est bien affligeant de voir ainsi la grâce divine, si licencieusement mise en scène.

En voyant les Américains ainsi réunis dans un Camp, vous vous imagineriez que c'est de l'eau-de-vie et non du sang qui coule dans leurs veines ; mais dans toute autre circonstance vous

serez porté à supposer que les cavités de leur cœur sont converties en glacières.

J'ai toujours considéré ces assemblées immenses etconfuses, consacrées aux cérémonies religieuses, comme tenant à un système encouragé par les prédicateurs eux-mêmes ; soit par le désir de complaire au peuple , soit pour substituer un culte errant à un mode de prier plus sédentaire. Dans tous les nouveaux établissemens des États-Unis et de l'Amérique anglaise, les pasteurs judicieux de chaque secte , lors même qu'ils ont une congrégation fixé dans le lieu de leur résidence, considèrent comme une partie essentielle de leurs laborieux travaux de visiter les cantons négligés qui sont placés le plus à leur portée, et de venir, à des époques déterminées, prêcher la parole de Dieu à ieurs habitans. Cette méthodeest infiniment préférable à ces réunions en plein champ dont il ne peut jamais résulter que des désordres et des abus.

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onies neou- LETTRE XXXII.

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subser plus ‘Emigration. — Avantages du Haut-Canada. blisse- | — Situation des concessions du gouvernement. glaise, — Augmentation des droits mis sur les con-

lors : : ; ë d cessions. — Combien cette mesure est impolians

SE tique. — Les Colons préftrent acheler aux pro- 1x tra- priétaires des terres à plus bas prix.— Désapai sont pointement du grand nombre d'émigrans , en , à des trouvant un: droit imposé sur les concessions. le Dieu .

— Insuffisance de cinquante acre: pour faire liment p dont vivre un pauvre Colon. — Dépréciation de dres et la valeur des produits de l’agriculture. —

Montant des importations et exportations.

C'est une tâche très-dificile que celle de faire connaître les avantages qu'offre le Canada aux différentes classes d’émigrans de la

Grande-Bretagne et de l'Irlande : pour bien s'en acquitter, il faut être parfaitement instruit de tous les détails relatifs à ces contrées , et apporter beaucoup d'attention à un pareil travail. C’est donc avec hésitation que j'entreprends de traiter un sujet aussi grave , qui a déjà souvent été discuté par des personnes plus capables et plus instruites que moi ; mais qui n’en à pas moins besoin d’un nouvel examen également impartial et approfondi.

Je suis loin de réunir toutes les notions qui seraient nécessaires pour remplir complètement ce but important ; mais une longue résidence dans le Canada m'a mis à même de bien examiner les ressources présentes , les avantages particuliers et les privations auxquelles sont exposés les individus qui vont former des établisssemens dans ces pays nouvellement habités. Je dirai avec franchise tout ce que je sais, sans rien y ajouter ni diminuer. C’est tout ce qu'on doit raisonnablement attendre de moi.

Quoique le climat du Haut-Canada tende vers les deux extrêmes de froid et du chaud, il est, comme je l'ai déjà observé , très-beau

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LETTRE XXXH. 199

et très-favorable à la culture des grains et des légumes , et à la production des plus beaux fruits. Bien qu’il soit mal cultivé, le sol ne le cède en fertilité à aucune partie de l’Amérique de la même étendue : Toutes les espèces de grains que prodüit la mère-patrie, sont cultivées ici avec le plus étonnant succès ; et plusieurs des fruits et des autres végétaux qu'on ne recueille en Angleterre et en Irlande. qu’à la suite de dépenses et de travaux immenses, atteignent en Canada , sans le secours de l’art , un degré de perfection inconnu dans la plupart des pays septentrionaux.

Les exportations des deux provinces s'élèvent

annuellement à environ sept cent mille livres sterling. Elles consistent principalement en bois, potasse, bœufs, cochons , bled et fourrures. Les importations qui se composent communément de produits des manufactures anglaises et de liqueurs des Indes Occidentales, montent à près de douze cents mille-liv. sterl. paran. Le revenu du Bas-Canada , qui consiste presque entièrement en droit sur les marchandises importées, excède cent mille livres sterling par an.

160 LETTRE XXXIL.

Nous ne payons pas de dîmes et nos taxes sont fort légères ; on r’exige de nous ni rente de quint , ni rente de Ja couronne , ni aucune espèce de redevance à quelque titre que ce soit. Nous sommes sans contestation les héri- . tiers du sol; nous ne reconnaissons point de seigneurs féodaux ; nous ne devons obéissance qu'à nos propres lois, allégeance et respect qu’à notre souverain sous lequel nous nous glorifions de vivre. Ces avantages inappréciables et la facilité de se procurer des terres à un prix modique semblent inviter l'industrie à venir se fixer dans cette heureuse contrée.

Mais indépendamment des inconvéniens que j'ai précédemment exposés, il en est d’autres encore qui doivent être pris en considération par les emigrans , s'ils veulent avoir une idée exacte des avantages que ce pays paraît leur offrir. La situation des terres qu'on peut obtenir du gouvernement, la difficulté de les mettre en culture, et les dépenses énormes que le défrichement exige ; la rareté et l'éloignement des marchés pour la vente des produits ; le prix élevé des journées de travail ; celui des marchandises d'Europe dont les

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fermiers peuvent avoir besoin : voilà les objets” importans que doivent connaître, et sur lesquels doivent mûürcment réfllchir ceux qui se déterminent à quitter leur pays natal pour aller

se fixer dans une terre étrangère.

Quant à la situation des terres dans le Haut- Canada, tous ceux qui se proposent d'en obtenir du gouvernement, doivent se résigner à aller s'établir au milieu des déserts et des forêts sans bornes qui ne leur offrent guère d’autres avantages que celui d’un sol fertile et d’un climit favorable à la végétation. Ces terres sont généralement éloignées de toutes les rivières navigables, et à une trop grande distance des marchés pour que les cultivateurs puissent espérer de pouvoir convertir en argent, l'excédant de leurs produits sur leur consommation. Cet inconvénient , il est vrai, subsiste également pour tous les établissemens dans leur première enfance et se prolonge rarement au-delà de leur minorité.

À l’époque où l’on commença à coloniser cette contrée, les bords du Saint-Laurent et des lacs Erié et Saint-Clair furent choisis par les premiers arrivans, comme il était naturel de Tour IT. 11

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