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que quelques-uns des êtres qui se prétendent civilisés, et qui ne sont que des esclaves, il occupe dans l'ordre de la création un rang fort inférieur à celui de l'homme qui réunitla fierté de l'indépendance'aux doux sentimens que font naître les bienfaits de la civilisation. Ainsi l'accroissement de la population blanche aux dépens de la rouge, est le triomphe de l'état de paix sur l'état de guerre.
«a Je ne dirai pas que les Aborigènes de cette belle contrée n'ont jamais eu à se plaindre des violences et des injustices commises à leur égard par les usurpateurs de leur sol. L'indien, en jetant de tristes regards sur les restes épars de sa tribu autrefois puissante , retrace dans sa pensée une longue série d’injures que ses ancétres ont souffertes de ces étrangers qu'ils avaient accueillis comme des amis et des frères. S'ils se rappellent que les premiers droits des Euroréens à la propriété du territoire qu'ils occupent fût le résultat de la cession qui leur en fut faite, ils se rappellent aussi que la plupri des cessions furent plutôt forcées que voloto;:.
ment consenties. Les premiers contrats furent, il est vrai, faits amicalement, et réciproquement
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respectés; maisiln'était pas dans l'essence dela nature humaine que les naturels du pays vissent long-temps sans envie les progrès et l'accroissement des forces de ces nouveaux venus, à qui la connaissance et la culture des arts nés de la civilisation donnaient une prépondérance marïquéc, en même temps qu'elles concouraient à augmenter leur population dans une proportion bien supérieure à celle des indigènes. Ces étrangers leur parurent des rivaux d'autant plus redoutables qu'ils les voyaient braver les dangers et soutenir les fatigues avec autant de courage qu'eux-mêmes. Incités par ces sentimens de jalousie , ils tentèrent souvent de détruire par lemassacre les diverses colonies disséminées sur les bords de l'Atlantique ; et si ‘leurs projets barbares eussent été concertés entre toutes les tribus, on ne peut douter qu'ils n'eussent effectué l'entière extermination des Européens. De ‘là naquirent ces haines, ces hostilités interminables qui ont hâté la destruction des sauvages « Si l’on considère tout ce qu’ont eu à souffrir les premiers aventuriers qui se sont éta blis sur ces bords, on ne peut se défendre
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d'un sentiment d’étonnement, de pitié et d’admiration. di faut que le désir de l’indépendance exerce une bien puissante influence sur l'homme pour le déterminer à s’exposer à tant de travaux pénibles , à tant de souffrances , à tant de dangers; à renoncer aux douceurs de la vie civilisée pour venir résider au milieu des ours, des loups et des sauvages; tantôt sous la froide température de la Sibérie , tantôt sous le soleil brülant de l'Afrique ; endurant la faim, respirant des exhalaisons malfaisantes ; obligé d'allumer du feu pendant la nuit pour éloigner les bêtes féroces, et, le jour, craignant à chaque moment de voir partir de quelque buisson la flèche acérée d’un Indien. Sans doute, on doit regarder comme une nation vaillante et courageuse celle qui se compose des descendans de ces audacieux aventuriers.
« Presque toutes les attaques des Indiens tournaient à leur détriment et diminuaient leur nombre. Chacune de leurs défaites les obligeait à faire de nouvelles concessions. Chaque nouveau traité reculait leurs limites. À mesure que les forces des nouveaux habitans s’accrurent , et que celles des natifs s’affaibli-
rent, ces derniers furent de plus en plus exposés à la rapacité des Européens, comme ceuxci dans les premiers temps avaient été'en butte aux cruautés des Indiens. Peut-être les querelles entre la France et l'Angleterre pour la possession de ces belles contrées auraient offert aux Indigènes l'occasion de se délivrer totalement du joug étranger, s’il y avait eu quelque concert entre ces nations sauvages , et si elles eussent réuni leurs forces; mais ces guerres dans lesquelles les tribus s’armèrent les unes contre les autres , suivant leurs affections pour l'une des parties belligérantes, contribuèrent à accélérer leur propre ruine. Il en fut de même pendant la guerre de l'indépendance : quelque parti que les Indiens suivissent, quelque fût le succès de leurs expéditions, la diminution des forces de chaque tribu en était toujours le résultat. | Quand l'indépendance des Etats-Unis eut été solidement établie, les Indiens ne tardèrent pas à éprouver les effets de la sage et humaine politique du gouvernement fédéral. Jamais les traités conclus avec les nations indiennes n’ont été violés, au moins de l’aveu du gouvernement :
souvent, au contraire, il usa de toute”son influence , de toute son autorité, pour rétablir ou maintenir la paix entre des tribus ennemics, pour donner à ces peuples le goût de la civilisation, pour les garantir des vexations soit des négocians étrangers, soit de ses propres sujets. Mais indépendamment des combats entre les tribus, plusieurs autres causes concourent à accélérer la destruction de ces peuples ; il faut compter parmi ces causes leur état de misère , leur goût pour les liqueurs spiritueuses, et la petite vérole. Cette maladie surtout fait de grands ravages parmi eux. Ainsi les Indiens déjà réduits à un petit nombre par les guerres étrangères et intestines dépérissent et s’éteignent maintenant par l'effet non moins actif de la débauche, de la misère et de tous les maux qui les accompagnent. »
Sans admettre toutes les assertions contenues dans ce passage dont quelques-unes sont dictées par les sentimens patriotiques d’une Américaine et par une admiration exagérée pour les actes du gouvernement des Etats-Unis, il faut reconnaître cependant l'exactitude de sa conclusion.
Dans le Canada comme dans les Etats-Unis, les Iridiens domiciliés, de même que ceux qui mènent encore une vie errante, disparaissent rapidement de dessus la surface de la terre; et peut-être avant la fin de ce siècle, ces diverses tribus qui , il n’y a pas plus de trois cents ans, formaient une nombreuse population disséminée sur le vaste continent de l’Amérique, non-seulement auront été dépouillées du sol dont elles furent autrefois les seuls pro-
priétaires, mais encore auront cessé d'être.
Cette race d'hommes n'existera plus que dans les souvenirs et dans l’histoire.
Dans le Bas-Canada, indépendamment des Indiens civilisés, établis dans les villages de Lorette , Becancour, Saint-François, du lac des deux Montagnes et de Cochenonaga , il y a encore quelques tribus errantes, mais en trèspetit nombre. Dans le Haut-Canada, on trouve les restes d’une tribu à Saint-Regis ; une autre à la hate de. Quinte ; une troisième au {ac du Riz, ét quelques établissemens disséminés dans le voisinage d'Yorck. Si on ajoute à ces peuplades , celle des six nations dont nous avons parlé dans le premier volume de cet ouvrage ,
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les {ndiens Delawares et les Moraviens sur la Tamise , le nombre total des Indiens s’élevera probablement à cinq ou six milles individus.
Les missionaires catholiques ont beaucoup fait:pour civiliser les Indièns de Saint-Regis et veux de quelqués villages du Bas-Canada, particulièrement ceux de Cochenonaga : il y a patüi les tribus civilisées de cette dernière province , un ceftaii nombre d'individus qui professent la religion chrétienne et croyent à sa divine origine. |
Dans le Haut-Ganda , le clergé a fait aussi
quelques efforts pour la conversion des Indiens
des six nations ; mais jé crois que ses travaux
ont obtenu peu de succès.
Ces peuples dont nous avons troublé la paix, dont nous avons envahi le territoire, nous doivent encote une partie de leuts vices, et les
maux qui en sont les conséquences. Les Européens qui se vantaient de professer une Religion sainte , de venir apporter les bienfaits de la civilisation à des peuples sauvages et ignorans , leur ont donné l'exemple de la débauche, de la dissipation et de l'ivrognerie ; ils ont spé-
culé sur. Jeur goût pour les-liqueurs et les ont encouragés dans des habitudes qui devaient détruire leur bonheur, et altérer leur constitution. En voyant les mœurs des hommes civilisés tellement en opposition avec les préceptes de leur religion , ils ant éprouvé de l'éloignement pour les dogmes et les maximes qu’on leur prêchait ; ils ant plus facilement adopté les yices dont on leur donnait l'exemple, que les principes qui les condamnent. J'ai souvent entendu les Indiens me répondre ; lorsque je leur reprochais leurs juremens , leur ivresse , ou d’autres pratiques aussi repréhensibles :
« Les blancs ont les mêmes défauts. » :
Enfin , pour augmenter les motifs de leur ressentiment , les. Français, pendant plus de deux siècles après les premiers établissemens, et les Anglais tout récemment encore, n'ont cessé d'étendre leurs usurpations et de dépouiller violemment les malheureux Indiens de leurs terres : ce n'est que depuis peu de temps que le gouvernement Britannique. les achète. Ainsi ils ont été forcés, ou de s'enfoncer dans les forêts pour y trouver leur subsistance, ou de vivre au milieu de leurs op-
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