SUR LES INDIENS
4:ulésur leur goiit pour les liqueurs et les ont encouragés dans des habitudes qui devaient détruire leur bonheur, et altérer leur constitution. En voyant les mœurs des hommes civilises tellement en opposition avec les.préceptes de leur religion , ils ont éprouvé de l éloigne ment pour les dogmes et les maximes qu'on leur prêchait ; ils ont plus facilement adopté les vices dont on leur donnait l'exemple, que les principes qui les condamnent. J'ai souvent entendu les Indiens me répondre , lorsque je leur reprochais leurs juremens , leur ivresse , ou d'autres pratiques aussi repréliensibles : « Les blancs ont les mêmes défauts. »
Enfin , pour augmenter les motifs de leur ressentiment , les Français, pendant plus de deux siècles après les premiers établissemens , et les Anglais tout récemment encore , n'ont cessé d'étendre leurs usurpations et de dépouiller violemment les malheureux Indiens de leurs terres : ce n'est que depuis peu de temps que le gouvernement Britannique les achète. Ainsi ils ont été forcés, ou de s'enfoncer dans les forêts pour y trouver leur subsistance, ou de vivre au milieu de leurs op-
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presseurs, et d'être les témoins de tous leurs vices.
Quant aux tribus qui n'ont point de domicile ûxe j, que l'on voit errer sans cesse d'un lieu à un autre , leur existence est on ne peut pas plus misérable. Leur lance et leur fusil , voilà les seuls moyens qu'ils aient de pourvoir à leur subsistance: aussi, souvent sont-ils exposés à toutes les horreurs de la faim. Imprévoyant et paresseux , l'Indien ne va à la recherche du gibier que lorsqu'il y est absolument contraint par le besoin. Il se repose tranquillement 5 tandis que sa femme est condamnée aux plus rudes travaux. S'il tue un cerf à trois ou quatre milles de son habitation, au lieu de le porter jusque chez lui, il l'attache à un arbre , et , rentré dans sa cabane ^ il informe sa femme de sa bonne fortune et du lieu où il a laissé sa proie : celle-ci - sans témoigner le moindie mécontentement, s'achemine aussitôt vers le lieu indiqué , charge le cerf sur son dos et le porte à son maître , qui l'écorche , et se couche nonchalamment sur la peau de l'animal , tandis que sa malheureuse compagne achève de le disséquer et de le préparer.
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Aux yeux de l'homme civilisé , 1 état des Indiens , ( et je parle des deux sexes ) est peu au-dessus de celui des bêtes. En Amérique, le nom d'indien , ou celui de nègre ne fait naître d'autre sentiment que celui de l'horreur et du mépris. On les regarde comme destinés par le souverain Créateur à supporter toutes les vexations , toutes les cruautés qu'il plaît aux blancs de leur faire souffrir ; on parle d'eux comme d êtres dépourvus d'une âme immortelle ; on les assimile aux plus vils animaux.
Mais l'on ne doit pas adopter ces préjugés vulgaires : Miss Wright cite quelques exemples qui prouvent que les Indiens du continent Américain, sont susceptibles de se distinguer dans les arts et dans les sciences.
Je puis aussi rapporter quelques preuves de la capacité , et de l'intelligence des Indiens du Canada. Un des plus beaux caractères dont j'aie jamais entendu parler ^ est celui du capitaine Brandt. C'était non-seulement un brave militaire , mais encore un politique consommé. Il a été lo seul intermédiaire de tous les traités entre le gouvernement Britannique et les Indiens des six nations. Il était tellement pé-
nétré des beautés de la religion chrétienne et dos avantages que ses compatriotes retireraient de la connoissance de cette religion divine , qu'il entreprit de traduire les quatre évangiles. Après avoir terminé cette noble et laborieuse tâche , il fit un voyage en Angleterre. Mais peut-être la fréquentation de la bonne compagnie et les amusemens des cercles de Londres diminuèrent-ils sa haute opinion de lu religion chrétienne et son respect pour ses divins préceptes.
Le fils de ce chef célèbre réside maintenant sur le lac Ontario , dans un établissement qui lui appartient : il est aussi un exemple de l'intelligence des îndiens et de leur aptitude à acquérir les connaissances et les manières des peuples civilisés. Sa couleur seule dénote son origine: sous aucun autre rapport, il ne diffère des Européens les plus distingués par leur naissance et leur éducation.
On peut citer encore l'Indien Tecumseh y qui a si puissamment contribué aux succès des armes Britanniques dans la dernière guerre. Ce guerrier, quoiqu'il se fût dévoué aux intérêts de r Angleterre , avouait ingénument
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qu'il conservait , contre les usurpateurs de son pays , un vif ressentiment , et que s'il avait quelque espoir de succès , il combattrait à la tête de ses compatriotes, jusqu'à ce qu'il ne restât plus un blanc sur le sol américain.
Je pourrais citer d'autres exemples pour prouver que les Indiens sont susceptibles de civilisation ; peut-être si les travaux des missionnaires pour les convertir à la religion clirétienne , ont été jusqu'à présent peu efficaces, c'est qu'ils n'ont pas été suivis avec assez de persévérance. Puisse l'esquisse que je viens de tracer de l'état de ces peuples , arriver sous les yeux de ceux qui dirigent les saintes institutions des missions , et leur inspirer pour ces peuples malheureux , les mêmes sentimens de pitié dont je suis affecté. Puissent -ils envoyer dans ces contrées quelques-uns de ces zélés prédicateurs de l'Evangile , pour faire connaître les vérités de la religion chrétienne à des êtres qui sont dignes de toute leur sollicitude.
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