DE L'AMÉRIQUE
On a déjà tant écrit sur les mœurs et les usages des liabitans aborigènes de l'Amérique septentrionale , que je crois supeflu de traiter un sujet si souvent rebattu. Je me bornerai donc à tracer une briève esquisse de l'état actuel de ces peuples.
Voici les remarques que fait à cet égard un écrivain des Etats-Unis, Miss Wrigkt.
(( La décadence de ce peuple (les Indiens) , disparaissant de son sol natal, frappe d'abord l'imagination d'un sentiment pénible. Mais pour peu qu'on réfléchisse, on trouvera ces regrets mal fondés. Le sauvage avec toutes ses vertus (et il en a quelques-unes sans doute) est toujours un sauvage. S'il pense jilus no!)l(Miient
que quelques-uns des entres qui se prétendent civilisés , et qui ne sont que des esclaves , il occupe dans Tordre de la création un rang fort inférieur à cekii de l'homme qui réunit la fierté de l'indépendance aux doux sentimens que font naître les bienfaits de la civilisation. Ainsi l'accroissement de la population blanche aux dépens de la rouge, est le triomphe de l'état de paix sur l'état de guerre.
« Je ne dirai pas que les Aborigènes de cette belle contrée n'ont jamais eu à se plaindre des violences et des injustices commises à leur égard par les usurpateurs de leur sol. L'indien, en jetant de tristes regards sur les restes épars de sa tribu autrefois puissante , retrace dans sa pensée unelongue série d'injures que ses ancêtres ont souffertes de ces étrangers qu'ils avaient accueillis comme des amis et des frères. S'ils se rappellent que les premiers droits des Européens à la propriété du territoire qu'ils occupent fût le résultat de la cession qui leur en fut faite , ils se rappellent aussi que la plupart des cessions furent plutôt forcées que volontairement consenties. Les premiers contrats- furent, il est vrai^ faits amicalement, et réciproque mont
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respectés; mais il n'était pas dans l'essence de la nature humaine que les naturels dupays vissent long-temps sans envie les progrès et l'accroissement des forces de ces nouveaux venus ^ à qui la connaissance et la culture des arts nés de la civilisation donnaient une prépondérance marquée, en même temps qu'elles concouraient à augmenter leur population dans une proportion bien supérieure à celle des indigènes. Ces étrangers leur parurent des rivaux d'autant plus redoutables qu'ils les voyaient braver les dangers et soutenir les fatigues avec autant de courage qu'eux-mêmes. Incités par ccssentimens de jalousie , ils tentèrent souvent de détruire par le massacre les diverses colonies disséminées sur les bords de l'Atlantique ; et si leurs projets barbares eussent été concertés entre toutes les tribus, on ne peut douter qu'ils n'eussent effectué l'entière extermination des Européens. De Là naquirent ces haines^ ces hostilités interminables qui ont hâté la destruction des s a il va ges.
<( Si l'on considère tout ce qu'ont eu à souffrir les premiers aventuriers qui se sont éta blis sur ces bords, on n(; pont se défendre
(l'un sentiment d'étonnement , de pitié et d'admiration. 11 faut que le désir de l'indépendance exerce une bien puissante influence sur l'homme pour le déterminer à s'exposer à tant de travaux pénibles , à tant de souffrances , à tant de dangers; à renoncer aux douceurs de la vie civilisée pour venir résider au milieu des ours, des loups et des sauvages; tantôt sous la froide température de la Sibérie , tantôt sous le soleil brûlant de l'Afrique ; endurant la faim , respirant des exhalaisons malfaisantes ; obligé d'allumer du feu pendant la nuit pour éloigner les bêtes féroces, et , le jour, craignant à chaque moment de voir partir de quelque buisson la flèche acérée d'un Indien. Sans doute, on doit regarder comme une nation vaillante et courageuse celle qui se compose des descendans de ces audacieux aventuriers.
<( Presque toutes les attaques des Indiens tournaient à leur détriment et diminuaient leur nombre. Chacune de leurs défaites les obligeait à faire de nouvelles concessions. Chaque nouveau traité reculait leurs limites. A mesure que les forces des nouveaux habitans s'accrurent , et que celles des natifs s'affaibli-
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rcnt , ces derniers furent de plus en plus exposés à la rapacité des Européens, comme ceuxci dans les premiers temps avaient été en butte aux cruautés des Indiens. Peut-être les querelles entre la France et l'Angleterre pour la possession de ces belles contrées auraient offert aux Indigènes l'occasion de se délivrer totalement du joug étranger, s'il y avait eu quelque concert entre ces nations sauvages , et si elles eussent réuni leurs forces ; mais ces guerres dans lesquelles les tribus s'armèrent les unes contre les autres , suivant leurs affections pour l'une des parties belligérantes, contribuèrent à accélérer leur propre ruine. 11 en fut de même pendant la guerre de l'indépendance : quelque parti que les Indiens suivissent , quelque fût le succès d^ leurs expéditions , la diminution des forces de chaque tribu en était toujours le résultat.
Quand l'indépendance des Etats-Unis eut été solidement établie, les Indiens ne tardèrent pas ù éprouver les eft'ets de la sage et humaine politique du gouvernement fédéral. Jamais les traités conclus avec les nations indiennes n'ont été violés, au moins de l'aveu du gouvernement :
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souvent, au contraire, il usa de toute son influence, de toute son autorité, pour rétablir ou maintenir la paix entre des tribus ennemies, pour donner à ces peuples le goût de la civilisation , pour les garantir des vexations soit des ncgocians étrangers, soit de ses propres sujets. Mais indépendamment des combats entre les tribus , plusieurs autres causes concourent à accélérer la destruction de ces peuples ; il faut compter parmi ces causes leur état de misère , leur goût pour les liqueurs spiritueuses, et la petite vérole. Cette maladie surtout fait de grands ravages parmi eux. Ainsi les Indiens déjà réduits à un petit nombre par les guerres étrangères et intestines dépérissent et s'éteignent maintenant par lelfet non moins actif de la débauche , de la misère et de tous les maux qui les accompagnent. »
Sans admettre toutes les assertions contenues dans ce passage dont quelques-unes sont dictées par les sentimens patriotiques d'une Américaine et par une admiration exagérée pourlesactesdugouvernement des Etats-Unis, il faut reconnaître cependant l'exactitude de sa conclusion.
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Dans le Canada comme dans les Etats-Unis^ les Indiens domiciliés , de même que ceux qui mènent encore une vie errante, disparaissent rapidement de dessus la surface de la terre; et peut-être avant la fin de ce siècle, ces diverses tribus qui , il n'y a pas plus de troi$ cents ans, formaient une nombreuse population disséminée sur le vaste continent de l'Amerique^ non-seulement auront été dépouillées du sol dont elles furent autrefois les seuls propriétaires , mais encore auront cessé d'être. Cette race d'hommes n'existera plus que dans les souvenirs et dans l'histoire.
Dans le Bas-Canada, indépendamment des Indiens civilisés, établis dans les villages de Lorette , Becancour j, Saint-François^ du lac des deux Montagnes et de Coclienonaga , il y a encore quelques tribus errantes, mais en trèspe lit nombre. Dans le Haut-Canada , on trouve les restes d'une tribu à Saint-Régis ; une autre à la baie de Quinte \ une troisième au lac du RiZf et quelques établissemens disséminés dans le voisinage d'Yorck, Si on ajoute à ces peuplades y celle des six nations dont nous avons parlé dans le premier volume de cet ouvrage ,
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les Indiens Delawares et les Moraviens sar la Tamise , le nombre total des Indiens s'élèvera probablement à cinq ou six milles individus.
Les missionaires catholiques ont beaucoup fait pour civiliser les Indiens de Saint-Régis et ceux de quelques villages du Bas-Canada^ particulièrement ceux de Coclienonaga : il y a parmi les tribus civilisées de cette dernière province , un certain nombre d'individus qui professent la religion chrétienne et croyent à sa divine origine.
Dans le Haut-Ganda , le clergé a fait aussi quelques efforts pour la conversion des Indiens des six nations ; mais je crois que ses travaux ont obtenu peu de succès.
Ces peuples dont nous avons troublé la paix, dont nous avons envahi le territoire , nous doivent encore une partie de leurs vices ^ et les maux qui en sont les conséquences. Les Européens qui se vantaient de professer une Religion sainte , de venir apporter les bienfaits de la civilisation à des peuples sauvages et ignorans , leur ont donné l'exemple de la débauche , de la dissipation et de l'ivrognerie ; ils ont spé-