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Quant à /a criminelle conversation , l'opinion de la parfaite indépendance d’une femme est si généralement répandue, que je doute beaucoup que l’on trouvât , sur tout le continent , deux Américains natifs, qui, en qualité de membres d’un jury , voulussent accorder une indemnité de six pences pour un cas de cette espèce ; quelles que fussent l'évidence , la gravité des circonstances, ou la richesse du défendeur. Accoutumés eux-mêmes à supporter patiemment de pareilles injures , qui ne portent atteinte ni à la fortune, ni au caractère personnel de l’offensé, ils ne sauraient se résoudre à en ordonner la punition.
D'après ma correspondance antérieure, vous avez pu juger que la séduction n’estpas connue en Canada ; mais elle n’y est point considérée comme un délit assez grave pour provoquer l'animadversion des lois, ni celle des habitans. Ici la séduction peut se livrer à son odieux penchant, avec impunité. Le séducteur ne craint ni d’exciter le mécontentement des parens dont il trompe la fille, ni de s'exposer à la colère de l'époux dont la femme, cédant à ses sollicitations , se laisse entraîner à souiller le lit nuptial.
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Depuis mon arrivée en Canada, je n'ai entendu citer qu'un exemple de l'affliction éprouvée par des parens ou des époux dans une pareille circonstance : comme celui-ci a eu une fin très-déplorable , et qu'il établit la différence qu'il y a sous ce rapport , entre la manière de vivre des femmes, qui sont seulement venues s'établir dans le pays, et celles qui sont nées de familles Américaines , je prendrai la liberté de vous en faire un récit succinct.
Il y à environ deux ans, que M. W., respectable émigrant irlandais, autrefois propriéétaire d’un domaine considérable dans son pays natal, vint chercher dans les fertiles, mais incultes régions du Haut-Canada, un asile quile mît à l’abri des dangers auxquels les dernières divisions qui ont agité l'Irlande, avaient exposé un grand nombre de familles honorables et exemptes de tout reproche. Les compagnons de son exil étaient une femme aimable et une nombreuse famille, composée d’enfans charmans. De ce noinbre, était une fille jeune, innocente, aimable, estimée de tous ceux qui la connaissaient , adorée de ses parens , et chérie de la famille à laquelle elle pro-
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diguait les plus tendres soins pour alléger le fardeau de sa mère.
Bientôt après l'arrivée de cette famille , naguère si heureuse dans sa patrie adoptive , un jeune homme, né de parens recommandables, fut présenté à Miss. W.... ; elle était alors dans sa dix-huitième année , époque à laquelle le cœur des femmes est peut-être le plus sujet à recevoir des impressions profondes et indélébiles. Il avait entendu parler des vertus de notre belle compatriote. Mais avec un septicisme qui n'appartient qu'aux âmes dépravées , il ne pouvait croire à leur existence. Sachant que les femmes de son pays n'étaient jamais extrêmement scrupuleuses , il ne pouvait concevoir qu’il n’en fût pas de même dans les autres régions, et qu'un autre sol fût plus favorable au développement et à la pratique des principes vertueux. Dans cette occasion, l'expérience le convainquit que , s'il n’était pas entièrement impossible, il était du moins trèsdifficile de détourner une jeune demoiselle du sentier de la vertu. Le séducteur de profession quiattache une gloire honteuse à déshonorer les familles , ne se laisse pas déconcerter par les