DE TR RE
garder. Une charrue , un chariot, un traineau, sont loués chacun deux schellings et demi par jour ; et tout autre ustensile, depuis la dent d’une herse jusqu'à une aiguillée de fil, l’est également à un prix proportionné.
Il est aisé d’apercevoir combien cette singulière manière d'agir est destructive de toutes les dispositions amicales, qui, dans'les autres pays . attachent les hommes les uns aux autres. En Canada, rien ne porte un individu à considérer son voisin comme un ami, puisqu'il est obligé de se procurer, à prix d'argent , tout ce qui dépendrait de l'amitié ou du secours d’un autre. L'on trouve difficilement accès auprès d’un cœur qui n'est accessible à aucune autre considération que celle de l'intérêt. Ici l’homme ne veut vivre que pour lui seul ; et son intérêt personnel est l'unique base de sa conduite et de ses actions.
« Le premier aspect d'un nouvel établissement,dit le docteur Howison dans ses esquisses, excite des émotions agréables : c'est avec un plaisir extrême qu'on voit des forêts entières disparaître devant l’industrie de l’homme, et la solitude du désert prendre l'aspect d’une contrée aussi active qu'animée.On prévoit d'avance les
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momens de bonheur que procurera un sol fertile à ceux qui les premiers auront fécondé son sein. Une nouvelle carrière de jouissance semble s'ouvrir à l'espèce humaine , surtout pour cette portion que l'observateur suppose ne s'être expatriée qu'afin de se soustraire au malheur et à la pauvreté; mais un examen plus profondet plus réfléchi a bientôt dissipé ces impressions agréables et ces idées de félicité. Celui qui examine en détail un nouvel établissement , peut facilement se convaincre que le plus grand nombre de ses habitans est tombé dans un état de dégradation complète, et ne sait apprécier aucun des avantages que lui a procurés son changement de position. Une population sans lois et sans principes moraux, composée du rebut du genre humain , récemment affranchie de cette subordination qui caratérise particulièrement les sociétés plus avancées en civilisation, jouissant d’une égalité parfaite de droits et de possessions , doit nécessairement composer une démocratie de l’espèce la plus révoltante : aucun individu n’y possède plus d'influence qu’un autre; et s’il en était quelqu'un à qui des talens supérieurs
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donnassent la prétention de prendre quelque ascendant sur les autres, il éprouverait surle-champ une opposition générale. C'est ainsi que tous les habitans d’un nouvel établissement s'avancent indolemment du même pas dans la carrière de la vie. Pour peu que l’un d'entr'eux veuille dépasser les autres, il est ordinairement repoussé dans l'intérieur des rangs. »
Ique surainsi lisse-
pas l'un l est des
LETTRE XXVIIT.
Suite des mœurs et usages du Haut-Canada.
— Point de base sûre pour juger sainement
des crimes commis. — Séductions fréquentes.
— Triste exemple de séduction. — Sa fatale
issue.
En Angleterre , le calendrier judiciaire est ordinairement considéré comme le meilleur moyen d'apprécier sainement l’état de la morale dans le pays ; parce que le caractère des Anglais les porte à ne souffrir ni envahissement de leurs droits , ni diffamation de leur réputation, ni aucune espèce d'outrage, de spoliation ou d'oppression , sans chercher à s'en venger, en recourant, à cet effet, aux lois et aux tribunaux.
Il n'est pas facile d'employer le même
RARES a :
be
ni
moyen pour constater la condition morale des Canadiens, relativement aux autres peuples; parce que les bases que je viens d'indiquer comme en harmonie avec le caractère anglais, ne le seront jamais avec celui des habitans des régions Trans-Atlantiques. Le nombre des procès portés devant les tribunaux n'est pas proportionné aux crimes commis. Les actions pour criminelle conversation , pour séduction, ou pour infraction à une promesse de mariage, sont presqu'entiérement inconnues dans toutes les parties du Nord de l’Amérique. Pendant tout le temps de ma résidence en Canada, il n’est pas venu à ma connaissance qu’il ait été intenté un seul procès de cette espèce. Vous ne devez pas induire de là, que ces crimes ne s’y commettent pas, et que l’innocence dans toute sa pureté a trouvé un asile dans ces contrées étrangères à la corruption. Malheureusement il faut en tirer la conclusion contraire : ces délits contre la société s’y renouvellent tous les jours, et sont devenus si communs , qu'ils ne surprennent ni n'affligent presqu'aucun des individus qui y sont directement intéressés.
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