‹ Cinq années de séjour au Canada (volume 3)Chapitre 15 sur 26 · E EE · texte numérisé non relu

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grader chaque jour dans tout ce qui contribue à répandre quelque charme sur l'existence. Ce n'est qu'avec un chagrin réel que j'ai traité ce sujet ; Je n’y réfléchis jamais sans une douleur aussi sensible que profonde. Bien connaître la véritable situation des habitans de cette province si richement dotée , e. réfléchir au bonheur dont ils pourraient jouir, s'ils étaient sous la salutaire influence d’une instruction morale et religieuse, ne peut qu’affecter douloureusement l’âme de tout véritable ami de l'humanité.

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LEVTRE XXX.

Suite des mœurs et usages du Haut-Canada.

— Manque d'encouragemens pour la culture de l'esprit. — Défaut général d'éducation. —

Ses causes. — Mesures législatives pour l’encouragement des écoles.

Doués , comme le sont les habitans du Haut Canada , d'une grande intelligenee naturelle, ils se croient en état de lutter avec avantage dans le monde , sans avoir besoin de posséder un grand fonds d'instruction : si un fermier est en état de dire combien un boisseau de Winchester contient de livres de blé, si l’ouvrier en mécanique peut démontrer la différence qui existe entre un carré long et un triangle équilatéral, et si le négociant sait faire des addi-

tions et des multiplications , ils croient les uns et les autres avoir acquis toutes les connaissances nécessaires à leurs professions respectives. 11 résulte de là , que la littérature et tous les avantages qu’elle procure sont inconnus en Canada , où l'on s'occupe plus de défricher les terres, que de cultiver l'esprit.

Ainsi les bienfaits inapréciables de l’éducation dont jouit une population éclairée , ne peuvent encore , de plusieurs années , être ressentis dans le Canada. La grande masse du peuple y est dans l'ignorance la plus complète de tous les élémens d'instruction. Il y a peu de Canadiens qui sachent lire et écrire : les parens très-ignorans eux-mêmes, et n'ayant pas le moindre goût pour la littérature , ne counaissant pas son utilité, n’ont aucunement à cœur de voir leurs enfans plus instruits qu'ils ne l'ont été eux-mêmes ; ils ne croient pas à cet axiôme d’un grand philosophe , qui a dit que la science est la véritable puissance. Convaincus qu'il vaut mieux que leurs fils apprennent à fendre du bois, et leurs filles à filer, que d’acquérier quelque instruction , ils regardent comme mal employé, tout l'argent qui pour-

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rait être consacré à l'éducation. Aussi pendant unc résidence de plus de cinq ans dans le Canada, je n'ai vu que deux personnes ayant des livres en main ; encore l’une d'elles consultait alors un livre de médecine sur une maladie dont elle était attaquée. On doit convenir, il est vrai, que les livres sont aussi rares dans plusieurs parties du Canada , surtout dans l'intérieur, que les pommes sur le sommet des montagnes couvertes de neige.

Plusieurs circonstances se réunissent pour mettre les Canadiens dans l'impossibilité de donner de l'éducation à leurs enfans , lorsmême qu'ils en auraient la volonté et les moyens. La difficulté de se procurer des bras, difficulté dont j'ai déjà parlé , force le fermier, nonseulement à se consacrer exclusivement à la culture de ses terres , mais aussi à réclamer les sécours de ses enfans , aussitôt qu'ils sont en état de l'aider. En Canada, on fait travailler les petits garçons dès l’age de 7 à 8 ans, etils continuent ensuite pendant le reste de leur vie, à moins qu’ils ne se livrent à cette indolence que j'ai précédemment décrite , et qui est quelquefois portée jusqu’à les détourner de toute

profession honorable. Les bœufs et les chevaux sont si bien dressés, et d’ailleurs si peu vigoureux, qu'un enfant peut les conduire. Ainsi un enfant de dix ans est presque aussi utile à son père , que peut l'être celui de dix-huit ; . mais lors même qu’un père aurait assez d’aisance pour se passer du travail de ses enfans, les écoles sont généralement trop éloignées de sa maison pour qu'il puisse les y envoyer. La résidence au milieu d’une population rapprochée et bien organisée, offre autant d'avantages que l’on éprouve d’inconvéniens, lorsqu'on est condamné à passer sa vie dans des pays peu habités et presque déserts.

Lorsque la province du Haut-Canada était encore dans son enfance, le gouvernement suprême manifesta le désir de s'occuper du bonheur des colons, en appelant l'attention du général Simcoé, premier lieutenant gouverneur, sur l'établissement de plusieurs écoles dans les différentes parties du pays. Cela paraît résulter d’une lettre adressée par le duc de Portland , au général Simvoé, en 1796. Il y est dit que le général s’efforçait de satisfaire aux désirs du gouvernement de S. M. Dans la

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session de 1797; la législature provinciale présenta un mémoire au général Simcoé, pour supplier Sa Majesté de consacrer une certaine partie des vastes domaines de la couronne à former un fonds pour l'instruction et l’entretien d’une bonne école grammaticale dans chaque district. En réponse à ce mémoire, le duc de Portland , alors un des principaux secrétaires-d’état , instruisit la législature que S. M. accédait à ses vœux. En conséquence, la concession fut faite ; mais comme jusqu'alors, il avait été trés-facile de se procurer des terres sans les acheter , cette concession produisit peu de résultats ; et depuis lors, les choses sont toujours restées dans le même état.

Pendant plusieurs années , il n’y a eu dans tout le Haut-Canada que deux écoles qu’on puisse citer : celle de Kingston, dirigée par l'honorable et révérend docteur STRACHAN, écossais très-instruit, et une autre à Niagara, sous la direction de M. CokereL, anglais, qui passe pour être très-versé dans les mathématiques.

En 1807, il fut rendu un statut provincial pour établir dans chaque district un séminaire, dans lequel on serait obligé d'apprendre les

mathématiques, classiques et pratiques. Le lieutenant-gouverneur y attacha un certain nombre d'instituteurs, avec des appointemens annuels de cent livres sterling. Maintenant ces écoles commencent à être en activité : nous pouvons assurer que le pays retirera de grands avantages des connaissances que ces écoles devront nécessairement répandre , malgré la médiocrité des appointemens des instituteurs, qui, sans doute , ne tarderont pas à être augmentés dans une juste proportion avec les dépenses et les besoins de la vie.

En 1810, il fut rendu une autre loi pour l'établissement d'écoles communales dans chaque territoire ; mais ce bill contient une clause qui détruit en grande partie l'effet de la mesure, en ce qu'il déclare qu’il y aura une école dans chaque ville ou village , et autre lieu , où on peut réunir vingt élèves. Vingt-cinq livres sterling devaient être affectées à la dépense de chaque école. Admettez maintenant qu'à cette époque la population fut de cent mille âmes, on peut supposer que le cinquième est composé d’enfans susceptibles d'aller à l’école. 11 faudrait donc une somme de vingt-cinq mille

livres sterling pour ‘réaliser ce plan, et c’est trois fois plus que la somme à laquelle s'élevait le revenu provincial à cette époque. Le fait est que le bill manqua totalement son effet. Il y avait aussi une autre clause portant que le salaire proposé serait donné à des instituteurs anglais : ce qui excita tant de jalousie parmi les Canadiens, qu'un grand nombre d'entre eux aima mieux n'avoir aucune école, que de les voir sous l'inflence des Européens , et surtout des anglais.

LETTRE XXXL.

État de la Religionet de la morale dans le Haut- Canada. — Coupable habitude de jurer. —

Causes de la démoralisation de plusieurs

Colons. — Réflexions sur ce sujet. — Conduite

des prédicateurs méthodistes. — Bruyantes as-

semblées de ces sectaires. — Leurs réunions À

LU . ! e. . ]

en plein champ. — Graves inconvéniens qui à

en sont les suites. — Moyens employés par * «d

quelques pasteurs pour les éviter. *

Je suis forcé de vous apprendre, quelque ]

regret que j'en éprouve, que la religion est |

encore plus négligée en Canada, que la plus

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simple éducation. C'est un sujet que je n'aborde qu'avec une extrême répugnance, parce que je sens combien il est au-dessus de mes forces. Mais je n’en suis pas moins déterminé à dire très-impartialement ce que je sais, et à attester ce que j'ai vu.

Si on connaît l'arbre par ses fruits (et je sais que c'est le seul moyen de juger sainement de sa sânté ou de sa vigueur ), le Canada offre un tableau affligeant du peu d'efficacité de l'évangile sur les mœurs et les coutumes de ses habitans. Si une indifférence presque totale sur l'observation religieuse du sabbat , si un penchant incorrigible à jurer souvent sur le nom de Dieu, si la constante habitude d’horribles imprécations et de blasphêmes abominables , si une violation journalière de toute décence et un mépris bien marqué pour tout ce qui porte le caractère de la vertu; si toutes ces circonstances réunies offrent l'empreinte d’un peuple dégénéré et dépravé, le Haut-Canada doit présenter à l’homme capable de réflexion uñ aspect bien douloureux.

J'étais venu dans cette contrée avec de fortes

144 LETTRE XXXL.

préventions en faveur du caractère de ses habitans: mais à mon grand regret, j'eus bientôt découvert que les Canadiens étaient plus dépravés dans leur morale , plus dégradés dans leur conduite, plus dépourvus d’affabilité dans leurs actions, qu'aucun autre peuple que j'aie eu occasion de connaître. Sans être exposés à aucune tentation extraordinaire qui les porte à dévier du sentier de la justice et de la vertu, on les voit constamment, et presque sans exception, marcher dans la route de l’impiété et des vices. Quoique d'un tempérament naturellement froid et flegmatique , ils vivent en général dans des habitudes criminelles, que l'on pardonnerait à peine à des hordes sauvages, et qui ne peuvent être excusées chez des peuples déjà en pleine jouissance des bienfaits de la civilisation.

L'habitude de jurer est plus ou moins commune à toutes les nations; mais je dois dire que dans l’espace d’une semaine j'ai plus entendu jurer en Canada, que dans vingt ans en Irlande : cette habitude est poussée au point de faire craindre que quelque terrible commo-

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tion de la nature ne vienne imposer un éternel silence à ces langues blasphématrices, qui semblent ne proférer des paroles que pour combler la mesure de leurs iniquités : et cela sans avoir aucun motif qui-puisse leur servir d'excuse.

Il n'existe dans aucune partie du monde, un exemple aussi frappant que celui qu'on trouve dans l’Amérique du nord, de la vérité de cet adage des philosophes : « Les hommes » placés dans la décroissance de la civilisation »sont toujours plus vicieux et plus brutaux que »ceux qui sont placés à l’autre extrémité et »qui ©. *rchent à s'y avancer. » Les hommes bien . : :t bien élevés, qui ont, dans les premiers temps de leur vie, fait partie des hautes classes de la société dans leur pays natal, et qui ont ensuite été obligés de les abandonner, soit par inconduite, soit par suite de malheurs non mérités, oublient bientôt leurs anciens élé-

mens , s'ils se confondent avec les classes infé-

rieures de la société nouvelle dont ils sont

entourés ; et acquièrent une teinte extraordi-

naire de férocité qui donne quelque probabilité

à la première partie de l’adage. Mais il doit Tone IT. 10

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s’écouler un grand nombre d'années, avant que l’assertion relative à la seconde classe puisse complètement s’accomplir. Ceux qui, dans leur pays natal, ont fait partie des classes inférieures et qui se trouvent ensuite placés au point correspondant opposé, nese montrent cependant ni moins vicieux , ni moins brutaux que leurs supérieurs déchus de leur ancienne existence. Mais , dégagés de la contrainte qui leur était autrefois imposée par les habitudes d’une population avancée dans la civilisation, ils paraissent user très-amplement d’une liberté qui les exempte de toute o bligation morale, et semblent demander avec insolence : Quel est le maître qui a le droit de nous commander ?

Notre langue n'est-elle pas à notre entière dispasition. Une pareille génération d'hommes ne peut recevoir de salutaires amendemens , que par le secours et la puissante influence de la religion; mais les enfans deviendront sensiblement meilleurs à mesure que les idées se rectifieront , et que de sages institutions amélioreront successivement l’état de la société. Une observation des plus importantes et qui ne saurait échapper à l'homme qui réfléchit ,

c'est que les mauvaises liaisons corrompent le goût, etaltèrent le cœur aussi bien que l'esprit. Je ne l'ai que trop souvent reconnu dans ces contrées. Les émigrans des différentes parties de l’Europe , qui, pendant leur séjour dans leur pays natal, étaient remarquables par la rigidité de leurs principes et la rectitude de leur conduite , à peine arrivés en Canada , sont bientôt atteints par la contagion : ils embrassent avec autant de chaleur que d’empressement les opinions dominantes chez les habitans du pays. Je n'entends pas dire qu'il en soit ainsi de tous les émigrans qui arrivent en Canada : loin de moi cette pensée ! j'espère charitablement et je crois même fermement que plusieurs ont échappé à cette contagion et ont conservé leur intégrité primitive.

Avant mon départ pour le Canada, j'avais beaucoup entendu parler de la piété des méthodistes Américains et des glorieux effets qui aient résulté de leurs réunions et des sermons pro-

- noncés en plein champ : mais pendant une

longue résidence dans le pays, j'ai vainement cherché ces traits de sainteté par lesquels on m'avait assuré que la conduite de ces sectaires

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148 LETIRE XXXI.

était si éminemment distinguée. Pour dire [a vérité sur leur compte et rendre à chacun ce qui lui est dû , ils ne sont hypocrites que quand ils sont dans un lieu consacré au culte : dans toute autre situation , ils sont sans déguisement, et s’avouert ouvertement sectateurs de Mammon. Dans les premiers temps de mon séjour dans le pays, j'avais l'habitude de me rendre à leurs réunions : mäis après avoir vu avec dégoût la grossièreté, et je pourrais dire l'impie irrégularité de leur conduite dans ces assemblées , je me déterminai à ne plus les fréquenter. Je n’oublierai jamais les premières impressions dont mon âme fut pénétrée à la première assemblée de cette espèce que je vis en Canada.

Voyageant dans le comté de Talbot, surla côte nord du lac Érié , à la fin de 1818 , je m’arrêtai à une taverne , fatigué d’une longue journéc de voyage dans undésert aride, et dans l’intention d'y passer la nuit. Au moment où j’y entrai, quelques-uns des habitans de la maison se préparaient à aller entendre prècher un méthodiste. Étranger, isolé, dans ce lieu, l'âme affectée à cette époque d’une pénible anxiété,

je témoignai le désir de les accompagner.

J'appris que l'assemblée devait se tenir à quatre milles; nous y arrivâmes, environ une heure avant le coucher du soleil. En entrant dans la maison , je fus frappé du souvenir des paroles de notre Sauveur sur le désordre qui régnait dans le temple de Jérusalem ; car tous ceux qui étaient déjà assemblés fumaient du tabac, causaient entr'eux et faisaient fr'qu mment entendre des éclats de rire très-déplacés en pareil lieu. Je fus très-surpris de ce que je voyais et entendais; je regardai autour de moi sans pouvoir découvrir aucun individu qui ressemblât le moins du monde à un membre du clergé. À la fin , un homme vêtu d’un habit brun et d’un pantalon gris, se plaça derrière un fauteuil et entonna un hymne : les chants commencèrent immédiatement, mais en formant la musique la plus discordante qui eut jamais déchiré mes oreilles : elle était parfaitement en harmonie avec la conversation qui avait précédé. Le ministre commença ensuite la prière , et tous les assistans se joignirent à lui. D'abord le ton de leurs voix ne fut que médiocrement élevé ; mais il devint graduellement

plus fort par l'effet del’émulation générale. Après que cinq minutes se furent écoulées , le bruit s'accrut à l'excès. Bientôt la moitié des auditeurs parut être dans un accès de rage. Les yeux étaient fixément dirigés vers le toit de la maison et ils s'écriaicnt d’une vo'* de stentor: Le voilà qui vient ! Le voilà qui vient ! L'extérieur de ceux qui criaient de cette manière , manifestait un tel effroi , que je commençai à partager la terreur générale et à craindre quelque apparition surnaturelle : je dirigeai donc aussi mes yeux vers le ciel :. mais découvrant point d'ouverture par laquelle une descente püût s'effectuer, je me tournai naturellement vers la cheminée, m'attendant à chaque instant à jouir de la noire présence de Sa Majesté Satannique. Nous fûmes tous également trompés , vu .si un émissaire de Pluton fut réellement sur le point de nous rendre sa visite , il en aura été certainement détourné par l'extrême confusion qui régnait dans l’assemblée ; car une semblable apparition n'eut pas lieu , du moins sous la forme mortelle. Les assistans qui s'étaient mis à genoux se rele-

stait er la arimes oint pût vers tant Sa-

omellesil

’ex-

vérent, et prenant leurs chaises par le dos, ils

les lancèrent contre le plancher, avec la fureur s L

de véritables maniaques. Dans le nombre, une

.femme surtoutsemontra réellement frénctique:

elle arrachait alternativement ses cheveux et frappait contre la terre son malheureux corps , comme si elle eùt cherché à découvrir par ces expériences le plus cruel mode de châtiment qu'elle pouvait s'infliger : tantôt on la voyait étendue sur le plancher, tordant ses mains et s'arrachant les cheveux : puis elle se relevait et jetait les bras autour d’une de ses voisines, la renversajt avec violence , et la retenant dans cette posture , elle lui demandait pourquoi elle ne criait pas? Et ces interpellations avaient quelquelois lieu , ex post facto; car la pauvre femme criait déjà assez fortement, par suite des contusions douloureuses qu’elle avait reçues dans sa chute.

L'assemblée se prolongea pendant plus d’une heure avec le même tumulte. On chanta ensuite un autre hymne qui termina cette farce religieuse. De retour à la taverne avec les jeunes gens que j'avais accompagnés, je demandai quels étaient les motifs qui avaient pu induire

1952 LETIRE XXXI

ceux qui composaient cette réunion à se conduire d'une manière si irrespectueuse et si extraordinaire : ils me répondirent avec beaucoup de gravité, que leurs assemblées se tenaient toujours de la même manière et qu’ils ne s’y plaisaient que quand l'esprit agissait sur eux aussi puissamment.

Il serait très-inutile d'entreprendre d'expliquer une pareille conduite par des motifs raisonnables ; car on ne peut certainement rien y trouver qui ressemble à la raison. Comment pouvons-nous donc la qualifier ? pourrait-elle provenir de la conviction imprimée dans l'âme par l'esprit sain, qu'ils étaient en proie aux passions et à l'iniquité ? non : ce n'est pas ainsi que s'exprime une douleur bien sentie. Mais le plus ignorant des prédicateurs désespèrerait du succès de son sermon, s’il ne venait frapper les oreilles de ses auditeurs d’un bruit pareil à celni du tonnerre ; et les auditeurs eux-mêmes sont trop souvent accoutumés à confondre les gémissemens et les lamentations avec les véritables signes de l’effusion de Ja grâce.

Les réunions en plein champ sont aussi très-

conet si peau )s se qu'ils it sur

>xplis rairien ment t-elle dans proie n'est bien teurs il ne d’un teurs és à entan de

très-

LETIRE XXXI. 153

communes en Canada: j'en ai entendu parler favorablement en Europe par des personnes qui, sans chercher à se convaincre de la réalité deleurs bons résultats, avaient jugé de leur utilité par le nombre de conversions qu'on leur disait avoir été opérées de cette manière. J'ose dire néanmoins que le démon est bien plus vénéré que Dieu dans la plupart de ces campemens modernes ; ils ont ordinairement lieu dans l’automne, et un voyage de cent milles est considéré comme une bagatelle , lorsqu'on l'entreprend dans un but aussi louable. On forme alors des campemens réguliers : des familles entières quittent les plaisirs que peut leur offrir l’intérieur de leur résidence pour le bonheur inappréciable de passer huit à dix jours à entendre un bruit continuel, semblable à celui du tonnerre, de la part de ceux qui y prêchent l'évangile américain. Là vous pouvez voir des hommes de tous les pays et de toutes les croyances, réunis ensemble; et pourquoi ? «pour adorer en commun le souverain des cieux » , disent les défenseurs de ces réunions. Mais Ô charité ! toi qui couvres du voile du mystère un si grand nombre de péchés, peux-

TE

tu, si indulgente que tu sois, étendre ton vaste manteau sur ces réunions irrégulières (pour ne pas me servir d'expressions plus sévères et sans doute plus méritées). Soutiendrat-on que les protestans et les catholiques , les juifs et les athées, les arméniens et les calvinistes, tousindividus d'opinionset de croyances différentes, ajournent momentanément leurs discussions ; et qu'oubliant les points sur lesquels ils différent , ils se réunissent ainsi pour adorer dans les mêmes formes, le même Dieu, et pour manifester par de saintes contorsions la puissance de cet esprit dont la majeure partie, dans les autres circonstances de leur vie, semble nier même l'existence.

On forme, comme je l’ai déjà observé des campemens réguliers : il est rare qu'une réunion de cette espèce dure moins d’une semaine. Un grand nombre de personnes portent dans ces lieux des provisions prêtes à cuire; mais celles qui neveulent passe donner cetembarras peuvent en acheter dans le camp : on y trouve aussi à un prix modéré de l'aile, du porter, de la bierre et du cidre; néanmoins la vente des liqueurs spiritueuses y est expressément dé-

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Dyances t leurs sur lessi pour e Dieu, torsions najeure eur vie,

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fendue. Chacun doit se munir de sa bouteille d'eau-de-vie, proportionnée dans sa dimension à l'étendue de son gosier, ou à l'urgence présumée de sa soif. Les tentes forment une espèce de carré, creux ,; au centre duquel se place le prédicateur entouré de ses auditeurs ; un grand nombre d’autres orateurs se tiennent près de lui ; et aussitôt que celui qui parle a épuisé son sujet, ou ses poumons , il est remplacé par un autre de ses frères, auquel succède un troisième. Aussitôt que l’orateur prend la parole , commence une scène de la plus horrible confusion et qui est vraiment révoitanie. Rien dans le monde ne peut égaler la variété ‘!°s tons, des gestes et des grimaces , que ch:cun affecte avec la plus complète hypocr:si2 comme des signes visibles et extérieurs des émotions intérieures que produit l’éloquence pastorale du prédicateur. Il faut en convenir, il est bien affligeant de voir ainsi la grâce divine, si licencieusement mise en scène.

En voyant les Américains ainsi réunis dans un camp, vous vous imagineriez que c’est de l'eau-de-vie et non du sang « ii coule dans leurs veines ; mais dans toute autre circonstance vous

156 LETIRE XXXI.

serez porté à supposer que les cavités de leur cœur sont converties en glacières.

J'ai toujours considéré ces assemblées immenses et confuses, consacrées aux cérémonies religieuses, comme tenant à un système encouragé par les prédicateurs eux-mêmes ; soit par le désir de complaire au peuple , soit pour substituer un culte errant à un mode de prier plus sédentaire. Dans tous les nouveaux établissemens des États-Unis et de l'Amérique anglaise, les pasteurs judicieux de chaque secte , lors même qu'ils ont une congrégation fixé dans le licu de leur résidence, considèrent comme une partie essentielle de leurs laborieux travaux de visiter les cantons négligés qui sont placés le plus à leur portée, et de venir, à des époques déterminées, prêcher la parole de Dieu à leurs habitans. Cette méthodeest infiniment préférable à ces réunions en plein champ dont il ne peut jamais résulter que des désordres et des abus.

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LETTRE XXXIT.

Emigration. — Avantages du Haut-Canada.

— Situation des concessions du gouvernement.

— Augmentation des droits mis sur les con-

cessions. — Combien cette mesure est impoli-

tique.— Les Colons préférent acheter aux pro-

priétaires des terres à plus bas prix. — Désap-

pointement du grand nombre d'émigrans , en

trouvant un droit imposé sur les concessions.

— Insuffisance de cinquante acres pour faire

vivre un pauvre Colon. — Dépréciation de

la valeur des produits de l’agriculture. —

Montant des importations et exportations.

C'est une tâche très-difficile que celle de faire connaître les avantages qu'offre le Canada aux différentes classes d'émigrans de Ja

Grande-Bretagne et de l'Irlande : pour bien s’en acquitter, il faut être parfaitement instruit de tous les détails relatifs à ces contrées , et apporter beaucoup d'attention à un pareil travail. C'est donc avec hésitation que j'entreprends de traiter un sujet aussi grave, qui a déjà souvent été discuté par des personnes plus capables et plus instruites que moi ; mais qui n’en a pas moins besoin d’un nouvel examen également impartial et approfondi.

Je suis loin de réunir toutes les notions qui seraient nécessaires pour remplir complètement ce but important ; mais une longue résidence dans le Canada m'a mis à même de bien examiner les ressources présentes , les avantages particuliers et les privations auxquelles sont exposés les individus qui vont former des établisssemens dans ces pays nouvellement habités. Je dirai avec franchise tout ce que je sais, sans rien y ajouter ni diminuer. C'est tout ce qu'on doit raisonnablement attendre de moi.

Quoique le climat du Haut-Canada tende vers les deux extrêmes de froid et du chaud, il est, conime je l'ai déjà observé , très-beau

r bien nstruit es , et pareil ’entree, qui sonnes ; mais el exans qui aplète- 16 résie bien ÿ avanquelles er des lement e que . C'est tendre

tende haud , s-beau

LETTRE XXXHI. 199

et très-favorable à la culture des grains et des légumes , et à l2 croduction des plus beaux fruits. Bien qu'il soit mal cultivé, le sol ne le cède en fertilité à aucune partie de l’Amérique de la même étendue : Toutes les espèce: de grains que produit la mère-patrie, sont cultivées ici avec le plus étonnant succés ; et plusieurs des fruits et des autres végétaux qu'on ne recueille en Angleterre et en Irlande, qu'à la suite de dépenses et de travaux immenses, atteignent en Canada, sans le secours de l’art, un degré de perfection inconnu dans la plupart des pays septentrionaux.

Les exportations des deux provinces s'élèvent

annuellement à environ sept cent mille livres sterling. Elles consistent principalement en bois, potasse, bœufs, cochons, bled et fourrures. Les importations qui se composent communément de produits des manufactures anglaises et de liqueurs des Indes Occidentales, montent à près de douze cents mille liv. sterl. paran. Le revenu du Bas-Canada , qui consiste presque entièrement en droit sur les marchandises importées, excède cent mille livres sterling par an. |

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160 LETTRE XXXIL.

Nous ne payons pas de dîmes et nos taxes sont fort légères ; on n'exige de nous ni rente de quint , ni rente de la couronne , ni aucune espèce de redevance à quelque titre que ce soit. Nous sommes sans contestation les héritiers du sol; nous ne reconnaissons point de seigneurs féodaux ; nous ne devons obéissance qu'à nos propres lois, allégeance et respect qu'à notre souverain sous lequel nous nous glorifions de vivre. Ces avantages inappré-.

ciables et la facilité de se procurer des terres à un prix modique semblent inviter l’industrie à venir se fixer dans cette heureuse contrée.

Mais indépendamment des inconvéniens que j'ai précédemment exposés, il en est d’autres encore qui doivent être pris en considération par les emigrans , s'ils veulent avoir une idée exacte des avantages que ce pays paraît leur offrir. La situation des terres qu’on peut obtenir du gouvernement, la difficulté de les mettre en culture, et les dépenses énormes que le défrichement exige ; la rareté et l'éloignement des marchés pour la veute des produits ; le prix élevé des journées de travail ; celui des marchandises d'Europe dont les

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fermiers peuvent avoir besoin : voilà les objets importans que doivent connaître , et sur Jesquels doivent mûrement réfléchir ceux qui se déterminent à quitter leur pays natal pour aller se fixer dans une terre étrangère.

Quant à la situation des terres dans le Haut- Canada, tous ceux qui se proposent d'en obtenir du gouvernement, doivent se résigner à aller s'établir au milieu des déserts et des forêts sans bornes qui ne leur offrent guère d’autres avantages que celui d’un sol fertile et d'un climat favorable à la végétation. Ces terres sont généralement éloignées de toutes les rivières navigables, et à une trop grande distance des marchés pour que les cultivateurs puissent espérer de pouvoir convertir en argent, l'excédant de leurs produits sur leur consommation. Cet inconvénient , ‘il est vrai, subsiste également pour tous les établissemens dans leur première enfance et se prolonge rarement au-delà de leur minorité.

À l’époque où l’on commença à coloniser cette contrée, les bords du Saint-Laurent et des lacs Erié et Saint-Clair furent choisis par les premiers arrivans, comme il était naturel de

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162 LETIRE XXXII.

s’y attendre, et devinrent leur propriété. Les bords des rivières qui se jettent dans ces lacs,

et les contrées adjacentes , ont été successive-

ment occupés, et sont complètement peuplés depuis la fin de la dernière guerre. En sorte qu’il est maintenant impossible de se procurer (autrement que par voix d'achat), dans aucune partie du Haut-Canada, des terres avantageusement situées; mais cet obstacle est de peu d'importance , excepté pour la classe la plus pauvre des émigrans. ‘Ceux qui portent leurs amis dans leur poche, peuvent acheter des terres dans les territoires les plus agréables et les plus favorisés, et cela à un prix moins élevé que celui des terres qu'ils obtiendraient par concession du gouvernement au milieu des forêts. Cette assertion pourra surprendre ceux qui ne connaissent pas le pays, et blesser peut-être quelques-uns de ceux qui le connaissent bien : mais elle n’en est pas moinsexacte, etilest facile de le prouver jusqu’à l'évidence par des argumens qui ne sont pas susceptibles d'être réfutés.

Avant l'administration du lieutenant gouverneur actuel , toute personpe qui se présen-

, Les lacs , SiVEuplés sorte curer cune geu- > peu plus leurs * des es et élevé par des ceux esser aisacte , ence bles

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200... +... 8 300... +... 12 400.......,.::. : 16 500... *es....2l 600: eee one . 95 700 eee. +20 0000.06. 00: 28 900 - se + + + 37

| 10Q0ere ee ee + 42 1100... + . 46

1200: :°: cs... . 50

Acres,

tait pour demander des terres , obtenait une concéssion plus ou moins étendue suivant sa volonté, en payant les droits mentionnés dans le tarif ci-après :

schel,

Au mois de janvier 1819, ces droits furent élevés aux sommes ci-après ; et l’on alloua à la classe pauvre des émigrans cent acres seule-

liv.st. schel.

LOU co ve covsves D 200-099 0 + ° 10 30OD+ rs... +. + 24

gr

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