‹ Cinq années de séjour au Canada (volume 4)Chapitre 1 sur 4 · EXTRAIT DU VOYAGE · texte numérisé non relu

EXTRAIT DU VOYAGE

DE

en 1818 et 1819,

Aîprès avoir offert le récit d'un voyageur qui est allé au Canada pour s'y fixer, et qui, après cinq ans de séjour dans ce pays, à publié Je récit de ses observations, nous avons pensé qu'il serait intéressant de présenter la relation d'un Ecossais qui n'a, comme tant d'autres, traversé l'Océan et porté ses pas dans le Nouveau-Monde, que pour y Faire des remarques sur l'aspect des contrées qu'il renferme, et sur le caractère et les mœurs des habitans. M. Talbot, dont on vient de lire le récit, a principalement décrit le Haut-Canada; M. Duncan, au contraire, a sur- TOME in. i

tout dépeint le Bas-Canada. Les deux voyageurs ont quelquefois vu les mêmes lieux ; il sera piquant de comparer la manière différente dont chacun les représente , et de noter les points sur lesquels ils se rapprochent.

M. Duncan , parti de Londres le i février 1 8 1 8 , débarqua le 3i mars à New- York ; il alla d'abord à New-Haven ., dans le Connecticut , puis à Princeton , dans le New- Jersey , ensuite à Philadelphie et à Baltimore. Washington, ville capitale de l'Union Américaine, Mount- Vernon, maison champêtre où à demeuré Washington , et où repose la cendre de cet homme immortel , attirèrent successivement l'attention de M. Duncan.

Revenu par mer à New- York , le voyageur remonta sur un bateau à vapeur , le Hudson- River, jusque dans l'enceinte d' Albany, ville qui est aujourd'hui la capitale de l'Etat de New- York. Il alla ensuite en voiture à Buffalo , pelite ville située sur la rive méridionale du lac Erié, près du point où ses eaux en sortent par la rivière de Niagara; il vit la célèbre chute dont on a lu la description dans la relation de M. Talbot. Après avoir contemplé cet admirable spectacle,

il suivit les bords de la rivière jusqu'au fort George, qui est sur la rive Canadienne, vis-àvis du fort Niagara, sur la rive Américaine. Le fort George est contigu à la ville de Niagara.

Celte petite ville , dit M. Duncan , est sur la rive Britannique de la rivière, à son entrée dans le lac Ontario. Les faiseurs de cartes et les voyageurs persistent à l'appeler Newark ; mais les habitans ne reconnaissent pas ce nom. La position est très avantageuse pour le commerce.

Cette ville a un palais de justice et une prison , qui sont compris dans le même bâtiment. La prison est au rez-de-chaussée. Les loges destinées aux criminels et aux débiteurs donnent et s'ouvrent sur le grand vestibule qui conduit à la salle d'audience. Les cloisons et les portes sont en fortes pièces de chêne, jointes ensemble par des crampons en fer : les portes ont à peu près neuf pouces d'épaisseur. Les débiteurs ont quelquefois une petite fenêtre qui reçoit le jour du dehors; les criminels n'ont qu'une petite ouverture semi-circulaire à leur porte. Les débiteurs ont des cheminées , les criminels ont simplement la vue d'un poêle qui est au milieu du vestibule y

et d'où la chaleur ne peut atteindre à leurs tristes cellules. Ce doit être un terrible tourment de passer un hiver dans une telle demeure , au Canada ! Quelle différence de cette prison avec celles des États-Unis !

La Frontenac ; grand navire à trois mats, fait la navigation du lac Ontario; mais son départ n'ayant pas lieu à une époque qui convient à mes arrangemens, je m'embarquai au mois d'octobre 1819 sur une goélette qui me transporta sur le rivage de l'Ontario à York, ville capitale du Haut-Canada , éloignée de 38 milles de Niagara , et ensuite à Kingston, qui est iib milles plus loin. Quoique ce soit un lac d'eau douce, sa navigation exige presque les mêmes précautions que celle de l'Océan. Le timonier dirige sa marche d'après la boussole, et dans les bâtimens du roi, on jette régulièrement la ligne de loch pour mesurer la distance parcourue. Quoique j'aie eu le bonheur de n'éprouver aucune de ces tempêtes violentes et subites auxquelles l'Ontario est sujet , toutefois la houle y fut très forte, et je fus pris du mal de mer aussi complètement que sur l'Atlantique. Pendant plus de vingt heures, nous perdîmes la terre

de vue, et pourtant nous filions sept nœuds.

J'avais l'intention de passer un ou deux jours a York, mais cette ville était tellement remplie dçgens attachés au service des deux compagnies qui font la traite des pelleteries dans les régions désertes à l'ouest du Canada, que je ne pu^trouver à me loger. Probablement je n'y perdis pas beaucoup ; car dans une promenade d'une heure, je crois que je vis tout ce qu'il y a dans la ville, à l'exception du logement de la, garnison. Xork ne consiste qu'en une seule rue parallèle au lac, et trois autres qui ne sont que commencées, et coupent celle-là à angles droits. Je n'aperçus qu'une église qui avait été en trçs mauvais état; des ouvriers étaient occupés à mettre des carreaux de vitre aux fenêtres. Le fort, qui est en bois peint en blanc, a une apparence assez imposante du côté du lac. Le port serait bon s il ne fallait pour le former qu'une baie bien abritée ; par malheur 3 l'entrée en est étroite et difficile, et, en temps de guerre, absolument sans défense.

Après avoir passé la nuit à l'ancre devant York, nous mîmes à la voile le lendemain matin , et le jour suivant à une heure nous entrâmes dans le port de Kingston.

La position de cette ville est très avantageuse, tant pour les affaires commerciales que pour les opérations de la guerre. Elle est située au point où l'Ontario se rétrécit , et où ses eaux commencent à former le fleuve Saint-Laurent. C'est le centre des communications du Haut et du Bas-Canada. Le port est profond, sûr et commode; la ville est bien fortifiée, elle se présente bien quand on en approche par eau. Elle s'étend sur un espace de trois quarts de mille le long d'une pointe de terre, à l'entrée resserrée d'une petite baie séparée d'une autre baie par une presqu'île. Un cap sur le rivage opposé , s'avance vis-à-vis de cette seconde baie.

Le port de la ville, situé en dedans de l'entrée de la grande baie, est ordinairement rempli de goélettes et de bateaux de touted dimensions. La péninsule intermédiaire est occupée par l'arsenal de la marine, où l'on voit sur le chantier la carcasse de deux vaisseaux de 74 ; et au-delà , des piles de carions, d'affûts et de boulets, avec une salle d'armes et différens bâtimens qui appartiennent au département de la marine. Dans le bassin qui est plus loin , se trouvent huit bâtimens de guerre désarmés, dont un vaisseau

de 102 canons, deux frégates de 5o, et une de 36. Sur l'extrémité de la pointe, au-delà de ce bassin, s'élève un fort où flotte le pavillon britannique. Des batteries bordent le rivage devant l'arsenal et devant la ville, et contribuent à donner à ee lieu un aspect formidable.

Kingston est bâti, partie en pierre de couleur foncée, partie en bois. Les maisons de bois sont les plus nombreuses ; cependant les autres sont assez fréquentes pour donner à cette ville un caractère absolument différent de celui de la plupart des villes des États-Unis* Les édifices publics sont l'Hôtel du gouvernement , le Palais de justice, l'église Épiscopale, l'église Romaine, la Halle, la Prison et l'Hôpital. L'auberge où je logeai était aussi propre , aussi commode, aussi bien tenue que celles de la Grande-Bretagne.

Ne trouvant dans la ville rien de bien intéressant, je passai dans un bac de l'autre côté du port, et j'arrivai à l'arsenal de la marine, où ma qualité d'Ecossais me fit admettre sans difficulté. Un soldat fut chargé de me mener partout. Excepté cet arsenal et les fortifications que je n'eus pas le temps de visiter , Kingston n'a

rien qui puisse retenir long-temps un voyageur; toutefois l'activité et le mouvement qu'on y remarque , et qu'on n'a observés ni à York ni à Niagara, font qu^on se croit transporté dans un monde nouveau,

La saison était très avancée , la fin d'octobre approchait; \e craignais que les gelées ne rendissent mon voyage difficile et désagréable. J'appris donc avec bien du plaisir que des bateaux se disposaient à descendre le fleuve j je m'empressai d'y retenir mon passage.

De Kingston à Prescott on compte 67 milles, et dans cet espace le Saint-Laurent est navigable pour des goélettes et des sloops; mais entre Prescott et Montréal, éloignés l'un de l'autre de i3o milles, les nombreux rapides ne peuvent être franchis que par des bateaux.

Les grands bateaux du Saint-Laurent vont à la voile et à l'aviron dans une eau tranquille ; mais., pour passer lès rapides , les matelots sont obligés de faire incessamment usage de la gaffe. Ces marins sont ordinairement des Américains des États-Unis. J'avais déjà fait un voyage sur le Saint-Laurent, au mois, de mai précédent. Le bateau dans lequel je m'embarquai avait

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62 pieds de long, et 1 1 pieds 4 pouces de large ; il ne tirait que 28 pouces d'eau , et portait 26 tonneaux (520 quintaux); il était chargé de 270 barils de farine, qui le faisaient enfoncer presque jusqu'au plat-bord : pour nous mettre à l'abri en passant les rapides, on cloua de chaque côté une couple de fortes planches, larges de près d'un pouce. Nous éprouvâmes par la suite que cette précaution était réellement nécessaire.

Les bateaux ordinaires sont des embarcations à fond plat, qui ont à peu près la moitié de îa dimension des précédentes; elles vont en diminuant vers chacune de leurs extrémités, et sont si solidement construites , qu'elles peuvent supporter un choc très rude contre le fond du fleuve, sans que l'équipage ni les passagers courent le moindre risque. Ces bateaux ne tirent pas autant d'eau que les premiers; ils sont montés par des Canadiens connus sous le nom de Voyageurs , qui, dès leur tendre jeunesse, ont été exercés à manier la pagaie et la gaffe , et qui connaissent tous les rochers, les brisans et les passes de chaque rapide, depuis le long Sault jusqu'à Montréal. Un voyageur qui, en descendant le fleuve, a la faculté de choisir, doit préférer le

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bateau ordinaire • il ne va pas si vite que par les grands bateaux, et par conséquent met quelquefois un jour de plus à faire le trajet; mais T à moins de circonstances extraordinaires, cette embarcation est plus sûre.

On doit prendre avec soi une petite provision de vivres, car l'usage est de ne débarquer que pour passer la nuit. Si le vent est contraire, on emploie quatre à cinq jours à parcourir la distance entre Kingston et Montréal. Pour remonter le Saint-Laurent, il faut encore plus de temps. On ne doit pas négliger , même en été , de se munir de manteaux et d'autres couvertures , parce que les rosées de la nuit sont très froides sur le fleuve.

Avec un vent favorable, nous partîmes de Kingston, entre dix ou onze heures du matin ; tant qu'il souffla nous allâmes très vite ; dans l'après-midi, nous fumes surpris par le calme, dans le lac des Mille-Iles, et nos Canadiens furent obligés de recourir à Faviron. Nous avions quatre rameurs, indépendamment du patron qui dirigeait la marche avec une petite pagaie. Ce lac offre une perspective extrêmement pittoresque; mais la suite continue des îles finit

par devenir ennuyeuse , d'autant plus qu'elles empêchent le vent de gonfler les voiles , et par conséquent retardent beaucoup la navigation.

J'avais supposé qu'il y avait un peu d'exagération dans le nom poétique de ce lac : mais les îles se succédaient en groupes si nombreux et si serrés, et nous mîmes si long-temps à nous en dégager, que je commençai à douter s'il n'y en avait pas deux mille au lieu de mille. On en voit de toutes les dimensions : quelques-unes ne sont que des rochers stériles, n'ayant qu'une surface d'un petit nombre de pieds carrés; d'autres, au contraire, ont deux à trois milles de long , et sont bien boisées.

Vers le soir il plut; mais cet inconvénient me fut moins désagréable que la compagnie de quelques-uns de mes compagnons de voyage ; c'était un détachement de comédiens ambulans qui étaient restés quelque temps à Kingston , et qui retournaient dans le Bas-Canada. L'attrait de quelques bouteilles de rum agit si puissamment sur ces disciples de Thespis , qu'ils lui cédèrent; la liqueur fatale ne tarda pas à produire son effet, et ces gens nous étourdirent par leur babil intarissable. Sans la contrariété

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qu'ils me causèrent, j'aurais pu supporter la pluie pendant une heure ou deux , pour écouter les chansons de nos matelots canadiens, qui, dans le calme delà nuit, produisaient un effet singulièrement agréable. Ils faisaient mouvoir leurs rames, en mesure avec leur chant, et le bruit qu'elles rendaient en frappant l'eau, combiné avec le genre un. peu sauvage de leurs cadences, imprimait un caractère romantique à notre voyage dans les ténèbres. Dans la plupart de ces chansons , deux bateliers entonnaient l'air, les deux autres chantaient une réponse , puis tous s'unissaient en chœur ; leur musique aurait pu ne pas être approuvée par les hommes auxquels leur habileté, dans le chromatique et l'harmonie, ne permet de goûter que ce qui est conforme aux principes de la science; mon ignorance de ces règles me servit parfaitement, et me permit de jouir à mon gré de la mélodie de nos bateliers, qui, de même que celle de plusieurs de nos airs écossais , était plaintive et touchante.

Notre patron avait espéré aller jusqu'à Brockviile, pelite ville située à peu près à 35 milles au-dessous de Kingston; quant à nous, nous

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éprouvions une certaine impatience de débarquer. La soirée était si obscure que notis ne pouvions distinguer qu'avec difficulté les contours ombragés des rives du fleuve : nous n'entendions d'autre son autour de nous que l'écho des voix des hommes de notre embarcation > ou le bruit des avirons qui frappaient l'eau. Nous glissions sur la surface du fleuve avec une conviction de sûreté qui n'avait d'autre origine que notre confiance dans nos bateliers.

Vers huit heures , une lumière brille sur le bord du fleuve : nous la saluons par des cris de joie , et nous décidons notre patron à gagner la rive où elle se montre , espérant y trouver un gîte. C'était une maison de fermier ; un feu de tronçons de bois de pin brûlait dans le vaste foyer; des tranches de pommes , pour les pâtés d'hiver, étaient suspendues en festons autour de la pièce pour sécher. Avec quel plaisir, mouillés par la pluie, et plongés dans l'obscurité, nous échangeons notre bateau contre cette cuisine! On nous fait l'accueil le plus cordial, et quoique les maîtres de la maison ne soient pas très accoutumés à recevoir des étrangers, ils nous otit bientôt préparé un bon souper. Des gril-

lades de bœuf, du jambon frit et des pommes de terre; ou bien, pour ceux qui le préfèrent , du thé et des tartines de beurre sont servis avec une promptitude et une propreté qui auraient fait honneur à une auberge en règle. Je n'ai pas besoin de dire que nous faisons un honneur infini au repas. L'instant de se retirer arrive, on nous cède tous les lits de la maison; mais quand je vois que je n'en puis avoir un qu'en le partageant avec quelqu'un , j'aime mieux me coucher sur le plancher , la tête appuyée sur ma malle.

Vers deux heures du matin , l'on nous réveille pour continuer notre voyage. Les bateliers , avant de partir , mangent une ample ration de soupe au pain bien épaisse et mêlée de viande ; quant aux comédiens , ils avalent le rum à grand trait, par précaution contre le mauvais effet de la pluie sur leur voix.

Le vent avait changé pendant la nuit; il nous était absolument contraire, et soufflait avec une grande violence du Nord-Ouest. L'eau gelait sur les avirons, à mesure qu'ils s'élevaient au-dessus de sa surface. Jamais je n'appréciai mieux le bienfait d'une grosse redingote de voyage, et d'un

bonnet de fourrure. Nos bateliers étaient obligés de ramer sans relâcbe ; si leur vigueur ne fut pas toujours remarquable , au moins leur constance fut étonnante. Vers neuf heures du matin, nous atteignîmes Prescott, qui est à 67 milles de Kingston.

Prescott est à présent un pauvre village , quoique sa situation , au point où le fleuve cesse d'être navigable pour les goélettes, puisse faire présumer qu'il finira par acquérir quelque importance. Tout près du village il y a une redoute en terre que l'on qualifie du nom pompeux de Fort Wellington : je demandai à y entrer, la sentinelle refusa de me laisser passer la porte.

Vis-à-vis de Prescott, sur la rive Américaine, on voit Ogdensburgh, petite ville très vivante. On y remarque cette activité qui caractérise toutes les villes des États-Unis récemment fondées; le contraste de l'apathie et de la langueur de la rive gauche du fleuve avec le mouvement et les affaires de la rive opposée, ne peut que chagriner quelqu'un qui a les sentimens d'un véritable patriote. Le bateau sur lequel je partis d'Ogdensburgh , dans mon premier voyage, portait une cargaison de farine et de lard en plan-

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che, qui, après avoir été enregistrée à la douane de Prescott 9 fut expédiée à Montréal où elle devait être vendue.

Dans ce premier voyage, mon départ de Prescott eut lieu à la fin de mai; c'était l'après-midi, le temps était très-chaud. Au-dessous du village, on rencontre plusieurs îles , plus ou moins boisées. Pendant la guerre, une de ces îles fut, dans une nuit, absolument rasée, afin d'empêcher les soldats américains de venir se mettre en (embuscade dans les buissons , pour effectuer ensuite une descente à l'improviste. Lorsque je passai devant cette île, j'y aperçus la tente des commissaires anglais chargés de tracer la ligne de frontières entre le Canada et les Etats-Unis. Ceux de cette dernière puissance se tenaient, pendant la nuit, sur la rive droite du fleuve; la couleur blanche de ces deux camps pacifiques ajoutait beaucoup à l'effet pittoresque du paysage.

Peu de temps après que nous eûmes quitté cette île , nous fûmes retenus assez long-temps le long du fleuve, parce que le propriétaire de la farine voulut conclure un marché pour la vendre, et ne put en venir à bout. Ce ne fut

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qu'à la nuit tombante que nous approchâmes du commencement du Long-Saut. On dit que la longueur de ce rapide , depuis le point où l'accélération de vitesse de courant devient sen-*sible , jusqu'au fond du grand bouillon , est d'environ 8 milles. Toutefois, sur une étendue considérable de cet espace , l'eau est parfaitement unie, et par intervalles la pente du fleuve, et par conséquent sa rapidité, ne sont pas beaucoup plus fortes qu'au point supérieur. C'est donc, à proprement parler, une succession de rapides* je crois que plusieurs parties sont désignées pat un nom particulier; l'ensemble est compris assez ordinairement sous la dénomination générale de Long-Saut.

J'observai, dans mon second voyage, que le passage de tous ces rapides nous prit exactement quarante minutes • la première fois il fut peutêtre plus prompt.

Le soleil se couchait quand nous entrâmes dans le Long-Saut : le ciel était sans nuage, et le temps serein. Le vent qui, auparavant, nous avait favorisés , diminua graduellement ; on amena la voile , et l'on eut recours aux rames ; le bateau était tellement encombré de marchan-

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